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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 16:36

P1100460

 

http://yurtao.canalblog.com/archives/le_tao_de_la_yourte/index.html

 

 

Terrassée au fond de ma yourte.

 

 

 

Le WE a été magnifique. Depuis plusieurs jours, un soleil radieux porte aux travaux forestiers. Une saine fatigue plane sur mes reins, ces activités physiques me sont vitales après le travail de bureau.

On a débroussaillé le bas du terrain, débarrassé les bords du chemin de quelques pins branlants, et dégagé le superbe polownia sauvage, qui bruisse de myriades de petits oiseaux fouaillant ses ramures de cosses. Les pitchounets s'accrochent en haute voltige aux grappes de coques pour se gloutonner de graines, dans un cliquetis de pets secs cascadant sur les restanques.

Ce Dimanche, Tine déplace joyeusement (Tine est toujours joyeuse!) des pierres énormes sur la restanque de sa yourte. Sa force de travail me sidère toujours. En un tourne-main, elle remonte une terrasse vieille de cinq cent ans qui a glissé sur la roche, encrabouillée de racines.

Plus bas, je termine le défrichage de la veille, le dos au soleil. Un gros sac de chutes de tissus béant au pied d'un arbre attend que j'en extrait textures et couleurs, bannières à offrir à la douce brise dorée. Tout bien ratissé, je savoure enfin l'entrée dans ce moment de jeu avec la lumière, en exhumant satins, popelines, cotonnades, soie, nylons et jerseys, pour fabriquer, le long de la falaise en cours de dégagement, une barrière symbolique.

Je chantonne, dans la douceur d'un après-midi exceptionnellement limpide, en nouant mes lanières multicolores sur les fils de fer courant entre les arbres. Je vais leur faire une allée royale, aux villageois qui promènent, aux randonneurs et aux curieux qui ne manquent pas d'emprunter ces sillons, j'ai plein d'idées et de matières en jachère dans ma besace. J'ai cantonné les ailantes déracinées dans un fossé, dont les formes arachnéennes se balanceront bientôt en collier d'accueil du camp. J'imagine le tressage de jeunes branches d'acacias contre l'invasion de sangliers. Et la récup d'eau de la falaise, et le jardin dessous, plein Sud, sur l'anthracite meule et légère. Et les buissons de rhododendrons, les tournesols chauffés au gré, et puis tiens, une allée pleine de framboisiers et de groseilliers !

Lundi 5 heures du matin. Les étoiles brillent fort dans le cercle transparent du haut de la yourte. Je me peux plus me passer d'elles. Je ne peux plus dormir sans elles. Fidèles, abondantes, elles absorbent mon premier regard de la journée, le remplissent de verticalité apaisante en reliant mon quotidien à l'univers. Elles sont mon viatique, ma richesse, mon trésor.

A cette heure de Février, il fait frais dans la yourte. Le poêle est éteint depuis longtemps, mais je suis bien couverte. Ma tonicité matinale me permet de me délecter de mon petit déjeuner malgré les 8 ou 10 degrés ambiants. Un peu de rangement et normalement, je descends au boulot.

Quelques minutes de marche dans le froid vif, transition privilégiée entre la forêt et le village, l'aube à l'horizon, fusées de projets en bandoulière, c'est un moment de pure joie que cette solitude dans la fin de la nuit, en pleine nature, sous la protection des veilleuses célestes.

Pas ce matin. Je grelotte. Pas normal. Je rajoute une couverture. Je grelotte de plus belle, l'air froid a du s'immiscer sous la couette. Pas normal. Au bout d'un moment de résistance rageuse, je me résous à rajouter un duvet, réservé normalement aux conditions extrêmes. Rien n'y fait, je claque des dents, impossible de contenir ma mâchoire.

Et doucement, la douleur s'immisce.

D'abord juste une gène qui va passer, qui passe pas, et qui creuse.

Une balafre qui s'incruste, se durcit comme une lame, fore, perfore, serre, vrille, lance, et s'installe.

Vers 7 heures, je comprends que je ne descendrais pas ce matin et qu'il faut absolument que j'arrive à allumer mon poêle. L'extraction de ma couche réduit mes illusions de normalité à néant. Il se passe quelque chose d'inattendu et de grave, qui prend le devant de la scène. Quand le feu ronronne enfin, les tremblements ne s'arrêtent pas pour autant. Et la douleur à la poitrine me renverse.

