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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 04:01

 

La démocratie ennemie de l'EuropeLa démocratie est contreproductive. Eût-elle été prononcée par le maître du Kremlin, le président vénézuélien, le Guide suprême iranien, pour ne pas dire le dirigeant syrien, on imagine aisément l’indignation et les sarcasmes qu’une telle affirmation aurait déclenchés. Sous la plume d’un universitaire allemand proche des cercles du pouvoir, elle n’a eu aucun écho particulier hors de la République fédérale.

 

Outre-Rhin, elle s’inscrit dans un débat qui s’est accéléré ces derniers jours. Klaus Zimmermann, économiste réputé qui dirige l’Institut pour l’avenir du travail (IZA, un organisme parapublic établi à Bonn), exprimait ainsi l’agacement qui monte au sein de l’élite politico-médiatique allemande contre la Cour constitutionnelle de Karlsruhe : «  le renforcement de la démocratie locale (c’est-à-dire ici : au niveau national) par le tribunal constitutionnel est contreproductif et peut accélérer la chute de l’Europe ». Pas moins. Quelques jours plus tôt, le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, avait mis les pieds dans le plat en estimant que la poursuite de l’intégration européenne risquait désormais de se heurter aux limites de la Constitution du pays. Et avait même évoqué l’hypothèse d’un référendum pour changer celle-ci – un tabou outre-Rhin.

 

M. Zimmermann éclaire ainsi avec franchise la nature du projet d’Europe fédérale – c’est-à-dire au sein de laquelle les pays-membres deviendraient de simples collectivités locales à qui l’on a retiré toute latitude politique. Un fantasme qui hantait en leur temps les « pères de l’Europe », mais à qui la crise économique majeure qui balaie l’UE depuis 2008 a servi de prétexte pour resurgir. Déjà, les États-membres se voient retirer des prérogatives via les « pactes », traités, mécanismes de renflouement et de sanctions, directives, règlements… Le chantier est permanent, mais n’avance pas assez vite, s’inquiètent ses auteurs.

 

Le raisonnement est simple et imparable : aussi longtemps que les États gardent quelque liberté d’action, même fort limitée, la survie même de l’euro est menacée, tant il est vrai qu’une monnaie ne peut être durablement partagée par des entités disposant chacune d’une marge de décision éventuellement divergente. D’où l’exigence du « grand saut fédéral », ce qui signifie en l’occurrence : choix politiques unifiés et centralisés. Quitte, vient de le suggérer le président de la Banque centrale allemande, à chercher une onction démocratique auprès de l’europarlement. On ne rit pas.

 

Seulement voilà : jusqu’à présent, en RFA, la Loi fondamentale était une référence particulièrement respectée. Et il n’était pas de mise de bousculer les juges de Karlsruhe. Or ces derniers ont, à plusieurs reprises et encore tout récemment, indiqué que l’intégration européenne n’était pas loin de franchir la ligne rouge eu égard aux prérogatives nationales dont ils sont les gardiens. Que ces juristes disent le droit de manière indépendante, voilà donc qui commence à exaspérer la classe dirigeante.

 

Mais qui doit faire rire sous cape le nouveau locataire de l’Élysée. En marge d’une rencontre avec la chancelière, François Hollande a confié, compatissant et un peu condescendant, que celle-ci se trouvait confrontée à « des contraintes parlementaires très exigeantes ». En effet, le Bundestag s’appuie sur la Cour constitutionnelle pour faire respecter ses prérogatives budgétaires ainsi qu’en matière de négociation européenne.

 

Le nouveau président français, fort d’une majorité confortable tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, ne devrait, lui, pas être trop embêté avec les « contraintes parlementaires » – appellation nouvelle de ce qu’on nommait jadis la « démocratie » incarnée par la « représentation nationale ».


Hasard cruel du calendrier : alors que, sur le Vieux continent, ladite démocratie commence donc à faire figure d’obstacle à écarter face aux exigences économiques euro-mondialisées, l’UE vient de créer un « Fonds européen » qui financerait partout dans le monde les oppositions militant pour le « changement profond et durable » dans des régimes piétinant la démocratie.

 

On ignore si les opposants à l’euro seront éligibles aux largesses de Bruxelles.

 

Vanessa Ikonomoff

 

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