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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 09:14
samedi 8 janvier 2011
par Jean-Yves CREVEL
sur le web : video
Le 8 décembre 2010, au Palais des Nations de Genève, à l’occasion d’un débat intitulé “L’impact de la crise financière sur la gouvernance économique mondiale ”, devant l’élite acquise à la nécessité des méfaits de la mondialisation, Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy ont procédé à une importante mise à jour de la vulgate à répandre parmi les médias et les classes dirigeantes, puis à servir aux peuples. Décodage :

Extraits du discours de Dominique Stauss-Kahn, Directeur général du FMI

« La crise financière trouve son origine dans une mauvaise gouvernance (...) »

Donc, selon DSK, seuls les gouvernements seraient responsables. Pas un mot sur les banquiers, ni sur les réelles raisons de la crise. Et pour cause : ce n’est pas lui qui va avouer que cette crise n’est que le résultat de la dérégulation économique et financière imposée par la mondialisation ! Il s’agit au contraire d’exonérer à la fois ses amis banquiers associés aux mondialisateurs et ce processus destructeur qu’il entend mener à son terme.

« Il est intéressant de voir que, aux États-Unis, le niveau des inégalités de revenus, juste avant la crise financière, avait retrouvé le niveau des inégalités , juste avant la crise de 29, comme si cette tension inégalitaire était aussi un des éléments de l’explosion du système (...) »

A l’écouter distraitement, le commun des mortels pourrait croire que le grand argentier socialiste regrette cette tension inégalitaire. Grave erreur : comme par ailleurs, il condamne le système qui a explosé à cause des « tensions inégalitaires », il passe discrètement le message aux initiés : « Vive les tensions inégalitaires ! Grâce à elles, les institutions supranationales vont pouvoir confisquer aux états la réalité du pouvoir ! » CQFD.

« La raison pour laquelle il faut la stabilité économique et financière, c’est que c’est la condition de la paix.

La communauté internationale doit choisir. Ce n’est pas un choix à faire dans les jours qui viennent, mais c’est un choix à faire dans les semaines, tout au plus, dans les mois qui viennent. »

La menace est on ne peut plus claire : soit les gouvernements acceptent de nous remettre le pouvoir IMMÉDIATEMENT (« dans les semaines qui viennent »), soit c’est LA GUERRE ! (« c’est la condition de la paix »)

« Ou bien cette communauté internationale veut œuvrer pour mettre en place un nouveau modèle de croissance pour un monde nouveau, différent du modèle de croissance qu’on avait avant la crise et qui a montré ses limites. 

Ou bien cette communauté internationale choisit l’immobilisme, le repli sur des positions nationales, sur des solutions nationales et au bout du compte, prend le risque d’année d’instabilité économique créant ainsi le terreau pour une nouvelle crise.

Mais si le choix est fait, et dans les discours c’est celui que chacun fait, si le choix est fait d’un nouveau modèle de croissance, alors il impose un nouveau modèle de gouvernance, c’est à dire qu’il impose de reconnaître que, certes les entreprises sont devenues, pour certaines d’entre elles, à la taille de la planète, il faut que l’expression publique, la force de la démocratie, la traduction de la volonté des peuples, puissent se faire aussi à l’échelle de la planète et c’est bien à ce moment là, de gouvernance économique et financière mondiale dont nous avons besoin. »

Du très grand art !
oser parler de :

-  l’expression publique,

-  la force de la démocratie,

-  la traduction de la volonté des peuples,

... pour museler les médias, vider de leur substance les démocraties, se moquer de la volonté des peuples qui hurlent à l’injustice quand le FMI et l’OMC leur impose un violent appauvrissement pour le compte des banquiers faillis, c’est très couillu !

 


Extraits du discours de Pascal Lamy, Directeur général de l’OMC

« Dans l’histoire moderne, les crises ont été à la fois la conséquence d’échecs de gouvernance et la cause de progrès de gouvernance, et cette leçon vaut aussi bien au plan international qu’au plan national, si on veut bien considérer les conflits armés comme des formes ultimes de crise. »

Après DSK, Pascal Lamy se doit d’aller plus loin, plus fort. D’entrée, il explique le bienfait des crise et des conflits armés. Le ton est donné.

« Eh bien, cette leçon s’applique aussi à la crise financière mondiale qui a éclaté en 2007-2008, et ma thèse, qui est proche de celle que vient de développer DSK - surprise-surprise (sic)- ma thèse est que cette crise trouve son origine dans les désordres qui ont progressivement affecté l’ordre institué au lendemain de la 2nde guerre mondiale, mais aussi que cette crise offre l’opportunité de construire une cohérence dans la gouvernance économique globale. »(...)

Bref, selon Pascal Lamy, vive la crise !

« La globalisation ne peut être maîtrisée que si l’interdépendance est reconnue comme posant des limites à l’autonomie et à la souveraineté des nations. »

Faisant écho à DSK qui se réjouissait que « dans les discours c’est celui que chacun fait »(le choix de la mondialisation) Pascal Lamy explique que les gouvernements qui ont accepté la globalisation doivent en tirer pour conséquence la perte de leur souveraineté et de leur autonomie

« Si le niveau de contraintes collectives doit être établi au minimum en fonction du bon vieux principe de subsidiarité, ce minimum n’est plus celui d’antan, celui du monde westphalien, il implique davantage de renoncement explicite à la souveraineté nationale. »

la référence au principe religieux de subsidiarité prend tout son sens : c’est au nom de ce principe papal qu’on supprime les pouvoirs intermédiaires pour finalement exposer des individus au seul bon vouloir d’un pouvoir de droit divin

« Alors pourquoi accepter ces renoncements, me dira-t’on, au risque d’affaiblir dangereusement les garanties de sécurité, de solidarité qu’offre la souveraineté nationale ?

Eh bien tout simplement parce que ces garanties indispensables sont devenues illusoires, et parce qu’elles sont désormais mieux assurés par le partage de la souveraineté. »

La mise en concurrence sauvage des peuples, la dérégulation totale qui a produit la crise, le racket organisé des états jusqu’à leurs faillites sont bien le résultat du « partage de la souveraineté » déjà opéré depuis les accords de Marrakech et la mise en place de l’OMC, tour de contrôle de la globalisation. Y voir la meilleure façon de « garantir la sécurité et la solidarité » serait très drôle si ce n’était pas si grave.

 

 

 

CONCLUSION :

Que ces deux personnages, en théorie parmi les plus puissants au monde, soient réduits à tenir des discours terroristes (au vrai sens du terme, "Le terrorisme désigne l’emploi de la terreur le plus souvent à des fins politiques. Si historiquement le terme désigne le régime politique sous la Terreur pendant la Révolution française, son usage se transforme au cours du XIXe siècle pour désigner la violence politique" [définition Wikipédia]) constitue en réalité un terrible aveu de faiblesse et d’échec. C’est bien la faillite de la mondialisation et la violence du rejet populaire qu’elle inspire qui les conduisent à ces égarements.

 

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