Je n'ai pas de portable à cause de mon électrosensibilité. Or là, je ne tiens pas debout, et il me faut de l'aide.

Il est 8 heures, j'ouvre la fenêtre et j'appelle Tine qui dort dans la yourte en dessous. C'est trop tôt et je n'ai pas de souffle. Enfin, à 9 heures, je rappelle, et Tine arrive en robe de chambre, par moins trois dehors, le jour déjà bien clair. Je bredouille que je suis sans doute en train de faire une crise cardiaque et qu'il faut qu'elle appelle le médecin tout de suite. Elle file, paniquée.

Une demi-heure après, elle m'apprend que mon médecin traitant ne peut pas se déplacer parce qu'il a dix sept visites de petits vieux ce matin, qu'il lui a conseillé de m'amener chez mon cardiologue à Alès, à trente bornes, si j'arrive à descendre jusqu'à un véhicule.

OK, je me lève péniblement, j'enfile mon manteau et Tine me soutient.

Au bout de dix mètres, je lui glisse des bras et perds connaissance.

Pauvrette de Tine ! Elle ne me lâche pas, elle crie pour faire grimper son compagnon à la rescousse, et me parle sans arrêt. Je me souviens seulement qu'à un moment, elle s'est écrié quelque chose du genre : « Mais où tu vas Sylvie ?!!!» et que je lui ai murmuré, et c'était bon et doux :

« Je m'en vais. »

Oui, c'était vraiment tranquille.

Je n'ai plus peur de la mort depuis ma NDE d'il y a trente ans. Je sais que j'ai accompli la vision qui m'habite depuis si longtemps, que mon désir le plus profond est réalisé. Que j'ai atteint, à la force du poignet et d'une exigence intérieure inaltérable, ce petit ermitage en bord de falaise qui a guidé tous mes choix. Il me manque juste encore la sagesse de n'en plus bouger.

Alors je ne lutte pas, je laisse faire, les choses ne m'appartiennent pas. De toutes façons, les forces me quittent. J'essaye juste d'être disponible à ce qui arrive, d'écouter le cri du dedans, aigu, désordonné, et le murmure du dehors, qui s'estompe sous le choc intérieur.

Cette fois, ils appellent le Samu. Tine a glissé sa petite veste sous moi et je gis sur le sol brillant de givre, transie, à demi-inconsciente, repliée sur la douleur. J'essaye de ne pas m'évanouir à nouveau, c'est tout.

Au bout d'un long moment, bottes, rangers et sabots blancs piétinent la terre, on me renverse dans un brancard mou et me recouvre de papier doré. Des blouses blanches m'obligent à nommer le lieu de mes maux, et la valse des piquouses commence. On m'envoie une charge de cheval censée éradiquer illico la fauteuse de trouble. On me déshabille en plein air pour me spatcher de partout, je n'en peux plus.

Puis ils se rendent compte que vu l'escarpement du sentier, ils ne seront pas assez nombreux pour m'évacuer. Il faut attendre un autre contingent de pompiers. Une heure et demie par terre. Enfin, six hommes costauds me soulèvent et je me laisse porter comme un bébé. Arrivés à la yourte du bas, ils m'invitent à tomber plutôt là la prochaine fois, ça serait moins compliqué, je promets. On longe ma barrière de tissu multicolore qui balance doucement au soleil. Plusieurs véhicules sont garés à la piste. Ils auraient pu passer par en haut, la route goudronnée étant à cent mètres à couteau tiré, si mon vieux voisin qui me refuse le droit de passage n'avait bardé l'issue de ses fameux fils de fer...

On file aux urgences à toute barzingue, les amortisseurs sous la carcasse blanche sont nases. Le pompier qui me tient la main arbore un sourire d'une gentillesse rayonnante qui n'atténue pourtant pas les lancinants photons des spots braqués sur ma tête.

Aux urgences d'Alès, bien sûr, ils sont débordés.

Attente, radio, analyses de sang, ça se bouscule, pas d'auscultation, pourtant, ici, il fait chaud, je veux bien me déshabiller. Je flotte, la douleur s'est largement atténuée. Le médecin qui voudrait revenir visiter les yourtes un WE avec sa famille m'annonce que tout va bien, le cœur est au top, ça doit être un nerf coincé. RAS, circulez.

