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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 13:40
 Anne-Marie Gouvet réside sur les hauteurs de Montardon, près de Pau. PHOTO LUKE LAISSAC

Anne-Marie Gouvet réside sur les hauteurs de Montardon, près de Pau. PHOTO LUKE LAISSAC

L'anesthésite paloise, Anne-Marie Gouvet, s'explique sur son refus de la Légion d'honneur

Depuis qu'elle a refusé la Légion d'honneur pour protester contre l'expulsion de Roms, Anne-Marie Gouvet a toute l'attention des médias, même à l'étranger.

 

Anne-Marie Gouvet n'en revient toujours pas. Depuis l'annonce du refus du médecin anesthésiste palois de recevoir la Légion d'honneur, les articles dans la presse se sont multipliés de manière exponentielle. Les rédactions françaises ont bien entendu embrayé, dès lundi, sur l'histoire de ce médecin humanitaire de 51 ans qui, choqué par les images de Roms expulsés, a préféré renoncer à la plus haute distinction républicaine.

Mais depuis, c'est la presse étrangère qui a rebondi de manière plus étonnante. Mercredi, c'est au BBC World Service qu'Anne-Marie Gouvet, anesthésiste à la polyclinique de Navarre, à Pau, répondait en anglais. « J'ai même eu un appel d'une journaliste bulgare », s'amuse-t-elle. Son mari brandit les articles pêchés sur Internet, dans la presse allemande, iranienne, « et même à Taïwan ! ».

Question de temps médiatique sans doute, puisque l'annonce du médecin coïncidait avec une épidémie d'articles, souvent critiques, de la presse étrangère sur les expulsions de Roms en France ces derniers jours. Question de symbole aussi, puisque tout réside dans ce geste qui l'a rendue brutalement célèbre.

Une longue lignée

Car si elle n'était pas à courir après la rosette, ou plutôt la barrette de chevalier de la Légion d'honneur, Anne-Marie Gouvet n'en sait pas moins ce qu'elle représente. Son grand-père l'obtint de haute lutte dans les tranchées de 1914. Son père, militaire et Français libre qui a participé au débarquement de 1944, l'a reçue du général de Gaulle. Sa mère, résistante et longtemps militante de la Ligue contre le cancer, l'a également portée.

Aussi, même si elle n'était pas très chaude pour la recevoir au départ, lorsque son fils et son mari l'ont demandée, elle a fini par accepter. « Par respect pour le geste de mon fils. » Thomas Guilleux, lui, s'était simplement dit que cette femme, sa mère, qui, depuis trente ans, multiplie les missions humanitaires dans les points les plus chauds de la planète, la méritait tout autant que d'autres.

La machine était lancée. Le mari, Philippe Gouvet, est d'ailleurs intarissable sur la procédure qui permet de décrocher la Légion d'honneur. « Dites bien qu'on ne peut la demander pour soi-même, et que nous ne l'avions pas dit à Anne-Marie », insiste-t-il. Car l'homme a été blessé par les commentaires de rares internautes qui n'ont pas déclaré leur admiration à son épouse.

Un déclic

La famille avait même prévu une cérémonie de remise officielle en janvier prochain, pour que tout le monde soit là. Un parrain était même trouvé, qui n'a pas donné de nouvelles depuis l'annonce…

Car il a suffi d'une image à la télévision lors d'une évacuation d'un camp de Roms pour que Anne-Marie Gouvet fasse machine arrière. Comme un déclic. « On voyait un papa avec son gosse dans les bras au milieu d'un camp dans le plus grand dénuement. On se serait cru au Kosovo. Je me suis dit : ce n'est pas possible, ce n'est pas la France. Et j'ai décidé que je ne pouvais être associée, ni de près ni de loin, à cette politique. »

Elle a alors écrit au président de la République, qui l'avait placée dans la liste des nommés sur son propre contingent. Coïncidence médiatique encore, alors qu'elle pesait tous les mots de sa lettre de refus le week-end dernier, le père Arthur annonçait publiquement qu'il renvoyait sa médaille de l'ordre national du Mérite pour les mêmes raisons.

Bientôt l'Afghanistan

Depuis, elle répond comme elle le peut aux sollicitations des médias. Pas plus impressionnée que cela, elle qui ne s'était jamais vraiment engagée politiquement, sans doute par faute de temps. Seulement étonnée. Les infirmières de la polyclinique de Navarre lui glissent des petits messages d'encouragement. D'autres se font plus discrets dans son entourage. Mais ce sont déjà des inconnus qui lui écrivent, impressionnés.

Elle semble très calme au milieu de la tempête médiatique. Peut-être parce qu'elle sait qu'en octobre prochain, elle retrouvera Kaboul et l'hôpital français pour enfants où elle se rend tous les six mois au chevet de patients qui n'ont sans doute jamais entendu parler de la Légion d'honneur. Et pour trouver le temps de s'envoler en novembre une nouvelle fois vers l'Afghanistan, ce pays qui l'a fascinée comme tant d'autres, elle fait comme elle a toujours fait, cumule les gardes, comme ce week-end de trois fois 24 heures qu'elle ne verra pas passer.

« Elle n'a eu qu'un seul week-end de libre en deux ans », rappelle son mari, admiratif, mais que l'on sent aussi inquiet lorsqu'elle évoque ses missions humanitaires. Missions qui auraient dû lui valoir la Légion d'honneur…

Pau · Pyrénées-Atlantiques · Faits-divers
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http://www.sudouest.fr/2010/08/29/une-question-d-honneur-171619-7.php

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