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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 04:20

Auteur : Ali FATHOLLAH-NEJAD  - Source : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=10320&lg=f...

 

 

 

AUTEUR:  Ali FATHOLLAH-NEJAD

Traduit par  Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice

 

En s’obstinant à infliger des « sanctions » à l’Iran, l’Occident assombrit les perspectives de démocratisation, de développement économique et de résolution des conflits 

 

 

Le retour saisonnier des bellicistes a culminé avec l’appel du « néocon » Daniel Pipes à Barack Obama au bombardement de l’Iran « afin de sauver sa présidence ».

 

Peu auparavant Tony Blair avait encore glissé, dans son exposé des raisons justifiant son intervention en Irak, une phrase inquiétante « nous sommes aujourd’hui face au même problème en Iran ». Et il a prononcé le nom de l’Iran pas moins de 58 fois. La Commission britannique (Chilcot)  d’enquête sur les évènements liés à la guerre en Irak a coïncidé, non sans cynisme, avec un important renforcement militaire dans la région du golfe Arabo-persique. Et pour finir on a annoncé que des centaines de bombes anti-bunker avaient été embarquées en Californie à destination de l’île de Diego Gracia dans l’océan Indien, d’où étaient parties les deux dernières attaques aériennes contre l’Irak. Tout a exactement coïncidé avec la poursuite de la lutte du mouvement iranien pour les droits civiques et les proclamations des politiciens occidentaux qu’ils soutenaient cette lutte. Mais quelles preuves existe-t-il de cela ?

 

À la différence de la guerre, les sanctions sont très largement présentées comme un remède nécessaire et franchement salubre permettant de pousser un adversaire politique à changer de cap. L’évolution du conflit entre l’Iran et l’Occident prouve cependant que les sanctions ont plutôt prolongé la crise que contribué à en sortir.

 

En dépit  de cela, les gouvernements occidentaux semblent toujours en proie à une véritable fascination pour les sanctions.

 

L’appel initial à des « sanctions paralysantes » est devenu moralement intenable l’été dernier, lorsqu’une impressionnante vague « verte » a déferlé dans les rues de Téhéran, entre autres dans la crainte de la « paralyser »  elle-même. Mais aujourd’hui tout le monde parle à nouveau de sanctions, à ceci près qu’on accole des adjectifs lénifiants tels  qu’« avisées » ou « ciblées» aux mesures punitives désormais envisagées. En y regardant de près on s’aperçoit qu’on prend largement ses désirs pour des réalités.

 

Le gigantesque impact de « sanctions avisées »

 

Des « sanctions avisées » seraient, prétend-on, un remède miracle pour éradiquer le mal. Dans le cas de l’Iran, le mal est désormais identifié avec le Corps des gardiens de la révolution islamique. Créés à l’origine pour défendre le pays contre l’agression de l’Irak dans les années 80, ils se sont transformés en un conglomérat social, politique et économique en expansion, détenteur d’un pouvoir incomparable dans la République islamique actuelle.

 

Les « sanctions avisées » devraient donc affecter de manière ciblée la position des Gardiens au sein des structures de pouvoir iraniennes. On oublie cependant qu’une grande partie de l’économie iranienne est aux mains des Gardiens et qu’en conséquence les millions de civils avec leurs familles dont le revenu d’existence est lié aux larges pans de l’économie détenus par les Gardiens seraient eux aussi atteints. Cela donne une idée du gigantesque impact de ces sanctions.

 

Les prétendues « sanctions paralysantes », qui doivent limiter en  premier lieu les livraisons d’essence à l’Iran, sont actuellement en préparation aux USA. Dans l’attente de ces sanctions US unilatérales les plus grosses compagnies d’assurances mondiales ont déjà annoncé qu’elles se retiraient d’Iran. De même de très importants fournisseurs d’essence mondiaux qui couvraient récemment encore la moitié des importations iraniennes ont cessé leurs livraisons. Ceci pèse considérablement sur le secteur financier et de la construction navale et fait monter le prix des importations d’essence iraniennes - presque la moitié de la consommation. Là encore c’est la population qui paie l’addition. Ajoutons-y qu’une application totale de ces sanctions impliquerait un blocus maritime, ce qui serait toutefois assimilable à un acte de guerre.

 

Paralyser la population civile

 

Ainsi que des personnalités de la société civile iranienne et aussi des économistes le soulignent, c’est la masse de la population qui paie le prix des sanctions.

 

L’économie iranienne - depuis la production manufacturière et l’agriculture jusqu’au secteur bancaire et financier a déjà souffert de trente ans de sanctions. Aujourd’hui encore les entreprises ont de la peine à continuer leurs affaires, car elles doivent compter avec des restrictions dans l’approvisionnement en biens indispensables et sont souvent obligées de payer le prix fort. En outre la communauté scientifique est gênée par ses difficultés d’accès aux dernières conquêtes de la recherche mondiale, tandis qu’on entrave le développement technique.

 

Le chef de l’opposition, Mir-Hossein Moussavi a dans une déclaration de l’automne dernier attiré l’attention sur les risques que présentent  les sanctions pour la société civile : « Les sanctions n’auraient pas d’effet sur le gouvernement, elles causeraient bien plutôt un mal sérieux à la population qui a déjà suffisamment eu à souffrir de la part de ses propres hommes d’État. Nous refusons toute sanction envers notre nation, » a-t-il déclaré très clairement. Son compagnon de luttes Mehdi Karroubi s’est exprimé dans le même sens dans une  Interview au Corriere della Sera.

