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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 03:41

 

Dix commandements pour l’après-catastrophe

L’impressionnant mégalithe érigé il y a trente ans dans le sud des Etats-Unis n’a toujours pas révélé son mystère. Qui en est le commanditaire, et quelle est sa finalité ?


17.12.2009 | Randall Sullivan | 

 

N° 998-999
17 déc. 2009

Prophéties, apocalypses & fins du monde : Un numéro terrifiant !


 
Doomsday machine

Stanley Kubrick en a cauchemardé dans son film Docteur Folamour (1964), les Soviétiques l’auraient fait. Ils auraient mis au point dans les années 1980 une machine infernale (Doomsday Machine ou machine du Jugement dernier) “garantissant une réponse soviétique automatique à une frappe nucléaire américaine”, explique le mensuel américain Wired. L’existence de ce système, baptisé Périmètre, est confirmée dans le magazine par plusieurs anciens hauts responsables militaires russes mais toujours niée officiellement. Pourquoi “les Soviétiques ne l’ont-ils pas dit au monde, ou au moins à la Maison-Blanche ?” Citant deux militaires russes, le magazine avance l’hypothèse selon laquelle “en garantissant que Moscou pourrait riposter, Périmètre a en fait été conçu pour empêcher un militaire ou un politique soviétique trop zélé de déclencher une frappe prématurée en cas de crise”.


■ A lire
2012 Scénarios pour une fin du monde, de Didier Jamet et Fabrice Mottez (Belin, coll. “Pour la science”, 2009). Un journaliste scientifique s’associe à un astrophysicien pour démonter les scénarios apocalyptiques les plus répandus et explorer les thèses catastrophistes qui demeurent possibles au regard de la science. La fin du monde aura bien lieu, au plus tard dans un milliard d’années environ, mais la science ne saurait être plus précise dans ses prédictions !

Le monument le plus étrange des Etats-Unis se dresse dans le nord-est de la Géorgie, sur un tertre dé­so­lé. Cinq imposants blocs de granit poli dessinant une étoile s’élèvent vers le ciel. Lorsqu’on s’approche de cette construction, on pense immédiatement au site mégalithique de Stonehenge, en Grande-Bretagne, ou encore à l’inquiétant monolithe du film 2001 : l’Odyssée de l’espace. Erigés en 1980, ces blocs gris pâle attendent paisiblement la fin du monde.

Les Georgia Guidestones [littéralement, “Pierres directrices de Géorgie”], comme on les appelle, sont un mystère : personne ne sait qui a commandé l’ouvrage ni pourquoi. Les seules indications sur son origine sont une plaque placée à proximité sur le sol (elle en précise les dimensions et explique le sens d’une série d’entailles et d’orifices correspondant aux mouvements du soleil et des étoiles) et des instructions gravées directement dans le roc. Ces instructions sont données en huit langues et témoignent d’une singulière idéologie new age. Certaines sont vaguement eugénistes (“Orientez sagement la reproduction – de façon à améliorer la santé et la diversité”), d’autres prônent un mysticisme hippie bon teint (“Appréciez la vérité – la beauté – l’amour – en cherchant l’harmonie avec l’infini”). Les Guidestones, pense-t-on le plus souvent, sont censées indiquer aux survivants d’une prochaine apocalypse la marche à suivre pour tenter de reconstituer la civilisation. Mais cette idée n’est pas du goût de tous. Quelques jours avant mon passage, le monument avait été barbouillé de peinture, et des slogans du genre “Mort au nouvel ordre mondial” y avaient été tagués à la bombe. C’est le premier acte de vandalisme grave de l’histoire des Guidestones, mais pas la première manifestation d’hostilité à leur égard. Depuis plus de trente ans, cette étrange structure érigée en pleine Bible Belt [“ceinture de la Bible”, nom donné aux Etats du sud-est des Etats-Unis, où l’on trouve une forte proportion de chrétiens fondamentalistes] suscite des réactions qui vont de l’émerveillement à l’horreur. Ses partisans (parmi lesquels Yoko Ono) louent ses messages comme autant d’appels au rationalisme, quand ses détracteurs y voient les dix commandements de l’Antéchrist.

