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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 13:11
Samedi 21 janvier 2012

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VOICI CE QUE LES OCCIDENTAUX N’ONT PAS COMPRIS DE L’ECONOMIE MODERNE
                        de Jean-Paul Pougala

Le Dumping Social, la sous-évaluation de la monnaie chinoise, le Yuan,
la concurrence déloyale etc. Voilà quelques-uns des florilèges
d'accusations que font pleuvoir sur la Chine la majorité des
économistes et politiciens occidentaux. Et si ce beau petit monde
était à côté de la plaque ?

La croissance de la Chine et son positionnement stratégique au rang de
la première puissance mondiale montante a fait naître un désarroi sans
précédent chez les anciens puissants d’hier et la conséquente
navigation a vu chez les économistes et politiciens occidentaux qui
étaient incontestablement il y a peu de temps les références pour un
modèle économique réussi, qui semblait indétrônable. Avec la Chine qui
a imposé un nouveau modèle économique, le désarroi est total, et 10
ans après, la boussole leur semble toujours introuvable pour mieux
orienter les idées et comprendre de quel côté se trouve le Nord au
XXIème, c’est-à-dire à l'Est.

A- ET SI LA COMPETITIVITE AVAIT PRIS UN NOUVEAU VISAGE !

Comme il est déconcertant de voir des économistes occidentaux
s’accrocher à des considérations puériles pour expliquer leur manque
de compétitivité vis-à-vis de la Chine et le conséquent désert
industriel qui semble avoir stablement élu domicile en Occident, en
invoquant tous les bas salaires pratiqués en Chine, ce qui est faux.

Ceci est faux parce qu'en matière de salaires, ils sont deux fois plus
bas en Afrique et en Amérique du Sud qu'en Chine, sans que ces deux
régions attirent les mêmes investissements. Les vraies raisons sont
ailleurs :

1- Il existe en Chine un état fort qui est présent dans presque tout
le processus économique avec un objectif bien précis et bien visible,
celui de sortir des millions de chinois de la misère.

2- Dans la formation du coût d'un produit, la main d'œuvre compte pour
environ de 2 à 4 %, pire, à 10%. Il est donc absurde qu'en Occident,
on utilise la question des salaires prétendument élevés pour justifier
la non compétitivité des entreprises. Si un producteur Italien met un
article sur le marché à 100 € alors que son concurrent chinois est
capable de l'offrir à 25 €, la différence de 200% ne peut nullement
être justifiée par les 10% de coût de l'emploi. Même si on avait
offert le coût des salaires gratuitement au producteur européen, il
resterait toujours une différence de 190% à couvrir et c'est peut-être
en se concentrant sur cette valeur que l'Occident peut avoir un début
de solution à sa crise qui n'est qu'au début, malheureusement. Il
s'agit notamment des  coûts liés à l'architecture industrielle
elle-même du pays de l'acquisition des  matières premières à la
qualité de la formation professionnelle et au type de la logistique
pour toucher le client du bout du monde  et que nous allons étudier
ci-dessous.

3- Les matières premières achetées par l'Etat.
Contrairement à l'Occident où chaque industriel doit se débrouiller
tout seul pour trouver les intrants dans le monde entier, la Chine
utilise d'autres méthodes: il existe des mastodontes d'états qui se
chargent de grouper ses achats et donc, réussit à décrocher les
meilleures conditions d'achat qu'un privé Occidental ferait rarement,
ou grâce à une guerre humanitaire.

4- Produits semi-finis par l'Etat.
Contrairement à l'Occident où une industrie par exemple d'automobiles
s'installe et se fournit chez des sous-traitants, en Chine, c'est
l'Etat qui produit l'essentiel et le fabriquant de bicyclettes se
développe en achetant les pièces fournies par l'Etat. C'est le cas
chez les fabricants de climatiseurs, et bien d'autres secteurs clés,
là où le fabriquant italien doit se débrouiller tout seul pour assurer
sa production de A à Z, très souvent, son concurrent chinois qu'il
doit affronter sur le marché, n'a eu qu'à traiter la partie de S à Z,
très souvent de l'assemblage et la vente. Or, le prix des pièces qu'il
assemble, non seulement proviennent de l'Etat qui veut des devises et
qui ne vend pas mais cède pour créer des emplois et stimuler son
économie.

