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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 00:31


23 septembre 2010

Le défi de la terre nourricière

J'ai donné hier (lundi 20 septembre) une conférence de presse à Paris avec Olivier de Schutter, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, sur la volatilité des prix des matières premières agricoles, le rôle de la spéculation sur cette dernière et les mesures qui permettraient de lutter véritablement contre la faim dans le monde en régulant les marchés financiers. Vous pouvez notamment trouver ici la dépêche qui a été diffusée par l'AFP.

 

J'aurai en outre l'occasion de développer davantage la problématique de l'alimentation dans les prochains jours. En effet j'ai été invitée par Edgar Morin à participer à l'Université d'été de son Institut, l'Institut International de Recherches - Politique de Civilisation (IIRPC), qui se tiendra à Poitiers du 27 au 30 septembre. J'interviendrai à ses côtés, avec également Philippe Desbrosses et Hervé Kempf, autour de cette question : "Comment relever le défi de la Terre nourricière ?". J'indique ici de façon lacunaire les quelques pistes de réflexion que je pense aborder. Vous pouvez également les retrouver en accès libre sur le "journal participatif" mis en place par l'IIRPC sur le site de Mediapart, où sont progressivement mis en ligne les contributions de nombreux intervenants (suivre ce lien).

 

La notion de « Terre nourricière » me fait spontanément penser à trois éléments tout à la fois distincts et imbriqués les uns dans les autres : notre rapport à l’environnement, la gestion des ressources naturelles, et la lutte contre les inégalités dans l’accès à ces ressources.

 

1. Notre rapport à l’environnement

Le premier élément auquel cette notion renvoie, c’est la domestication de cette terre ; une domestication que nous avons voulu étendre sans cesse depuis la sédentarisation de l’Homme. Elle a évidemment apporté au fil des siècles son lot de progrès et d’améliorations. Mais elle s’est aussi soldé par des prises de risques technologiques de plus en plus improbables, ou encore par des manipulations du vivant de plus en plus importantes et de moins en moins responsables (CF. par exemple le développement des OGM).

Au final, un certain nombre de dérives nous ont ainsi fait oublier que l’Homme est bien plus une partie intégrante de son environnement qu’il n’en est le maître, contrairement il est vrai aux rêves les plus anciens de certaines de ses cultures. Ce qui se traduit par l’apparition de nouvelles menaces, de nouveaux déséquilibres, de risques sanitaires parfois inédits et souvent extrêmement importants ; et donc à la mise en danger de cette Terre nourricière elle-même, et de ceux qui la peuplent. D’un côté, les produits de la terre, les aliments sont bien plus surveillés et bien mieux conservés qu’auparavant ; en tous cas, dans certaines parties du monde. De l’autre, de nouvelles épidémies, de nouvelles maladies voient le jour, parfois directement en raison de l’activité humaine. Cela dépasse d’ailleurs de loin la seule agriculture, puisque les pollutions qu’induit l’industrie y sont aussi pour beaucoup.

Et si les alertes que nous envoie la nature se font souvent plus graves et plus importantes que les précédentes (on peut penser à la crise de la vache folle, à l’usage intensif des pesticides et à ses conséquences sur la santé humaine, aux marées noires du golfe du Mexique ou du delta du Niger et à leurs retombées…), nous tardons manifestement à en tirer les conséquences.

 

2. La gestion des ressources naturelles

Le second élément renvoie à la finitude de cet environnement déjà maltraité. Les ressources naturelles ne sont pas toutes renouvelables à l’infini, loin de là. Et parmi celles que nous maltraitons le plus, il y en a qui font évidemment partie de la chaîne alimentaire. C’est en particulier le cas de la ressource halieutique, dont la gestion – ou plutôt dans bien des cas la surexploitation – est régulièrement dénoncée par les scientifiques et fait la une des médias, à l’occasion de tel ou tel conflit, parfois très dur, entre les autorités nationales, les pêcheurs et « Bruxelles » autour des fameux quotas. La grande pêche industrielle pratiquée par et pour quelques puissances – France, Espagne, Japon, Etats-Unis… – mettant alors à mal l’indispensable biodiversité, ainsi que le bien-être de pays entiers, puisque le poisson qui leur est confisqué constitue parfois la principale source de protéines de leurs ressortissants.

 

3. Les inégalités

Le troisième élément fait directement suite à ce qui précède. C’est l’injustice terrible que représente l’inégalité d’accès à ces ressources, selon que l’on est pauvre ou riche, selon que l’on habite dans un pays industrialisé ou dans un pays « en voie de développement ». Comme le rappelle régulièrement, parmi d’autres, l’agronome Marc Dufumier, cette planète compte un milliard d’habitants souffrant de la faim, pour ne pas pouvoir bénéficier d’environ 200 kilogrammes d’alimentation végétale par an (l’équivalent en la matière du « seuil de pauvreté »). Ceci alors même que l’on produit environ 330 kilogrammes de cette alimentation par personne chaque année, aujourd’hui, et que l’excédent reste hors de leur portée pour de nombreuses raisons – qu’il soit utilisé pour nourrir le bétail des pays riches, pour produire du carburant, ou qu’il voit son prix grimper du fait de la spéculation.

Sans oublier la destruction d’équilibres sociaux, économiques et agricoles entiers du fait de l’importation inadaptée et dépourvue de réflexion de techniques considérées comme plus « avancées », parce que plus industrielles.

Sans oublier non plus l’inégalité en matière d’accès à une nourriture de qualité : ce n’est un secret pour personne, la malnutrition, comme la sous-nutrition, touche d’abord et avant tout les catégories les plus pauvres de la population.

 

On ne pourra relever le défi de la Terre nourricière qu’en apportant une réponse satisfaisante à ces trois problèmes : la redéfinition de ce que doit être notre propre rapport à l’environnement, une meilleure gestion des ressources naturelles, et une meilleure prise en compte des inégalités auxquelles tout ceci renvoie. L’Union européenne, comme puissance et comme espace politique, peut constituer l’un des principaux acteurs de cette transformation nécessaire, pour peu qu’elle revienne en profondeur sur certaines de ses politiques. En particulier, ses politiques commerciales et sa politique agricole commune, laquelle doit justement être revue à l’horizon 2013, jouent un rôle considérable en la matière ; un rôle qui n’est hélas aujourd’hui pas le bon.

Relocaliser l’économie, et en particulier l’économie agricole, développer une agriculture plus respectueuse de l’environnement (notamment via le biologique), revenir sur les scandaleux accords de pêche conclus par l’Union européenne avec un grand nombre de pays en développement et réfléchir à la reconversion des personnes concernées, interdire la spéculation sur des produits comme les matières premières agricoles… sont autant de pistes qu’il faudra bien mettre un jour en application.

 

http://evajoly.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/08/26/le-defi-de-la-terre-nourriciere.html

 

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Published by Eva R-sistons - dans Alternatives au Système
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