Quels que soient les maîtres d’ouvrage des Guidestones, ils savaient ce qu’ils faisaient : il s’agit d’une structure savamment conçue, qui suit le soleil à la perfection. Et qui, grâce à une aura de mystère soigneusement entretenue, exerce une fascination infinie. L’histoire des Georgia Guidestones débute un vendredi après-midi de juin 1979 : un élégant monsieur aux cheveux gris se rend au siège de l’entreprise de taille de granit Elberton Granite Finishing, où il se présente comme Robert C. Christian. Il dit représenter “un petit groupe de bons Américains” qui projette la création d’un monument d’une dimension et d’une complexité inhabituelles. Si Robert C. Christian est venu à Elberton, la capitale mondiale du granit, c’est qu’il est convaincu que les carrières de la région produisent la plus belle pierre du monde.

“J’ai un timbré ici qui veut un monument insensé”

Joe Fendley, directeur général d’Elberton Granite, hoche la tête d’un air absent. Mais, quand Christian commence à lui décrire ce qu’il en a tête, il interrompt ce qu’il est en train de faire. Car non seulement son visiteur demande des pierres comme on n’en a jamais extraites dans le comté, mais il veut aussi qu’elles soient taillées, polies et assemblées de façon à former une sorte de gigantesque instrument astronomique.

Mais dans quel but ? s’enquiert Fendley. Robert C. Christian explique que la structure qu’il envisage servira de boussole, de calendrier et d’horloge. Il faudra aussi qu’on y grave un ensemble d’instructions dans huit des langues les plus parlées au monde. Et elle doit pouvoir résister aux pires catastrophes, afin qu’une humanité décimée puisse se servir de ces directives pour rebâtir une civilisation meilleure que celle qui est en passe de s’autodétruire.

Fendley est aujourd’hui décédé, mais un journaliste d’une chaîne de télévision d’Atlanta avait pu recueillir son témoignage peu après l’édification des Guidestones. “Je me suis dit : ‘J’ai affaire à un cinglé. Comment le mettre dehors ?’” Le chef d’entreprise tente alors de décourager son visiteur en lui donnant un prix plusieurs fois supérieur à celui de tous les chantiers réalisés par son entreprise. Il faut des outils spéciaux, du matériel lourd, et faire appel à des consultants extérieurs, justifie-t-il. Mais Robert C. Christian se contente de hocher la tête et s’enquiert de la durée du chantier. Six mois au moins, hasarde Fendley. De toute façon, ajoute-t-il, ne serait-ce que pour étudier un projet de cette envergure, il lui faut des garanties financières. Lorsque Christian lui demande s’il y a en ville un banquier ayant sa confiance, Fendley voit là l’occasion de se dé­barrasser de l’importun : il l’envoie chez Wyatt Martin, le directeur de la Granite City Bank.

Wyatt Martin (seule personne à Elberton, avec Fendley, à avoir rencontré R.C. Christian) est aujourd’hui âgé de 78 ans. “Fendley m’a appelé et m’a dit : ‘J’ai un timbré ici qui veut un monument insensé.’ Mais, quand j’ai vu le gars arriver, il portait un costume très élégant, très cher, ce qui m’a incité à le prendre un peu plus au sérieux. Et puis, il s’exprimait bien, c’était visiblement quelqu’un d’un certain niveau.” Naturellement, Wyatt Martin est surpris quand l’homme lui annonce que “R.C. Christian” est un pseudonyme. Son groupe nourrit ce projet en secret depuis vingt ans, explique-t-il, et il souhaite conserver à jamais l’anonymat. “Quand il m’a raconté leur projet, j’ai failli tomber à la renverse, se souvient Wyatt Martin. Je lui ai dit : ‘Autant jeter l’argent par les fenêtres.’ Il m’a simplement regardé en secouant la tête, comme s’il avait un peu pitié de moi, et a dit : ‘Vous ne comprenez pas.’”