 

Et un problème de fond demeure, qui n’attire guère l’attention de tous ceux qui ont succombé à la dangereuse illusion qu’ils pourraient avoir leur mot à dire dans la définition et la mise en œuvre  des sanctions contre l’Iran : celles-ci sont élaborées essentiellement par l’American Israeli Public Affairs Committee (AIPAC) et la plupart du temps soumises au Congrès pour la forme pour être ensuite mises en œuvre par le sous-secrétaire au Renseignement financier et anti-terroriste (Under Secretary for Terrorism and Financial Intelligence) Stuart Levey – un homme de confiance de l‘ AIPAC. Dans tout ce processus les retombées négatives potentielles sur le peuple iranien ne jouent pratiquement aucun rôle.

 

Les sanctions, qu’elles soient « paralysantes » ou « avisées » nuisent en définitive à la population. Des « sanctions avisées » c’est un oxymore comparable  aux « bombes intelligentes » qui prétendument savent cibler, au moyen de « frappes chirurgicales », uniquement les objectifs à détruire.  Et comme pour leurs consœurs  militaires ce sont en définitive les « dommages collatéraux» des « sanctions avisées » qui l’emportent.  Les trouver « avisées » n’est donc que pur cynisme.

Une     arme politique émoussée dans le monde d’aujourd’hui

 

En outre les sanctions, dans un univers mondialisé et de plus en plus multipolaire s’avèrent n’être qu’une arme émoussée, surtout lorsqu’elles visent des pays riches en sources d’énergie. Il ne manque pas d’acteurs guidés par le seul profit, trop heureux d’occuper le vide ainsi créé. C’est ainsi que des firmes chinoises, russes et même US - agissant à partir de Dubaï - ont largement profité du retrait des concurrents européens sous la pression de Washington.

 

Les sanctions, qui sont devenues une quasi-obsession dans les milieux politiques occidentaux, ne sont pas un remède porteur de guérison, mais agissent plutôt comme un poison lent pour la société civile iranienne et ses mouvements démocratiques. En matière de guerre économique, les sanctions et les appels à la guerre qui reviennent régulièrement constituent un mélange explosif. Les tambours guerriers, qui se font entendre à nouveau, battent à nouveau sur le cœur de la société civile iranienne.

 

Les sanctions et menaces de guerre sont un poison pour le processus démocratique

 

Contrairement à ce qu’affirment les politiques, les sanctions nuisent à la société civile et consolident la position des faucons. La classe moyenne iranienne est touchée par cet isolement qui n’en finit pas, d’autant plus que les sanctions atteignent d’honnêtes commerçants et profitent aux corrompus. Les Gardiens, qui contrôlent vraisemblablement 60 ports dans le golfe Arabo-persique, par lesquels passe l’essentiel des importations, peuvent poursuivre leurs affaires, souvent par des « canaux douteux.»

 

Et c’est pourquoi l’un  des « dommages collatéraux » pas tout à fait caché des sanctions qui n’en finissent pas est de faire obstacle à une transition démocratique durable en Iran. Si celle-ci avait lieu, elle représenterait un risque pour le statu quo dans la région et le maintien de l’hégémonie  des régimes autocratiques amis de  l’Occident.

 

Que faire ? «Frappes chirurgicales» ou véritable solution diplomatique ?

 

L’histoire sans fin des sanctions reflète les tentatives presque désespérées des politiques occidentaux, face à leurs difficultés à imposer leur volonté à l’Iran pour « faire » quand même quelque chose, afin d’avoir l’air au moins « crédibles ». Une entreprise somme toute vouée à l’échec et même dangereuse. Car il est fort à craindre que dans la foulée des « sanctions avisées » les « frappes chirurgicales » ne se fassent guère attendre.

 

Au lieu de s’abandonner à l’espérance illusoire que les sanctions produiront l’effet souhaité dans un futur pas trop lointain, on devrait y mettre un terme une fois pour toutes. La seule issue consisterait  à avoir le courage d’une politique capable de désarmer les faucons de  tous bords, dont les affaires prospèrent admirablement dans le cercle vicieux de la haine. Ce n’est que par une politique de détente qu’on cessera de manière durable d’apporter de l’eau au moulin des radicalismes - et que l’on contribuera en prime à un renoncement durable à la politique sécuritaire en Iran. Lever les sanctions déjà existantes, qui s’en prennent souvent aux biens civils, pourrait faire des miracles et ébranler considérablement les principes fondamentaux des acteurs qui poussent à la confrontation.

 

En dépit d’affirmations hâtives la voie diplomatique n’est pas épuisée. Bien on contraire : on en est très loin. D’autant plus qu’il subsiste  un problème central pour la sécurité de la région ; l’Occident  serait donc vraiment bien avisé d’obliger Israël - puissance nucléaire - à signer les engagements de non-prolifération. On devrait donc mettre fin à la « diplomatie coercitive » - comme on la désigne avec pertinence dans les Études diplomatiques - pratiquée par les USA envers l’Iran car elle assombrit les perspectives de paix et celles du processus de démocratisation.

 

 

Source : Collateral Damages of Smart Sanctions on Iran

Article original publié le 12/3/2010

Sur l’auteur

Tlaxcala
 est le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, l'éditeur et la source.

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