Éberluée, honteuse d'avoir fait déplacer tant de gens pour si peu, je m'avachis sur le lino du couloir en nourrissant un doute sérieux sur ma santé mentale. Tine me ramène, et dans la foulée des anti-douleurs massifs qui m'ont été administré pour masquer mes maux, j'arrive à remonter à ma yourte.

Et ça recommence. Seulement là, je n'ai plus confiance dans mes perceptions.

Je dois fabuler, somatiser un chagrin méprisé, vouloir me rendre intéressante, mon hypersensibilité me joue des tours ou je fais une crise d'hystérie... Bref, je cherche des excuses à la souffrance qui me nargue, pour m'aligner sagement sur le diagnostique du médecin urgentiste.

Mais dés que s'estompent les effets des analgésiques, la douleur se rebelle avec une crudité inouïe et je retombe sur mon lit, exsangue.

Pas question. La nuit descend, le froid avec, il faut faire du feu.

Et le lendemain matin, après les étreintes déchirantes des flèches du mal, rallumer, ramper jusqu'au tas de bois, fourrer les brindilles, le petit bois, enflammer, attendre les premières braises pour placer les buches, et espérer qu'il ne pleuvra pas car je manque de réserves sèches à l'intérieur.

Voilà, c'est ça la survie, la confrontation à l'essentiel.

Je ne soliloque pas, en extase sous les étoiles, sur l'influence souveraine des constellations sur la marche des peuples, je suis devant mes limites les plus crues, une faiblesse sans fond, mes imprévoyances, mes vanités réduites en bouillie, et l'ampleur des risques que j'ai un jour décidé d'accepter en échange de la liberté d'habiter dans la nature en si frustres conditions.

Le lendemain, la fièvre de la nuit continue à monter, lorsque j'entends des pales assourdissantes vrombir un raffut d'enfer juste devant moi.

Je lève la tête de l'oreiller trempé de sueur, et stupéfaite, découvre, à travers ma petite porte-fenêtre sans rideau, un gros hélicoptère, exactement à ma hauteur, à quinze mètres de la yourte juchée en bord de falaise.

Sensation ahurissante de ne même pas pouvoir appeler au secours vers des types sur-équipés qui me jumellent !

L'escadron de gendarmes volant descend ensuite au ralenti jusqu'à la yourte de Tine, marque une pause aussi insistante que devant chez moi, puis survole la yourte du bas, fait demi-tour et repasse, nous matant toujours aux jumelles.

Les pompiers ont du nous signaler.

Bon, entre la télé le mois dernier et les gendarmes en hélico aujourd'hui, on est transparents comme une poignée de crevettes sauvages braconnées dans un fond de torrent Cévenol....Reste plus qu'à savoir à quelle sauce ils vont nous mijoter....

Je supplie Tine, qui vient commenter l'intrusion gendarmesque, d'aller chercher mon médecin traitant. Tine court supplier le médecin traitant de monter jusqu'à la yourte.

Elle plaide, argumente, insiste, use de tout son charme, lui propose thé au jasmin et  kumbucha, l'invite à déjeuner de graines germées toutes plus revitalisantes les unes que les autres, et même à le convoyer avec son propre véhicule...

Le médecin, la quarantaine, proteste qu'il s'est foulé la cheville. Mais Tine veut bien le porter, c'est pas si loin, le supporter, même pas cinq cent mètres, lui dégager les pierres sous le pied....

Il finit, de mauvaise grâce, par arriver à la yourte, l'air fermé.

On se connait assez bien et je vois, malgré mes quarante de fièvre, qu'il n'est pas content. Ce qui ne me rend pas très coopérante, vu le cirage où je suis engloutie. Son renfrognement refoule mes éventuelles plaintes dans un cachot de silence sans espoir.

Le médecin constate la fièvre et déclare que j'ai la grippe. Il me prescrit du Doliprane  et un anti-vomitif, plus une prise sang.

Je m'enfonce un peu plus dans l'abattement. J'aimerais le croire, mais ça ne marche plus.

J'essaye pourtant, avec une bonne volonté pathétique, de le faire croire aux autres, mes amis qui viennent me visiter, les enjoignant de se protéger de ma contagion.

