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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 18:13

Retraites : l’arnaque

« En 1990, 9,5 millions de retraitésCampagne du gouvernement sur les retraites - avril 2010
En 2010, 16 millions de retraités
En 2030, 21 millions de retraités. »
  
Avec des slogans de ce type, dans le cadre d’une campagne de communication de plus de 5 millions d’euros, le trio Sarkozy-Fillon-Woerth a lancé il y a quelques semaines la « réforme des retraites ». Objectif de cette première phase : persuader les Français que « ça ne peut plus durer comme ça », qu’il « va falloir faire quelque chose » et que, compte tenu de l’augmentation du nombre des retraités, nous allons devoir nous résigner à cotiser plus longtemps… et à percevoir moins.
  
Présenté sous cet angle, le débat est complètement biaisé, faussé. Ne traiter que de la question des retraites en l’isolant du thème beaucoup plus large de la rémunération du travail et de la répartition des richesses, c’est vouloir, dès le départ, que l’arbre cache la forêt.
  
Prenons donc un peu de recul et revenons aux « fondamentaux » des relations entre coût du travail et partage de la valeur générée par le travail.
  
Pourquoi rémunère-t-on un salarié ? Tout simplement parce qu’il « rapporte », c’est-à-dire qu’il « dégage » une certaine productivité, créant ainsi, pour son employeur, un montant de richesses supérieur au salaire qui lui est versé.
  
Cette productivité, cette richesse créée par le travailleur, permet :

– de le rémunérer sous forme de salaire ;

– de dégager une marge, un profit, pour l’entreprise qui l’emploie ;

– de régler les retraites de ceux qui ne travaillent plus (si l’on se trouve dans un système de retraite par répartition) ou de constituer une épargne pour les futurs retraités (dans un système de retraite par capitalisation).

En toute logique, plus la productivité du travailleur augmente, plus il crée de richesses, plus son salaire devrait augmenter, comme devraient croître le bénéfice de l’entreprise et la somme versée ou épargnée pour les retraites.
  
Est-ce le cas ? Un simple coup d’œil au graphique ci-dessous (source des chiffres : INSEE) va permettre de comprendre l’état de la situation… et la véritable nature du problème.

Productivité et salaires

Comme on le voit, pendant une vingtaine d’années, de 1959 à 1979, tout gain de productivité se traduisait automatiquement par une hausse équivalente des salaires. Et puis, à compter du début des années 1980, tout déraille : la productivité des salariés continue de s’améliorer mais les salaires décrochent. Trente ans après ce décrochage, ils sont aujourd’hui 35 % inférieurs à ce qu’ils devraient être s’ils avaient augmenté en phase avec les gains de productivité !
  
De plus, ce graphique ne reflète pas un élément aggravant qui a pris naissance à la même époque : plus élevé le salaire, plus forte la hausse dont il a bénéficié.

evolution-des-salaires-1996-2006.jpg
  
Ainsi, en 10 ans, les 0,1 % de salariés les mieux rémunérés (environ 13 000 personnes en France) ont vu leur salaire mensuel progresser de 28 %, inflation déduite, soit un gain de 5 426 € par mois (oui, par mois…) alors que 90 % des salariés n’ont enregistré aucune progression significative.

Pour 90 % des salariés, la rémunération est donc restée à peu près la même (inflation déduite) entre 2000 et 2010 ! La conséquence ? En 30 ans, l’écart entre augmentation de la productivité et augmentation des salaires (hormis les salaires les plus élevés) atteint 45 % ! Vous avez bien lu : si, ces trente dernières années, votre salaire avait augmenté dans les mêmes proportions que votre productivité, vous seriez rémunéré 45 % de plus qu’aujourd’hui !
  
Mais où sont allés tous ces gains de productivité ? Qui en a bénéficié ? Les entreprises, tout simplement, sous la forme d’une véritable explosion des bénéfices, lesquels, ne trouvant pas à s’employer dans l’investissement productif faute d’une demande solvable suffisante, se sont rués vers la finance et l’investissement spéculatif, générant des « bulles » boursières à répétition. Mais ceci est une autre histoire qui fera certainement l’objet d’un prochain billet…
  
Revenons au cœur de notre sujet en mettant en perspective, au niveau national, les montants des salaires d’une part, des bénéfices d’autre part. La masse totale des salaires de l’ensemble des entreprises du secteur privé est de l’ordre de 500 milliards d’euros par an. En comparaison, les 40 sociétés du CAC 40 « dégagent » 100 milliards d’euros de bénéfices par an (à l’exception de 2009, « mauvaise année » où les bénéfices n’ont été « que » de 47 milliards d’euros). 40 entreprises réalisent donc un bénéfice égal au cinquième de la rémunération de tous les salariés du privé en France !
  
On le comprend mieux : aborder uniquement la question des retraites avec pour seul objectif de faire peser la charge de leur paiement sur les seuls salariés, c’est traiter volontairement le problème par le petit bout de la lorgnette et c’est surtout charger encore plus la barque de ceux qui, depuis 30 ans, n’ont absolument pas bénéficié des efforts qu’ils ont réalisés pour augmenter la productivité des entreprises, notamment des plus grandes.
  
