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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 05:28

Rafle de Juifs à Paris

Rafle de Juifs à Paris. Source : DR

 

FRANCE : Le temps des rafles est revenu…

par Daniel Vanhove

Le 11 septembre 2010

Non, les décisions du gouvernement français en matière de renvoi des Roms hors des frontières de l’hexagone ne tiennent pas du fait divers, ni ne sont un épiphénomène. Mais, elles sont l’illustration supplémentaire d’une politique gouvernementale discriminatoire, venant s’ajouter à la longue liste de décisions déjà plus que suspectes en matière d’identité nationale, initiées par un descendant d’immigré hongrois : Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa …

De la création de ce nouveau ministère de « l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire » jusqu’à l’expulsion manu militari de certains Roms après avoir saccagé leurs pathétiques et misérables campements à coups de pelleteuse mécanique, cette lente dérive sous de faux prétextes sécuritaires s’inscrit dans une même logique d’exclusion qui exsude les relents d’une xénophobie de plus en plus difficile à camoufler. En d’autres temps, cela s’appelait des rafles !

Des déclarations franchement racistes du ministre Brice Hortefeux quant au problème causés par les Arabes dès qu’il y en a plus d’un, à celles qui se banalisent sur les ondes à travers les interventions populistes d’un Eric Zemmour qui s’affranchit à mesure d’un applaudimètre en hausse, il faut être autiste pour ne pas voir la discrimination qui s’installe dès lors que du sommet de l’Etat jusqu’aux égouts des médias de tels discours odieux se multiplient… impunément.

Il y a peu, si de tels propos émanant de personnalités de l’extrême-droite n’avaient rien de surprenant, il ne fallait pas attendre bien longtemps pour qu’ils soient fermement condamnés par l’ensemble des partis démocratiques et des citoyens qui s’en réclament. Ces haïssables attaques venaient d’ailleurs nous rappeler  que la bête immonde veille et qu’il convient de rester vigilent, car elle est et restera toujours à combattre. Et la leçon à tirer de ces derniers évènements désastreux nous indique qu’il ne faut pas grand-chose pour qu’elle se réveille. Comme par exemple et de manière presque anodine, une crise socio-économique un peu longue, dont l’absence de mesures adéquates et équitables pour la juguler, facilite le détournement de l’attention du peuple en stigmatisant ceux qui « profiteraient » du système social avantageux dans quelque pays européen, et libère alors toutes les frustrations rentrées dont souffrent nombre de citoyens souvent eux-mêmes précarisés. L’autre, l’étranger devenant ainsi une menace fantasmée pour son propre confort. D’ailleurs, ceux-là ne nous volent-ils pas notre travail, notre pain, nos femmes, nos pensions ?…

C’est oublier bien vite que l’on est toujours, quelque part, un étranger… pour l’autre ! Et qu’ainsi, après les « immigrés » supposés profiter de « notre » système, viendra le tour des chômeurs de longue durée ; puis, certains n’hésiteront pas à se pencher sur le cas des grands malades ou des handicapés, déclarant qu’ils coûtent trop cher à la collectivité. Puis viendront les trop vieux dont il sera établi qu’ils sont condamnés à brève échéance ; puis les sidéens dont la trithérapie sera déclarée impayable ; et ainsi de suite dans un fichier classé « secret d’Etat » que gèrera une cellule discrète d’un ministère obscur, et qui n’est pas sans rappeler les pires dérives dont l’Europe s’est montrée redoutablement capable…

Il semble décidément bien loin le temps où l’idéal de la France était résumé par les trois mots de sa devise nationale qui ont franchi les océans : Liberté, Egalité, Fraternité… et symbolisé la lutte de populations pour se libérer de leur oppression. Comme semble loin aussi le courageux discours à l’ONU du Ministre des Affaires étrangères de l’époque Dominique de Villepin, se dressant face à l’empire américain contre l’illégale invasion de l’Irak début 2003. Entre ce discours magnifiant les qualités humaines de loyauté, de solidarité, de courage, et du respect de sa part d’humanité en chaque individu, et ceux discriminant, dégradant et excluant de l’actuel roitelet de l’Elysée, il y a autant de différence qu’entre la dignité humaine et sa vulgarité la plus tragique.