5- POUR LES CHINOIS L’ENERGIE NE SE VEND PAS

En termes de capitalisation boursière, selon les informations fournies
par Fortune Global 500 pour l'année 2010, sur les 7 plus grandes
sociétés du monde, 6 sont des sociétés qui s'occupent d'énergie dont
une américaine, une Britannique, une hollandaise et 3 chinoises. Mais
le plus intéressant est de constater une fracture entre les
entreprises occidentales et chinoises sur les bénéfices réalisées qui
sont plus forts chez les premiers. Par exemple, la Shell avec 97.000
employés, réalise 20,116 milliards de $ de bénéfice, la Exxon Mobile
avec 103.000 employés a réalisé un bénéfice net de 30,40 milliards de
$, alors que les chinoises semblent à la traine : la Sinopec avec
640.000 employés ne réalise que 7,63 milliards $ de profits alors que
sa consœur la China National Petroleum, avec 1.500.000 employés a
réalisé à peine 14,37 milliards de $ de profit.


Selon les évaluations classiques en Occident, Shell et Exxon sont à
féliciter parce qu'elles ont fait du bon travail. Mais selon la vision
pragmatique des chinois, le montant élevé de leurs profits est un
indicateur du niveau du frein à la compétitivité d'une nation. Pour la
Chine, la compétitivité de ses entreprises commence avec le coût de
l'énergie. Les entreprises du secteur ne doivent réaliser des
bénéfices que pour leur propre développement pour la recherche et les
besoins d'exploration de nouveaux gisements, alors qu'en Occident, les
bénéfices colossaux font le bonheur des actionnaires qui iront ainsi
figurer sur la liste des individus les plus riches du monde.

Cette différente conception du monde de l'économie a été encore plus
criante en 2008, lorsqu'en pleine crise économique, avec la volée des
prix du pétrole brut sur les marchés, toutes les entreprises
pétrolières de l'Occident annoncent des bénéfices historiquement
élevés. La Exxon Mobil par exemple annonce les bénéfices de 45
milliards de dollars en hausse de 11% par rapport à 2007 ; en France,
Total annonce les bénéfices de 22 milliards de dollars (17 milliards
d'Euros) alors que pour la même année, leur concurrente chinoise,
Petrochina, la première en terme de quantité du pétrole produit perd
de l'argent parce qu'une décision politique très intelligente (à mon
avis) prise par le gouvernement de Pékin sur le gel des prix du
carburant porte à une chute drastique de 22% des résultats nets, pour
permettre aux entreprises chinoises de rester toujours les plus
compétitives du monde. Il est évident que tous les produits dérivés du
pétrole en plastique comme les jouets, les accessoires pour voitures,
emballages etc. proviennent à 90% de la Chine, ce n'est pas parce
là-bas la main d'œuvre coûte moins cher. C'est tout simplement parce
que l'état a placé le vrai bénéfice à la fin de la chaîne en terme
d'emplois crées, de devises étrangères accumulées, d'excédents de la
balance commerciale et non pas spéculer de façon idiote sur tout ce
qui bouge, allant même jusqu'à l’auto-flagellation (se donner des
coups à soi-même) comme c'est le cas en Occident. En Chine, il existe
un objectif clair, c'est celui de la redistribution des richesses
créées qui doivent se traduire en termes de millions de personnes
qu’on réussit à sortir de la misère et non la célébration de la gloire
de voir des noms de quelques milliardaires dans le classement annuel
de Forbes.

Sur le plan des produits pétroliers, en Europe, les gouvernants
semblent vouloir le beurre et l'argent du beurre à la fois. On veut la
compétitivité des entreprises, mais en même temps, on taxe jusqu'à 77%
les produits énergétiques qui entrent pour près de 40% dans la
formation du coût d'un produit fini, transporté, livré à la boutique
et même le coût du déplacement de l'acheteur pour venir le prendre
peut être pris en considération.