Poursuivons en effet le calcul : le rattrapage de l’écart existant entre augmentation cumulée de la productivité et augmentation cumulée des salaires (35 à 45 % selon le mode de calcul ; voir ci-dessus) représente 168 à 216 milliards d’euros par an. Dans ces conditions, la centaine de milliards d’euros de déficit du régime des retraites que l’on nous présente comme un épouvantail est tout à fait « absorbable » par les entreprises, notamment les plus importantes, qui ont profité à plein, depuis 30 ans d’une productivité sans cesse accrue de leurs collaborateurs, sans les en faire bénéficier en retour.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010

 

http://lalettredulundi.fr/2010/05/02/retraites-larnaque/

 

Commentaire:

 

Le débat entre économistes passe complètement au dessus de la tête d’une grande majorité de citoyens, tous concernés par ce sujet et les positions intéressantes de cet article. Pour tenter d’expliquer aux enfants le financement d’ensemble de la protection sociale dont les retraites ne sont qu’une partie ( 50 % environ ?) , peut-on , à la DESCARTES, procéder pas à pas. J’aimerais savoir s’il est possible d’évaluer le total des financements (des risques maladie, viellesse, chômage , ATMP) qui sont l’objet de prélèvements obligatoires sur la charge des entreprises assujetties?
Personnellement , je sèche .

 

 

 

 

   

Lire aussi:

Derrière la Burqa... la réforme des retraites... par Serge Halimi

   

Les Français sont vraisemblablement plus nombreux à connaître le nombre de minarets en Suisse (quatre) et de « burqas » en France (trois cent soixante-sept (1)) qu’à savoir que le Trésor public a perdu 20 milliards d’euros à la suite d’une décision « technique » de l’exécutif.

 

Il y a dix-huit mois en effet, au lieu de subordonner son sauvetage des banques en perdition à une prise de participation dans leur capital, laquelle ensuite aurait pu être revendue avec un joli bénéfice, le gouvernement français a préféré leur consentir un prêt à des conditions inespérées… pour elles. Vingt milliards d’euros de gagnés pour leurs actionnaires, c’est presque autant que le déficit de la Sécurité sociale l’an dernier (22 milliards d’euros). Et quarante fois le montant de l’économie annuelle réalisée par l’Etat lorsqu’il ne remplace qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux.

 

Le rétablissement électoral du Front national, et plus généralement de l’extrême droite en Europe, n’est pas tout à fait étranger à cette distribution de l’attention publique entre la poutre des polémiques subalternes qu’on enflamme et la paille des sujets prioritaires dont on prétend qu’ils sont trop compliqués pour le commun des mortels. Le fiasco des élections régionales derrière lui, M. Nicolas Sarkozy va s’attaquer à la « réforme des retraites ». L’enjeu social et financier étant considérable, on sait déjà que le gouvernement français s’emploiera à distraire la galerie en relançant le « débat sur la burqa ».

 

Riposter à cette manœuvre n’impose certainement pas de s’enfoncer sur son terrain boueux en donnant le sentiment de défendre un symbole obscurantiste. Encore moins de taxer de racisme les féministes — hommes et femmes — qui légitimement le réprouvent. Mais comment ne pas juger cocasse qu’une droite qui a presque partout associé son destin à celui des Eglises, du patriarcat et de l’ordre moral se découvre soudain éperdue de laïcité, de féminisme, de libre-pensée ? Pour elle aussi, l’islam accomplit des miracles !

 

En 1988, M. George H. W. Bush succéda à Ronald Reagan après une campagne d’une démagogie insigne, au cours de laquelle il réclama que soit criminalisé le fait de brûler la bannière étoilée — un acte commis entre une et sept fois par an… Avec le courage qu’on imagine, plus de 90 % des parlementaires américains adoptèrent une disposition répressive allant en ce sens — laquelle fut annulée par la Cour suprême. Au même moment éclatait l’un des plus grands scandales de l’histoire économique des Etats-Unis, celui des caisses d’épargne déréglementées par le Congrès, que des aigrefins avaient pillées, enhardis par des sénateurs dont ils avaient financé les campagnes. En 1988, nul ou presque n’avait évoqué le péril d’une telle arnaque, bien qu’il fût déjà connu. Trop compliqué, et puis la défense du drapeau occupait les esprits.


 

Le contribuable américain a payé 500 milliards de dollars le scandale des caisses d’épargne. On découvrira bientôt ce que cache réellement la « burqa ». Et combien cela coûte.


(1) D’après un calcul, étrangement précis, de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/HALIMI/18990

- avril 2010


 

Illustration: impots-utiles.com

 

Url de cet article: http://www.internationalnews.fr/article-derriere-la-burqua-la-reforme-des-retraites-par-serge-halimi-47780448.html

Le Monde Diplomatique

Avril 2010

 

 

 

Le projet de loi de régression sociale sur les retraites est en cours. Cette tentative de  réforme est la énième depuis une vingtaine d'années, son "urgence" semble donc bien relative.

Le contexte de cette nouvelle régression en cours est bien plus intéressant que la réforme en elle-même. En effet, le gouvernement nous cache jalousement sa copie, en accusant cependant l'opposition de ne pas dévoiler les siens. Un comble, mais certainement pas un trop-plein de démocratie.

L'équation est pourtant simple: comment faire passer une loi de régression supplémentaire en l'enrubannant du pompeux intitulé de :" sauvetage des retraites". Suite ici :

 

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=12582


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commentaires

eva R-sistons 14/09/2010 23:57



Evident, oui, mais on peut le dire quand même, et ne pas pleurer ! Amicalement, eva



Dominique 06/09/2010 10:05



Tout ceci est si évident, si vrai, et tellement peu de gens le savent...


J'en pleurerais.


 


Merci



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