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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 15:21

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Tu ne t’intéresses pas au contenu de ton assiette ? L’agriculture, ça te broute ? Tu ne devrais pas, tant se joue là notre avenir. Avec l’industrialisation de l’agriculture et la marchandisation du vivant, c’est la mort qui pointe le bout de son nez. Celle de la diversité et - donc - de l’humanité. Le chercheur Jean-Pierre Berlan en livre ici une démonstration limpide et effrayante.

 

Jean-Pierre Berlan (I) : « Derrière les OGM, c’est un projet de mort qui s’impose »

Agriculture, biotechnologies et malnutrition / 1

 

lundi 22 mars 2010, par Benjamin

 

 

L’agriculture. Un petit tour dans l’actu, et puis s’en va… Vitrine cosmétique, le salon qui lui est dédié a eu droit - comme chaque année - aux honneurs des médias feignant de s’intéresser au sujet. Leur traitement reste toujours le même : le cul des vaches, la visite présidentielle et - de façon générale - le chant lyrique d’une profession fantasmée. En filigrane, la volonté farouche de ne pas aborder les questions qui fâchent. As-tu par exemple vu le moindre reportage sur la désastreuse industrialisation de l’agriculture ? Absolument pas. En a-t-on profité pour revenir sur les brevets déposés sur le vivant par les multinationales, la dangereuse évolution des clones pesticides brevetés, ou encore la pente mortifère empruntée depuis des dizaines d’années par (presque) tout le secteur ? Pas plus. T’a-t-on - enfin - expliqué ce que tu avais dans ton assiette ? Encore moins [1]. D’où cet étrange paradoxe : le mot "transparence" a beau être mis à toutes les sauces, l’origine et le mode de production de ce qui arrive dans nos gamelles reste un mystère.

 

 

Secret ? Pas pour Jean-Pierre Berlan, ancien chercheur à l’INRA (aujourd’hui à la retraite). Il a réuni sur ces questions des textes passionnants, publiés en 2001 chez Agone sous le titre La guerre au vivant – OGM et mystifications scientifiques. C’est l’occasion d’une réflexion essentielle sur les biotechnologies, ces prétendues "sciences de la vie" qui porteraient selon lui bien mieux l’appellation de "nécrotechnologies".
Dans cet ouvrage, des chercheurs, scientifiques et "spécialistes" [
2] reviennent ainsi minutieusement sur les OGM, traitant des risques de dissémination, des problèmes de santé, du manque d’"expertise" sur le sujet (puisque la plupart des études sont directement produites par les firmes qui en font commerce), de la question cruciale du brevetage du vivant, et du scandaleux pillage des ressources génétiques mondiales et de notre environnement par quelques firmes. Bref : de notre rapport d’apprentis sorciers à la vie sous toutes ses formes.
À travers un nécessaire retour sur l’histoire de la sélection variétale et l’industrialisation de l’agriculture à l’œuvre depuis deux siècles, Jean-Pierre Berlan montre au final l’importance cruciale (et le caractère éminemment dangereux) du projet de société qui transparait derrière l’application des principes marchands et de la logique industrielle au monde vivant.

Il a accepté de développer ici les raisons pour lesquelles les "clones pesticides brevetés" (les OGM) sont inacceptables, et en quoi ils ne sont en fait que la partie émergée d’un projet de société mortifère. L’entretien étant aussi long que passionnant, tu as droit à un premier jet aujourd’hui, à digérer avant de lire la deuxième partie qui sera publiée mercredi.

-

Qu’est-ce qu’un OGM ?

La première chose à dire est qu’il ne faut surtout pas utiliser le terme "OGM" ou "Organisme génétiquement modifié". Pour une bonne raison : ce terme a été inventé par Monsanto, à l’époque des premières manipulations génétiques. En 1973, en Californie, deux chercheurs, Cohen et Boyer, ont créé la première « chimère fonctionnelle » [3]. Puis le premier brevet a été déposé en 1980 [4].
À ce moment-là, on pensait pouvoir industrialiser la vie, en faire à peu près ce qu’on voulait. Pour un biologiste de cette époque, la vie n’était qu’un vaste meccano dans lequel il suffisait de transférer des gènes d’une espèce à l’autre pour avoir la fonction correspondante. A l’époque, donc, les chercheurs pensaient détenir avec les « chimères fonctionnelles » l’explication ultime de la vie : séquencer tous les génomes du monde allait permettre de comprendre ce que c’est qu’être vivant. Et partant, comprendre aussi ce que c’est qu’être humain : j’en veux pour preuve le fait qu’un type comme Walter Gilbert, prix Nobel de physiologie et de médecine, ait pu déclarer que le jour où on aurait séquencé le génome des humains, on saurait enfin ce que c’est qu’ « être humain ». C’est dire les illusions dans lesquelles on se berçait, et la propagande qui régnait à cette époque…