Ce qu'on vient de voir pour  le pétrole est identique sinon pire dans
le secteur de l'électricité qui en Chine est presque gratuite. La même
année 2010, la première société d'électricité au monde, State Grid
corporation de Pékin, avec 1.564.000 employés et ses centaines de
millions d'abonnés, ne réalise que 4,56 milliards de dollars US de
bénéfice, c'est-à-dire moins des 5 milliards de dollars d'EDF
(Électricité De France) un an plus tôt, en 2009 (avant sa chute de 74%
en 2010 à cause des déboires sur les marchés étrangers) et avec ses
158.000 employés, c'est-à-dire, 10 fois moins que son concurrent
chinois et 20 fois moins d'abonnés. La vérité est que pour Edf,
entreprise publique, les abonnés sont des pigeons qu’il faut plumer
avec des augmentations à chaque début d’année sous des prétextes les
plus variés, comme l’homologation au prix du pétrole, lorsque ce
dernier monte.


B- LA LOGISTIQUE COMME INSTRUMENT DE PUISSANCE GEOSTRATEGIQUE

La Chine a des mastodontes de mer qui pratiquent très souvent des prix
politiques. Ce n'est nullement du dumping, mais les opérateurs sont
juste facturés au prix coûtant. Un exemple est la COSCO (China Ocean
Shipping Company), propriétaire de 201 bateaux porte-conteneurs soit
900.000 EVP (Equivalent Vingt Pieds, taille moyenne d’un conteneur)
permet aux transitaires de facturer un conteneur 20-40 pieds de la
Chine pour livraison à n'importe quel port en Europe pour des prix
incroyablement bas, en fonction des objectifs que l’Etat chinois veut
atteindre en terme d’exportation ; C'est-à-dire que parce que COSCO
est une entreprise publique qui ne recherche pas le bénéfice pour
elle-même, mais le bénéfice pour la nation chinoise, elle est un
instrument très puissant de géostratégie, qui participe à l’objectif
de conquérir, tous les marchés potentiels. Elle rapproche les côtes
chinoises des côtes du monde entier. On arrive ainsi au paradoxe que
le coût de transport terrestre à l’intérieur de la même Europe va
souvent jusqu’à 4 fois plus cher que le coût du transport maritime de
30 jours de mer de la Chine jusqu’en Europe. Et lorsqu'on sait que 75%
des échanges en Europe se font entre pays Européens eux-mêmes, on peut
aisément imaginer toute l'aubaine que cela représente pour la Chine
dans les années à venir, si rien n'est fait par les économistes
européens pour trouver une solution à long terme.

Le 7 Juin 2010, c’est ce même Cosco qui a acheté pour 1,90 milliards
de yuan, les lots mis en vente par  la municipalité de Shanghai,
c’est-à-dire que pour ce que deviendra dans les 10 ans à venir le
premier centre financier du monde, l’immobilier est encore une fois
sous le contrôle de l’état chinois. En effet, sur les 11 lots mis en
vente, 9 ont été achetés aux enchères par les entreprises publiques et
seulement 2 aux privés chinois.

Cosco est à l’image de la polyvalence des géants publiques chinois,
contrôlant tout ou presque dans son secteur, de la gestion des ports
(3,4 milliards de dollars pour la concession de la gestion de
conteneurs dans le port de Pirée en Grèce en 2008.) à l’immobilier en
passant par  la construction des bateaux et la fabrication des
conteneurs. Ce qui lui donne un avantage inouï au service de la
compétitivité des entreprises chinoises sur toutes leurs concurrentes
qui selon le modèle de développement du capitalisme occidental,
pêchent par une trop grande spécialisation dit-on pour réaliser le
maximum de profit.

Par exemple, sa succursale française COSCO FRANCE dont le siège est à
Paris est présente dans toutes les villes portuaires françaises et
travaille surtout comme une société commissionnaire de transport,
agissant dans le domaine de la consignation, la réparation de navires,
mais aussi, le fret aérien, avec le même objectif que le produit sorti
de l’usine chinoise doit arriver n’importe où sans souffrir d’une
quelconque pénalisation liée au transport ou à la logistique.