Dans l'après-midi, P. me ramasse du bois sec de toutes tailles, va chercher de l'eau, recharge les bouilloires, balaye et cuisine, mais je ne peux rien avaler. Je serre les dents pour ne pas me laisser déborder par mes affres minables et profiter de ces moments de solidarité et d'amitié.

Le lendemain matin, Tine arrive à dégotter une infirmière qui râle pas. La yourte lui plait mais, quand elle redescend, elle glisse du haut de ses talons compensés, et c'est la chute. Bon, là, on décide qu'il ne faudra plus jamais aller chercher quelqu'un sans lui offrir une paire de godillots adéquate....

Après, H. passe avec un anti-inflammatoire et de la spiruline, que j'avale goulument. La pilule me procure une once d'éphémère soulagement.

Ensuite Clo, dont le magnifique poncho orange embrase la yourte, qui doit commencer à émaner des vapeurs délétères, m'offre des présents comestibles, agrémentés d'un joli dessin de gestation cosmique qui m'envoie comme un arc en ciel au cœur.

Je lui explique, tentant une nouvelle fois de m'en persuader moi-même, que je n'ai qu'une grippe, que j'ai trouvé la solution avec ces petites pilules, sauf que j'en ai plus, et elle court m'en chercher. Ahrr! Apprendre à demander, à se laisser aider ! Quelle humilité et quel cadeau !

 

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Et la troisième nuit, et le quatrième jour.

Macérations de douleurs, bout des forces, besoins primaires, inconnu grimaçant des pronostiques bouchés... Le seau de pisse à vider, le gant à rincer, le poêle ricanant qui, chaque nuit, s'éloigne un plus de ma portée. Je ne peux quasiment plus me lever.

Je n'ai pas la grippe, j'en suis certaine, et quand je laisse mon intuition percer la place dévastée de la raison, j'entends le mot « pleurésie ». Je ne sais même pas ce que c'est. Sans doute mon corps somatique le sait, qui chuchote derrière les fagots.

Je regarde de plus en plus souvent le poignard suspendu au-dessus de ma couche, je me dis que si ça continue.... que si je n'en peux plus....que ça ne pourra pas durer.

Je réfléchis à la façon dont je pourrais en terminer proprement vu mes ressources, et j'opte pour deux solutions, que je n'arrive pas à départager : me jeter de la falaise ou me couper les veines. Je calcule méthodiquement les avantages et les inconvénients.

La morbidité m'a envahi, je la laisse courir et épuiser son délire.

Tine à midi me ramène plein de légumes du marché, où court le bruit que je commence à aller mieux... Donc, elle ne rentrera que demain et personne ne viendra cet après-midi...

De beaux poireaux sont étendus devant ma porte, une salade verte charnue à souhait, deux dodus artichauts violets qui, en d'autres temps, m'aurait fait saliver, mais soudain, je sais avec une certitude sans faille que ces légumes superbes ne sont pas pour moi, ils viennent d'un monde que je suis en train de quitter, inexorablement.

Je sais que ce soir, je ne serais plus capable de m'accrocher aux étoiles, que la nef de ma voute céleste, qui me porte de plus en plus péniblement sur les rives du jour suivant, est en train de sombrer dans l'effondrement du corps.

Mon cœur s'est emballé, il bat frénétiquement en arythmie violente, tellement fort que j'ai l'impression qu'il va sauter hors de ma poitrine et exploser.

Le feu décline doucement dans le poêle, et au moment où je me dis que je n'aurais plus la force d'enfourner la prochaine buche, je comprends que je ne franchirais pas la nuit qui vient.

Alors je m'abandonne. Dans une posture d'absence totale de désir de changer quoi que ce soit, partagée entre l'atroce chevillement de ma poitrine et la curiosité d'une transformation radicale, d'une échéance absolue, j'écoute avec un profond respect la lutte, farouche, ultime, que mon corps oppose à son délitement.

En fin d'après-midi, j'entends vaguement des pas au dessus de la yourte, mais je n'ai plus la force de lever la tête.

Et puis, tout à coup, la porte-fenêtre s'ouvre et je vois Nouchka se pencher sur moi.

Elle claironne :

« On m'a dit que tu vas de mieux en mieux, alors j'en profite pour venir te voir! »

Teint blafard, regard noyé, je réponds simplement, à bout de souffle :

« Je vais de pire en pire. »

Alors Nouchka va faire ce qu'il faut faire. Sans tergiverser.

