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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 08:34

 

 

Haro sur l'islam

 

Dans l’émission Paroles aux Français du vendredi 11 février, le président Sarkozy a décrit sa nouvelle vision de la société française. Deux confirmations, il parle de son rejet de l’ostentation et du prosélytisme; en clair il est contre les prières des musulmans dans les rues, mais il ne donne aucune piste pour ne pas prier dans la rue. Il est contre le communautarisme qui, dit-il, a été un échec. Par cette affirmation, il fait écho au discours d’Angela Merkel en Allemagne, en octobre, discours dans lequel elle disait qu’il fallait tirer les conséquences de l’échec du communautarisme. Dans le même temps, on apprend que 200.000 Turcs allemands diplômés ont quitté l’Allemagne qui aurait besoin de 400.000 diplômés. La déclaration d’Angela Merkel visait aussi, à couper l’herbe au parti adverse surtout, après la publication de Theo Sarrasin où il accusait l’Islam d’être un danger pour l’Allemagne. Une déclaration similaire a été faite par David Cameron lors de la réunion de Munich début février, lui aussi rejette le communautarisme pourtant socle du vivre- ensemble du modèle britannique. Dans toutes ces positions, si on ajoute aussi celle de Sylvio Berlusconi dont on connait l’affection qu’il a pour l’Islam, il y a une situation nouvelle. L’ennemi de l’Europe est clairement désigné, c’est l’Islam, les Turcs, les Pakistanais et les Arabes du Maghreb.
Pourtant, en France pendant de longues années, l’ancien ministre de l’Intérieur, président actuel, déclarait à qui voulait l’entendre que les communautés devraient s’organiser. Il a ainsi, donné corps au Cfcm (Conseil français du culte musulman). Mieux, en janvier il nomme Monsieur Dahmani comme conseiller à l’Elysée chargé justement du contact avec les communautés, fonction qui empiète sur celle de Yazid Sabeg chargé de promouvoir la Diversité.

Préoccupations bassement électoralistes
Parmi les communautés, il y en a une qui échappe à toute norme, il s’agit du Crif (Conseil représentatif des Juifs de France) dont l’aura réelle est plus due à sa capacité de nuisance qu’à son apport à la société française. Le Crif se dit représenter les 600.000 Juifs de France, c’est-à-dire 1%. En fait, ce n’est pas vrai, il représenterait dans le meilleur des cas 60.000 Juifs c’est- à-dire 0,1% de la population française. Se déclarant pro-sioniste et aligné sur la politique israélienne, il tétanise tous ceux qui osent critiquer Israël. Le Conseil représentatif des institutions juives de France, mis en place sous Laurent Fabius, en 1985, invitait à un dîner toute la classe politique et les autorités religieuses, un tribunal dînatoire selon l’expression, pour une fois heureuse du philosophe tout-terrain Alain Finkielkraut. C’était à l’époque de Théo Klein, un espace de discussion loin de toute emprise idéologique. Depuis, Roger Cuckermann, puis Richard Prasquier fidèles zélés d’Israël, «convoquent», à l’occasion de ce dîner, la classe politique française et lui tracent les lignes directives. En 2010, le président de la République, Nicolas Sarkozy a, effectué un bref passage le 3 février à Paris. Il déclarait (...) «La sécurité d’Israël est pour la France une priorité absolue», Très souvent, par le passé, déclare le président Sarkozy, je suis venu au dîner du Crif. Je connais cette tradition. (..) En invitant chaque année les plus hautes autorités de la Nation à partager votre dîner, en invitant en particulier le Premier ministre, et cette année, pour la première fois, le président de la République, vous entendez renouveler votre attachement indéfectible à la République et à la France. (....) Il est sain que vos invités rassemblés dans cette salle, dont certains exercent d’éminentes responsabilités, fassent mémoire de ces moments douloureux qui précipitèrent tant de familles dans l’abomination, et notre pays dans la honte. [...] (3)» On remarquera que le président fait preuve d’une repentance à géométrie variable. Il admet que la France puisse avoir honte de la façon dont elle a traité les Juifs en laissant le pouvoir hitlérien les déporter, mais il n’a pas à avoir honte de la colonisation directe de la France qui, pendant plus d’un siècle, a pillé, volé, incendié, violé et déstructuré la société algérienne qui en porte encore les stigmates.
En 2011, après avoir écouté le discours du président du Crif, comme d’habitude d’une rare violence envers ceux qui critiquent Israël, et aussi envers l’Iran en appelant à son renversement, il fait le bilan des actes antisémites de 2010, que le Crif a recensés et transmis au ministère de l’Intérieur pour dire une fois de plus que trop c’est trop. Pour pouvoir juger du réel pouvoir du Crif, qu’il nous suffise de rapporter un article du Canard enchaîné du mercredi 16 mai 2007, où nous apprenons que le très sioniste Roger Cukierman est intervenu personnellement pour s’opposer à la nomination de Hubert Védrine au poste de ministre des Affaires étrangères. Il a joint directement Sarkozy et lui a dit que la communauté juive prendrait la nomination de Védrine comme un «casus belli». Pourtant, il s’est trouvé des Français de confession juive qui sont scandalisés par le comportement du Crif. Parmi eux, Maurice Szafran qui fit un éditorial à ce propos dans le journal Marianne n°642. «Quelle que soit la qualité de certains qui en font partie et qui se déclarent à regret, minoritaires, il faut bien constater que les dérapages communautaristes du Crif deviennent de plus en plus nombreux et alimentent un antisémitisme à la fois insidieux et secret. Pour le moment, personne n’ose dire que le roi est nu et que dans certaines affaires qui relèvent soit de la solidarité inconditionnelle et aveugle avec l’extrême droite de l’Etat d’Israël, soit d’un judéo-centrisme obsessionnel et névrotique, les juifs ne peuvent plus se sentir en sécurité intellectuelle.»(1)
Une dépêche courageuse de l’AFP passée inaperçue à l’époque, et pour cause, eu égard au maillage serré des médias à l’époque, s’interrogeait sur la place du Crif. S’est interrogée l’Agence: est-il devenu un nouveau département ministériel, au même titre que celui de l’Intérieur, de l’Agriculture ou encore de la Défense?(2).

