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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 06:04

Fukushima, quand c’est fini, ça recommence

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A presque un an de la catastrophe, alors que Tepco affirmait sans sourire que les réacteurs étaient « en état d’arrêt à froid  », voila que brusquement le réacteur n°2, celui qui contient du mox, donc du plutonium, refait parler de lui, dans l’indifférence irresponsable des grands médias.

Affirmant tout d’abord qu’il y avait seulement un « défaut de thermomètre », mais démontrant son propre mensonge en augmentant le débit d’injection d’eau dans la cuve du réacteur n°2, Tepco accepte du bout des lèvres de dire qu’il y aurait quelques problèmes à Fukushima. lien

On se souvient qu’en novembre 2011, une première réaction de fission s’était produite sur ce même réacteur, évènement qui n’a pas soulevé beaucoup d’émotion. lien

Depuis mars 2011, selon l’IRSN, les réacteurs accidentés de Fukushima Daiichi sont refroidis par des injections d’eau de l’ordre de 10 mètres cubes à l’heure, et Tepco avait annoncé en décembre dernier que la température des cuves était sous contrôle.

Affirmation à prendre avec quelques précautions.

Au-delà de l’eau injectée, Tepco a aussi utilisé de l’acide borique, ce qui n’est pas une bonne nouvelle.lien

Il est généralement utilisé pour éviter qu’une réaction en chaine ne se produise. lien

Le premier ministre japonais Yoshihiko Noda avait donc fait l’annonce optimiste de « l’état d’arrêt à froid », affirmant sans rire : « les réacteurs sont stables et la seconde phase du plan est achevée  », et que du coup une reprise de la réaction de fission était écartée. lien

L’ASN (autorité de sureté nucléaire) définit ainsi l’arrêt à froid : « la situation d’un réacteur nucléaire à l’arrêt dans lequel l’état du fluide de refroidissement se rapproche de celui qui correspond aux conditions ambiantes de pression et de température ».

Or contre toute attente, ça chauffe grave à Fukushima, obligeant l’exploitant à augmenter l’injection d’eau, en la portant à 13 mètres cubes.

Plus grave, du Xénon a été retrouvé dans l’enceinte de confinement du réacteur n°2, ce qui signifie qu’une réaction en chaîne incontrôlable a eu lieu, et qu’elle est peut-être encore en cours en ce moment. lien

Il faut savoir que les xénons 133 et 135 se créent lorsqu’il y a fission nucléaire de l’uranium. lien

Malgré tous les efforts de l’exploitant, la température continue de monter, et voisinerait les 300°C, ce qui fait craindre aux travailleurs sur place la possibilité d’une explosion. lien

Cela expliquerait l’augmentation constatée de la radioactivité sur le site, passant de 4,45 Mbq/km2 à 98,2 Mbq/km2 pour le césium 134, le césium 137 passant de 6,46 Mbq/km2 à 139 Mbq/km2. lien

Alors qu’à Tchernobyl, suite aux différentes interventions, la situation reste relativement stable, grâce au sacrifice de quelques dizaines de milliers de travailleurs sur l’autel du sacro-saint nucléaire, à Fukushima, rien n’est réglé.

Bien au contraire.

Les alertes se multiplient, et selon la NSC (commission de sécurité nucléaire japonaise), on assiste actuellement à une distribution massive de pastille d’iode, afin de contrer une nouvelle pollution radioactive.

Ces pilules, en saturant la thyroïde, empêchent provisoirement la radioactivité de se fixer dans l’organisme des japonais en danger.

Et puis le danger ne se limite pas au réacteur n°2, elle s’étend au N°3, car celui-ci vient de montrer des signes inquiétants d’activité.

Le 7 février 2012, un panache de fumée s’est élevé au dessus du réacteur détruit. lien et lien

A l’évidence, il ne s’agit pas d’un feu de broussailles, ou de quelques japonais décidés à organiser un barbecue improvisé.

