Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 02:55

Vers la stratégie alpha

Billets d'auteur - Economie
1929 Faut-il trembler pour ses placements à la banque ?

Réponse : oui.

En dépit de leurs bénéfices souvent plus que confortables depuis dix ans, beaucoup de groupes bancaires français sont fragiles. Les récentes augmentations de capital de BNP-Paribas (4,3 milliards d’euros) et de la Société Générale (4,8 milliards d'euros) eurent pour motivation officielle le remboursement des aides d’Etat. Outre que cela revient à dire qu’on recourt à l’épargne publique pour refinancer indirectement un Etat surendetté, ce qui en soi est déjà assez malsain, ce n’est de toute façon pas la raison réelle. La raison officieuse, mais assez évidente, est plutôt à chercher du côté des très mauvais ratios dettes sur capitaux propres de ces établissements, lesquels ont eu recours, depuis dix ans, à des effets de levier phénoménaux.

Ce ratio, en bonne gestion, ne doit pas excéder, pour une banque, le niveau approximatif de 10. Or, il avoisine 30 pour les grandes banques françaises.  On a calculé que pour leur redonner une structure de bilan stable, il faudrait injecter au bas mot 200 milliards d’euros de capitaux propres. Autant dire que les augmentations annoncées récemment ne sont qu’une goutte d’eau par rapport à l’ampleur réelle du problème.

On objectera qu’en regard de leurs dettes, ces établissements possèdent des actifs colossaux. C’est vrai. Mais comme ces actifs renvoient pour l’essentiel à des créances sur des acteurs économiques eux-mêmes surendettés (ménages, entreprises, Etat), les banques françaises sont potentiellement le fusible qui, en sautant, apurera tôt ou tard l’énorme bulle de l’endettement. En France, comme ailleurs en Europe, au demeurant (les banques allemandes sont tout aussi fragiles). Petit rappel : en Europe, sans parler des produits dérivés, le total des dettes des acteurs économiques non financiers avoisine trois années de PIB, et demande donc, sur le marché mondial, une rémunération réelle (hors inflation) égale à environ 8 % du PIB. Alors que la croissance réelle plafonne à 2 %, quand tout va bien. Faites les comptes vous-mêmes, vous verrez tout de suite comment ça va se terminer. Inflation probablement, implosion déflationniste sinon. Faites vos jeux.

Sommes-nous donc, en réalité, dans la même situation que les Etats-Unis ? Oui, avec une nuance. Les banques américaines ont des ratios dettes sur capitaux propres moins dégradés (malgré leur utilisation délirante de l’effet de levier). Aucun mystère : les banques américaines ont été recapitalisées par divers canaux, qui tous prennent leur source dans la capacité qu’ont encore les Etats-Unis de « fabriquer » du dollar sans trop y regarder. C'est-à-dire qu’Outre Atlantique, le financement des banques a été fait par la planche à billets (alors que chez nous, on a préféré laissé se dégrader le ratio dettes sur capitaux propres). Il n’est nul besoin d’être grand clerc pour deviner que tôt ou tard, le système américain sautera avec le dollar, et le système européen avec les banques. Pour l’instant, les Américains espèrent s’en sortir en musclant leurs prédateurs bancaires (le dollar jouant, à la gonflette financière, le rôle des anabolisants). Et les Européens espèrent s’en sortir… par miracle. Tout cela n’aura qu’un temps.

Peut-on prévoir quand et comment la chute va advenir ?

Réponse : non.

Les analystes financiers se livrent à de savants calculs sur la solidité des bilans des diverses banques. C’est bien gentil, ça rassure l’investisseur, mais en réalité, ça ne sert à rien. Pour deux raisons. La première raison, c’est que dans une économie où environ 10 000 milliards de dollars se baladent dans les paradis fiscaux, souvent planqués dans des « special purpose entities » situées dans la zone grise du périmètre de consolidation des bilans bancaires, les documents de synthèse présentés par les grands établissements ont à peu près la même crédibilité que les comptes officiels de la famille Gambino. La seconde raison, c’est que depuis les affaires Bear Sterns et Lehman Brothers, on sait que les banques qui sautent ne sont pas celles qui ont les bilans les plus compromis, mais celles que les autorités ont décidé de sacrifier. On sait maintenant que la faillite Bear Sterns a été programmée, et on subodore que le lâchage de Lehman fut une décision politique.