Géométrie variable
Aux côtés du CRI, le Cfcm qui représenterait les 6 millions de musulmans (10% de la population française, est plus évanescent que jamais. On n’ose pas imaginer même pour rire, un diner du Cfcm où le millier des personnalités représentant la politique et le pouvoir en France viendraient faire allégeance à des représentants qui n’osent même plus parler et défendre l’état misérable de cette communauté en errance et qui, pour une grande partie, ne demande qu’à vivre l’Islam à l’ombre des lois de la République. On remarquera au passage, que le président Sarkozy déclare ne reconnaître qu’un Islam de France et non pas un Islam en France. Ceci est très important, car cela veut dire que c’est un Islam qui doit être laïco-compatible, qui ne fait pas de l’ombre aux racines chrétiennes de la France et qui est en paix avec le Crif. En clair, il devra être un Islam sans aspérité, nous verrons alors, à ce rythme des Fatwas sur mesure, pour déclarer Halal telle ou telle mesure, une décision de la République, le Coran serait revu. Pourquoi pas? Le problème est que la République, qui doit avoir une forte volonté d’intégration, doit être équidistante des religions, le spirituel devant être de la sphère privée. A ce rythme, on peut imaginer aussi un judaïsme de France, un hindouisme de France. Je serai curieux d’entendre la réaction de ces communautés. Cette offensive concertée contre l’Islam en Europe sera de plus en plus récurrente. Les gouvernants surfant sur les peurs font dans la diversion pour faire passer des réformes impopulaires, il faut un bouc émissaire, ce sera l’Islam qui servira de variable d’ajustement
Il faudra empêcher les hordes du Sud d’envahir le Nord et faire en sorte de ne laisser en Europe que ceux qui rentrent dans le moule de cette Europe qui devient de plus intolérante, elle qui a été la cause du malheur toujours recommencé à la fois de la colonisation de ces pays qui viennent taper à la porte du supermarché planétaire construit sur la sueur des Suds épuisés, mais aussi la cause d’un autre malheur, celui des indépendances formelles et bâclées parque que nous avons remplacé le colon par un pouvoir qui continue d’asservir les masses, aidé et conforté justement par les anciennes puissances coloniales qui ne veulent surtout pas perdre leurs chasses gardées.

