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9 décembre 2010 4 09 /12 /décembre /2010 17:53

Et le désert avance . . .

  

Une jeune journaliste française côtoyant un despote africain sanguinaire et mégalomane, des diplomates français animés par une raison d’état surréaliste, des agents plus ou moins secrets dominés par leur névrose, des officiers et soldats aveuglés par la pureté de leur motivation… Ceci pourrait être l’accroche d’un nouveau roman d’aventure dont l’héroïne serait le pendant féminin de Tintin. En fait, il s’agit du livre « Retour du Tchad » de Sonia Rolley, publié chez Actes Sud.

 

 

Cette dernière relate de façon PASSIONNANTE ses deux années passées de 2006 à 2008 au Tchad en tant que correspondante de RFIL

Les liens entre la France et le Tchad remontent en avril 1900, lorsque la mission menée par le commandant Lamy s’empare des rivages du Lac Tchad. Ceci permet à la France de réaliser une liaison entre les différents territoires littoraux colonisés. Une administration de la zone s’établit progressivement.

Mais surtout le Tchad est le théâtre d’une des pages mythiques de l’histoire gauloise et gaulliste. C’est en 1941 à Koufra, un bastion italien dont ils viennent de s’emparer que les hommes du Général Leclerc font le fameux serment éponyme : « Nous sommes en marche, nous ne nous arrêterons que lorsque le drapeau français flottera sur la cathédrale de Strasbourg. ».

 

En 1960, le pays obtient l’Indépendance. La présidence revient à François Tombalbaye, un sudiste d’origine Sara. Le pays est divisé entre ethnies arabes nomades au Nord et à l’Est, aux frontières de la Libye et du Soudan, et noires sédentaires au sud. Très vite, le pouvoir sudiste est contesté par les nordistes, qui s’organisent en une milice armée, le FROLINAT, animée par les Touranes, Hissène Habré et Goukouni Weddeye, auxquels se joignent des Zaghawa, dont le homeland se situe à cheval entre l’Est du Tchad et la région soudanaise du Darfour.

 

En 1969, les nordistes menacent à tel point le régime de Tombalbaye que la France se voit obligé d’intervenir. Elle ne parvient pas cependant à empêcher l’assassinat du président tchadien dans la nuit 13 au 14 avril 1975. Dès lors et jusqu’en avril 1987, on assiste à la fois à une guerre entre nordistes et sudistes mais également à des conflits internes au FROLINAT, dont Hissène Habré sort vainqueur, avec l’appui de la France. Cette dernière en 1982 déclenche l’opération Manta, s’opposant à l’avancée des troupes libyennes venues soutenir Weddeye.

Habré, qui entre temps a instauré un régime sanguinaire et despotique, est renversé en novembre 1990 par Idriss Déby, avec l’accord tacite de la France, de la Libye et du Soudan. Ce coup d’état voit l’émergence au sommet de la hiérarchie politique tchadienne de l’ethnie Zaghawa. Déby, fort de l’appui français, matérialisé par les bases militaires de Ndjamena et Abéché, d’un contrôle policier permanent et de la découverte de pétrole dans le sud du pays en 2002, parvient à se maintenir au pouvoir jusqu’à ce jour. Et ce malgré les nombreuses tentatives des milices rebelles, entre autres animés par son propre neveu !

 

Outre ces trahisons ethniques et familiales, Déby doit faire face à l’hostilité du Soudan. Les opposants au régime de Khartoum, ont en effet trouvé refuge dans le homeland des Zaghawa, à la frontière du Darfour. Incapable de maitriser ces miliciens, Déby suscite la colère du Soudan qui décide d’armer les opposants au régime tchadien. Ces derniers, par deux fois, en octobre 2006 et février 2008, tentent de s’emparer de Ndjamena, sans succès.

C’est dans ce climat de coup d’état permanent, que Sonia Rolley, après plusieurs séjours au Sénégal, en République Démocratique du Congo et au Rwanda, dont elle se fit expulser, pose ses bagages à Ndjamena, la capitale tchadienne. Elle tisse progressivement un réseau de connaissances aussi bien dans les arcanes du pouvoir local, qu’au sein des milieux français et des milices rebelles.

 

Animé par une éthique sans faille, la jeune journaliste froisse très vite les autorités locales en évoquant la présence d’enfants soldats au sein de l’ANT (Armée Nationale Tchadienne), en relatant les difficultés de cette dernière à maitriser sur le terrain les miliciens rebelles ou en mettant en avant la corruption endémique du régime, aggravée par la découverte de pétrole au sud du pays.

Elle se créée également de fortes inimitiés au sein de l’Ambassade de France, notamment par son traitement de l’affaire de l’Arche de Zoé, mettant en avant les ambiguïtés de la diplomatie française.

 

Prise entre le marteau et l’enclume, Sonia Rolley se voit obligée de quitter le pays en 2008, à l’issue de la dernière tentative rebelle de prise de Ndjamena. Avec amertume, elle rappelle que le Quai d’Orsay est l’organisme de tutelle de son employeur RFI.

 

Riche de cette expérience, Sonia Rolley nous livre un témoignage passionnant sur un pays mythique, maillon central de la Françafrique, mettant en avant son amour d’un continent ravagé par l’avidité des puissances capitalistes. Elle montre paradoxalement l’attachement irrationnel de la France au Tchad, car outre la présence de sociétés dans le secteur des infrastructures, les intérêts économiques de l’hexagone sont extrêmement limités, la rare richesse du pays, le pétrole, lui échappant, exploité par un consortium américano-malaisien…

 

Laurence Siran, pour Mecanopolis

 

 

http://www.mecanopolis.org/?p=20854

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Published by Eva R-sistons - dans Luttes d'influences
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