En Juin 2011, 52 Avions Airbus A320 sont sortis de la nouvelle usine
de Tianjin en Chine. Là encore c’est Cosco qui est devenu
incontournable au titre d’entrepreneur général des programmes de la
société Airbus de Tianjin, et chargé du transport des grosses pièces
de l'Europe à Tianjin, notamment le transport par péniche, le
transport intérieur et le transport océanique par conteneur dans la
section européenne, ainsi que le transport intérieur et le transport
aérien à la section de Tianjin.

Ici aussi, le choix d’une société publique chinoise n’est pas un
hasard, mais c’est le résultat d’une décision géostratégique bien
pensée. C’est en effet Cosco qui est choisi pour mener bientôt la même
opération mais en sens contraire de la Chine vers l’Afrique, pour
l’assemblage de l’avion chinois dénommé XIAN MA-60 sur lequel la Chine
a fait un pari pour remplacer les mauvaises habitudes africaines de
n’acheter que les vieux avions en Occident paradoxalement plus coûteux
(que le neuf chinois), et qui se révèlent de vrais cercueils volants
au-dessus du continent africain. La Xia MA-60 équipe déjà les
compagnies : Air Zimbabwe, Air Burkina, Air Burundi, South African
Express, British Caledonian, Laos Airlines, Sri Lanka Air-Force, mais
aussi, selon le quotidien chinois People Daily du 25 Mai 2011, les
compagnies de plusieurs autres pays en Asie, en Afrique et en Amérique
du Sud et sont en service sur une centaine de lignes aériennes. Selon
les indiscrétions à Pékin, Cosco effectuera bientôt le même transport
des parties d’avions des côtes chinoises vers les côtes africaines,
dans la ville portuaires de Kribi au Cameroun où un port en eau
profonde est en construction pour accueillir ce genre de bateau.
Lorsque la société EADS (Airbus) s’est installée en Chine, elle l’y
était contrainte, comme condition posée par la Chine à l’achat d’un
nombre important de ses avions. Mais lorsque la Chine prévoit de
construire ses avions destinés à l’Afrique directement sur le sol
africain, ses économistes et stratèges démontrent d’avoir compris ce
que les économistes occidentaux peinent encore à comprendre et c’est
que : dans l’économie moderne, vous ne pouvez pas vous obstiner à être
prospère tout seul et que pendant que tout va à merveille, c’est le
bon moment pour aider à se renforcer de nouveaux partenaires à être là
pour vous aider lorsque les moments difficiles arriveront, parce que
vous leur aurez donné les moyens et la possibilité d’être cette porte
de recours, cette issue de secours.


C- LA FAIBLESSE DEMOCRATIQUE

Si la démocratie du suffrage universel était quelque chose de si
merveilleux, nul doute que l’Occident préférait la conserver et même
la cacher comme un secret militaire, afin de l’utiliser comme avantage
sur les autres peuples de la planète. Si la démocratie du suffrage
universel pouvait permettre le développement d’une nation, il est
parfaitement évident que l’Occident ne serait pas si engagé à financer
des oppositions créées ad-hoc pour tel ou tel autre pays, pour les
aider à devenir de dangereux concurrents sur le plan de la production
industrielle, sur le plan de la  production intellectuelle. La vérité
est toute autre et bien plus amère. C’est que l’Occident a compris que
l’une des raisons de son déclin est bien la démocratie du suffrage
universel qui a porté au pouvoir les personnalités les plus médiocres,
à condition qu’elles soient soutenues par les puissances de l’argent
qui sont rarement là pour l’intérêt général.

La médiocrité des hommes politique s’est accompagnée des économistes
piégés par la prétendue supériorité sans faille de
l’ultra-libéralisme. On a ainsi vu des économistes de renom en
Espagne, en Grèce, au Portugal, en France, en Italie soutenir une
thèse des plus grotesques selon laquelle l’Allemagne avait le devoir
d’aider financièrement les pays Européens en crise, parce que selon
eux, l’argent allemand provenait de la vente des grosses berlines dans
ces pays. Ce genre de raisonnement trahit l’état de déconfiture de ces
économistes qui ne sont tout simplement plus en mesure de comprendre
que l’Allemagne n’a pas les moyens de se sauver elle-même et que la
crise allemande n’est plus qu’une question de temps comme pour tous
les pays occidentaux qui à première vue semblent épargnés, puisqu’ils
sont régis par les mêmes modèles économiques. Pire, ce sont les même
qui projettent de faire la concurrence à la Chine. Comment peuvent-ils
y parvenir, s’ils se refusent à l’exercice le plus facile qui aurait
consisté non pas à vouloir partager les gains allemands, mais à se
demander comment réussir eux aussi à vendre en Allemagne, premier
marché de l’union Européenne.

