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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 13:56

 

 

Jérôme Kerviel au dernier jour de son procès en appel, le 28 juin 2012.
Jérôme Kerviel au dernier jour de son procès en appel, le 28 juin 2012.
REUTERS/Gonzalo Fuentes/File
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Affaire Kerviel : un verdict politique ?

Posted: 24 Oct 2012 10:55 PM PDT

 

Hier, la cour d’appel de Paris a confirmé le jugement de première instance d’il y a deux ans à l’encontre de Jérôme Kerviel. L’ancien trader de la Société Générale est donc condamné à cinq ans de prison dont trois fermes et à 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts, à moins d’un pourvoi en cassation.
Un jugement à sens unique
Bien sûr, il est totalement normal que Jérôme Kerviel écope d’une peine, et même d’une peine très sévère. Il a falisifié des documents pour enfreindre les règles de son entreprise et lui a fait prendre, in fine, des risques colossaux puisqu’il aurait tout simplement pu la mener à la faillite en jouant sur des sommes équivalentes au double des fonds propres de la banque. Il est normal qu’il écope d’une peine sévère, de même que les banquiers des caisses d’épargne il y a 20 ans aux Etats-Unis.
Comme l’écrivait The Economist il y a deux ans : « la sentence est dure (…) La somme dénie son argument selon lequel la banque partage une partie de la responsabilité de ses placements parce qu’elle n’avait pas agi de la sorte quand ses positions étaient positives. Heureusement pour la Société Générale, cela rend plus difficile pour ses actionnaires de la poursuivre ». L’hebdomadaire dénonçait « son faible contrôle qui a permis à un employé relativement jeune de faire des paris supérieurs en montant à la capitalisation de la banque » et évoquait une amende pour manque de suivi
En effet, le fait de le condamner (virtuellement) à payer l’intégralité des sommes qu’il aurait perdues revient de facto à lui attribuer 100% de la responsabilité. Sans nier son rôle (qui doit être sévèrement condamné), il est un peu fort de café de paraître exonérer totalement la banque de toute responsabilité dans cette affaire. Certes, il était sans doute habile, mais il était seul dans un établissement de plusieurs dizaines de milliers de salariés, dont certains étaient chargés de le surveiller.
Une triple responsabilité niée

En fait, ce jugement a une dimension politique un peu trop ignorée. Ce faisant, les juges valident une lecture franchement néolibérale de l’histoire où ce sont les mauvais comportements individuels qui expliqueraient seuls la crise et les excès de la finance. Ce faisant, ils exonèrent la banque de toute responsabilité, comme si un établissement de plusieurs dizaines de milliers de salariés n’auraient pas pu mettre en place une surveillance plus adaptée des prises de position de ses traders.

Quelque part, ils exonèrent également les Etats et les organismes de régulation de toute faute. Dans ce jugement, il n’y a qu’un coupable : Jérôme Kerviel. Bien sûr, le trader de la Société Générale est coupable. Mais n’est-il pas illusoire de sembler lui attribuer 100% de la responsabiltié sans remettre en question le mode de fonctionnement des banques et leur système de surveillance, ou plus largement un système financier qui pousse à des comportements exubérants et irrationnels, pour reprendre les mots de l’ancien président de la Fed, Alan Greenspan ?
Jérôme Kerviel n’est pas le seul coupable. Sans forcément la condamner, la cour aurait au moins pu souligner la part de responsabilité de la Société Générale ou souligner les carences du système de régulation financière sur le contrôle du risque. Mais en tout cas, on peut se demander s’il n’est pas profondément injuste de faire d’un trader isolé le bouc-émissaire d’un système qui le dépassait en partie et qui le poussait aussi à des comportements abusifs.

Bien sûr, il fallait sanctionner Jérôme Kerviel mais lui faire porter l’intégralité du chapeau dans cette affaire me semble profondément injuste. La banque qui l’employait a failli dans son système de surveillance, tout comme l’Etat dans les règles qu’il a instaurées. Mais selon que vous soyez puissants ou pas

 

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Sur ce site :

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Halte à la saignée de l’Europe du Sud !

