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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 05:57

 

 

Perspectives russes sur le Haut Karabakh

Région montagneuse et escarpée de Transcausasie, le Haut Karabakh (Nagorno-Karabakh, en russe) est plongé au cœur d’un conflit gelé depuis près de 15 ans entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Majoritairement peuplée d’Arméniens, cette enclave d’Azerbaïdjan a unilatéralement proclamé son indépendance en 1991 dans la mouvance indépendantiste qui a accompagné l’éclatement de l’Union soviétique. En dépit de l’existence d’une force armée, d’un parlement et d’un gouvernement indépendants, la communauté internationale n’a toujours pas reconnu cette petite république caucasienne et la considère comme partie intégrante du territoire azéri.

La reconnaissance en août dernier de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie par la Fédération russe a relancé la question de l’indépendance du Haut-Karabakh ou de son rattachement à l’Arménie, option également formulée par les autorités de Stepanakert (capitale de la république auto-proclamée). C’est dans ce contexte que les présidents russe, arménien et azéri (ci-contre) se sont rencontrés à Moscou hier pour tenter de trouver un règlement pacifique à ce conflit vieux de vingt-ans.

C’est en 1988, à la faveur de la Perestroïka instituée par Gorbatchev, que réapparaissent les antagonismes régionaux dans la région transcaucasienne. Formant alors une communauté autonome au sein de la RSS d’Azerbaïdjan, les Arméniens du Haut-Karabakh en profitent pour dénoncer les tentatives d’assimilation du peuple arménien par le secrétaire du parti communiste azéri Heïdar Aliev (père de l’actuel président azéri) et demandent aux autorités soviétiques son unification à la RSS d’Arménie. Refusant un nouveau tracé des frontières et soutenu par un Kremlin souhaitant éviter un effet domino dans les autres RSS, Bakou revendique alors le rattachement du Haut-Karabakh à son territoire et l’annulation de son statut d’autonomie. De violents affrontements ne tardent pas à éclater aussi bien en Azerbaïdjan qu’en Arménie. Des pogroms anti-arméniens feront d’ailleurs plusieurs centaines de victimes.

En 1991, l’implosion de l’URSS provoque de facto l’indépendance de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie. A la suite d’un référendum, Stepanakert (à droite) proclame la sienne le 2 septembre 1991. Dans le but de rétablir son contrôle sur ce territoire, l’administration azérie envoie des troupes sur le terrain et impose un blocus qui entraînera une véritable catastrophe humanitaire. Organisant leur défense, les habitants du Haut-Karabakh parviennent à repousser les Azéris avec l’aide de l’Arménie, elle-même soutenue par la nouvelle administration russe de Boris Eltsin. De cette guerre larvée, on retiendra, entre autres, le triste massacre de Khojdaly, pendant lequel des troupes arméniennes massacrèrent des centaines de civils azéris en perdition.

En 1994, après six années de combats persistants, les dirigeants de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie, du Karabakh et de la Russie s’accordent sur une trêve ayant vocation à cesser toute hostilité dans la région transcaucasienne. Les forces russes de maintien de la paix s’installeront alors durablement dans cette zone bouillonnante. Bien que des combats sporadiques et isolés sévissent encore au gré des tensions internationales (les Azérisont pur appui leur grand frère turc et leurs amis américains alors que les Arméniens sont soutenus par les Russes), la région a vécu jusqu’à présent dans un  climat politique et social en suspens, le statut quo restant la seule disposition viable, tolérée par les deux pays caucasiens.

La visite officielle des deux présidents arménien et azéri à Moscou hier se voulait donc la traduction politique des bonnes intentions de chacun dans la recherche, au mieux, d’un accord ou, au moins, d’un arrangement à l’amiable pour résoudre définitivement ce conflit qui perdure depuis deux décennies. Malgré l’absence de discussions sur les sujets les plus importants du conflit (le retour des réfugiés, la rétrocession à l’Azerbaïdjan de 11 régions entourant le Haut-Karabakh occupées par cette dernière pendant la guerre), les deux parties s’entendent sur la nécessité de trouver une solution pacifique aux désaccords territoriaux qui gangrènent la région. Si après 15 ans les dirigeants reviennent à la table des négociations, c’est que chacun y trouve un peu de son intérêt.

