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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:20

De plus en plus, on parle d’un « marché écologique et social ». Ce depuis la création des forums sociaux mondiaux des années 90 et la naissance du microcrédit. Volonté de création d’une économie prétendument «sociale et solidaire » ?


 

Ce domaine appelle à une étroite collaboration entre le domaine privé et les ONG qui, par nature, ne sont pas à but lucratif (1). De nombreuses multinationales font désormais appel à cette idée afin de poursuivre leurs ambitions mercantiles, voire expansionnistes. C’est notamment le cas de Danone qui dispose de son propre organisme d’entreprenariat social, Danone Communities, et qui se présente ainsi : « Nous sommes un incubateur d’entreprises à vocation sociale, né à l’initiative du Professeur Muhammad Yunus (2) et du groupe Danone. Notre mission est de promouvoir, accompagner et financer des social business, répondant à des questions de malnutrition et de pauvreté. » La frontière entre le commercial et l’humanitaire n’existe donc plus puisque ces deux domaines, en principe opposés, fusionnent selon toute vraisemblance au profit du capitalisme mondialisé. Dans la même veine, le Plan Marshall global, qui reprend le nom de son ancêtre cité plus haut, aspire à la « création d’une économie de marché écologique et sociale à l’échelle mondiale… » Une initiative, à laquelle s’est d’ailleurs associée Susan George, la porte-parole d’ATTAC et d’une grande partie du mouvement altermondialiste.

Quand Jacques Attali s’en mêle…

Le microcrédit, quant à lui, est un principe relativement simple : un organisme de microcrédit s’adresse à des personnes dans le besoin. Il leur propose la mise à disposition d’un moyen financier afin de mettre en œuvre une activité professionnelle et permet ainsi d’assurer leur survie. Il s’agit d’un système de crédit classique avec un taux d’intérêt ; soit une pratique fortement semblable à celles des banques privées d’investissement, auxquelles elle est d’ailleurs affiliée.

L’une des plus grandes ONG de microcrédit au monde voit le jour suite à un discours de Jacques Attali à L’Aspen Institute (3) en 1997. Il y lance l’idée d’une grande ONG susceptible de regrouper les organismes de microcrédit. Un an plus tard, et grâce à l’appui de Michel Rocard, Muhamed Yunus et de Massimo Ponzellini (4), il crée l’ONG Planet Finance. Le conseil d’honneur de l’organisme abrite une liste impressionnante de personnalités : on y retrouve l’ex président de la branche américaine de Lazard, Felix Rohatyn ; Guillaume Sarkozy ; Bernard Kouchner ; Michel-David Weill, le grand patron de Lazard ; Rachida Dati (5).Par ailleurs, son principal conseiller est Christophe Guillemin, l’actuel directeur général de la Fondation franco-américaine. Au regard des liens entre Planet Finance et la sphère bancaire, ainsi que de la perspective transnationale qui anime ses ambitions, il convient de considérer son activité de microcrédit comme un simple moyen d’exporter le système de la dette. Un mécanisme qui vise en premier lieu les pays en voie de développement, alors que l’activité humaine y est déjà nettement précarisée par les programmes d’ajustements structurels prodigués par le FMI et la Banque Mondiale.

En dehors de ces étroites collaborations entre domaine commercial privé et solidarité internationale, il s’agit également d’imposer de nouvelles normes. Les ONG deviennent des outils d’expertise, qui remplacent petit à petit le cadre traditionnel du droit. C’est par exemple le cas de Médecins du Monde, qui, en 2007, remet un rapport sur la situation d’Areva au Niger. Un rapport qui n’est pas le fruit d’une enquête sur l’exploitation des mines nigériennes et des conditions de travail des employés locaux d’Areva, mais celui d’un partenariat officiel entre Médecins du Monde et Areva. Dans ce cas précis, il s’agit donc de substituer au respect du droit du travail nigérien l’expertise d’une ONG qui n’a aucun mandat, ni aucune compétence reconnue dans ce domaine. Avec le temps, il est incontestable que cette négation du droit conduira à l’émergence de nouvelles issues de procédures non législatives.

Or les normes existantes reposent avant tout sur des principes juridiques et politiques, propres à l’État de droit, alors que la vision empruntée par les ONG se fonde sur l’expertise – notion subjective et malléable. De plus, leurs ambitions sont transnationales et dépassent toutes les résistances étatiques et souveraines existantes. De fait, elles poursuivent nécessairement l’objectif d’une gouvernance mondiale, au sein de laquelle elles pourraient remplacer à la fois le droit et la démocratie, soit ce qui constitue la base des nations souveraines. C’est ce que constate Jacques Attali, lors d’une Tribune à l’ONU en 2004, par ces mots : «  

 

Les ONG peuvent donner un sens à la mondialisation, qui n’est souvent, sans elles, que l’internationale des marchés et des guerres. Ces organisations portent aujourd’hui les idées de gouvernement mondial, de fraternité, de droits des générations futures, d’équité sociale, le droit des femmes et des minorités. Les ONG donnent un sens à la démocratie, qui n’est souvent, sans elles, qu’une mascarade d’élections, sans enracinement durable dans les peuples. Elles portent d’ailleurs aujourd’hui les combats pour la mise en œuvre des fondements de la démocratie : la liberté d’expression, la protection des femmes et des enfants, la lutte contre la peine de mort, le droit au travail, le droit au crédit, le droit au logement. »

Sans commentaires.

Luc Minelli et Julien Teil, pour FLASH

Publié  sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction. 

Reproduction libre avec indication des sources

Notes :

(1) Quel avenir pour les ONG dans la nouvelle gouvernance mondiale ? – IRIS – Sous la direction de Handicap International, 2008.

(2) Muhammad Yunus est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank, ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix en 2006.Il est surnommé le “banquier des pauvres”…

(3) L’institut Aspen est un cercle de réflexion et d’influence international à but non lucratif, fondé en 1950 à Aspen, dans le Colorado, aux États-Unis. Il est dédié au « commandement éclairé, l’appréciation d’idées et valeur éternelles, un dialogue ouvert sur des thèmes actuels ». Son orientation en politique étrangère est d’inspiration atlantiste.

(4) Alors vice-président de la BEI (Banque Européenne d’Investissement).

(5) Elle avait auparavant officié avec Jacques Attali à la BERD (Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement).

(6) Discours de Jacques Attali au sommet mondial des ONG en 2004.

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http://www.mecanopolis.org/?p=21147&type=1

 

Article placé le 07 jan 2011, par Mecanopolis

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