Le terme « chimère » vient de là, de cette véritable explosion autour d’un vivant qu’on croyait pouvoir maitriser et industrialiser à volonté. Sauf que parler de « chimère génétique » n’était guère appétant pour les entreprises qui se lançaient dans l’aventure, comme Monsanto. Leurs services de relations publiques - c’est-à-dire de désinformation - ont donc décidé, en accord avec les scientifiques eux-mêmes, qu’il valait mieux utiliser un terme beaucoup plus neutre et permettant de tenir un discours mensonger. C’est à cette période qu’on a commencé à parler d’ "organismes génétiquement modifiés".
À partir de là, tout se suit, puisque le discours retrouve une certaine (fausse) cohérence. Parce que l’humanité a toujours « modifié » la nature. Depuis dix mille ans et la révolution néolithique, depuis qu’on a inventé l’agriculture, la domestication des plantes et des animaux, on a toujours modifié génétiquement le vivant. Mais on oublie de dire qu’il a fallu attendre 1973 pour que la première « trans »-genèse ait lieu, et que cela représente une différence essentielle, spectaculaire, une véritable révolution.
Cette révolution pourrait faire peur à beaucoup de gens ; il faut donc la taire, imposer sur elle une espèce de black-out, afin que les populations ne se rendent compte de rien. D’où un discours mensonger, du genre : « Avec les Organismes génétiquement modifiés, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles, ce n’est que la continuation de ce qu’on a toujours fait. En plus on le fait avec des méthodes beaucoup plus scientifiques, beaucoup plus fiables, on sait exactement ce qu’on fait... ». Ça fonctionne même avec certains de mes collègues. Particulièrement abrutis, ceux-ci pratiquent une désinformation totale, avec des discours du type : « La nature manipule plusieurs dizaines de milliers de gènes chaque fois qu’elle fait un croisement, alors que nous nous n’en manipulons que quatre ou cinq, une dizaine à tout casser. Nous sommes donc beaucoup plus précis, nous faisons les choses de façon beaucoup plus intelligente que cette nature odieuse. » C’est un discours de pure propagande, avec une apparence logique au départ mais qui ne correspond absolument pas à la réalité des faits.
En réalité, donc, les gens qui réalisent ces manipulations génétiques ne savent tout simplement pas ce qu’ils font. Et le terme d’"organisme génétiquement modifié" ne veut rien dire, il n’est destiné qu’à endormir la vigilance du public.

 

 [5]

Dans ce cas, quel terme faudrait-il utiliser ?

C’est un terme qui - curieusement – ne fait aucune référence à un phénomène biologique, que ce soit la transgenèse ou la manipulation génétique. Il s’agit du terme de « clone pesticide breveté ». Cela permet de rappeler que, depuis deux siècles, les sélectionneurs s’efforcent de remplacer les variétés, les caractères de ce qui est varié et la diversité par l’uniformité.