Face à de telles dérives, j’invite tout un chacun à se questionner vraiment sur le sens de l’exaltation d’une identité nationale à tout crin, en posant cette question simple : faut-il se sentir fier d’être Français, Marocain, Russe, Américain ou Chinois, alors que chacun naît au hasard d’un lieu, d’une époque, d’une culture, d’une famille qu’il n’a pas choisi et qu’il n’y a donc là aucun mérite ? Et dans la foulée, faut-il se sentir fier d’être chrétien, juif, musulman ou bouddhiste, quand ce n’est pas homosexuel, ou blanc, métisse ou noir, et quand là non plus, il ne s’agit ni de choix, ni de mérite, mais d’occurrence ?

Devant tant d’arrogance et à vrai dire de bêtise, je voudrais rappeler la note suivante : « J’estime tous les hommes mes compatriotes, et embrasse un Polonais comme un Français, postposant cette liaison nationale à l’universelle et commune ». Propos tenus il y a plus de… 400 ans, par Montaigne (1533-1592), écrivain, philosophe, auteur français mondialement reconnu pour ses Essais, et accessoirement homme politique, dont Voltaire (1694-1778) dira qu’il était un savant dans un siècle d’ignorance, et dont nombre d’élus actuels devraient dès lors méditer les propos… d’urgence !

 

Daniel Vanhove : Observateur civil, auteur.
Son dernier livre : La Démocratie Mensonge, Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire, 2008.

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=21002

 

 

 

Les rafles de Juifs avant celles de Roms,

de biens tristes souvenirs:

 

Il y a 60 ans : les grandes rafles de Juifs en France

Les arrestations de Juifs, en 1940, sont individuelles et concernent surtout des hommes, étrangers ou apatrides. Elles ne suscitent donc ni réprobation ni dénonciations unanimes. Quand les arrestations deviennent collectives et n'épargnent plus les Juifs français, les femmes et les enfants, l'opinion évolue.

L'évolution est d'abord lente mais s'accélère avec la rafle du Vél d'Hiv et les grandes rafles de l'été 1942 en "zone libre". On peut même dire que ces rafles provoquent un retournement de l'opinion publique en faveur des proscrits. Elles marquent aussi un début de désaffection à l'égard du régime de Vichy.

Une radicalisation de la politique anti-juive

En effet, à la suite de ces rafles, Vichy est perçu comme totalement inféodé aux occupants, même parmi les antisémites et les partisans d'une collaboration politique très poussée. Outre l'alignement de la France sur l'Allemagne nazie, les grandes rafles de l'été 1942 mettent en évidence une radicalisation de la politique anti-juive. C'est en effet la première fois que des rafles prennent une telle ampleur en France et qu'elles visent indifféremment des hommes et des femmes, des vieillards et de jeunes enfants. À partir de l'été 1942, ce sont désormais tous les Juifs de France, sans distinction de sexe, d'âge ou de nationalité, qui sont menacés. Et la menace est très sérieuse puisque les arrestations débouchent, dans la plupart des cas, sur des déportations vers une destination inconnue, hors du territoire national.
L'opinion publique apparaît troublée par cette radicalisation et exprime aussi sa réprobation. Comment accepter en effet la succession de scènes d'horreur qui accompagnent les rafles, en particulier les cris et les pleurs des jeunes enfants lorsqu'ils sont arrachés à leurs parents ? Davantage que les arrestations, ce sont ces scènes qui provoquent traumatisme et réprobation dans l'opinion, tant d'ailleurs en France qu'à l'étranger. Les réactions sont si nombreuses et si négatives que l'assise même du régime de Vichy en est ébranlée. Une année auparavant les rafles de Juifs n'avaient pas provoqué une telle émotion.
Rafle de Juifs à Paris
Rafle de Juifs à Paris. Source : DR