En réalité, voici ce qui se passe : le système est arrivé au bout de son rouleau. Le schéma de Ponzi de l’endettement est sur le point de se retourner. Au fur et à mesure que le retournement se produit, les décideurs doivent sacrifier certains éléments du système pour essayer de sauver le reste. Employons une image : c’est un jeu de chaises musicales : de trimestre en trimestre, il y a de moins en moins de solvabilité, et de plus en plus de dettes. Pour sauver ce qui reste de crédibilité à la machine, il faut donc « faire sauter » des acteurs, afin de passer certaines dettes par pertes et profits. Dans les années qui viennent, des deux côtés de l’Atlantique, le nombre de chaises ne cessera de diminuer. A intervalles réguliers, le régulateur sifflera, et certains acteurs ne pourront pas s’asseoir. Ce ne seront pas nécessairement les plus faibles. Ce seront ceux que le régulateur aura décidé d’éliminer, car en déterminant la position des chaises et l’instant du coup de sifflet, il choisit de facto les sacrifiés. Conclusion : n’essayez pas de savoir quelle banque va sauter à quel moment. A moins d’être introduit dans les hautes sphères et d’être au courant de ce qui s’y trame, vous ne pouvez rien prévoir.

Peut-on quand même savoir à quelle vitesse les chaises vont disparaître ? Difficilement.

Là encore, la cadence du jeu dépendra des décisions prises par les régulateurs, aux Etats-Unis, en Europe, mais aussi en Asie. Outre Atlantique, la question est de savoir si le dollar va conserver son statut de monnaie de réserve mondiale. Si un jour (j’ai failli écrire « le jour où ») il perdra ce statut, le système financier américain implosera complètement. A ce moment-là, les dirigeants de la première puissance mondiale auront le choix entre trois solutions : faire la guerre (pour relancer la machine), lancer l’inflation (pour effacer les dettes), laisser le système bancaire imploser (en arrêtant de le refinancer). Nous ne savons pas quelle décision ils prendront. Pour l’instant, ils ont l’air de s’orienter vers l’inflation. Mais ça peut ne pas durer.

La question de savoir si et quand le dollar perdra son statut dépend des interactions entre plusieurs acteurs géostratégiques. La situation actuelle, sur ce plan, n’est pas sans évoquer une partie de Monopoly une fois les négociations secrètes lancées. Dans les coulisses, ça discute ferme. Tout le monde se positionne en vue du nouvel ordre qui jaillira une fois la faillite consommée, mais personne ne communique franchement sur le positionnement qu’il adopte. On sait simplement que la Chine cherche désespérément à sortir du dollar (et qu’elle y arrive peu à peu). On constate que l’alliance sino-russe ne cesse de s’approfondir (ce qui veut dire que les échéances sont peut-être proches). Et on reçoit, de la part des européens, des messages complètement contradictoires et incompréhensibles pour le commun des mortels (sans doute parce qu’il n’y a rien à comprendre). Il faut se rendre à l’évidence : nous n’avons pas assez d’information pour savoir quand, à quelle vitesse et comment, l’actuel système, à bout de souffle, va s’effondrer.

Tout ce que nous savons, c’est que tôt ou tard, il va s’écrouler. Les économies occidentales ont quatre fois plus de dettes que leurs acteurs économiques ne pourront en rembourser. Le dollar représente 65 % des réserves des banques centrales, mais il ne pèse déjà plus que 35 % de leurs achats. L’implosion de l’Empire a commencé. Ne vous fiez pas au calme de nos rivages : au loin, un tsunami, invisible, a déjà commencé à déferler.

