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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 16:14

 

Un nouvel (*) article de Rainer Hoffman sur le massacre de Houla
« L’extermination » par les rebelles sunnites
http://www.silviacattori.net/article3336.html

Le journaliste allemand du Frankfurter Allgemeine Zeitung Rainer Hermann confirme ici son premier article selon lequel le massacre de Houla a été perpétré par les rebelles sunnites. Et non par l’armée régulière syrienne comme cela a été rapporté.



17 juin 2012

Funérailles d’une des victimes civiles de Houla © AFP

Le massacre de Houla marqua un tournant dans le drame syrien. Il y eut un grand nombre de réactions indignées à travers le monde lorsqu’on appris que 108 personnes avaient été tuées à Houla le 25 Mai, dont 49 enfants. Les demandes pour une intervention militaire afin de faire cesser le bain de sang en Syrie se firent de plus en plus forte tandis que la violence s’en est allé crescendo depuis lors. Basés sur les « nouvelles » délivrée par les médias des pays du Golfe et les dires des observateurs de l’ONU le jours suivant le massacre, l’opinion mondiale condamna quasiment sans exception l’armée régulière syrienne et les milices Shabiha proche du régime pour le massacre perpétué.

Au cours des semaines qui suivirent, et sur la base de témoins des événements, le Frankfurter Allgemeine Zeitung contesta cette version officielle des événements. Il rapporta que les civils tués étaient soit des alaouites soit des chiites. Ils furent tués de sang froid par des sunnites à Taldou, une ville située dans la plaine de Homs, tandis que de violents combats faisaient rage aux check points entourant le village entre l’armée régulière syrienne et l’« Armée Syrienne Libre ». Notre article fut passé sous silence par de nombreux médias à travers le monde et rejeté par les autres sous prétexte qu’il n’était pas crédible. Ce qui nous amène à poser quatre questions :
Pourquoi l’opinion mondiale a-t-elle suivi jusqu’à maintenant une autre version des événements ?
Pourquoi le contexte de la guerre civile rend-il douteux ce qui est vraisemblable ?
Pourquoi les témoins sont ils crédibles ?
Quels sont les autres faits qui renforcent notre version des faits ?

© F.A.Z.

Premièrement, pourquoi l’opinion mondiale suit elle une autre version des faits ? Il n’est pas douteux que durant les premiers mois du conflit, alors que l’opposition ne possédait pas d’armes et se trouvait sans défense, toutes les atrocités qui furent commises le furent par le régime. On assuma donc qu’il était évident que cela continuerait ainsi [1]. De plus les médias syrien gouvernementaux n’ont aucune crédibilité. Par exemple ils se servent de l’étiquette « gangs de terroristes armés » depuis le début du conflit. Du coup personne ne les croit, même quand c’est effectivement le cas. Deux chaines de médias, Al Jazeera et Al Arabia sont devenues les chaînes d’information de référence alors que leurs propriétaires, le Quatar et l’Arabie Saoudite, sont deux États activement impliqués dans le conflit en cours. Nous avons de très bonnes raisons de faire nôtre le dicton : « Dans une guerre c’est la vérité qui meurt en premier ».

Deuxièmement, pourquoi dans ce contexte de guerre civile, la version douteuse est-elle celle qui apparaît comme vraie ? Depuis quelques mois de très nombreuses armes furent infiltrées en Syrie et les rebelles ont des armes de calibres moyens depuis très longtemps. Chaque jour plus de 100 personnes sont tuées en Syrie, pour moitié environ entre chaque camp. Les milices qui opèrent sous la bannière de l’« Armée Syrienne Libre » contrôlent de larges parties des provinces de Homs et de Idlib et elles tentent d’étendre leur domination sur d’autres parties du pays. L’augmentation du chaos a fait apparaître une vague de kidnapping criminels et a favorisé le règlement de vieilles disputes. Si on regarde les pages de Facebook où parlent des Syriens : tout le monde a des histoires quotidiennes de nettoyages ethniques à raconter, des histoires de gens assassinés uniquement parce qu’ils sont alaouites où sunnites.

La plaine de Houla, qui se trouve entre la ville sunnite de Homs et les montagnes des allaouites, est majoritairement peuplée de sunnites ; elle a une longue histoire de tensions entre sectes. Le massacre se produisit à Toulda, un des plus grand villages d’Houla. De tous les noms des civils tués, 84 sont connus. Ce sont ceux des pères, mères et 49 enfants de la famille Al Sayyid et des deux branches de la famille Abdarrazzaq. Les habitants de la ville affirment que les victimes étaient des alaouites ou bien des sunnites convertis au chiisme. A quelques kilomètres de là, près de la frontière Libanaise, cela les rend suspect d’être des sympathisants du Hezbollah, haïs par les sunnites. Furent également tués à Toulda des parents du membre du parlement, fidèle au gouvernement, Abdalmuti Mashlab.

