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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 06:11

http://www.larep.fr/france-monde/actualites/a-la-une/international/2013/01/28/guatemala-l-ancien-dictateur-rios-montt-sera-juge-pour-genocide-1422811.html

 

L'ancien dictateur du Guatemala Efrain Rios Montt sera jugé pour le génocide de populations indiennes commis sous son régime, entre 1982 et 1983, devenant le premier ancien dirigeant guatémaltèque poursuivi pour ce chef d'accusation, a annoncé lundi le magistrat responsable du dossier. - Johan Ordonez/AFP

Guatemala : un dictateur poursuivi, un président inquiété

mercredi 6 février 2013

Une première en Amérique latine : le 30 janvier s’est ouvert un procès pour « génocide et crimes contre l’humanité » à l’encontre de l’ancien dictateur guatémaltèque Efraín Ríos Montt et de l’ex-responsable des renseignements militaires José Mauricio Rodríguez Sanchez.

Le général putschiste Ríos Montt dirigeait le pays depuis un an lorsque, le 14 mars 1983, un reporter du New York Times rend compte de son séjour dans le pays : « Nous n’avons cessé d’entendre la même histoire : des soldats du gouvernement en uniforme arrivent dans un village, rassemblent les hommes et les femmes et les mitraillent. Mais, apparemment, ils ne gaspillent pas leurs balles à tirer sur des enfants. Ils les attrapent par les pieds et leur écrasent la tête contre un mur. Ou encore, ils leur nouent une corde autour du cou jusqu’à ce que mort s’ensuive par strangulation. Nous avons entendu parler d’enfants jetés en l’air puis passés à la baïonnette ». Pour se justifier, Ríos Montt se contente de répondre : « Nous ne pratiquons pas une politique de la terre brûlée, mais une politique de communistes brûlés ».

Ríos Montt est à son tour renversé en août 1983. Pourtant, son nom reste associé à la période la plus sanglante de la guerre civile guatémaltèque (près de quarante ans et environ deux cent mille morts et disparus), au cours de laquelle les militaires guatémaltèques reçurent l’aide active de la Central Intelligence Agency. Après tout, Washington n’avait-il pas décidé le renversement du président Jacobo Arbenz, élu en 1951, coupable d’avoir promulgué une réforme agraire ayant conduit à l’expropriation partielle de la compagnie bananière United Fruit ?

Trois ans après la signature des accords de paix de décembre 1996, la Fondation Rigoberta Menchú déposait une plainte pour « génocide, tortures et crimes contre l’humanité » contre Ríos Montt, devant les tribunaux espagnols. Sans succès.

A l’époque, l’oligarchie terrienne « a tout intérêt à voir se perpétuer le chaos », écrivait Maurice Lemoine dans nos colonnes, en mai 1996. Sous l’effet d’une singulière réconciliation entre les acteurs du conflit — à l’exception de l’Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG) —, le Guatemala est devenu peu à peu « le pays où la droite est reine  ». L’impunité s’est installée, tout comme la criminalité organisée : la violence a dépassé le niveau qu’elle avait atteint durant le conflit armé.

Après un premier frémissement en octobre 2012, l’ouverture du procès contre Ríos Montt et Rodríguez Sanchez signe un premier succès pour les organisations de défense des droits humains et de lutte contre l’impunité dans le pays.

Le gouvernement du président Otto Pérez Molina, un ancien militaire, s’est refusé à tout commentaire. En 1982, Pérez Molina participait aux campagnes militaires menées dans la zone de l’Ixil, l’une des plus touchées par la répression selon la Commission d’éclaircissement historique (CEH) des Nations unies. « Deux documents, le plan de campagne militaire dit “plan Sofia” (1982) et le film Titular de hoy : Guatemala (1), montrent M. Pérez Molina agissant en tant que responsable d’unités militaires d’intervention dans les communautés de la région », rappelait Grégory Lassalle (« Guatemala, le pays où la droite est reine », La valise diplomatique, 28 octobre 2011), qui ajoutait : « Connu en temps de guerre sous le nom de “commandant Tito” et de “Capitán Fosforito” (“Capitaine Allumette”) pour sa disposition à brûler les maisons dans les villages qu’il rasait, M. Pérez Molina nie : “Il n’y a pas eu de massacres. Quand j’étais là-bas, au contraire, les gens ont retrouvé le moral. Ma présence a changé la situation de la guerre en Ixil.” »

La justice le conduira-t-elle à réviser son souvenir ?

(1) Le «  plan Sofia  » est un document de campagnes militaires daté d’août 1982, rendu public récemment. «  Titular de hoy : Guatemala  » a pour sa part été tourné par le journaliste Mikael Wahlforss en 1982.

Dans le « Monde diplomatique »

  • « Quand le Guatemala siège au Conseil... d’insécurité », Paola Ramírez Orozco-Souel, septembre 2006.
    Dix ans après la fin de la guerre civile qui a ravagé le pays, le Guatemala n’est pas sorti de la violence. Il est vrai que les institutions elles-mêmes ont favorisé la culture d’impunité.
  • « Fuite en avant au Guatemala », Francis Pisani, septembre 1983.
    Le coup d’Etat du 8 août 1983 à l’encontre du général Efraim Rios Montt, a mis en lumière l’enracinement et les capacités d’actions politique et militaire du mouvement révolutionnaire guatémaltèque.
  • « L’équipe de choc de la CIA », Hernando Calvo Ospina, janvier 2009.
    Si l’on retient la présence de Cubains de l’exil dans la tentative d’invasion de la baie des Cochons en 1961, on connaît moins leur rôle dans les opérations ultérieures de la CIA en Amérique latine.
  • « Tous les Guatémaltèques ne sont pas chefs d’entreprise », Renaud Lambert, septembre 2007.
    Au Guatemala, une cinquantaine de candidats et de militants ont été assassinés au cours de la campagne électorale la plus violente depuis la fin de la guerre civile, en 1996. Derrière ces crimes, se profile l’ombre de mafias, souvent composées d’anciens militaires, qui cherchent à augmenter leur influence sur la classe politique.
  • « Guatemala, le pays où la droite est reine », Grégory Lassalle, La valise diplomatique, 28 octobre 2011.
    On estime parfois que la multiplication de candidats issus du même bord politique fragilise leur camp. Pas au Guatemala, où le second tour de l’élection présidentielle oppose deux candidats de droite.

 

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  • « Arrestation du “viking” guatémaltèque », G. L., La valise diplomatique, 9 octobre 2012.
    L’installation d’une Commission internationale contre l’impunité au Guatemala sous mandat de l’Organisations des Nations unies vise à condamner les exécutions extrajudiciaires commises par les grandes familles de l’oligarchie nationale. Une manière d’enrayer le climat de violence qui perdure depuis les Accords de paix de 1996.
  • « Guatemala, après l’enfer », Henri Madelin, mai 1999.
    Terrain privilégié des conflits de la guerre froide et laboratoire de pointe pour des « traitements psychologiques », le Guatemala fut le théâtre d’une coopération active entre la Central Intelligence Agency (CIA), l’armée américaine et les militaires guatémaltèques.

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Published by Eva R-sistons - dans Actualité (et alternative)
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