Au 19e siècle, on parlait de "races" de blé. "Race", parce que ces plantes avaient un certain nombre de caractères en commun, particulièrement visibles et éclatants : la couleur, le port, l’allure générale… C’était absurde : quand vous observez de près une prétendue "race", vous vous apercevez que le terme n’a aucun sens, que tous les individus sont différents et qu’il y a une énorme diversité à l’intérieur de cette "race" ou de cette "variété". Le terme « variété » signifiant, bien sûr, diversité, pour faire référence au processus de sélection leur permettant de survivre dans la nature, d’évoluer et de se perpétuer…
À l’heure actuelle - c’est très frappant - on cultive des variétés dans un sens très particulier : une variété moderne de blé, d’orge, d’avoine, de tomate ou de tout ce que vous pouvez imaginer sont des plantes copiées sur un modèle ayant fait l’objet d’un dépôt auprès d’instances officielles. Vous avez le "créateur" de variété qui dépose son obtention auprès d’un organisme officiel. Puis cette dernière doit être produite, donc copiée et multipliée à un nombre d’exemplaires suffisant pour pouvoir être vendue comme semence. Quand on parle de "copies", évidemment, c’est le terme "clone" qui vient à l’esprit. Et c’est bel et bien ça : les variétés modernes, ce qu’on appelle "variété" au sens moderne du terme, ce que cultive un agriculteur "moderne" aujourd’hui sous nos latitudes, ce sont des variétés au sens de "clone", c’est-à-dire très exactement le contraire d’une variété.
Il y a vraiment une mystification complète dans le langage utilisé pour décrire ces plantes. Nous sommes dans une société de communication, c’est à dire dans une société de mensonge organisé, dans laquelle les mots sont imposés par les dominants pour nous rouler dans la farine. User de ces termes nous empêche de penser la réalité : si vous utilisez le mot variété pour désigner des clones, comment voulez-vous réussir à penser correctement ? Les mots n’ont plus de sens, et vous ne savez plus à quoi vous avez affaire. Il est alors bien plus difficile de s’opposer à quoi que ce soit.

Ça fait donc deux siècles que nous sommes dans cette logique de clonage. A cet égard, la fameuse histoire de Dolly, le premier clone de mammifère, n’est que l’extension au monde animal de ce que l’on tente de faire – avec succès, d’ailleurs – pour les plantes depuis deux siècles. Il y a une logique, une véritable continuité dans le système industriel qui pousse, depuis les débuts de la sélection, vers cette recherche de clones, de l’uniformité, de la standardisation, de la normalisation.

« Nous sommes dans une société de communication, c’est à dire dans une société de mensonge organisé, dans laquelle les mots sont imposés par les dominants pour nous rouler dans la farine. »

Tout ceci est dans la logique de la révolution industrielle britannique : c’est en Angleterre qu’ont été mises pour la première fois en œuvre ces techniques aboutissant au clonage. Elles ont ensuite été codifiées : le raisonnement complet a été formalisé en 1936 par John Le Couteur, l’un de ces "agronomes" ricardiens, gentilshommes agriculteurs britanniques qui sont en fait des capitalistes investissant dans l’agriculture pour faire des profits. C’est-à-dire pour tirer profit de leur investissement en agriculture. Pour faire simple : ils se fichent pas mal de produire du blé ou autre chose. Pour eux, ce qui importe est d’appliquer les principes industriels au monde vivant.
Il s’agit d’un basculement : la logique industrielle n’est évidemment pas limitée qu’à l’industrie mais, pour la première fois, on la met en pratique et on la systématise réellement en ce qui concerne le vivant. C’est une nouvelle vision du monde qui s’impose, et ce même au sein de l’agriculture. C’est d’ailleurs aussi l’agriculture qui permet cette révolution industrielle, entre autres grâce aux profits et surplus qu’on peut tirer de la production agricole.
Ça fait donc deux siècles qu’on est dans une logique d’extension de l’uniformité, de standardisation et de normalisation du monde agricole. Et même si ces gens-là n’ont pas conscience de ce qu’ils réalisent, cela correspond tout simplement à l’application au monde vivant, à l’agriculture en l’occurrence, des principes industriels qui sont en train de bouleverser le paysage social, économique et politique en Angleterre.

 

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Cette logique de clonage amène donc forcément à celle du brevetage du vivant ?

Ça y conduit nécessairement. On touche là au deuxième défaut de poids que rencontre le système économique dans lequel nous vivons : les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. Or, la gratuité est une horreur absolue, un véritable affront vis-à-vis de la logique économique. C’est la dernière chose que les industriels et les semenciers tolèrent. Il s’agit donc de lutter contre cette injustice de la nature. Comment ? Alors que dans le monde vivant, il n’est pas possible de produire sans en même temps reproduire, eux veulent séparer la production de la reproduction. C’est un projet mortifère, de fou furieux qui est en train d’être mis en place. Un projet de mort.