Que se passera-t-il au moment de l’effondrement ?

Pour les européens, donc pour les Français, l’effondrement ne prendra pas la même forme selon le rapport de forces qui existera, à ce moment-là, entre les USA et l’Europe. Si les USA ont les moyens d’imposer leur volonté, l’inflation US probable sera massivement importée en Europe, la zone euro explosant après une période de surévaluation de l’euro qui ruinera nos industries et entraînera dans l’Europe latine des déficits budgétaires abyssaux. Dans le cas contraire, nos dirigeants pourront décider de la manière de traiter le problème. A tous points de vue, il serait préférable pour nous qu’ils se coordonnent et préparent une sortie de crise via une stagflation raisonnable, permettant d’éviter l’implosion du système bancaire. Mais ce n’est pas du tout garanti. L’Europe est dirigée par l’Amiral du porte-avion USS Britain (Brown) et deux marionnettes des intérêts mondialistes (Sarkozy et Merkel), avec l’inénarrable Berlusconi dans le rôle du Duce de carnaval. Pendant ce temps, Wall St. s’active, en coulisse, et la BCE ressemble à une forteresse vide. C’est dramatique : nous avons toutes les cartes en main pour sortir de la dépendance US, et nous ne les jouons pas, alors que les USA, pour se sauver eux-mêmes, sont tout prêts à nous sacrifier.

Quoi qu’il en soit, si vous avez des liquidités à la banque, vous allez en être de votre poche. En cas de stagflation « bien gérée » par nos dirigeants, parce que vos liquidités perdront de la valeur. Et en cas d’effondrement (piloté à distance depuis les USA), parce que les banques fermeront, et votre argent aura disparu. Ceux qui pensent que c’est là un scénario absurde sont chaleureusement invités à étudier ce qui s’est passé en Argentine en 2000. Et l’on remarquera au passage qu’un euro surévalué en 2010 nous place potentiellement, dans l’Euroland 2011-2012, dans la position peu enviable d’Argentine latente (renseignez-vous sur la décennie 1990 en Amérique Latine).

Si vous détenez des actions, les données du problème sont un peu différentes. Vous pouvez évidemment prendre des paris (ultra-risqués). Cela dit, il est clair que l’actuel niveau des places boursières a été gonflé artificiellement (d’une part par l’énorme injection de liquidité opérée depuis deux ans, d’autre part par des manipulations diverses, via l’utilisation de l’effet de levier par les acteurs spécialisés – rappelons que si les bourses sont hautes, les volumes d’affaires sont actuellement plutôt bas). Par ailleurs, sans entrer dans les détails techniques, la valorisation des actions est déduite du niveau des taux d’intérêt : quand les taux sont bas, les actions montent. Or, actuellement, les taux sont au plancher (il n’est donc pas étonnant que les actions soient au plafond). Comme les USA, quoi qu’ils en disent, ne pourront pas très longtemps conserver ces taux d’intérêt bas (problème prévisible de financement à l’horizon 2010-2011, risque d’effondrement du dollar), les taux vont forcément remonter – et les actions devraient, en conséquence, plonger. Donc, en tout état de cause, si vous avez des actions actuellement, je vous conseille de les vendre avant que n’arrive la très probable deuxième vague du krach (quand on s’apercevra que derrière la reprise de l’économie spéculative pure, il n’y a pratiquement aucune reprise de l’économie réelle).

En somme, ni actions, ni liquidités.

Alors, me direz-vous, faut-il acheter de l’or ?

Ici, ma réponse est nuancée. Si vous êtes certain de ne pas avoir à revendre cet or en catastrophe, vous pouvez y aller. Mais attention : seulement si vous êtes certain de pouvoir choisir la date de revente. A long terme, la montée des métaux précieux paraît certaine. Etant donné que l’argent-dette qui remplit nos comptes en banque ne vaudra bientôt plus que ce que vaut une dette irrécouvrable, les valeurs refuge vont grimper – donc en premier lieu, l’or-métal (et l’argent-métal).

