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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 00:05

L’an prochain à Ramallah

septembre 25th, 2011

 

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Selon toute vraisemblance, 2011 ne sera pas l’année de la reconnaissance par l’ONU d’un État palestinien. Les efforts diplomatiques de Mahmoud Abbas se heurteront à un veto américain au Conseil de sécurité. Quelle lecture, quelle analyse tirer de ce qui apparaît à la fois comme un échec de la « cause palestinienne » et une nouvelle preuve de l’intransigeance américaine sur ce dossier ?
  
  
Un homme impuissant
  
Rappelez-vous : lorsque Barack Obama a été élu en 2007 après huit années marquées par l’ultra-conservatisme de l’ère Bush, tous les espoirs semblaient permis. Obama allait fermer Guantánamo, gommer les inégalités au sein de la société américaine, terminer les guerres en Irak et en Afghanistan… et relancer le processus de paix au Proche-Orient.
  
En ce sens, il déclarait il y a un an à la tribune des Nations Unies : « quand nous reviendrons ici l’année prochaine, nous pourrions avoir un accord qui verrait la naissance d’un nouveau membre des Nations Unies, l’État libre et indépendant de Palestine, vivant en paix avec Israël » (voir site de la Maison Blanche). Le 19 mai dernier il affirmait encore que « Les États-Unis estiment que les négociations doivent déboucher sur l’existence de deux États, avec des frontières palestiniennes permanentes avec Israël, la Jordanie et l’Égypte, et des frontières israéliennes permanentes avec la Palestine. Nous estimons que les frontières d’Israël et de la Palestine doivent être basées sur celles de 1967… » (voir site de la Maison Blanche).
  
Alors pourquoi cette volte-face ? Ne mettons a priori pas en doute la sincérité des propos d’Obama mais essayons de comprendre les raisons plus profondes de ce revirement : comment fonctionne la machine du pouvoir aux États-Unis ?
  
  
… qui n’est que la face émergée de l’iceberg…
  
Dans le pays qui a inventé le marketing politique, où les campagnes électorales sont très peu réglementées et les citoyens plutôt indifférents à la politique (lors de la dernière élection présidentielle, le taux de participation, considéré comme excellent, était de 62-63 %), le moyen le plus sûr pour être élu est d’utiliser tous les moyens existants du marketing et de la communication, d’où débauche de spots télé, de campagnes d’affichage et autres show à grand spectacle…
  
Pour financer tout ce barnum, depuis l’élection du Président jusqu’à celle de l’obscur shérif d’un comté, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Et, pour en trouver, il n’y a que deux solutions :

• soit vous êtes milliardaire, comme Michael Bloomberg, le maire de New York, et vous financez alors votre campagne électorale, que ce soit pour décrocher la présidence ou un siège de sénateur, avec votre fortune personnelle, en investissant quelques dizaines ou centaines de millions de dollars, selon le poste convoité ;

• soit vous n’êtes pas milliardaire, et vous vous lancez alors dans la collecte de fonds. Pour gagner à ce petit jeu, vous devez disposer d’alliés de poids : les lobbies. Ils vont à la fois vous apporter des fonds via leurs membres les plus riches et les plus influents, et des électeurs grâce aux réseaux qu’ils ont tissés.

Il existe des centaines de lobbies aux États-Unis, tant au plan local que national. Mais, pour revenir à notre sujet, concentrons-nous sur les trois plus puissants, le « tiercé gagnant » qui influence de manière décisive la politique américaine depuis des dizaines d’années :

le premier est le lobby bancaire et financier, en abrégé Wall Street. Sous son influence, la dérégulation a atteint des sommets ; il n’hésite pas à faire payer à l’État fédéral le fruit de ses spéculations hasardeuses, comme lors de la crise des subprimes. Il est et sera, comme nous l’avons déjà indiqué (voir notamment Sic Transit), à l’origine de la dégénérescence puis de l’effondrement de ce même État fédéral ;

le deuxième est le lobby militaro-industriel, dénoncé dès 1961 par le président Eisenhower (voir De Mégara à Wall Street). Sous son influence, les États-Unis mènent en moyenne une opération militaire chaque année hors de leurs frontières, et ce depuis une vingtaine d’années. Particulièrement significatif est le budget militaire annuel per capita : 2 141 $ aux États-Unis, 1 882 $ en Israël, 977 $ en France, 558 $ en Allemagne.

le troisième est le lobby pro-israélien. Alliance de la carpe et du lapin, il comprend à la fois les Américains de confession hébraïque et la droite conservatrice chrétienne et ultra-religieuse qui a fait de l’équation arabe = terroriste anti-américain une donnée majeure de son fonds de commerce électoral. Ce qui unit plus profondément ces deux composantes, c’est la même vision d’une société inégalitaire, la même vision d’une société où la religion doit occuper une place centrale et assurer l’ordre moral.
Depuis la chute de l’URSS, ce lobby pro-israélien a assuré son emprise sur la politique étrangère américaine, faisant passer les intérêts israéliens avant les intérêts américains. Nous y reviendrons plus loin.