La plus belle preuve du caractère mortifère de ce projet consiste en l’invention d’une technique, qui est le plus grand triomphe de la biologie appliquée à l’agriculture depuis deux siècles. Il s’agit de Terminator, une technique de transgenèse permettant de fabriquer des semences qui, une fois devenues plantes, sont programmées pour tuer leur descendance. De fait, l’agriculteur récolte un grain stérile. Pour certains, c’est un rêve vieux de deux siècles qui se réalise. Ils ne le diront évidemment pas : un semencier ne va pas se présenter devant sa clientèle (les agriculteurs) en expliquant que la reproduction des êtres vivants est un grand malheur et qu’il faudrait stériliser les plantes ou les animaux pour faire augmenter leurs profits. Il ne va pas dire ça, il ne peut pas annoncer son projet mortifère. Il va donc plutôt raconter des bobards. Il y a dès lors une lutte contre « les enclosures du monde vivant ». Avec une volonté de nous exproprier, de nous ôter cette faculté merveilleuse de la vie, à savoir la capacité de se reproduire et se multiplier. Avec en arrière-fond le projet d’en faire un bien privé, qui est un projet aussi ancien que la sélection commerciale. Pour les animaux, c’est très facile à faire, et ça a été réalisé, toujours en Angleterre, à la même période. Au fur et à mesure qu’on cherchait à fixer des "races", à force de sélection de certains caractères au détriment d’autres, on a rendu les bêtes de plus en plus faibles, stupides, voire complètement débiles. Une vraie dégénérescence. C’est pareil au niveau des plantes.

« Les êtres vivants se reproduisent et se multiplient gratuitement. Or, la gratuité est une horreur absolue, un véritable affront vis-à-vis de la logique économique. »

Revenons-en aux brevets. Une variété est toujours "hétérogène instable" (selon les termes utilisés dans le langage semencier), ce qui veut tout simplement dire qu’elle varie. C’est logique : elle est vivante, elle varie… Mais c’est aussi gênant : vous ne pouvez pas imposer votre droit de propriété dessus puisque, d’une année sur l’autre, elle évolue. Vous ne pouvez donc pas définir ce qui est à vous. Tandis que le clone, lui, est "homogène" et "stable", vous pouvez le reproduire à l’identique moyennant un certain nombre de précautions et de procédures, d’une génération à l’autre. Il s’agit d’une sorte de mort-vivant. Et vous pouvez donc y associer un droit de propriété : il suffit d’observer le mort-vivant X, de voir en quoi il diffère du mort-vivant Y, et vous pouvez poser un droit de propriété dessus, puisqu’il est homogène et stable [6].

L’idée de base sur laquelle repose cette logique de clonage est imparable : si je peux remplacer ma variété, le caractère de ce qui est varié (la diversité), par une plante que je vais cloner et que je vais pouvoir reproduire à volonté, qui est supérieure à la moyenne de la variété, j’aurais un progrès. C’est une tautologie. Théoriquement il y a toujours un gain à remplacer une variété de n’importe quoi par le meilleur n’importe quoi extrait de la variété.

 

 

Mais est-ce que c’est réellement un progrès ?

On peut y opposer certaines réserves de taille, bien entendu : depuis une trentaine d’années (et la conférence de Rio), on sait que ce qui est logiquement imparable peut être biologiquement erroné. Il y a toute une redécouverte, qui est en train de se faire, sur la valeur en soi de la diversité. On peut prendre l’exemple d’un travail qui a été fait aux États-Unis il y a quelques années sur des systèmes de prairie, avec une, 5, 15, et jusqu’à 50 espèces différentes. Le résultat expérimental de cette étude montre que plus le nombre d’espèces que vous allez trouver dans ces systèmes de prairies est important, plus la production de biomasse est importante. Donc, en soi, la diversité est productive. De mémoire, la biomasse produite par un système à 16 espèces est supérieure de 42 % à la biomasse produite par l’espèce la plus productive en monoculture. C’est énorme !