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Fort du soutien de Dmitri Medvedev (au centre), le président arménien (Serge Asatovitch Sargsian, à droite) se voit muni d’un rapport de force qui l’avantage et compte, par là-même, récupérer le territoire convoité en question et pouvoir, ainsi, l’intégrer à son pays. En jouant la carte des pourparlers, il affiche une posture conciliante aux yeux des médias, posture qui ne peut que l’avantager sur le plan politique. En ce qui concerne l’Azerbaïdjan, il faut croire, en revanche, que les redoutables représailles militaires qu’a lancées Moscou contre Tbillisi en août dernier ont eu raison du désir du président azéri (Ilham Aliev, à gauche) de ramener par la force dans son giron intial la république auto-proclamée. Ceci s’explique d’autant plus que le soutien de la Turquie (qui vient de se lancer dans une coopération amicale avec la Russie) et des Etats-Unis (qui pourraient n’offrir qu’un léger soutien à l’Azerbaïdjan en cas de conflit – comme ils l’ont fait avec la Géorgie) s’avère de plus en plus chancelant.

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Pour la Russie, il s’agit d’en finir avec ce conflit soviétique qui mine les relations russo-caucasiennes en entretenant l’instabilité dans une région hautement stratégique pour le transit des hydrocarbures (pétrole et gaz) de son territoire vers l’Europe. En position de force dans la région, Moscou ne peut que profiter de la situation pour habilement imposer ses conditions. La convocation de cette négociation tripartite tient aussi d’une volonté russe de modifier son image après les évènements du 8 août, pour démontrer que la Russie est aussi capable de régler ses problèmes de manière pacifique et diplomatique. La Russie devrait toutefois conserver une présence conséquente dans cette région pour le moins tumultueuse, notamment afin de prévenir la mouvance islamiste (des fondamentalistes jordaniens et saoudiens ont déjà infiltré la région pour se rendre en Tchétchénie et en Ingouchie avec les conséquences que l’on connait). Pour toutes ces raisons, la Russie de Dmitri Medvedev voue un intérêt certain pour la Transcaucasie et tentera par tous les moyens de sortir son épingle du jeu diplomatique en maintenant une présence dans la région.

 

http://perspectivesgeopolitiques.wordpress.com/2008/11/04/perspectives-russes-sur-le-haut-karabakh/

 

 

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La République "autodéterminée" du Haut-Karabagh

Le mois écoulé a vu, coup sur coup, les visites faites à M. Laurent Fabius des ministres des affaires étrangères de la République d'Arménie le 24 juillet et de la République d'Azerbaïdjan le 30 juillet. Un point commun évoqué : la question du Haut-Karabagh. La France est engagée dans la recherche d'une solution à ce différent en tant que co-présidente du Groupe de Minsk, aux côtés de la Russie et des Etats-Unis, créé à cet effet dans le cadre de l'OSCE.

Rappelons ce qu'est le Haut-Karabagh. Depuis plus d'un millénaire, une terre peuplée d'Arméniens, berceau de résistance aux conflits qui opposèrent longtemps Empire ottoman et Perse séfévide. Lors de la soviétisation, Moscou attribue cette région d'Arménie à la République Fédérée turcophone d'Azerbaïdjan, selon l'adage impérial du "diviser pour régner". Mais le pouvoir soviétique lui reconnait sa nature arménienne et lui confère le statut de Région Autonome. Durant toute la domination soviétique, les Arméniens du Haut-Karabagh n'ont cessé de revendiquer leur rattachement à la République d'Arménie. En vain. A la fin des années 1980, croyant dans la politique de glasnost de Gorbatchev, les Arméniens du Haut-Karabagh entament, dans le cadre des lois soviétiques, leur premier acte d'autodétermination : le 20 février 1988, le soviet de la Région Autonome vote son rattachement à l'Arménie. D'immenses manifestations pacifiques ont lieu dans les deux pays. La réponse de l'Azerbaïdjan est immédiatement violente : le 27 février 1988, commencent des massacres d'Arméniens à Soumgaït, deuxième ville du pays, et en novembre à Kirovabad. L'AFP, reprise par Le Monde du 08 mars 1988, traduit l'état d'esprit à Bakou en rapportant les propos d'un jeune azéri :

"Jamais ils n'oseront nous prendre Karabakh. Sinon, ce sera la guerre, et ils le savent. Nous serons soutenus par les Turcs et nos frères d'Iran... maintenant chez nous, c'est déjà la guerre "