Comment faire pour éloigner les barbares
Nous avons vu que la paranoïa concernant l’Islam est doublée de la nécessité de barricader l’Europe en contrôlant les entrants. A ce titre, l’Europe, qui se lave les mains de ce qui se passe en Tunisie, est en train de chercher une parade pour arrêter l’exode des damnés de la terre qui fuient la misère. Les Européens, qui n’arrêtent pas de parler de droits de l’homme, ont ouvert la «Boite de Pandore», ils doivent regretter la belle époque de Ben Ali qui leur permettait de tenir en respect ces hordes de «gueux» qui envahissent Lampedusa. La mise en branle de Frontex, une armada de guerre, permettra de suivre, même de nuit, comme le Sive (installé en Espagne), tous les mouvements de la Côte africaine. La «mise à niveau», présentée comme technique, du système d’information Schengen sert de paravent à un glissement de ses objectifs, de l’accompagnement de la liberté de circulation vers la constitution d’une base de données de surveillance et d’enquête.
«Dans le quartier du Neuhof, écrit Jelle Van Buuren, à Strasbourg, un bâtiment sous haute garde, de classe «antiterroriste», abrite l’ordinateur central du Système d’information Schengen (SIS). Les mémoires de ce serveur informatique, poumon numérique de la coopération policière européenne, stockent des millions d’informations sur les étrangers interdits de séjour en Europe, les criminels recherchés, les armes et les suspects à placer sous surveillance. Les listes de desiderata, que les Etats membres font circuler à Bruxelles, ne s’arrêtent pas là: ils souhaitent intégrer dans le fichier central les photographies, les empreintes digitales, les empreintes ADN et des données biométriques.
En reliant aux fichiers des systèmes de reconnaissance faciale et de l’iris des yeux.»(3) En fait, cette paranoïa occidentale alimente un marché juteux: le marché de la peur évalué à des dizaines de milliards de dollars. José Saramago, prix Nobel de littérature, s’interroge: «Les Occidentaux sont-ils civilisés entre eux et barbares avec les autres? Que reste-t-il alors des «valeurs» de l’Occident «Liberté, Démocratie et Justice» après le passage du cyclone Bush et des petites tempêtes de ses clones, vassaux et perroquets un peu partout dans le monde? Où vont les fameuses «démocraties occidentales», missionnaires de leur «Liberté obligatoire» comme dirait l’écrivain et dramaturge italien Dario Fo? La gauche va-t-elle gober sans broncher les attaques convergentes de la droite et de l’extrême-droite contre ce qu’elles appellent le «multiculturalisme»? «Liberté» aux saveurs du pétrole, de l’opium, du fouet et des bombes...»(4)

L’islamophobie
Michel Wieviorka, sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, écrit justement à propos de ce rejet du multiculturalisme: «Je ne peux que le féliciter», a déclaré Marine le Pen, la nouvelle dirigeante du Front national, après que David Cameron, le Premier ministre britannique, a affirmé le 5 février, que le multiculturalisme est un échec. Quatre mois auparavant, en Allemagne, Angela Merkel, la chancelière, des droites en déclarant que «cette approche a échoué, totalement échoué». Et lors de l’émission Paroles aux Français sur TF1, vendredi, Nicolas Sarkozy, le chef d’Etat français, a apporté sa contribution à la disqualification du multiculturalisme en reprenant la même antienne.
Dans son cas, on hésite quant au diagnostic: renversement complet ou incohérence? Ces charges donnent l’image d’une grande cohérence idéologique des droites d’Europe. Otons l’Islam du débat: que reste-t-il dans le rejet du «multiculturalisme»? (...) Le terme de multiculturalisme est inapproprié ici, car ce qui est en jeu est d’abord et avant tout une religion, et non une culture.
Que celles-ci puissent se recouper est une évidence, mais cela n’autorise en aucune façon à les confondre, et à rejeter le multiculturalisme pour en réalité flatter l’islamophobie. (...) Il est légitime et souhaitable qu’un chef d’Etat s’en prenne au terrorisme, à la violence, agisse pour mettre fin à la domination des groupes et de leurs leaders sur les individus relevant de minorités, à commencer par les femmes.»(5)
«Mais imputer ces maux au multiculturalisme, c’est en faire un bouc émissaire trop commode, ou, au mieux, ne s’intéresser qu’aux dérives des modèles qu’il promeut, et non à ces modèles eux-mêmes. Que signifie l’injonction de l’intégration des immigrés? La critique du multiculturalisme par les droites et les extrêmes droites comporte une dimension qui mérite d’être soulignée: elle va de pair avec l’appel à l’intégration des immigrés. Cet appel est toujours présenté comme une nécessité pour la nation, pour la société dans son ensemble, et jamais du point de vue des immigrés.»(5)
«Ceux-ci sont alors définis comme autant de problèmes ou de sources de difficultés, rien d’autre, et le message qui leur est adressé est vite si peu conforme aux réalités de leur expérience sociale qu’il ne peut être qu’incantatoire, et répressif: que signifie l’injonction de l’intégration, si les moyens de la réussir ne sont guère proposés? Tempéré, le multiculturalisme est une opportunité pour la gauche.
Il y a néanmoins, un avantage dans ce rejet par les droites et extrêmes droites du multiculturalisme au nom d’une intégration qui devient mythique: il interpelle les gauches. En France, notamment, l’attachement à l’idéal républicain, version nationale des valeurs universelles, s’est souvent soldé, y compris à gauche, par un refus de tout ce qui semble déboucher sur une reconnaissance des minorités, et sur un encouragement, dès lors, aux horreurs du communautarisme. La gauche aurait bien tort d’être paresseuse, ou idéologique, et de se contenter d’embrayer le pas aux droites et aux extrêmes droites.»(5)
Le temps sera de moins en moins clément en Europe, l’Islam servira de repoussoir pour des considérations électorales et le musulman, même avec une foi incolore, devra continuellement donner des preuves de son rejet de sa foi pour pouvoir survivre.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.http://www.bakchich.info/Jean-Daniel-flingue-le-CRIF,09970.html
2.Le Crif nouveau ministère de la République? AFP 18 décembre 2003
3.Jelle Van Buuren: Les tentacules du système Schengen. Le Monde diplomatique. Mars 2003
4..José Saramago «De la justice à la démocratie,...». Le Monde diplomatique. Mars 2002
5.Michel Wieviorka http://www. rue89.com/wieviorka/2011/02/12/quand-la-gauche-va-t-elle-defendre-le-multiculturalisme-190273

