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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 19:39


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Tags : Fukushima photos et images Fukushima photos images

 

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Fukushima

ou la fin de l'anthropocène

Le tsunami qui a frappé le nord-est du Japon et les explosions consécutives dans la centrale nucléaire de Fukushima forment un emboîtement implacable de catastrophes

humaines, géologiques et psychiques.


L'imbrication des éléments naturels avec les objets industriels fait de notre planète un laboratoire à ciel ouvert : aucun lieu de la Terre n'échappe plus à l'expérimentation. S'il y a bien un épicentre géologique naturel du tremblement de terre qui a dévasté le nord-est de l'île d'Honshu, la centrale de Fukushima, elle, représente l'épicentre symbolique de l'ère de l'anthropocène.

Depuis les débuts de l'époque industrielle, Homo faber s'est érigé en force géologique centrale et toute-puissante. Cette époque a commencé, il y a deux cents ans, avec les débuts de la révolution industrielle. Aujourd'hui, tous les cycles de la biosphère sont modifiés par les activités humaines - cycle du carbone, de l'eau, du phosphore...

Les glaciologues mesurent au fond des glaces polaires un surdosage de gaz à effet de serre apparu depuis les débuts de l'industrialisation, d'une ampleur inédite par rapport aux 800 000 années précédentes. Les conditions climatiques actuelles, bouleversées, ne sont plus seulement naturelles. Jamais les éléments n'ont connu de transformation si rapide. L'énergie tirée du charbon, du pétrole et de l'uranium a conféré à Homo faber une capacité accélérée d'exploitation et de destruction de la nature.

Le largage de deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki a marqué le paroxysme de cette ère de l'anthropocène. L'énergie électronucléaire trouve son péché originel dans l'explosion de la bombe atomique.

Uranium et plutonium sont aujourd'hui associés dans le combustible Mox, qui fait la fierté de l'industrie nucléaire française. "Ecologiques", car issues du recyclage d'une partie des déchets hautement radioactifs, "confinées" dans des fûts et des piscines aujourd'hui éventrées à Fukushima, ces matières - les plus dangereuses de la planète - alimentent des interrupteurs, des radiateurs, des réfrigérateurs, des trains à grande vitesse et des usines.

La consommation et l'étourdissement de masse étant devenus un état de nature au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, les fournisseurs d'électricité nucléaire ont revêtu les paillettes d'une "movida" mondiale présentée comme force d'émancipation. La récente publicité -d'Areva ne montre-t-elle pas une centrale nucléaire à proximité d'une plage imaginaire, semblable à Copacabana ou à Sendai avant le tsunami, où bat son plein une fête au son d'une techno lobotomique ?

L'anthropocène, c'est aussi cela : une ère d'exubérance qui abolit l'angoisse, où l'automobile et l'écran plat sont devenus des droits humains fondamentaux. Une ère d'addiction, où la production de moyens est devenue la fin de l'existence. Une ère d'accélération, où la croissance, qui repose sur le cycle sans fin de la production et de la consommation, doit produire toujours plus d'objets inutiles pour ceux qui en ont déjà trop. C'est la logique même du productivisme.

Le volume des objets électro-industriels excède la capacité de compréhension de notre imagination et de nos sentiments, écrit le philosophe Günther Anders. Que le Japon, archipel vulnérable, déjà frappé par deux bombes atomiques, ait pu consentir à ériger cinquante-quatre réacteurs nucléaires sur une faille sismique illustre sans doute le désarmement de l'entendement humain face à ses créations sidérantes.

Jusqu'au jour où... le sommeil de la conscience engendre des monstres. Les bombes à retardement - nucléaires, climatiques, chimiques - commencent à exploser. Nous y sommes.