En attendant, c’est officiellement que 573 personnes sont décédées suite à la catastrophe survenue dans la centrale de Fukushima. lien

Sur ce lien, la caméra qui filme en continu les réacteurs endommagés de Fukushima.

Sur Encyclo, le 11 mars, la réalisatrice Marie Linton proposera un reportage inédit « Fukushima : retour en zone rouge  ». lien

Récemment quelques élus français ont pu se rendre au Japon pour constater la gravité de la situation, regrettant qu’ils n’aient pas été très nombreux à répondre à l’appel, tant ce voyage était instructif. lien

L’adjoint au maire de Chinon, Yves Dauge, était du voyage et a déclaré : «  tout ce qui nous a été dit me perturbe beaucoup. A l’avenir, qui va vouloir s »’installer ici ? Quelle entreprise va vouloir investir ?  »

En attendant, au Japon, les pertes financières s’accumulent, et récemment, malgré le soutien massif de l’Etat, lequel a avancé 90% du montant, sans la moindre garantie d’un éventuel remboursement, Tepco a admis une perte de plus de 6 milliards d’euros pour les 3 derniers trimestres de son exercice.

Cette somme, pour importante qu’elle paraisse, n’est qu’une maigre partie des sommes qu’il faudra débourser.

Aujourd’hui encore, au-delà des 100 000 habitants évacués dans le périmètre, largement insuffisant des 20 km autour du site, Tepco évalue à 1,5 million le nombre de japonais qui devront être indemnisés.

Un panel d’expert à évalué à 44 milliards la facture totale nécessaire au dédommagement suite à la catastrophe nucléaire. lien

Tepco envisage de dépenser 10 milliards d’euros pour démanteler un jour les réacteurs hors service, mais l’expérience française, avec le démantèlement de « super » phénix, prouve que ce chiffre sera largement sous évalué.

C’est d’ailleurs une lapalissade, outre les dommages subis, les pertes de territoire, les maladies et les morts imputables au nucléaire, la facture du démantèlement est totalement à revoir.

En 2005, la cour des comptes avait estimé le démantèlement de la centrale de Brennilis à 480 millions d’euros. Aujourd’hui on parle en milliards.

Prudemment EDF aurait provisionné 2 milliards d’euros pour la déconstruction des 58 réacteurs français. lien

Or le site de « super » phénix estimé pour son démantèlement à 900 millions d’euros, en coutera 10 ou 11 milliards, soit plus de 10 fois plus que prévu (lien) et du coup, les 2 milliards prévus pour le démantèlement de tout le parc français paraissent un peu étriqué.

Récemment, la députée européenne Michelle Rivasi, avait estimé le cout de la catastrophe japonaise entre 100 et 500 milliards d’euros (lien) et Tchernobyl, en fin de compte en coutera autant.

Aujourd’hui, entre le prix du kilowatt éolien et celui du nucléaire, il n’y a pas photo : celui du nucléaire étant largement sous évalué, ils sont aujourd’hui tous les deux au même niveau, sauf que, comme le fait remarquer Michelle Rivasi : « à 80 € le MWh, l’électricité produite par l’EPR coûterait le même prix que l’éolien aujourd’hui, mais à choisir, je préfère qu’un avion s’écrase sur une éolienne que sur une centrale nucléaire ». lien

Et si on ajoute à l’équation le prix du démantèlement et celui, hypothétique, du traitement des déchets, il n’est pas difficile de choisir, d’autant que nous sommes dépendants de l’uranium, alors que le vent n’a pas besoin d’être importé. lien

Mais le président actuel du navire « France », droit dans ses petites bottes, continue d’affirmer son soutien au nucléaire français.

A Fessenheim, il s’est félicité des 700 contrôles annuels de l’ASN, assurant que ceux-ci étaient en toute impartialité et transparence, sauf qu’il a refusé que des experts indépendants puissent faire ces visites, (lien) et qu’à tout prendre, 700 contrôles c’est finalement peu, puisque ça ne fait jamais qu’un contrôle mensuel par réacteur.

Avec un peu de recul, on peut aussi s’interroger sur les 750 incidents annuels que nous avons annuellement.