Les rafles de 1941

La première, organisée à Paris au printemps 1941, a été menée il est vrai sans publicité, presque clandestinement. Elle concerne 6 494 hommes âgés de 18 à 60 ans, exclusivement des Juifs étrangers qui, plusieurs mois après le recensement de la fin 1940, ont reçu un simple "billet vert" à leur domicile. Ce billet les invite en termes laconiques à se présenter, le 14 mai 1941, pour "examen de situation", accompagnés d'un parent ou d'un ami dans quelques centres parisiens. Cette convocation s'avère être un piège et "l'examen" se transforme en arrestation pour 3 747 hommes. Internés, ces derniers sont acheminés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret, où ils restent pour la plupart plusieurs mois, jusqu'aux premières déportations.
Une seconde arrestation collective de Juifs étrangers et français intervient les 20-21 août 1941 à Paris. Elle a lieu peu de temps après le début de l'offensive allemande en URSS et elle est donc présentée par la propagande comme "une opération menée en représailles à l'agitation communiste". Le prétexte est mince mais il vise surtout à justifier l'intervention de la police française, encadrée à cette occasion par des militaires allemands. Au cours de la rafle, 4 232 hommes sont arrêtés, pour la plupart dans les rues du XIe arrondissement. Ils se retrouvent peu de temps après en banlieue parisienne, à Drancy, dans un camp qui vient d'ouvrir ses portes mais qui ne sert pas encore de plaque tournante aux déportations de Juifs hors de France.
Rafle de Juifs à Paris
Rafle de Juifs à Paris. Source : DR
Le 12 décembre 1941 débute une troisième opération visant les Juifs de Paris et de la région. Menée directement par les forces occupantes (avec des hommes issus des services de sécurité - SD - et de la Feldgendarmerie), elle bénéficie de l'assistance de policiers français. C'est une action plus limitée que les deux précédentes dans la mesure où, ce jour-là, on arrête uniquement 743 Juifs. Mais l'opération n'en est pas moins importante car, pour la première fois, il s'agit de " notables " ayant pratiquement tous la nationalité française. Arrêtés en " représailles à une série d'attentats anti-allemands ", ces hommes sont transférés au camp de Compiègne (au nord de Paris). Quelques-uns, chefs d'entreprises, commerçants, ingénieurs, médecins, avocats ou universitaires, sont libérés dans les semaines qui suivent, mais la plupart restent emprisonnés et intègrent ensuite les convois de déportés. Le premier de ces convois réunit 1 112 hommes et quitte la France le 27 mars 1942. En juin 1942, quatre convois de la même importance quittent Compiègne, Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande, à destination d'Auschwitz.