À 14 mois de l’échéance électorale, Obama n’a pas le choix : s’il souhaite être réélu, il doit se « coucher » devant ces différents lobbies. En politique étrangère, pas question pour lui de s’opposer aux souhaits de Benyamin Netanyahou, Premier ministre conservateur israélien.
  
Dans le cas contraire, la sanction serait alors immédiate : Obama s’aliénerait le vote juif et devrait affronter, comme cela a déjà été le cas lors de la précédente élection présidentielle, mais cette fois-ci à la puissance 10, une campagne de dénigrement l’accusant d’être musulman, d’être pro-arabe, de favoriser en sous main Al-Qaida… bref tous les délires possibles à l’intention d’une opinion publique qui gobe assez facilement les énormités, pour peu qu’elles soient relayées par les médias.
  
Dans nombre de billets, nous avons effectué des parallèles et comparaisons entre la fin de l’Empire romain et la situation actuelle des pays occidentaux, au premier rang desquels les États-Unis. On en voit ici un nouvel exemple : lors de la décadence romaine, l’armée faisait et défaisait les empereurs, le Sénat, vestige de la République, n’ayant plus qu’une fonction d’enregistrement. Il n’est sans doute pas exagéré de dire que, dans l’Amérique d’aujourd’hui, les lobbies sélectionnent puis orientent la politique des présidents, le peuple n’ayant plus qu’à valider leurs choix.
  
  
… et agit contre les intérêts de son pays
  
La somme des intérêts des lobbies ne fait pas l’intérêt d’un pays, loin s’en faut. Dans le cas des États-Unis, l’exemple est particulièrement frappant.
  
Washington avait pourtant bien joué depuis le début du « printemps arabe ». En accompagnant, ni trop ni trop peu, les manifestations populaires, en « larguant » au bon moment les dictateurs trop usés (Moubarak, Ben Ali, Kadhafi, Assad…) pour leur préférer une « option populaire », en faisant jouer leurs réseaux au sein des différentes armées nationales pour que le pouvoir tombe entre des « mains amies », les États-Unis avaient mis en œuvre une Realpolitik qui leur permettait à la fois de contrôler – plus ou moins – les nouveaux pouvoirs en place tout en apparaissant soucieux de respecter la vox populi arabe.
  
À l’inverse, la Russie et la Chine avaient « tout faux ». Leur soutien appuyé aux dictateurs en place (Kadhafi et Assad notamment), sous couvert de défense de la légitimité, ne leur attirait guère la sympathie des populations arabes et révélait au grand jour leur propre crainte : que demain les populations russe ou chinoise – ou du moins une partie d’entre elles – rêvent à leur tour d’un « printemps » dont Medvedev, Poutine ou Hu Jintao feraient les frais.
  
Mais en prévoyant d’opposer leur veto à la création d’un État palestinien, les États-Unis vont perdre en un jour tout le crédit amassé en un an. Comme nous l’avions annoncé en février dernier dans notre billet Trois réflexions sur la « révolution arabe », c’est sur le dos des États-Unis et à cause d’Israël que les nations arabes font refaire leur unité à l’issue des guerres civiles qui les ont divisées.
  
Que penser de l’attitude d’un Sarkozy qui essaye de faire le grand écart entre d’une part ses convictions pro-américaines et pro-israéliennes, d’autre part la politique traditionnellement pro-arabe de la France, en proposant à Mahmoud Abbas que la Palestine dispose à l’ONU d’un statut d’« État associé », identique à celui du Vatican ?
  
Remarquons d’abord que l’ONU compte comme États membres jouissant de la pleine capacité juridique le Liechtenstein, Monaco et ses 2 km² ou la république de Nauru et ses 10 000 habitants… Refuser le statut d’État à la Palestine relève donc de l’argutie juridique sans fondement sérieux. Lui proposer un strapontin, comme le fait Nicolas Sarkozy, n’est qu’une façon supplémentaire de traiter les citoyens de Palestine comme des sous-hommes qui ne méritent aucune considération. Conditionner la reconnaissance de la Palestine à un accord de paix avec Israël, comme le font les Américains, relève de la mauvaise foi la plus caractérisée car elle aboutit à suspendre cette reconnaissance au bon vouloir de l’État qui fera tout pour que celle-ci n’aboutisse jamais.
  
Si la France avait encore une voix, elle n’hésiterait pas, comme de Gaulle le fit en 1964 vis-à-vis de la Chine communiste, à affirmer haut et fort que la Palestine est un État et doit être reconnu en tant que tel. Mais les lobbies que nous évoquions plus haut et qui gouvernent aujourd’hui les États-Unis n’influencent-ils pas, de façon également déterminante, la politique de la France ?
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

 

Les larmes de Gaza

VIDEOS - Susan Abulhawa - 25/09/2011 - 1 Commentaire

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