La longue liste des divers accidents ou incidents survenus en France est sur ce lien.

Récemment, la centrale nucléaire de Civaux à connu quelques déboires avec sa tuyauterie (lien) et le 1 février 2012, l’ASN a produit un rapport accablant sur cette installation suite à une fuite de tritiumconstatée dans la nappe phréatique située sous la centrale. lien

On peut aussi se rappeler qu’en 40 ans notre planète a connu 5 accidents majeurs : Three Miles Island, Tchernobyl, et les 3 réacteurs de Fukushima, soit un accident pour 3600 « années réacteurs » comme l’explique le Docteur Bruno Bourgeon, alors qu’on tablait sur 1 pour 100 000. lien

Le 11 mars prochain, à partir de 13h30 les opposants aux nucléaire venus des 4 coins du pays, et d’ailleurs, vont organiser la plus grande chaine humaine jamais organisée en France. Elle ira d’Avignon àLyon et pour y participer c’est sur ce lien.

Il est probable que l’autocrate président n’y participera pas, mais on risque au moins d’y trouver Eva Joly.lien

Quant à Sarközy, il s’est rendu à Bourgoin Jallieu, jouant le« pyromane pompier  », responsable de la faillite de la filière photovoltaïque, et allant plastronner, en compagnie du patron d’EDF, le 13 février 2012, voulant apparaitre comme le sauveur de Photowatt alors qu’il en est le prédateur. lien

Comme me suggère mon vieil ami africain : « le chien a beau avoir quatre pattes, il ne peut emprunter deux chemins à la fois  ».

L’image illustrant l’article provient de « leblogalupus.com »

Merci aux nombreux internautes, en particulier au site « Fukushima informations  » et au blog « fukushima  », pour leurs précieuses informations.


Olivier Cabanel

 

http://www.centpapiers.com/fukushima-quand-cest-fini-ca-recommence-2/94918


Articles anciens


Tchernobyl, drôle d’anniversaire (12 mars 2011)

Fukushima, mon amour

Fukushima, Sarko pète les plombs

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Fukushima, nuages noirs à l’horizon

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Au pays du soleil, le Vent !

Fukushima, le syndrome Japonais

Fukushima, la fuite en avant

Fukushima, plus jamais ça

C’est foutu…shima

L’exode nucléaire

Ça fume à Fukushima

Nucléaire, la cible terroriste

Fukushima, le mensonge organisé

Faire reculer le crabe

Le Japon bientôt inhabitable ?

Le silence des salauds

On a retrouvé le corium de Fukushima

Ce cher nucléaire

La France a peur

Fukushima, tragédie en sous sol

Fukushima, tournée mondiale

Fukushima, un silence inquiétant

Fukushima, le début de la fin

Fukushima, les limites du cynisme

Nucléaire, explosion des prix

 

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Le onze mars, décréter un deuil mondial

http://bab007-babelouest.blogspot.com/2012/02/le-onze-mars-decreter-un-deuil-mondial.html



Le onze mars 2012, dans moins d'un mois maintenant, la Terre va vivre le premier anniversaire de la pire catastrophe causée par l'homme, couplée avec un désastre naturel majeur.

Aujourd'hui encore, dans la région de Miyagi, là où le tsunami à frappé le plus fort, ce sont quatre enfants d'une école que des recherches vont peut-être exhumer du lit d'une rivière. Celle-ci a été barrée, son eau pompée. Sur les 108 élèves, à part ces quatre disparus, ce sont 70 petits corps qui ont déjà été retrouvés. Ce n'est bien entendu qu'une goutte d'eau. Le Point du 27 mars 2011 faisait état de 10 489 décès confirmés et de 16 621 disparus selon la police japonaise. Ce sont des chiffres terribles, comparables rien qu'en 1999 aux plus de 18 000 en Turquie en raison d'un tremblement de terre, aux plus de 20 000 au Venezuela (tempête du 24 décembre 1999, ressentie en France si violemment les 27 et 28), aux près de 30 000 en Inde, à Orissa (cyclone 05B). Mais il s'agit là de catastrophes ponctuelles.