La rafle du Vél' d'Hiv

La rafle des 16-17 juillet 1942 se situe donc après les premières déportations de Juifs en France, au moment où les nazis vident les ghettos polonais et entament aussi les déportations en Belgique, aux Pays-Bas et au Danemark. Cette grande rafle est d'une autre nature que les rafles précédentes en France : en moins de quarante-huit heures en effet (de quatre heures du matin, le 16 juillet, jusqu'au lendemain, le 17 juillet à treize heures), la police a arrêté 12 884 Juifs à Paris et en banlieue. C'est une première même si, en raison des « fuites », le nombre des arrestations est inférieur aux prévisions.
Pendant la rafle du Vél d'Hiv, les autorités policières n'ont pas arrêté uniquement des hommes dans la force de l'âge. Elles ont également appréhendé cette fois-là des hommes de plus de 60 ans, des malades, des femmes (5 802) et même des enfants de moins de 16 ans (4 051). La fiction d'un « transfert de population à l'Est pour du travail » vole donc en éclats.
Une opération d'une telle ampleur a été nécessairement longuement et soigneusement préparée. Certains chiffres sont d'ailleurs éloquents. Il faut souligner en particulier que 9 000 fonctionnaires français (et parmi eux 4 000 policiers) ont été mobilisés pour cette rafle baptisée non sans ironie « opération vent printanier ». À cette occasion, on a retiré rien moins que 27 000 fiches de Juifs (recensés en application des lois de Vichy) d'un fichier de la préfecture de police (le fichier « Tulard »), de manière à pouvoir les distribuer, sur le terrain, aux équipes policières chargées des arrestations. L'opération, sans précédent dans les annales policières françaises, a été conçue à l'initiative des occupants. Elle est menée toutefois, de bout en bout, sous les ordres de Pétain, Laval, Bousquet, Leguay et de la hiérarchie administrative et policière de l'État français.
Au-delà du nombre de fonctionnaires français impliqués dans cette rafle, il faut rappeler aussi la mobilisation d'une soixantaine de cars de la police et de la TCRP (l'ancêtre de la RATP) pour l'acheminement des Juifs arrêtés vers Drancy et le Vélodrome d'Hiver (situé dans le XVe arrondissement). Il faut souligner d'autre part que ce complexe parisien, destiné avant tout aux grandes manifestations sportives, n'était pas approprié pour l'accueil d'une population hétérogène parmi laquelle, nous l'avons souligné, figuraient un grand nombre de jeunes enfants. De plus, pratiquement rien n'avait été prévu pour un enfermement durable d'une telle population. Les 8 000 personnes parquées dans l'enceinte du complexe sportif entre le 16 et le 22 juillet ont donc dû faire face au manque d'eau, à des conditions d'hygiène lamentables et à un bruit continuel. Dans cette confusion, on enregistre d'ailleurs de graves problèmes sanitaires et une multiplication de suicides et de tentatives de suicides. La situation ne se normalise que lentement, lorsque le Vél d'Hiv se vide progressivement, à la suite du transfert des internés vers Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Dans ces camps, le chaos et l'improvisation étaient certes moins poussés. Le répit n'a été qu'une illusion de courte durée pour les internés du Vél d'Hiv car la plupart d'entre eux ont été ensuite déportés. Leurs noms figurent dans les 38 convois à destination d'Auschwitz qui quittent la France entre le 17 juillet et le 11 novembre 1942.
Rassemblement après une rafle
Rassemblement après une rafle. Source : DR

Les rafles en province et la "livraison" des Juifs étrangers aux Allemands

En juillet 1942, des rafles visent également des Juifs réfugiés dans des villes de la zone occupée, notamment à Bordeaux, Tours et Dijon. De plus, en application d'accords franco-allemands, l'État français livre aux occupants plus de 10 000 Juifs étrangers internés dans des camps de la zone sud. Pour compléter cette « livraison », il multiplie par ailleurs les rafles de Juifs étrangers, notamment les 26, 27 et 28 août 1942, dans les régions de Limoges, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice. Hommes, femmes et enfants arrêtés ces jours-là sont à leur tour acheminés à Drancy et déportés vers Auschwitz. En 1943 et1944 arrestations, rafles et déportations se poursuivent, tant à Paris qu'en zone occupée ou en zone sud. Au total, de mars 1942 à août 1944, 75 000 Juifs sont déportés hors de France. La majorité sont des Juifs étrangers mais un tiers environ de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants sont des Juifs français. Il faut dire que les autorités allemandes ne faisaient aucune différence entre Juifs français et Juifs étrangers. Pour l'Allemagne nazie, tous les Juifs, sans distinction d'âge et de nationalité, étaient voués aux déportations et à l'extermination. Certes le régime de Vichy ne poursuivait pas les mêmes objectifs. Il cherchait surtout à « évacuer » les Juifs étrangers du territoire national. Nolens Volens, son implication dans les rafles et les déportations a joué un rôle déterminant dans la mise en application de la solution finale en France.
Source : Claude Singer, Historien, enseigne à l'université de Paris I (DUEJ). Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 119 - Juillet-Août 2002 pour Mindef/SGA/DMPA

 

 

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichepage.php?idLang=fr&idPage=2556

 

 

 

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