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

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Jeudi 17 Février 2011


http://www.lexpressiondz.com/article/8/2011-02-17/86196.html http://www.lexpressiondz.com/article/8/2011-02-17/86196.html

 

http://www.alterinfo.net/Haro-sur-l-Islam_a55295.html

 

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Islamophobie savante, islamophobie politique


Par Alain Gresh,
(Du Monde Diplomatique)

Nous vivons les temps de l’islamophobie. Chaque jour apporte sa pierre à l’édification d’une machine de guerre d’autant plus efficace qu’elle ne relève d’aucun complot et qu’elle enrôle sous sa bannière des responsables de gauche et de droite, des intellectuels de gauche et de droite, des « savants » de gauche et de droite. Burqa, affaire Vincent Geisser – que j’ai eu tort de ne pas évoquer avant sur ce blog –, femmes afghanes, pratique du ramadan, etc, tout est bon, non pour critiquer l’islam, mais pour stigmatiser les musulmans et, surtout, créer une atmosphère de troisième guerre mondiale.

C’est en mars 2006 que Charlie-Hebdo publie «
Le manifeste des douze : ensemble contre le nouveau totalitarisme », L’Express, 2 mars 2006, où l’on retrouve les incontournables Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, Philippe Val, Antoine Sfeir :

« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous. » Nous restons dans cette atmosphère malsaine.

La publication par Le Seuil du livre « Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, » de Sylvain Gouguenheim avait suscité, au début 2008, une puissante polémique. (« Un historien au service de l’islamophobie » 7 mai 2008). Sous la direction de Max Lejbowicz, L’islam médiéval en terres chrétiennes (Presses universitaires Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2009), sous-titré « Science et idéologie », avait constitué une première riposte des « savants ». Le livre publié chez Fayard sous la direction de Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashe et Irène Rosier-Catach, Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante, est une nouvelle charge contre les impostures.

Les coordinateurs écrivent dans leur préface :

« Aristote au Mont-Saint-Michel développe une vision du monde qui s’insère très précisément dans la philosophie de l’histoire sarkozyste à la rencontre de trois axes majeurs : (1) exaltation de la France toute chrétienne, celui du “long manteau de l’Eglise” jeté sur nos campagnes ; (2) revendication assumée de l’“oeuvre positive” de la colonisation – puisque la science est, par essence, européenne ; (3) volonté de “liquider” définitivement Mai 68. Et l’on se trouve confronté à ce paradoxe, typique de notre temps, où l’auteur le plus en phase avec la doxa des idéologues officiels – on songe à celui qui, aux premiers jours de la Restauration (26 juillet 2007), composa l’inoubliable discours de Dakar – est décrit comme un parangon d’indépendance et de courage par diverses crécelles médiatiques. (...)