Posted: 23 Oct 2012 11:55 PM PDT

 

Cela fait déjà plus de deux ans que des économistes de tout bord, ou que sur ce blog, les dangers des politiques d’austérité sont mis en avant. Malheureusement, l’Espagne, le Portugal et la Grèce poursuivent des politiques suicidaires, comme même The Economist le reconnaît, après le FMI
L’austérité sauvage, cela ne marche pas



Bien évidemment, on connaît les ravages des politiques d’austérité en matière de chômage (qui a triplé, de 7/8% en 2008 en Espagne et en Grèce à environ 25% aujourd’hui), ou en matière de pouvoir d’achat et de couverture sociale. Ces conséquences devraient déjà à elles seules faire réfléchir les Attila de l’austérité (dont certains se disent « socialistes » - sic-) et les faire s’interroger sur l’immense coût social de cette austérité qui provoque des millions de drames humains.
En plus, ces politiques ne sont même pas efficaces pour atteindre leur objectif premier, à savoir la baisse du déficit budgétaire. En effet, si l’on observe l’évolution des déficits de 2009 à 2012, on constate qu’ils ont baissé de 4 points du PIB aux Etats-Unis (11,6 à 7,6%), de 4,2 points au Portugal (10,2 à 6%) et de 4,5 points en Espagne (de 11,2 à 6,7%), soit des chiffres comparables, d’autant plus que les estimations ont tendance à être révisées à la hausse pour les deux derniers (l’OCDE prévoyait encore 4,6 et 5,4% en juin) et à la baisse pour le premier (8,3% prévu en juin).
Bref, les Etats-Unis obtiennent la même baisse de leur déficit budgétaire que l’Espagne et le Portugal en évitant, au niveau fédéral, les coupes massive dans les dépenses ou les hausses punitives des impôts, tout simplement parce que cela permet de conserver de la croissance. Au contraire, les politiques monstrueuses mises en place en Europe, en plongeant les économies dans la récession, annulent la majeure partie des effets qu’elles souhaitent avoir. Tout le monde y perd !
A quand le changement ?

Le plus révoltant est que cette issue était parfaitement prévisible. Paul Krugman, dans son dernier livre, rappelle qu’il avait averti dès le début 2009 les Etats-Unis qu’il fallait plus de souplesse budgétaire. Lui et Joseph Stiglitz n’ont cessé d’avertir l’Europe qu’elle prenait une impasse. Jacques Sapir et d’autres ont, eux aussi dénoncé ces politiques dignes de Laval ou du chancelier Brüning. En France, Nicolas Dupont-Aignan avait parfaitement décrit ce qui se passe dès mai 2010.

Et cette austérité sauvage a aussi le don de provoquer une envolée de la dette bien plus importante dans les pays qui la pratiquent, puisqu’outre le fait de ne pas parvenir à réduire leur déficit plus vite que les pays qui adoptent une attitude plus pragmatique (d’autant plus qu’ils sont aidés par la monétisation d’une partie de leur dette par leur banque centrale), la baisse de leur PIB fait exploser le poids de leur dette encore plus rapidement que pour les pays qui ne mènent pas ces politques…
L’examen du taux d’endettement de 2008 à 2012 montre en effet que la dette étasunienne est passé de 76% à 109% du PIB, soit une hausse de 33 points, contre 40 points en Espagne (48 à 88% du PIB) et 44 points au Portugal (80 à 124% du PIB). Et encore, les statistiques de l’OCDE (de juin) ne prennent pas encore en compte l’aggravation de la situation dans la péninsule ibérique ni la légère amélioration qui se fait jour aux Etats-Unis, ce qui va encore amplifier l’écart.
Oui, les politiques austéritaires, pour reprendre le terme de Paul Krugman, sont une folie humaine. Une folie car elles ignorent totalement les conséquences sociales dramatiques qu’elles provoquent, tout en ne parvenant même pas à atteindre leurs objectifs.

 


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