Face aux vestiges des villes détruites, face à la texture du futur, qui n'est plus la même, l'effroi n'en finit pas. La réparation des dégâts immenses s'annonce lourde et longue, si tant est qu'elle soit possible. Mais la panne et l'explosion de l'enceinte de confinement des réacteurs atomiques relèvent de l'irréparable et de l'irréversible. Des zones entières vont être interdites à jamais, comme dans le Stalker, de Tarkovski.

L'énergie nucléaire est d'un autre ordre temporel que la force tellurique des plaques tectoniques ou que le feu des volcans. Le déchaînement des éléments a révélé la démesure autant que la fragilité des machines thermo-industrielles.

L'humanité, actrice et victime de cette démesure, a créé les conditions de sa vulnérabilité en devenant un moteur de transformation géologique plus dangereux que les forces de la Terre. Aujourd'hui, l'explosion de la centrale de Fukushima nous dit que nous avons rendez-vous avec la sortie fracassante de l'anthropocène. Cette catastrophe nous intime de déployer une forme d'éveil non tributaire du rythme des machines de la thermo-industrie.

La fin des temps qui se déroule dans le nord-est du Japon sollicite un sursaut, une prise de conscience de l'inanité des formes de la croissance actuelle, fondées sur une soif terrifiante d'énergie, pour le plus grand profit momentané de quelques firmes planétaires. Les sociétés doivent se ressaisir afin d'inventer des systèmes à taille humaine, résilients et coopératifs.

 

 

Agnès Sinaï, journaliste environnementale, maître de conférences à Sciences Po Paris, cofondatrice de l'Institut Momentum
  Article paru dans l'édition du 19.03.11

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Published by Eva R-sistons - dans Le Futur
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commentaires

jp 27/03/2011 14:30



bonjour, autant annoncer que je fais partie du monde nucléaire...accordez moi une présomption d'objectivité.


ce que je pense de tout cela: nous sommes tous responsables, c'est le problème de l'humanité comme le dit l'article d'Agnes Sinai. Voiture, eau chaude, internet:


Chers internautes, quelques chiffres marquants que j'ai trouvé sur la consommation du web :
- un personnage virtuel de Second Life consomme chaque année autant d’électricité qu’un Brésilien et 10 fois plus qu’un Camerounais,
- télécharger la version électronique d’un quotidien consomme autant d’électricité que de faire une lessive (source : institut de recherche IZT),
- une recherche Google équivaut à l’énergie consommée pendant une heure par une ampoule à économie d’énergie (source : Strato)
- chaque année, les plus grands datacenters font tourner 14 centrales électriques. Selon les données de l’université, entre 2000 et 2005, leur consommation d’électricité a doublé (source : Green
Grid, Université de Stanford)


Alors, une fois la conscience prise du problème, que faut-il faire...


L'approche antinucléaire manque de réflexion, on le voit dans les réactions à chaud, destinées à forger la peur des populations. Qui n'a pas peur de mourir ? je pense que les 15000 morts du
tsunami, les 300000 en 2004, étaient comme nous, et ce n'est pas le nucléaire qui les a anéantis. Après il y a la question des risques: le risque statistique est là. Mais si l'on regarde le
nombre de morts sur les routes chaque année en France, la mort statistique est tout de même bien supportée, ne croyez vous pas ? N'importe quelle activité faisant 4000 morts par an devrait être
interdite, mais là quid?


Donc s'il vous plaît relativisons.


Après nucléaire ou pas nucléaire? si on veut de l'énergie pas trop chère et aussi de l'indépendance, il faut y réfléchir. L'indépendance n'est pas un vain mot, tout le monde sait que le
monde est sans pitié, et je n'aimerais pas que la France soit vassalisée à tel ou tel pays parce que sa survie en dépend. Sans rentrer dans les détails (on peut en discuter plus tard), seul
l'éolien à mes yeux peut nous apporter une contribution en énergie primaire crédible si l'on en pait le prix du kWh. Après on peut discuter des paysages et des nuisances, des énergies de base
dont on aura de toutes façons besoin. 