La vérité est que ces économistes se sont déjà rendus et ont renoncé à
se battre, faute d’idée. Et ils sont déjà en train de passer au plan
B, d’un Occident qui deviendrait une destination touristique pour les
nouveaux émergents. C’est le président américain Barack Obama qui a
vendu la mèche le 18/01/2012, en présentant dans un parc d’attraction
touristique en Floride son désir de faire des USA, la première
destination touristique du monde, au nom de la relance de l’emploi. Ce
que Monsieur Obama ne sait pas, c’est que le tourisme n’a jamais aidé
un pays à se développer. La France dont il veut contester la première
place avec ses 77 millions de touristes en 2010 (contre 59 pour les
USA, deuxième),  n’aurait pas les problèmes financiers qu’elle
connait, si le tourisme était une baguette magique. Ces économistes
occidentaux qui croient avoir trouvé leur plan miraculeux pour sortir
de la crise, en prédisposant les infrastructures pour accueillir les
nouveaux riches de Chine, Inde et Brésil, doivent se demander pourquoi
l’endroit qui attire les touristes fortunés en France, la prestigieuse
Côte d’Azur est paradoxalement la région (PACA) avec le plus fort taux
de pauvreté de toute la France ? (source Insee). Aucun pays ne peut
s’en sortir en s’éloignant des métiers de la production. Un touriste,
fut-il le plus riche du monde, ne consommera jamais la nourriture de 5
personnes et s’il faut importer pour satisfaire à ses besoins, on
revient au point de départ, sans compter les problèmes que cela
comporte de se spécialiser sur les riches. L’Ile Maurice croyait
éviter les problèmes du tourisme sexuels de la Thaïlande des
pédophiles occidentaux, en misant sur un tourisme de luxe. 30 ans
après, le pays s’est retrouvé la capitale africaine de la drogue,
introduite dans les Yachts de luxe et les Jets privés qui ne sont
soumis à aucun contrôle, pour ne pas froisser ces riches. Qu’à cela ne
tienne, si la crise peut transformer le racisme institutionnel qui
faisait que seules les populations de race blanche pouvaient entrer
aux USA sans visas, l’engouement touristique du président américain
serait un progrès pour l’humanité. Et l’allié de toujours, Taiwan
serait le premier à en bénéficier. La vérité est que le nord du monde
en crise n’attire plus grand monde, même plus les pauvres du sud.


D- CONCURRENCE INTELLECTUELLE

Selon un article publié par Christine Murris dans le Magazine français
Valeurs Actuels du 19/01/2012, en France, sur 16.800 places offertes
par les écoles d’ingénieurs en 2011, seuls 14.700 étudiants se sont
inscrits. Pire sur les ingénieurs sortis en 2010, seuls 42% sont allés
créer des richesses. Les autres ont été engloutis par l’industrie de
la spéculation qu’est le secteur financier. Avant même leur sortie
d’école note-t-elle, ils sont démarché par plusieurs entreprises
d’assurance, de banques pour utiliser leurs capacités mathématiques
pour leur faire gagner plus de fric, sans faire d’effort.

Au même moment, sur les 11 universités que compte la troisième ville
chinoise de Tianjin, 9 sont des écoles pour former les ingénieurs. En
Occident, le pouvoir politique est détenu par des personnes qui ont
suivi une formation de droit ou de littérature. EN Chine, ce sont les
ingénieurs qui ont le pouvoir politique. On comprend dès lors la
différence d’engouement des jeunes chinois et occidentaux pour la
formation en métiers de création de la richesse. Mais puisque les 2
parties sont en concurrence, comment s’étonner que toutes les mesures
prises en occident contre la désertification industrielle sans toucher
aux valeurs mêmes sur lesquelles toute la société s’est bâtie n’est
que de la pure propagande qui ne convainc même pas celui qui la dit.
La vraie concurrence des nations aujourd’hui est d’abord
intellectuelle. Une nation s’en sortira ou non par sa capacité à
former et mettre à la disposition de ses usines suffisamment des
cerveaux pour penser, pour créer et ensuite seulement on pourra parler
de compétition.