Le 12 janvier 1989, Moscou soustrait le gouvernement du Haut-Karabagh à la tutelle azérie et administre directement la Région Autonome. Suivront en Azerbaïdjan de nouveaux pogroms anti-arméniens en janvier 1990, à Bakou la capitale et à Kirovabad, faisant des centaines de morts. Des milliers d'Arméniens sont évacués vers la Russie et l'Arménie. Le 30 aout 1991, l'Azerbaïdjan proclame son indépendance de l'URSS dans le cadre de la loi soviétique du 3 avril 1990. La Région Autonome fait de même le 2 septembre 1991. Depuis le 12 janvier 1989, plus jamais le Haut-Karabagh ne sera dirigé par Bakou. La guerre imposées par les dirigeants azéris finira par la défaite de Bakou et un cessez-le feu sera signé à Bichkek le 5 mai 1994 avec le chef des forces armées du Haut-Karabagh.

Depuis plus de 20 ans, les Arméniens du Haut-Karabagh n'ont cessé de construire dans la paix un véritable Etat selon les normes du droit international. Quelles ont ces normes ? D'abord, avoir un territoire délimité. C'est le cas : la dictatoriale URSS l'avait elle-même reconnu et délimité à sa manière. Avoir une population qui exprime sa volonté de vivre ensemble. C'est le cas : la population très majoritairement arménienne a servi de base à la délimitation territoriale et a manifesté constamment son enracinement. Ainsi, une organisation étatique a été mise en place: gouvernement, parlement, élections libres. Libérée de la discrimination turque-azérie, la vie politique n'a cessé depuis de se développer selon les normes démocratiques. Depuis 1995, quatre élections législatives et trois élections présidentielles ont eu lieu. La République détient une constitution démocratique adoptée par référendum le 10 décembre 2006.

L'Azerbaïdjan rejette évidemment ces développements, argue de l'atteinte à son intégrité territoriale et rejette tout droit à l'autodétermination du peuple du Haut-Karabagh. Or, il se trouve qu'en droit international, le droit à l'autodétermination est une règle supérieure, erga omnès, à celle de l'intégrité territoriale des Etats comme l'a démontré le juriste Gérard Guerguérian dans son dernier ouvrage "Les différends arméno-turcs ou la quête de justice au regard des principes du droit international". On peut alors s'étonner que la communauté internationale n'arrive pas à respecter son propre droit, et s'ingénie à qualifier cette République "d'autoproclamée". De façon constante, les puissances, dont la France rappelle le respect du principe de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan. Le pétrole de Bakou, le poids de la Turquie pèsent sans doute plus lourd dans la balance des rapports de force que le respect du droit international et la reconnaissance de la République "autodéterminée" du Haut-Karabagh.

Le 19 juillet 2012, le Haut-Karabagh vient d'élire Bako Sahakian Président de la République. Le Groupe de Minsk a fait le lendemain la déclaration suivante : "Les co-présidents reconnaissent la nécessité pour les autorités de fait du Haut-Karabagh d'essayer d'organiser la vie publique de leur population". Le principe d'intégrité territoriale n'y est pas mentionné. Au fond, la vraie question est bien la reconnaissance de l'autodétermination du Haut-Karabagh dont le communiqué du Groupe de Minsk de l'OSCE accepte la réalité et la légitimité à demi-mots.

Et la France, en tant que France?
A une question écrite (QE 95350) du député socialiste Jean Paul Dupré, Alain Juppé, ministre des Affaires Etrangères répond le 12 avril 2011 que la France entend "... faire émerger une solution politique équilibrée et négociée à ce conflit sur la base des principes et des normes du droit international, de la charte des Nations unies et des principes de l'acte final d'Helsinki de non-usage de la force ou de sa menace, d'intégrité territoriale et d'égalité des droits des peuples et d'autodétermination". L'ennui de cette réponse tient dans la concurrence sans issue, des deux principes : intégrité territoriale et autodétermination. Nous avons vu que l'autodétermination est erga omnès, supérieure en droit au premier. Encore faut-il faire le choix politique de l'appliquer.

Il faudrait que le Président Hollande et son ministre Laurent Fabius se clarifient. L'arrêt de la Cour Internationale de Justice validant l'autodétermination du Kosovo devrait les aider à sortir du flou au profit d'un choix clair. Sauf à tacitement encourager une issue par la guerre que le Président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliev, ne cesse de préparer et dont il brandit la menace avec une constance inquiétante. Sans les protestations de quiconque.

 

http://www.huffingtonpost.fr/mihran-amtablian/haut-karabagh-laurent-fabius_b_1870994.html

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Published by Eva R-sistons - dans Luttes d'influences
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