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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 23:42

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TGE : vers The World Company ?

février 5th, 2012


Dans le billet de la semaine dernière, TGE : les maîtres du jeu, nous nous sommes efforcés d’identifier les trois « maîtres » qui régissent le fonctionnement interne des TGE (très grandes entreprises). Ils ont pour nom Cronos, Darwin et Crésus. Cronos, comme le dieu de la mythologie qui dévorait ses enfants ; Darwin, symbole du processus de sélection que les entreprises ont mis en place pour être constamment et toujours compétitives ; enfin Crésus, ou le règne du veau d’or au sein des conseils d’administration.

L’objectif du présent billet est de poursuivre cette analyse en étudiant les conséquences que va entraîner, pour les TGE, le transfert d’activités dont elles vont bénéficier de la part du secteur public.


Première conséquence : la manne financière

Les entreprises qui se portent bien, qui se sont adaptées à l’accélération de l’évolution, notamment sur le plan technologique, disposent aujourd’hui de ressources financières considérables : par exemple, la trésorerie d’Apple est aujourd’hui de 100 milliards de dollars, soit nettement plus que le budget annuel de l’Éducation nationale en France !

Quand on dispose d’un tel matelas à la banque, la seule question qui se pose est de savoir comment l’employer : croissance interne via le lancement de nouvelles activités, croissance externe via le rachat d’entreprises existantes… à chacun sa stratégie. Dans tous les cas, une chose est certaine : ce tas de cash va permettre aux TGE existantes de grossir encore plus, de disposer de capacités d’influence et de lobbying encore plus étendues.

Parallèlement, ce cash devrait accroître toujours plus l’écart entre équipe dirigeante et salariés de base que nous mentionnions dans le précédent billet. Il devrait également permettre des fusions-acquisitions toujours plus importantes. Un fantasme de World Company ? Non, plutôt une réalité de méga-entreprises qui, dans certains secteurs ou dans plusieurs secteurs, vont acquérir une position dominante, quasi-monopolistique, au plan mondial.

Lorsque les États vont « laisser tomber » des pans entiers de leurs fonctions actuelles, les TGE qui disposent de la force de frappe financière la plus importante vont évidemment se ruer sur les « morceaux » les plus rentables, que ce soit dans le domaine de l’éducation, de la santé, de la sécurité, etc. Ces TGE vont alors employer leurs montagnes de cash pour acquérir ces beaux « morceaux » qui, à leur tour, vont générer des profits considérables.

Pour désigner une activité extrêmement rentable, les Américains disposent d’une expression imagée qui résume parfaitement la situation que nous décrivons : it’s a license to print money - c’est l’autorisation, la possibilité d’imprimer des billets de banque.

Eh bien, c’est exactement ce qui va se produire pour certaines TGE : en sus de leurs activités actuelles extrêmement rentables, elles vont acquérir a license to print money en récupérant les meilleurs morceaux de l’activité étatique, c’est-à-dire de notre bien, du bien commun. L’écart entre richesse privée et pauvreté publique, que nous soulignions déjà, il y a près de trois ans, dans Les illusions perdues, alors que l’on s’illusionnait sur le « retour de l’État » suite à la crise financière de 2008, sera alors abyssal.


Deuxième conséquence : big, bigger, the biggest

Toujours plus gros, telle sera la deuxième conséquence - au demeurant fort logique - de ce transfert d’activités du public vers le privé. Que ce soit en nombre d’employés, en terme de chiffres d’affaires ou de bénéfices, les TGE vont - dans une première étape - enfler comme la grenouille dans la fable de La Fontaine.

Les premières bénéficiaires de cette inflation pourraient être les TGE du secteur de la bancassurance. Dans un monde où l’État-Providence aura disparu, les individus qui disposeront de moyens financiers suffisants se retourneront vers les compagnies de bancassurance pour se prémunir contre à peu près tout : la maladie, la dépendance liée à la vieillesse, la perte ou la baisse de revenus ou d’emploi, les agressions de toutes sortes… on épargnera aussi pour permettre à ses enfants de suivre des études, pour garantir sa santé, etc.

En un mot, ceux qui en auront les capacités financières chercheront, compte tenu de la dégénérescence étatique, à sécuriser leur existence par le recours à l’assurance individuelle tous azimuts. Faute de protection publique, c’est vers la protection privée que l’on se retournera. Cette protection sera alors assurée non sur une base à peu près égalitaire comme nous avons pu le connaître, mais sur un fondement intrinsèquement inégalitaire, directement lié à la richesse de l’assuré.

Deuxième secteur qui pourrait « enfler » considérablement : celui de l’éducation. La raison en est fort simple : compte tenu de la masse d’élèves et de professeurs dans le secteur éducatif public, la chute du mammouth va projeter vers le privé des milliers de personnes. On pourrait alors voir se former des réseaux d’écoles, plus ou moins structurés, plus ou moins intégrés, qui « ciblent » telle ou telle catégorie de la population en fonction d’un mix-marketing qualité-prix.

Ces « multinationales de l’éducation » se disputeraient les parts de marché comme dans n’importe quel secteur concurrentiel : elles comprendraient des acteurs « haut de gamme » qui proposent un enseignement de qualité mais à un prix élevé, avec garantie d’un suivi personnalisé de l’élève par un « coach-éducateur », mais aussi des opérateurs low cost, avec suivi minimum et enseignement à distance. Dans ce dernier cas, les économies d’échelle liées à la taille de l’entreprise sont déterminantes, ce qui poussera nécessairement à la concentration et à l’internationalisation des acteurs du secteur, d’où course au gigantisme pour une rentabilité maximum.

Troisième activité qui pourrait également voir s’instaurer une course au gigantisme, celle de la sécurité. Nous avons déjà abordé cette question dans De Mégara à Wall Street mais il y a fort à parier que ce que nous observons aujourd’hui dans le domaine de la sous-traitance de la guerre ne sont que les prémices d’une « explosion » de la prise en charge par le secteur privé des questions de sécurité dans tous les domaines.

Mercenariat international pour sécuriser les zones stratégiques (puits de pétrole, exploitations minières, etc.), forces de sécurité privées pour assurer l’ordre dans les zones « économiquement rentables » des territoires nationaux, sans oublier la protection physique de la « nouvelle aristocratie », celle des données informatiques des entreprises… tout va pousser à la course au gigantisme afin d’offrir une palette complète de « services » dans le domaine de la sécurité, du « clés en mains » quel que soit le problème de sécurité à résoudre.

Toujours plus riche, toujours plus gros… nous aborderons la semaine prochaine les deux autres « toujours plus » qui vont constituer la grille de lecture de l’évolution des TGE dans les prochaines années avant d’essayer d’envisager les conséquences d’une telle évolution.


Lundi
© La Lettre du Lundi 2012

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