Wyatt Martin conduit Christian sur la place de la localité, où trône une imposante fontaine du Bicentenaire [de l’indépendance des Etats-Unis] commandée par la municipalité, dont les treize panneaux de granit, disposés en cercle, représentent les treize colonies originelles. “Je lui ai dit que c’était le projet le plus important jamais entrepris dans le coin et que c’était sans commune mesure avec ce dont il parlait. Cela n’a pas semblé le déranger.” Christian promet de revenir le lundi suivant ; il affrète un avion et passe le week-end à faire du repérage depuis les airs. “A partir de là, j’ai commencé à le croire à moitié”, se rappelle Wyatt Martin.

Quand Christian se présente à nouveau à la banque le lundi, le banquier lui explique qu’il ne peut pas lancer la procédure sans connaître sa véritable identité et obtenir la garantie qu’il est solvable. Les deux hommes aboutissent finalement à un accord : Christian lui révélera son vrai nom à condition que Wyatt s’engage à être son seul intermédiaire, à signer un accord de confidentialité en vertu duquel il ne dévoilera jamais l’information à âme qui vive et il détruira l’ensemble des documents et archives une fois le chantier terminé. “Il m’a précisé qu’il virerait la somme depuis différentes banques dans le pays, raconte Wyatt Martin. Il m’a bien fait comprendre qu’il ne prenait pas à la légère la question du secret.”

Avant de quitter Elberton, Christian rencontre à nouveau Fendley, à qui il remet une boîte à chaussures contenant une maquette en bois du monument souhaité, accompagnée d’un cahier des charges d’une bonne dizaine de pages. Fendley accepte la maquette et le document, mais il est encore sceptique. Le vendredi suivant, Wyatt Martin lui annonce par téléphone qu’il vient de recevoir un virement de 10 000 dollars. Dès lors, l’entrepreneur se met au travail et ne posera plus de questions. “Mon père adorait les défis”, se souvient sa fille, Melissa Fendley Caruso. “Il disait que c’était le projet le plus ambitieux de l’histoire du comté d’Elbert.”

La construction des Guidestones commence un peu plus tard cet été-là. Joe Fendley et Wyatt Martin ont aidé Christian à trouver un site adéquat dans le comté d’Elbert : une butte surplombant les pâturages d’une vaste exploitation agricole, avec un panorama à 360 degrés. Pour 5 000 dollars, son propriétaire, Wayne Mullinex, cède une parcelle d’un peu plus de 2 hectares. En sus de l’argent, Christian octroie à Mullinex et à ses enfants un droit de pâturage à vie pour le bétail, et l’entreprise de BTP de Mullinex se charge de réaliser les fondations du monument.

Une fois le terrain acheté, l’avenir des Guides­tones est assuré. Christian prend congé de Fendley. “Vous ne me reverrez plus jamais”, dit-il avant de sortir, sans même une poignée de main. Dès lors, Christian ne communiquera plus qu’avec Wyatt Martin. Il lui écrit quelques semaines plus tard pour lui demander de transférer la propriété du terrain et du monument au comté d’Elbert, qui en est encore aujourd’hui le propriétaire : le mystérieux maître d’ouvrage pense que la fierté des administrés se chargera avec le temps de protéger les Guidestones. “Les lettres de M. Christian provenaient à chaque fois de villes différentes, raconte Martin. Il n’a jamais posté un courrier deux fois du même endroit.”

Les spécifications astronomiques pour les Guidestones sont si complexes que Fendley doit s’assurer les services d’un astronome de l’université de Géorgie. Les quatre pierres extérieures doivent être orientées en fonction de la course annuelle du soleil. Sur la colonne centrale, deux éléments nécessitent un calibrage minutieux : une ouverture à travers laquelle l’étoile polaire sera visible en permanence, et une fente devant s’aligner sur la position du soleil levant les jours de solstice et d’équinoxe. La pierre faîtière, elle, se caractérise par un orifice de 2 centimètres par lequel un rayon de soleil doit passer chaque jour à midi et tomber sur la date du jour indiquée sur la pierre centrale.