Elle me jure qu'elle va me sortir de là, m'amener à l'hôpital de P, un ancien sanatorium en pleine Cévennes, à vingt kilomètres d'ici, elle y connait un infirmier sympa, elle va appeler. Je réponds que je ne pourrais pas marcher. Elle m'assure qu'elle va chercher du secours pour m'extraire de la yourte.

J'ignore au bout de combien de temps ils arrivent, il fait encore jour.

Elle a ramené la copine et le copain qu'elle héberge.

Nouchka est une femme au grand cœur qui accueille chez elle toutes sortes d'êtres humains, certains envoyés par les services sociaux, d'autres par la route, le Tao ou le hasard des rencontres.

C'est ainsi qu'un trio de « marginaux » non rentables, non profitables, « hippies » chevelus aux mains nues, va accomplir la performance qu'aucune équipe de choc hyper-formée, hyper-payée, hyper-sophistiquée n'a été capable de faire.

Je franchis le seuil de la yourte courbée en deux et ne peut décoller tant le souffle me manque. Mais je suis mourante, je n'ai pas le choix. La seule issue, c'est marcher jusqu'à la route.

Je me suspends aux carrures offertes, elles me soutiennent sur les cent mètres les plus épineux qu'il m'ait été donné de parcourir. Je m'écroule tous les dix mètres, et tous les dix mètres, je crois que c'est mon dernier pas.

Le cœur à 160, la capacité respiratoire à 50, la tension à 8, une fièvre à faire flamber la colline, un étau  de plomb enserrant ma poitrine, dénutrie, amaigrie, je m'affale enfin, au crépuscule, sur le siège arrière de la voiture.

Ma tête repose sur les genoux d'une jolie jeune nomade de retour d'un bivouac avec ses ânes sur les sentiers Cévenols.

On roule doucement en silence à travers la forêt et, dés notre arrivée, l'affable infirmier de l'accueil, qui nous a patiemment attendu hors ses heures réglementaires, radiographie mes poumons.

Pneumopathie carabinée. Très sévère, selon le grand chef en blanc.

Branle bas de combat autour des mesures affolées.

Le cœur à calmer en priorité. Perfusions, oxygène, médocs.

Quand tout est posé et que, bardée de tuyaux, je me sens un peu en sécurité, je confie enfin au médecin :

« J'ai cru que j'allais clamser »

Et le médecin me répond du tac au tac, d'un air grave, en hochant la tête:

« Vous étiez en train de clamser, Madame. »

Ahrrr ! J'aime qu'on me parle en vérité.

Choquée, abrutie de douleur, je comprends en un éclair que Nouchka, ma bonne Nouchka, vient de réussir ce que l'armada technocrate a complètement raté.

Elle m'a sauvé la vie.

Le sang privé d'oxygène stimulait les reins à son secours, et les reins saturés ont déclenché la détresse du cœur. Début d'embolie.

La pleurésie, ils la trouveront plus tard, quand la morphine ne suffira plus à calmer la douleur et qu'ils me feront traverser les montagnes enneigées de Lozère pour passer un scanner à Mende.

A Alès, bien sûr, ils sont toujours débordés.

Nouchka, ma belle,

chaque fois que je te verrais désormais,

larmes de tendresse et joie se disputeront

le saisissement émotionnel qui m'envahit

devant la femme qui m'a sauvé,

la femme sage et bonne

qui m'a accouché

des jours en plus qui me restent.

 

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Soyons fermes et inébranlables dans notre vérité et nos choix,

poursuivons nos travaux dans l'attention à ce qui vaut la peine.

Ne dévions pas de notre chemin intérieur,

et si nous ne pouvons le préserver de la violence,

ne sombrons pas nous-même

dans la concession, l'accusation, la trahison,

ne sombrons pas dans la brutalité...

Ne nous soumettons qu'à notre liberté, qu'à notre courage,

afin que quand ils viendront nous chercher,

nous soyons doux comme des colombes

et imprenables comme des aigles.


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Car si nous ne savons pas l'heure et le jour où ils viendront,

nous avons le pouvoir de céder la place en bon état,

et de partir en ayant accompli

ce pour quoi nous sommes apparus.

 

(sur ce blog)

 


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Published by Eva R-sistons - dans Populations sinistrées
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