L’occident a depuis 2 siècles cru que l’intelligence était le fait de
l’ADN d’une population caucasienne dite Blanche. Le défi que l’orient
lui a lancé sur ce domaine est colossal et il n’arrive pas à relever
le défi, c’est la concurrence des ingénieurs. Un ordinateur, un
téléphone est vieux après 3 mois, c’est le défi lancé. Et ce ne seront
pas les symboles qui pourront changer la donne.


E- COMMUNISTE DEDANS, CAPITALISTE DEHORS

Dans le rapport 2011-2012 du forum des 1600 entreprises Européennes en
Chine il est écrit que la Chine est un pays communiste à l’intérieur
et capitaliste à l’étranger. Ce rapport qui n’est pas tendre du tout
dit que «il doit être particulièrement agréable pour la Chine de
pratiquer le libéralisme économique le plus déchaîné à l’exportation
tout en continuant à s’appuyer sur les fondamentaux du dirigisme à la
soviétique sur le marché intérieur ». Ce rapport de 338 pages, signé
par le Président de l’European Union Chamber of Commerce, Monsieur
Davide Cucino et son secrétaire général Monsieur Dirk Moens, traduit
la frustration de tous les entrepreneurs occidentaux qui ont couru en
Chine dans l’espoir de conquérir le milliard de consommateurs Chinois
et qui se trouvent à n’avoir pour seule issue louable que d’exporter
de la Chine vers leurs pays d’origine.

Tout ceci nous interpelle sur la nécessité de revoir de fond en comble
toutes les théories économiques des deux siècles précédents qui ne
prennent jamais en considération la possibilité d’un pays de jouer sur
deux registres en même temps, le communisme à l’intérieur et le
capitalisme débridé à l’exportation. Sans cette réécriture, il n’y a
pas de solution au problème de la compétitivité des entreprises
occidentales. On pourra même réduire à zéro le coût du travail en
Occident, cela ne changera pas de beaucoup la trajectoire de la course
vers le mur dès lors que la problématique est viciée par une variable
non maîtrisée : le rôle de l’état dans l’économie moderne.

F- QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

Les privatisations forcées du Fond Monétaire International et de la
Banque Mondiale sont des cathédrales d’erreurs monumentales à ne plus
commettre. Céder par exemple au Cameroun l’entreprise publique
d’électricité SONEL aux privés américains de AES a été une erreur
stratégique de grande importance, non  seulement parce que les
délestages n’ont pas cessé, mais aussi parce que dans un pays qui veut
décoller à partir de ses industries, le prix de l’énergie à commencer
par l’électricité doit être conçu dans une politique globale des
mesures pour assurer la compétitivité des entreprises, pour qu’elles
soient mieux aguerries pour affronter la jungle du marché
international, en position de force.

Les recettes que les Africains formés en occident ont appliquées comme
du copier-coller en Afrique selon lesquelles il faut taxer tout ce qui
bouge est une autre erreur stratégique qui mène droit dans le mur.
L’urgence pour l’Afrique est de produire la richesse. Et l’état doit
s’activer afin que cette production soit effective et à grande échelle
et sa redistribution devienne plus aisée, pourvue qu’il y ait d’abord
quelque chose à partager. L’Afrique doit exporter au maximum ses
produits finis, pour constituer un capital de devises étrangères
nécessaires au bien-être de sa population. Le prix stratégique de
l’énergie (gaz, essence, électricité) est plus important que le bas
coût de la main d’œuvre. Taxer les bouts de routes bitumées peut
donner l’illusion d’alléger le poids financier de l’Etat en Afrique,
mais cela fait juste partie des recettes erronées du système rentier
de l’Occident, qui plombent la compétitivité africaine. Il se pose en
Occident même le problème de la moralité même de leur système. Le 10
janvier 2012 c’est le PDG de Free, Monsieur Niel qui devenant le 4ème
opérateur de la téléphonie mobile en France, en divisant les prix par
5, a mis à nu la mafia rentière d’un capitalisme protégé par l’état
pour arnaquer sa propre population.