La particularité la plus remarquable du monument reste néanmoins ses dix préceptes gravés sur les deux faces des pierres extérieures en huit langues : anglais, espagnol, russe, chinois, arabe, hébreu, hindi et swahili. Une sorte d’énoncé de mission (“Que ces pierres nous guident vers un âge de la raison”) doit par ailleurs être gravé sur les côtés de la pierre faîtière en hiéroglyphes égyptiens, en grec ancien, en sanskrit et en caractères cunéiformes babyloniens. Les traductions, fournies pour certaines par les Nations unies (notamment pour les langues mortes), sont inscrites au pochoir sur la pierre, puis gravées à la sableuse. L’artisan a été distrait par une musique étrange et des voix confuses

Le monument suscitera la controverse avant même d’être achevé. La première rumeur est colportée par les membres de l’Association des industriels du granit d’Elberton, jaloux de l’attention dont bénéficie un des leurs : c’est Joe Fendley qui est derrière tout cela, assurent-ils, avec la complicité de son ami le banquier Wyatt Martin. Les ragots se font si pernicieux que les deux hommes acceptent de se soumettre au détecteur de mensonges. La rumeur faiblit lorsque le journal local, The Elberton Star, rapporte qu’ils ont tous deux passé le test avec succès, mais cette médiatisation suscite de nouveaux griefs. Quand la teneur des inscriptions commence à se répandre, se souvient Wyatt Martin, même des gens qu’il considère comme ses amis lui demandent pourquoi il a accepté d’exécuter l’œuvre du Malin. James Travenstead, un pasteur de la région, prédit que des “groupes occultes” vont affluer et met en garde : “Un jour, un sacrifice aura lieu ici.” Quant à ceux qui sont plutôt pour le projet, ils sont refroidis par les propos de Charlie Clamp, l’artisan chargé de graver les caractères sur les pierres : il y a passé des heures, raconte-t-il, et a constamment été distrait de sa tâche par “une musique étrange et des voix confuses”. L’inauguration, le 22 mars 1980, est une fête pour toute la ville. Le député de la circonscription, Doug Barnard, s’exprime devant 400 personnes qui ont afflué sur la colline, notamment des équipes de télévision venues d’Atlanta. Elberton ne tarde pas à devenir une destination touristique, et l’on vient du monde entier pour voir les Guidestones. “Nous avons eu des visiteurs du Japon, de Chine, d’Inde, d’un peu partout, qui voulaient monter voir le monument”, raconte Wyatt Martin. Au printemps 2005, la revue National Geographic Traveler mentionne les Georgia Guidestones dans son guide des Appalaches.

“Gouvernez toutes choses par la raison et la modération”

Mais les inscriptions sur les pierres per­turbent plus d’un visiteur. Le précepte numéro 1 jette d’emblée un froid : Maintenez l’humanité sous la barre des 500 millions d’individus en équilibre constant avec la nature.” La planète compte à l’époque 4,5 milliards d’êtres humains, ce qui signifie qu’il faut en faire disparaître 8 sur 9 (aujourd’hui, ce serait de l’ordre de 12 sur 13). Et cette instruction est rappelée et développée dans le précepte numéro 2 : “Orientez sagement la reproduction – de façon à améliorer la santé et la diversité.” Pas besoin d’être particulièrement imaginatif pour faire le parallèle avec les pratiques eugénistes des nazis, entre autres. L’instruction numéro 3 enjoint à l’humanité de s’unir derrière une nouvelle langue vivante : voilà qui fait frissonner les pasteurs de la région, qui savent bien que, d’après l’Apocalypse, une langue commune et un gouvernement mondial font partie des réalisations de l’Antéchrist.

Le précepte numéro 4 (“Gouvernez la passion – la foi – la tradition – et toutes choses par la modération et la raison”) est tout aussi déplaisant pour les chrétiens attachés à la primauté absolue de la foi. En comparaison, les six autres sont simplement d’un moralisme ennuyeux : “Protégez les peuples et les nations par des lois équitables et des tribunaux justes. Que toutes les nations se gouvernent elles-mêmes et résolvent les conflits externes devant un tribunal mondial. Evitez les lois mesquines et les fonctionnaires inutiles. Maintenez l’équilibre entre droits individuels et devoirs sociaux. Appréciez la vérité – la beauté – l’amour – en cherchant l’harmonie avec l’infini. Ne soyez pas un cancer pour la Terre –  laissez de la place à la nature –  laissez de la place à la nature.”