Quand le nucléaire entre en jeu, il faut aussi prendre en compte le bilan sur la durée. A Three Mile Island, le 28 mars 1979, la contamination a été évitée de justesse, probablement certains des travailleurs qui ont réparé les dégâts ont-ils subi des doses mortelles à long terme, mais aucune statistique ne le précise. Dans le nucléaire, on est très discret là-dessus.

A Tchernobyl, l'accident majeur du 26avril 1986 a donné lieu à tant d'études qu'on en sait un peu plus. Déjà on peut considérer que 10 000 personnes ayant habité près de la centrale, ou y ayant travaillé, en sont décédées. Et qu'une trentaine de milliers d'autres peuvent en découler dans les années qui viennent. Il s'agit de données officielles fournies par Wikipedia. C'est donc un minimum.

La région de Tchernobyl n'était pas extrêmement peuplée au moment de l'explosion. Il n'en est pas de même du Japon, pays déjà assez peu étendu, où les zones habitables sont de petite taille et disséminées parmi des pentes difficiles. Pour comparer avec la France, ce pays si montagneux, donc avec des endroits impossibles à construire, très morcelé, ne présente qu'une superficie à peu près égale aux deux tiers de celle de la France, avec une population double. Or, la zone de Fukushima, fertile, était bien sûr fortement urbanisée et cultivée. Les rejets des trois réacteurs ont créé un nuage dense qui a largement essaimé la radioactivité dans les jours qui ont suivi jusqu'à Tokyo, donc sur des dizaines de millions de personnes. Depuis, les rejets, moins denses, ont continué, ont empoisonné nappes phréatiques, sols et océan proche. Il faut s'attendre à une hausse énorme de la mortalité dans les dizaines d'années qui viennent, d'autant que le gouvernement japonais et les dirigeants de la firme TEPCO semblent n'avoir pas pris les mesures qui s'imposaient. Les habitants n'ont pas été évacués là où c'était nécessaire, mais selon des cercles concentriques qui ne correspondaient à rien. Les normes, jugées trop dangereuses pour les statistiques, ont été imprudemment relevées à des seuils véritablement dangereux, surtout pour les enfants. Ceux-ci n'ont pas été au plus vite traités, éloignés des "points chauds", nourris de produits sains.

C'est donc à la longue, et malgré une censure même pas assumée, que l'on saura combien de victimes auront perdu la vie en conséquence de cette pollution irradiante. Les chiffres officiels, bien entendu, et maintenant c'est une habitude, seront très en-deçà des résultats réels. Cinquante mille ? Cent mille ? Cinq cent mille ? Plus encore ? De toute façon, ce sont plusieurs dizaines de millions de personnes qui auront subi les effets de la catastrophe, soit par inhalation, soit en raison d'aliments irradiés, légumes, bétail, poissons, soit par contact avec de la terre ou des structures infectées.

 Une question se pose à la fin : de ces coups portés par l'industrie nucléaire dans sa mégalomanie sourde au bon sens, coups déjà arrivés, coups probables dans le futur, le Monde tel que nous le connaissons survivra-t-il ? La Terre restera, oui, mais quid de notre environnement ? Certaines contaminations dangereuses dureront des milliers d'années, plus sans doute que les confinements les plus sophistiqués. Serons-nous maudits dans mille ans ? Aurons-nous encore des descendants dans ces temps encore lointains, mais si proches à l'aune de la vie de la Planète ?

Pour toutes ces raisons, je propose que le 11 mars 2012, une cérémonie soit décrétée sur la Terre entière, pour commémorer ce jour où le Japon, et dans une moindre mesure toute la Planète, auront subi le pire accident causé par l'Homme depuis son émergence africaine. Afin que tous sachent, afin que tous se rendent compte de ce que peut occasionner le génie humain, le pire comme le meilleur. Je donne ici le lien vers une peinture d'Ibarra (soumise à droits d'auteur), qui dépeint ce qu'on peut ressentir.
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