En revanche, si vous n’êtes pas certain de pouvoir conserver cet or-métal ou cet argent-métal indéfiniment, je vous déconseille de vous risquer sur ces marchés. Le cours des métaux précieux est en effet, pour la Réserve Fédérale, une question cruciale. Les Américains feront tout, dans les mois qui viennent, pour le maîtriser. Une envolée de l’or pourrait bien annoncer la fin du dollar, et les USA conservent une énorme capacité de manipulation sur les marchés. Il est donc possible que la montée de l’or ne soit, dans la période qui s’ouvre, traversée de « trous d’air » impressionnants. Malheur à vous si vous êtes obligés de revendre au milieu d’un de ces « trous d’air » ! (inversement, vous pouvez aussi guetter les cours pour acheter pendant un trou d’air).

Quant à la question de savoir si vous devez acheter l’or ou l’argent anonymement, ou les déclarer pour bénéficier de certains avantages fiscaux, elle renvoie à votre anticipation quant à la nature du régime qui se mettra en place une fois l’effondrement consommé. Si vous vous attendez à un pouvoir prêt à décréter comme Roosevelt la spoliation des détenteurs, mieux vaut ne pas déclarer. Sinon, à vos risques et périls…

Vers la stratégie Alpha

Cela étant, la détention d’or-métal n’est pas la stratégie qui me paraît la plus raisonnable.

En 1980, un survivaliste américain, John Pugsley, publia un petit bouquin intitulé « la stratégie alpha » (http://www.biorationalinstitute.com/zcontent/alpha_strategy.pdf). Il y expliquait en substance que dans un environnement financier où la catastrophe est certaine, mais ses modalités imprévisibles, la seule stratégie sensée était d’investir uniquement dans la valeur d’usage. Tout simplement parce que quand les valeurs d’échange renvoient à un signifiant monétaire totalement vide, les choses n’ont plus qu’une valeur d’usage.

Il déconseillait donc la spéculation, et appelait ses compatriotes à se préparer à faire fonctionner leur économie propre en totale déconnexion d’avec l’économie financiarisée globale. Il recommandait, comme objectif prioritaire, l’hétéronomie maximale. Sans aller jusqu’à l’autarcie, il prônait le développement de capacités autarciques. Il convenait donc selon lui que de petites entités, éventuellement constituées par un ménage unique, se dotent d’une capacité de production autonome de tout ce dont elles avaient besoin pour vivre décemment. En clair : de la terre fertile, des murs solides, un puits, des outils faciles à entretenir, en particulier ceux nécessaires pour fonctionner si besoin en autarcie, et, last but not least, des compétences pour savoir utiliser ces outils.

Voilà, selon lui, les investissements les plus raisonnables d’un ménage de la classe moyenne américaine, dans un contexte économique rendu totalement imprévisible par la FED. A quoi il ajoutait, si et seulement si des disponibilités restaient, l’acquisition de biens qui, dans une situation de chaos économique total, conservent nécessairement une valeur d’échange parce qu’ils sont non périssables, faciles à transporter et indispensables. Il y incluait les objets de valeur relativement stable (bijoux, pierres précieuses, par exemple), ainsi que les matières premières peu volumineuses comme les métaux précieux ou non (des minerais relativement rares comme l’étain ou le nickel, par exemple, possèdent une valeur intrinsèque liée à leur usage, sans « prime financière » à la différence de l’or).

Dans le contexte actuel, les propositions de ce survivaliste des années 80 me paraissent tout à fait sensées.


[Texte initialement publié sur Fdesouche Economie]
http://www.scriptoblog.com/index.php?option=com_content&view=article&id=375:vers-la-strategie-alpha&catid=39:economie&Itemid=54

Partager cet article

Published by Eva R-sistons - dans Tuyaux finance
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche