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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 04:19

 

capitalisme inhumain

jeudi 1 avril 2010

Le mort et le vif, par Michel Peyret

 


Ils ne sont pas tous venus!

En tout cas, ils en sont tous là.

Ah! Ce peuple! On ne sait jamais comment faire avec lui!

Des stratégies, il y en a!

Ou plutôt, il y en avait!

Et des stratèges, parbleu, tout autant!

Et un coup, ils viennent d'en prendre un, un coup de sang bien sûr!

Et ils sont tous à chercher où cela fait mal.

Mais cela fait mal partout!


 

LE PEUPLE, ON L'A TOUJOURS EU!

 

Personne n'est épargné! Même s'ils ne sont pas tous morts!

Ce n'est quand-même pas la peste! On ne meurt d'ailleurs plus de la peste de nos jours! Au moins en France.

Jusqu'alors, on a bien trouvé des solutions!

Le peuple, mon cher, on l'a toujours eu!

Quelquefois, cela a été un peu dur. Mais on est toujours quand-même parvenu à le mettre dedans!

Et cela fait longtemps que cela dure.

Il n'y a aucune raison de désespérer.

Au départ, on avait bien trouvé: la République, le peuple souverain, le suffrage délégataire...C'était le bon truc!

Tous les cinq ou six ans, il pensait avoir la parole et décider de son sort, sinon de sa vie.

Bon an, mal an, avec quelques grèves et manifestations de rues à la clé, il se pensait le maître du monde.

Nous, on se marrait! Les maîtres du monde, c'était nous! Mais on ne le disait pas, il fallait garder le secret, les laisser avec leurs illusions.

C'était encore le bon temps, le temps où l'on pouvait encore leur faire quelques cadeaux, on se faisait prier en quelque sorte, on faisait semblant de ne pas céder tout de suite! Ils se pensaient vainqueurs, et l'on était tranquille pour une décennie!


 

L'ANNONCE!

 

Mais ce coup-ci, il semble bien qu'ils aient flairé quelque chose! Tu as vu avec quelle vitesse le Nicolas s'est démonétisé!

Il semble bien d'ailleurs qu'il n'y ait pas que lui.

C'est l'ensemble du personnel politique qui semble visé cette fois-ci.

Cette fois-ci? En fait on a vu le phénomène grandir d'élection en élection. Les abstentions sont devenues, en s'affirmant dans le temps, des boycott d'une grande force politique.

Voire la force politique déterminante, surpassant en nombre et en qualité politique toutes les autres forces réunies.

Et en quoi, s'il vous plait, réside cette force?

Ne serait-ce pas parce qu'elle est doublement annonciatrice?


 

COMME SONNE LE GLAS!

 

Annonciatrice d'abord comme lorsque sonne le glas!

A l'évidence quelque chose est en train de mourir!

Ce n'est pas seulement un personnage, serait-ce le Président de la République! La République en a déjà vu des morts de Présidents! Et selon toutes les postures d'ailleurs!

Ce ne sont pas non plus seulement les forces politiques du moment. Les forces politiques n'ont pas toujours existé, elles n'existeront pas toujours, rien ni personne n'est éternel!

Au moins devront-elles se renouveler si profondément qu'elles ne seront plus identifiables à ce qui a pu exister sous ce nom!


 

TOUT LE SYSTEME S'ECROULE

 

Et, par delà le Président de la République, par delà les forces et les partis politiques, c'est tout un système institutionnel, constitutionnel, juridique... qui est en train de s'écrouler!

Parce que, en dernier ressort, c'est ce qui a donné naissance à cet ensemble, l'existence de la propriété privée, qui est devenue l'obstacle principal à la poursuite du mouvement de l'histoire, qui bloque le processus de libération, d'émancipation des sociétés humaines.

Et ce processus pourrait reprendre si étaient libérés les potentiels constitutifs de la nouvelle « révolution industrielle », laquelle peut permettre le remplacement quasi-total du travail de l'être humain par celui de la machine que cet être humain a inventée, mais à laquelle il est aujourd'hui subordonné, comme d'ailleurs au capitaliste qui la possède, et comme ce capitaliste achète la force de travail de l'être humain qu'il se subordonne en même temps que les profits qu'elle lui procure!


 

L'ANCIEN ET LE NOUVEAU

 

Aussi, la force politique déterminante qui vient de s'affirmer avec ces élections est-elle également annonciatrice, c'est sa seconde annonce, d'une société nouvelle, d'une révolution de tout le système institutionnel, constitutionnel, juridique... qui peut se bâtir en s'étayant sur la nouvelle « révolution industrielle ».

Ainsi, ce qui s'affirme dans la profondeur de l'abstention ou du boycott, c'est la lutte du nouveau contre l'ancien.

La fin de l'ancien, la nécessité de la rupture avec l'ancien, et la force du surgissement du nouveau qui saisit tous les acteurs.

Dès lors, l'obstacle déterminé comme blocage principal, la propriété privée, c'est-à-dire l'appropriation privée des richesses produites par le travail de toute la société, doit-elle faire place à une autre forme de propriété, celle des producteurs associés face à celle des producteurs opposés, au moins concurrents.


 

L'ASSOCIATION QUI LIBERE ET EMANCIPE

 

Le nouveau est là, dans cette libre association, qui libère et émancipe, qui permet à l'esclave de devenir son propre maître, dans sa coopération avec tous ses semblables associés dans ce qui peut constituer un devenir commun, libéré enfin des contraintes de la production et de la reproduction de ses besoins matériels, comme des subordinations et des dépendances à l'égard des propriétaires des outils de travail.

Le nouveau est là, dans cette société qui peut enfin se réunifier, qui peut s'organiser de toute autre façon que dans l'ancien monde.


 

L'AUTOADMINISTRATION DES PRODUCTEURS ASSOCIES

 

En premier lieu, c'est tout le système étatique qui se modifie et évolue vers l'auto-administration des producteurs associés.

C'est le dépérissement de l'Etat, ce monstre tentaculaire qui enserrait toute l'ancienne société dans les rets de toute nature mis en place par la classe des propriétaires privés.

C'est aussi, identiquement, parallèlement, tout le système politique caractéristique de toute l'époque de la domination d'une classe sur une autre qui disparaît.

Ici, aujourd'hui, ce sont les salariés qui constituent l'immense majorité de la population, 92% de la population active selon l'INSEE, et l'on voit bien déjà les rapports d'alliance qui peuvent s'ordonner avec d'autres couches de la société dont les intérêts peuvent être partagés.

Serions-nous alors dans une société sans contradictions, cela est difficilement imaginable, sinon impossible.

Autre chose est de pouvoir les imaginer dès aujourd'hui.


 

QUELLE ORGANISATION, POUR QUOI FAIRE?

 

On peut néanmoins penser que dans cette société des producteurs associés ces contradictions ne seront pas du caractère de l'antagonisme qui était celui des classes qui disparaissent.

Le dépérissement de l'Etat ne peut que s'accompagner du dépérissement parallèle de celui qui a donné naissance à une sorte d'hypertrophie des partis dans le système actuel et à son quasi-isolement affirmé et confirmé par les électeurs ces dernières années, sinon décennies.

Quand une force politique aussi porteuse de potentialités que celle des abstentionnistes atteint une telle ampleur et une telle qualité, on ne peut que penser qu'elle est également porteuse des potentialités d'organisation qui lui sont nécessaires pour accomplir les objectifs qu'elle se fixe.

Et n'a-t-elle pas déjà en son sein des organisations de diverses natures qui pourraient être fédérées dans une première étape? Serait-ce si hérétique de penser, d'envisager, un schéma d'organisation tel celui pensé en son temps par Marx avec l'Association Internationale des Travailleurs ? ( voir mon article intitulé: «Une interview de Marx » dans ma Tribune de « Rouge Midi » )

En tout cas, ce que le peuple a dit lors des élections de ces dernières années, c'est que les forces politiques existantes, tant dans leurs projets que dans leurs formes d'organisation, n'étaient plus en mesure de les représenter, étaient de fait devenues obsolètes.

Dans le monde nouveau qui surgit ainsi, non à l'initiative de quelque créateur que ce soit, mais de la société elle-même, de ses évolutions, des aspirations fortes de ses membres, de leur rejet de l'ancien, pourquoi ne pas penser que les membres de cette société puissent être demandeurs de formes de décisions qui leur permettraient de prendre toute leur place dans tous les processus de transformation sociale, dans tous les lieux où peuvent se prendre ces décisions?


 

C'EST ASSEZ, ON N'EN VEUT PLUS!

 

Ainsi quelque chose est apparu, s'est renforcé, ou ne s'exprimait pas hier sous ses formes actuelles, dans lequel le peuple a trouvé des motivations nouvelles et fortes qui l'ont conduit à dire de façon nouvelle et forte ce qu'il disait jusqu'alors dans des formes traditionnelles, mais qui n'étaient pas entendues.

Et ce qu'il a dit, qu'il convient d'entendre aujourd'hui, et sous sa forme la plus politique qui soit, c'est le rejet, la négation de tout le système économique, social et politique.

Cet « on n'en veut plus » correspond à l'immense crise du système, de l'ensemble, de la totalité de la crise du système qui affecte effectivement tous les aspects de la société qui font que toutes les couches du salariat, et même d'autres, mais à commencer par les plus populaires, ressentent cette agression immense comme existentielle et l'expriment comme telle.

Le refus, le rejet, ont cette force parce que le nouveau est déjà là, dans notre société, mais encore aussi trop souvent caché, dissimulé sous l'ancien, alors qu'il ne demande qu'à prendre son essor.


 

UN APPEL AU CHANGEMENT DE SOCIETE

 

Leur force est un immense appel à faire se déployer le nouveau dans toute sa plénitude.

Quand il est par exemple dans le travail et la production avec l'automation et l'informatisation qui permettent aujourd'hui de produire plus en diminuant le temps de travail contraint et en allongeant le temps libre, les producteurs doivent acquérir le pouvoir, et donc la propriété, dans l'entreprise pour pouvoir donner aujourd'hui toute sa place à cette révolution que le capitaliste tend à dissimuler ou à restreindre.

Et la gestion de la société?

Là encore, il y a longtemps que le mouvement ouvrier a fait la preuve de ses aptitudes à la gestion, celle des CE par exemple, ou de la sécurité sociale même si cette dernière fut paritaire.

Et le mouvement associatif, dans sa diversité infinie, n'a-t-il pas conquis ses galons et assuré sa place irremplaçable, reconnue officiellement la plupart du temps.

D'ailleurs, aujourd'hui, est-ce que ce ne sont pas les entreprises et les Etats, les deux piliers du capital, qui connaissent les faillites! Qui disparaissent!

La gestion des entreprises, des établissements financiers, est à reprendre, la gestion de la société doit être assumée dans la recherche du mieux être général, en priorité pour les couches qui souffrent le plus.

Le peuple, les salariés, ont aujourd'hui les aptitudes à le faire. Oui, il est temps d'aller vers un nouveau système fonctionnant sur la base de la démocratie directe qui donnerait la garantie de la possibilité de la participation permanente à la gestion de tous les niveaux de la société.


 

DU NOUVEAU DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES

 

La force du refus et du rejet, c'est également l'exigence de nouveau dans les relations internationales pour qu'elles deviennent, débarrassées là encore des exigences du capital qui tendaient à se les soumettre jusqu'alors, des coopérations et des échanges entre les peuples du monde à leur mutuel avantage.

En ce sens, les abstentions de ces dernières régionales ont redoublé celles des élections européennes de juin dernier, lesquelles avaient confirmé, tant à l'Est qu'à l'Ouest de l'Europe, les rejets antérieurs des peuples de ces constructions super-étatiques héritières des Empires et du capitalisme mondialisé à souhait.

Pour sa part, le peuple français n'a pas pardonné le fait qu'il ait été bafoué par le viol de sa décision souveraine de 2005, le coup d'Etat auquel s'est livré Sarkozy, par les forces politiques qui l'ont cautionné, et qui continuent de payer politiquement.

Oui, au total, le nouveau est là, et bien là.

Aussi, s'il fut un temps où l'on parlait d'un spectre qui hantait l'Europe, peut-être faudrait-il enfin considérer qu'il s'est aujourd'hui largement matérialisé, et plutôt dans les conditions dont les auteurs du Manifeste en parlaient.

 

 

Michel Peyret, 31/03/2010

 

 

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2010/04/01/17433000.html

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