Les maisons de ces trois familles sont situées dans différentes parties de Taldou. Tous les membres de ces familles furent sélectionnés puis assassinés sauf un. Aucun voisin ne fut blessé. Une connaissance du terrain était indispensable pour mener à bien ces tueries. L’agence Associated Press cite le seul survivant de la famille Al Sayyid, Ali, 11 ans : « Les meurtriers étaient chauves et avaient de longues barbes ». Cette description est celle de djihadistes fanatiques et non pas des milices Shabiha. Ali raconta qu’il survécut car il fit semblant d’être mort et qu’il se macula avec le sang de sa mère.

Les sunnites rebelles liquident toutes les minorités.

Le 1er avril, la soeur Agnès-Maryam, du monastère de Jacob (« Deir Mar Yakub ») qui se trouve au Sud de Homs dans le village de Qara, a décrit dans une longue lettre ouverte le climat de violence et de peur qui régne dans la région. Elle concluait que les rebelles sunnites avait pour objectif l’élimination planifiée de toutes les minorités. Elle décrit les expulsions des alaouites et des chrétiens de leurs maisons, qui sont ensuite occupées par les rebelles, les viols de jeunes filles que les rebelles s’attribuent comme trophées de guerre. La soeur vit de ses yeux les rebelles tuer un marchand dans une rue de Wadi Sajjeh à l’aide d’une voiture piégée et ensuite les entendre déclarer aux cameramen d’Al Jazzera que c’était un crime du gouvernement. Finalement elle raconte comment des rebelles sunnites ont enfermés dans une maison du district de Khalididja à Homs des chrétiens et des alaouites pris en otages pour la faire exploser pour ensuite attribuer cette horreur au gouvernement syrien.

Pourquoi, donc, les témoins syriens de mon article peuvent ils être considérés comme fiables ? Parce qu’ils n’appartiennent à aucun parti en conflit, parce qu’ils sont pris au milieu de ce conflit et qu’ils ont tout intérêt à faire cesser au plus vite toute escalade de la violence. Plusieurs de ces gens ont déjà été tué ce qui explique pourquoi aucun ne veut plus révéler son identité. Dans une période où une vérification indépendante des faits sur place n’est pas possible, il ne peut y avoir aucune certitude que chaque détail des faits décrits se soit exactement passé de la manière ainsi décrite. C’est ainsi que même si le massacre d’Houla s’est bel et bien passé de la manière décrite, on ne peut pas en tirer de conclusion pour les autres massacres. Comme pour les événements du Kosovo, chaque massacre devra être l’objet d’une enquête spécifique après ces événements.

Quels sont les autres faits qui corroborent notre version des faits ? Le Frankfurter Allgemeine Zeitung ne fut pas le seul ni le premier à rapporter une nouvelle version du massacre de Houla. D’autres rapports ne purent entrer en compétition avec les grands médias internationaux pour faire entendre leur version des faits. Celui du journaliste russe Marat Musin par exemple, qui travaille pour la petite agence ANNA et qui se trouvait à Houla les 25 et 26 mai, non seulement fut en partie témoin de ce qui se produisit là-bas mais il publia également les témoignages d’autres témoins oculaires des faits. Autre exemple : le journaliste hollandais arabophone, indépendant et vivant à Damas, Martin Janssen, contacta le monastère de Jacob à Qara, qui a accueilli de nombreuses victimes du conflit et dont le travail humanitaire des nonnes est exemplaire.

Les rebelles ont présenté aux observateurs de l’ONU leur version du massacre

Les nonnes lui racontèrent comment, le 25 mai ,plus de 700 rebelles armés, venant de Rastan, débordèrent un check point de l’armée sur la route de Taldou et comment ils empilèrent les corps de leurs victimes civiles et militaires devant la mosquée et comment, le jour suivant, ils racontèrent leur version du massacre,qu’ils attribuèrent à l’armée gouvernementale, aux oreilles complaisantes et gagnées à leur cause des grands médias internationaux tout comme des observateurs de l’ONU. C’est ainsi que le Secrétaire Général de l’ONU annonça au Conseil de Sécurité de l’ONU que les circonstances exactes de ce massacre n’étaient pas claires. Cependant l’ONU pouvait confirmer : « il y a bien eu des tirs d’artillerie et de mortier. Il y eut également d’autres formes de violence, des exécutions rapprochées ainsi que graves abus ».

On peut reconstituer la suite des événements de la manière suivante : le 25 mai, après la prière du Vendredi, plus de 700 rebelles armés, sous la direction de Abdurrazzaq Tlass et Yahya Yusuf, arrivèrent en trois groupes de Rastan, Kafr Laha et Akraba ; ils attaquèrent trois check points tenus par l’armée régulière autour de Toulda. Les rebelles, numériquement les plus forts, et les soldats de l’armée, en majorité sunnites, se battirent violemment ; ces engagements coûtèrent la vie à deux douzaines de soldats, en partie des conscrits. Durant et après ces combats les rebelles, aidés par des habitants de Toulda, supprimèrent les familles Sayyid et Abdarrazzaq.
Elles avaient refusé de se joindre à l’opposition.

Rainer Hermann
Frankfurter Allgemeine Zeitung, 13.06.2012.

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