Les Arabes sont des Arabes, dit l’islamophobie savante, de peur qu’eux aussi ne soient grecs, comme nous le soutiendrons. Cela ne se dit qu’à la troisième personne : “eux les Arabes”, ceux qu’on désigne de loin, des banlieues aux universités, sur tout le trajet de l’islamophobie savante. Qui aujourd’hui peut dire : “Nous les Arabes” sans s’attirer les pires soupçons ? Raison de plus, aujourd’hui, pour que nous le fassions. Les Grecs, les Arabes. Et nous ? Nous les Grecs, bien sûr. Nous les Arabes pas moins. Mais nous les Latins, aussi bien que nous les juifs, nous tous les absents de la nouvelle Restauration, nous tous les autres, nous qui n’entrons pas dans les “synthèses”, “hélléno-chrétiennes” ou celles qu’on voudra, nous les composites. »

N’allez surtout pas dire aux membres de la mission d’information sur la burqa que nous sommes composites. Ils en tomberaient de leur fauteuil, eux comme les invités soigneusement triés. Prenez le temps de lire les témoignages et les réactions des députés, ils reflètent, malheureusement, l’état d’une opinion désinformée. Le 9 septembre, la mission a auditionné Mme Sihem Habchi, présidente de l’association Ni putes ni soumises et Mme Élisabeth Badinter, philosophe.

Rappelons que l’association Ni putes ni soumises est largement financée par les pouvoirs publics et les pouvoirs locaux, toutes tendances confondues. Et elle reçoit des aides d’autant plus importantes qu’elle ne dispose d’aucune base militante et qu’elle est absente de ces banlieues dont elle prétend vouloir défendre les jeunes filles. Sa présence dans les médias lui donne une légitimité que son audience sur le terrain ne lui permet guère.


Qu’explique sa présidente ? que « l’inconscience politique a, au bout du bout, permis les pires des exactions contre les femmes. J’ai encore devant les yeux le portrait de Sohane, brûlée vive dans un local à poubelles pour avoir dit non. Je me rappelle de Samira Bellil, qui a été victime de nombreux viols collectifs et nous a quittés il y a cinq ans. Me reviennent également en mémoire Erim, Malika et tant d’autres qui ont été victimes de mariages forcés, Diaryatou Bah qui a été victime d’excision qui l’a contrainte à faire trois fausses couches, Myriam qui, pour avoir simplement effleuré le bras d’un garçon a décidé d’en finir avec l’oppression familiale et s’est défenestrée en juin dernier. Si certaines ne sont plus parmi nous, d’autres restent debout pour faire en sorte que leurs sœurs ne soient pas mortes pour rien ». Ainsi, la violence contre les femmes qui, en France tue une demi douzaine de personnes par mois, serait le fait des seuls musulmans ? Pourquoi ne dit-elle rien sur la violence faite, aussi, aux femmes française « de souche » ? Pourquoi ne dénonce-t-elle pas l’attitude des médias : quand un homme français de souche tue sa compagne, il s’agit d’un crime passionnel, quand il s’agit d’un musulman, il s’agit d’une violence religieuse ou ethnique, on ne sait pas très bien.

En fait, ce que son discours sous-entend, ou même affirme clairement, comme celui de Mme Badinter c’est que nous pouvons parler des souffrances des femmes et même nous réclamer du féminisme – terme qui fut longtemps proscrit, mal vu, y compris à gauche (et le reste quand il s’agit de dénoncer les féministes américaines) – à condition de parler des femmes musulmanes. Dénoncer leur sort nous permet de dire que « nous » ne sommes pas comme « eux », nous ne sommes pas des arabes ou des musulmans, nous sommes les descendants de la civilisation grecque.

Il y a un moment fortement comique dans cette déposition, quand Mme Habchi affirme, sans rire, que « le chemin le plus court pour l’Asemblée nationale n’est ni le voile ni la burqa ». Cette dame sait-elle que, dans cette assemblée, il n’y a pas 15% de femmes députées ? Le fait qu’elles ne portent pas de foulard ne semble pas leur ouvrir les portes du pouvoir. (Rappelons que, jusque dans les années 1960, il y a eu des députés prêtres qui venaient en tenue au parlement ; le dernier, à ma connaissance, fut le chanoine Kir, maire de Dijon ; la République était pourtant laïque, mais, il est vrai, qu’elle n’était pas menacée par l’islam).

Je ne reviendrai pas longuement sur les déclarations de Mme Badinter, mais un principe sous-tend son intervention : « ils », les musulmans, doivent se conformer aux lois du pays dans lequel ils s’installent. Le seul problème c’est qu’ils ne s’installent pas, « ils » sont là, ils sont français et "ils" vont rester et faire la France. A moins qu’on ne veuille les déchoir de la nationalité, comme le pouvoir de Vichy l’a fait avec les juifs. Tout le monde s’est réjouit que l’on ait refusé la nationalité française à une femme musulmane qui portait la burqa. Fallait-il, dans les années 1930, refuser la nationalité à des juifs loubavitch qui ne s’habillaient pas comme tout le monde et avaient de drôle de papillotes ?

 

http://marsidees.blogspot.com/2009/09/islamophobie-savante-islamophobie.html

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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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