12 milliards de litres de pétrole consommés chaque jour sur la Terre (sachant qu'une bonne partie de la popultation n'en consomme pas ou peu, ça laisse réveur. Comment en est on arrivé là :
avidité des consommateurs. Et nous sommes tous consommateurs, surtout en Occident, dont en Europe, donc en France.


Enfin avez vous regardé Arte ces jours ci? Il y avait un reportage sur les travailleurs du nuléaire. Intéressant non seulement sur l'aspect aventure humaine, mais aussi pour rappeler que le
programme nucléaire français était à l'origine un service publique. Cette réflexion est de première importance, je pense.


In fine, quand je lis le premier commentaire, je trouve assez amusant que l'on critique le lobby nucléaire de s'activer pour limiter l'impact négatif de Fukushima, mais que l'on ne critique pas
les antinucléaires de s'activer pour profiter de la même catastrophe à des fins électorales et peut être avec d'autres lobbies derrière. Pour moi, je n'y vois pas de différence.


Cordialement, jp



eva R-sistons 23/03/2011 00:05



"La fin d’un monde pour beaucoup, c’est certain — mais aucunement la fin des centales nucléaires"


que c'est bien envoyé !


je publie ton commentaire, merci, eva



Marie 22/03/2011 22:38






La fin d’un monde pour beaucoup, c’est certain — mais aucunement la fin des centales nucléaires !   Voici le dessous des
cartes :


 


16 Mars 2001 — « GOP Lawmaker
Wants 200 New Reactors Built in U.S. by 2040 --Nuclear power lobbyists try to limit damage from Japan crisis on Capitol Hill 16 Mar 2011 Nuclear power advocates are waging an intense lobbying campaign on Capitol Hill this week in an attempt to limit the
political fallout from the reactor nuclear crisis in Japan... Lobbyists with the Nuclear Energy Institute and some of the United States's largest energy firms, including [Obama paymaster] Exelon
of Chicago, are holding meetings with key lawmakers and briefings for staff members in an attempt to tamp down talk of restrictions in response to the Japanese [nuclear] disaster. Most
Republicans, meanwhile, remain enthusiastic boosters for nuclear power even as they push for spending cuts at the Office of Nuclear Energy and elsewhere. The House budget bill passed
earlier this year included more than $330 million in cuts for nuclear waste disposal, safety oversight and other programs, according to advocacy groups. One bill, proposed by Rep. Devin Nunes (R-Calif.) and co-sponsored by more than 50 others, calls for 200 new nuclear power plants by 2040. »


 


(Le lien à l’article du Washington Pose a été ‘repiloté’ vers un autre, sans explications.  Cela étonne – vraiment ?  Faut comprendre qu’une deuxième centrale est en cours dans le Missouri…  Toute opposition sera donc considérée inexistante.)


 


 


En résumé – La construction de 200 nouvelles centrales nucléaires aux USA est envisagée d’ici 2040, fortement appuyée par les
Républicains (GOP, «Grand Old Party»), menés par Devin Nunes, Californie.  Les lobbyistes pro-nuke s’activent tous azimuts afin de minimiser l’impact
politique (et psychologique) et surtout médiatique de la cata japonaise.  Des réunions fébriles entre l’Institut de l’Energie Nucléaire (NEI),
quelques unes des plus puissantes sociétés (Exelon de Chicago) et une flopée de législateurs se succédent en ce sens.  Malgré l’appui des Républicains
dans leur majorité pour l’énergie nucléaire, ils maintiendraient également  leur intention de réduire de plus de 330 millions de dollars les budgets
consacrés au déchets nucléaires, sécurité et autres programmes.


 


MORALITE -  les médias aux ordres ont reçu les consignes de mentir — un lobbyiste est
rémunéré pour mentir, c’est son job — un max sur toutes les conséquences de la radioactivité japonaise !  Et comme dirait Goebbels, plus c’est
gros et mieux ça passe !  Reste à savoir si les esprits vont continuer à gober…  



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