Alors que les habitants s’interrogent sur la validité de ces commandements, les sombres prédictions du pasteur Travenstead semblent se vérifier. Un groupe de sorcières d’Atlanta organise des sabbats le week-end au pied des Guidestones pour y pratiquer divers rituels païens (“des danses, des chants, ce genre de choses”, précise Wyatt Martin) et même, en une occasion, une cérémonie de mariage entre sorciers. Aucun être humain n’est sacrifié sur l’autel de granit, mais le bruit court que des poulets y sont décapités.

Un membre haut placé d’une “société secrète luciférienne”

Les visiteurs continuent d’affluer, mais, après plusieurs enquêtes infructueuses sur la véritable identité de R.C. Christian, les médias finissent par se désintéresser du lieu. Un regain de curiosité a lieu en 1993, au moment où Yoko Ono enregistre pour un album en hommage au compositeur d’avant-garde John Cage un morceau intitulé Georgia Stone, dans lequel elle scande presque mot pour mot le dixième et dernier précepte : “Ne soyez pas un cancer pour la Terre – laissez de la place à la nature – laissez de la place à la nature.” Pendant tout ce temps, Robert C. Christian est resté en contact avec Wyatt Martin, tant et si bien qu’entre les deux hommes est née une véritable amitié épistolaire.

Le mystère Robert C. Christian et l’absence d’information sur la véritable signification des Guidestones ont naturellement enflammé les théoriciens du complot et les “enquêteurs” en tout genre. Pas étonnant que, trente ans plus tard, les curieux se pressent encore devant le monument pour tenter de combler le vide par des hypothèses diverses et variées.

Parmi eux se trouve Mark Dice, auteur d’un ouvrage intitulé The Resistance Manifesto [Le manifeste de la résistance]. Depuis 2005, cet homme exige que les Guidestones soient “brisées en des millions de morceaux”. Selon lui, le monument a “une origine satanique profonde”, affirmation qui lui a valu l’attention des médias. R.C. Christian, assure-t-il, était un membre haut placé d’une “société secrète luciférienne”, fer de lance du nouvel ordre mondial. “L’élite planche sur la mise au point dans les décennies à venir de technologies de prolongement de la vie qui mettront fin au vieillissement, affirme Mark Dice, et elle craint qu’avec une planète aussi densément peuplée qu’aujourd’hui les masses n’utilisent les ressources qu’elle veut se réserver pour elle-même. Les Guide­s­tones sont les dix commandements du nouvel ordre mondial. Elles sont aussi un moyen pour l’élite de rire aux dépens des masses non informées : leur projet est clair comme de l’eau de roche, et ces zombies ne s’en rendent même pas compte.”

L’interprétation de Mark Dice n’a fait qu’accroître l’intérêt pour les Georgia Guidestones. Et attirer de nouveaux visiteurs, dissuadant d’autant plus les responsables du comté d’Elbert de se débarrasser du seul grand atout touristique de leur région. Phyllis Brooks, qui dirige la chambre de commerce du comté, s’est dit horrifiée quand, en novembre dernier, les Guide­stones ont été vandalisées pour la première fois de leur histoire. Si Mark Dice nie être impliqué dans l’affaire, il semble bien en être l’inspirateur : les messages bombés au spray sur la pierre disaient “Jésus vous vaincra, sales satanistes” ou “Non au gouvernement mondial”. D’autres tags clamaient que les attentats du 11 septembre 2001 étaient l’œuvre du gouvernement américain et que Barack Obama était musulman.

Wyatt Martin grimace chaque fois qu’il entend Dice parler de “société secrète luciférienne” à propos des Guidestones. Bien qu’en désaccord, il reconnaît n’avoir aucune certitude. “Tout ce que je peux vous dire, c’est que M. Christian m’a toujours paru être un gars très correct et très honnête.”

Naturellement, Mark Dice est loin d’être le seul à avoir sa théorie sur les Guidestones. Jay Weidner, ancien animateur radio à Seattle devenu expert en théories du complot, a consacré un temps et une énergie considérables à échafauder l’une des hypothèses les plus prisées. Pour lui, Christian et ses associés étaient des rosicruciens, des membres de l’ordre mystique de la Rose-Croix, une société secrète apparue dans l’Allemagne du bas Moyen Age qui affirmait connaître sur la nature, l’univers et la spiritualité des vérités ésotériques échappant au commun des mortels. Le nom de R.C. Christian, avance Jay Weidner, est un hommage à Christian Rosenkreutz, le personnage mythique censé être le fondateur légendaire de la Rose-Croix au xive siècle. Le culte du secret, poursuit-il, a toujours caractérisé les rosicruciens, qui se sont fait connaître au début du xviie siècle par deux manifestes anonymes qui firent sensation dans toute l’Europe, même si personne n’a jamais pu identifier un seul membre de cette société secrète. De fait, si les préceptes gravés sur les Guide­stones sont en contradiction flagrante avec l’eschatologie chrétienne, ils collent assez bien aux principes de la Rose-Croix, qui mettent l’accent sur la raison et prônent l’harmonie avec la nature.

“Je ne peux rien dire, j’ai fait une promesse”

Jay Weidner a également une théorie sur la raison d’être des Guidestones. Spécialiste des traditions hermétistes et alchimiques qui donnèrent naissance à la Rose-Croix, il est convaincu que, depuis des générations, l’Ordre transmet la connaissance d’un cycle solaire culminant tous les treize mille ans. Lors de cet apogée cyclique, de gigantesques éjections de masse coronale devraient dévaster la Terre. En attendant, estime Weidner, l’organisation secrète à l’origine des Guidestones orchestre un “chaos planétaire” qui a débuté avec le récent effondrement du système financier américain et se traduira à terme par de graves perturbations de l’approvisionnement en pétrole et en produits alimentaires, des émeutes à grande échelle et des guerres ethniques dans le monde entier, qui aboutiront au 21 décembre 2012 – le Grand Evénement. “Ils veulent faire décroître la population, assure Jay Weidner, et c’est ainsi qu’ils pensent y parvenir. Les Guidestones sont là pour instruire les survivants.”

Informé des idées de Weidner, Wyatt Martin secoue la tête : c’est “le genre de chose qui me donne envie de dire tout ce que je sais”. Le banquier a depuis longtemps pris sa retraite et ne vit plus à Elberton, mais il reste le gardien officiel (et unique) du secret des Guidestones. “Mais je ne peux rien dire”, s’empresse d’ajouter le vieux monsieur. “J’ai fait une promesse.” Wyatt Martin s’est aussi engagé à détruire toutes les traces de ses tractations avec Robert C. Christian – mais cette promesse-là, il ne l’a pas tenue, pas encore. Au fond de son garage, une grande caisse en plastique (la valise capitonnée d’un ordinateur IBM qu’il a acheté en 1983) contient tous les documents liés aux Guidestones qui sont passés entre ses mains, y compris les lettres de Christian.

Pendant des années, Wyatt Martin a pensé qu’il écrirait peut-être un livre, mais il sait aujourd’hui qu’il ne le fera pas. Pas plus qu’il ne m’autorisera à jeter un œil à ses archives. Quand je lui demande s’il est prêt à emporter ce qu’il sait dans la tombe, il répond que c’est exactement ce que Christian souhaitait qu’il fasse. “Il n’a jamais cessé de dire que son identité et son origine devaient rester secrètes. Il disait que c’est ainsi que fonctionnent les mystères. Pour garder l’intérêt des gens, il faut leur en révéler très peu.”

 

http://www.courrierinternational.com/article/2009/12/17/dix-commandements-pour-l-apres-catastrophe

 

Les Mayas nous annoncent l'apocalypse en décembre 2012 ?

Les gogos crédules les croient ?

Pas nous, avec Maya l'abeille ! eva

 

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