Au fond, je suis persuadé que c’est une nouvelle révolution agricole qui se profile. D’une certaine manière, cette phase de l’agriculture industrielle - qui a donc commencé il y a deux siècles et s’est vraiment mise en place en Europe dans les années 30, et à la fin des années 50 en France - ne sera qu’une parenthèse dans l’histoire de l’humanité. Enfin… si l’humanité continue. Parce qu’il y a une contradiction absolue entre ces deux logiques, celle de l’industrie, qui est celle de la normalisation, de l’uniformisation et de la standardisation, et la logique de la vie, qui est celle de la diversité. Entre les deux, nous ne pouvons pas pour l’instant savoir laquelle va gagner.
Le problème du choix, à l’heure actuelle, se pose en ces termes-là : d’un côté, il y a le système industriel appliqué au monde vivant, c’est la mort ; de l’autre côté, la diversité, la vie. Du coup, on voit bien que les larmes de crocodiles des biologistes (dont mes chers collègues de l’INRA) sur «  la biodiversité qui fout le camp » ne sont rien d’autre que du vent. Bien sûr que la biodiversité fout le camp, vous cultivez des clones ! Vous êtes en monoculture monoclonale ! On ne peut guère faire pire d’un point de vue écologique, et donc du point de vue de la diversité.

Et en quoi sont-ils « pesticides », ces clones brevetés ?

Le terme "pesticides" est - en passant - utilisé par le président de la République, qui a parlé lors du Grenelle de l’environnement de "plantes pesticides". Il faisait simplement allusion au fait que quasiment toutes les plantes et semences transgéniques commercialisées dans le monde sont des semences et des plantes dites "a-pesticides" : soit elles produisent un insecticide, et toutes les cellules de la plante en produisent, soit ce sont des plantes qui absorbent un pesticide sans en mourir [7].

Historiquement, ces produits chimiques, aujourd’hui utilisés à doses massives dans le monde agricole (engrais ou pesticides), sont des substances militaires. Leur origine remonte directement à la Première Guerre mondiale et aux gaz de combats. C’est un certain Fritz Haber qui fut à l’origine de l’invention de la méthode de synthèse de l’ammoniac, élaborée en 1908 et adoptée dès 1909 par BASF. C’est grâce à cette production massive d’azote que la Première Guerre mondiale est devenue la première guerre industrielle. Fritz Haber a été un grand promoteur des gaz de combat réalisés grâce à son procédé, alors même que l’état-major allemand ne voulait pas en entendre parler. Pour une raison simple : l’état-major allemand savait qu’utiliser ces gaz entraînerait une même réaction de la France et de l’Angleterre (qui étaient à un niveau technique et scientifique à peu près égal à celui de l’Allemagne).
Haber a finalement obtenu que l’état-major allemand utilise ces gaz (à Ypres pour la première fois, d’où le terme "ypérite"). Quelques jours après (et sans même assister aux obsèques de sa femme, elle-même chimiste, qui s’était suicidée parce qu’elle supportait mal que la science se mette au service de la mort à grande échelle), il est parti sur le front russe pour superviser à nouveau l’utilisation des gaz de combat. Avec plus de réussite, puisque les Russes étaient à un niveau technique bien inférieur.
En 1918, Haber a eu peur d’être condamné pour crime de guerre, et il s’est réfugié en Suisse. Mais son inquiétude a été de courte durée : il a reçu la même année le Prix Nobel de chimie pour son invention de la synthèse de l’ammoniac, qui allait permettre de produire des engrais en quantités massives [
8]. On n’avait pas produit un gramme d’ammoniac pour l’agriculture pendant cette période-là, évidemment… Ça servait plutôt pour produire des explosifs, mais la capacité de déni de la réalité, de la part des scientifiques, est quelque chose d’hallucinant.

De façon plus large, l’origine de toute l’agriculture moderne se trouve vraiment dans la Première Guerre mondiale : les chars de combat ont été reconvertis en tracteurs à chenille, les gaz de combat en engrais azotés, et des bases ont été posées, qui permettront la mise au point, plus tard, des pesticides… Toute la "révolution verte" a en fait une origine militaire. Jusqu’à l’approche du système agricole moderne, qui montre bien qu’« on fait la guerre ». Ainsi de ces célèbres photos de tracteurs ou de moissonneuses-batteuses, alignés comme à la parade, en Russie soviétique comme aux États-Unis : il y en a dix de front, c’est vraiment la charge de chars de combat, la lutte et l’acharnement contre la nature.

 

http://sos-crise.over-blog.com/ext/http://www.article11.info/spip/spip.php?article745 (suite sur autre article)

 

 

 

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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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