Les économistes africains doivent s’activer à écrire leurs théories
économiques qui prennent en compte les spécificités africaines, les
intérêts africains, au lieu d’être dans une attente permanente de
recevoir la consécration d’un poste de subalterne dans telle ou telle
autre Institution Occidentale. A mon avis, le courage et l’autonomie
des économistes Africains de se distancer des formules élaborées par
les bureaucrates de Washington, pour trouver leur propre voie, à
partir de nouvelles variables purement africaines et revisitées dans
un contexte du 21ème siècle ferait honneur à ces mêmes intellectuels
car ils auront eu l’ambition historique d’être des précurseurs d’une
nouvelle Afrique, d’une Afrique avec leurs signatures, plutôt que,
comme ils croient par erreur, qu’ils n’ont de valeur que si sur leur
curriculum, il y aura le nom d’une institution internationale qui sont
pour la plupart au service de l’occident et donc, contre les intérêts
même de l’Afrique. Ils doivent tous se poser la question : pourquoi
après l’échec de l’Union Européenne d’empêcher les Chinois d’investir
en Afrique, pourquoi après l’échec de l’administration américaine de
freiner les investissements chinois en Afrique, ce sont désormais ces
institutions où tous souhaitent aller travailler, qui ont pris le
relai ? Comment expliquer que le Fond Monétaire International, plutôt
que de se réjouir que grâce surtout à la Chine, l’Afrique soit
finalement sortie de la misère, monte au créneau pour tout chambouler
? Au début du mois août 2011 à Nouakchott en Mauritanie, se tenait
l'African Caucus, une réunion rassemblant les pays africains et leurs
créditeurs, avec le directeur du FMI à la tête. Ce qu’on retiendra de
cette rencontre, c’est l’énervement contre les 1000 milliards de
dollars que la Chine a puisé de ses réserves en devises pour
l’injecter dans l’économie africaine (pour comparer, le fameux plan
Marshall était de 100 milliards de dollars, c’est-à-dire, 10 fois
moins).  On a vu des scènes ahurissantes des autorités burundaises,
très contentes de la signature des contrats avec la Chine, mais
plonger le lendemain dans l’angoisse des représailles du FMI. En RDC,
c’est par décret du 21/12/2010 que Monsieur Obama a exclu  la
République Démocratique du Congo de la liste des pays africains
pouvant bénéficier du projet AGOA, et exporter aux USA sans droit de
douane, à cause des nombreux investissements chinois dans le pays,
même si les motivations officielles parlaient du recul de la
démocratie. Paradoxe : pour profiter pleinement des avantages de
l’Agoa, et exporter les produits finis vers les Usa, le Congo avait
bien besoin que quelqu’un investisse au préalable pour créer les
usines de transformation. Et comment lui reprocher d’accepter l’argent
chinois ? Qui faut-il le rappeler n’a aucune odeur lorsqu’il fiancer
les fonctionnaires USA qui prennent ces décisions, y compris son
président, mais pue dès lors qu’il s’agit de l’Afrique.

Les municipalités africaines doivent rivaliser d’ingéniosité pour
créer de la richesse et donc créer des postes d’emplois à leurs
administrés. 90% des bibles utilisées par les nombreuses confréries
religieuses aux USA sont imprimées en Chine. Et la plupart de ces
imprimeries appartiennent à des mairies qui en tirent des revenus pour
bitumer de nouvelles routes, et pour créer de nouveaux emplois dans la
commune. En Afrique ce sont des municipalités capables de créer des
ressources  qui pourront garantir l’émergence d’un état fort en mesure
de résister et freiner les élans individualistes et égoïstes  des
privés. Sans cela, il n’est pas exclu que le continent se libère du
joug de l’occident pour se retrouver avec un joug interne d’une
poignée de clans qui installent ensuite et allègrement une économie
rentière, exactement le modèle qui est en train de mener l’occident
droit dans le mur.

21/01/2012

Jean-Paul Pougala
www.pougala.org

Jean-Paul Pougala est citoyen Camerounais, Directeur de l’Institut
d’Etudes Géostratégiques de Genève en Suisse.

 

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