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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 18:27

“Où puis-je trouver un drapeau tunisien ?” La question a inondé les blogs égyptiens, Tweeter et Facebook quelques minutes après que la nouvelle soit tombée : les révoltes populaires avaient poussé dehors le dictateur tunisien en place depuis longtemps, Zine el Abidine Ben Ali.

 

L’Egypte ressent déjà l’onde de choc tunisienne. Les 85 millions d’Egyptiens constituent un tiers de la population arabe. Jusqu’à ce que les Tunisiens évincent leur dirigeant autocratique vendredi soir après 23 ans de règne, l’Egypte, un avant-gardiste régional, était vue comme le premier candidat en lice pour un soulèvement populaire dans le monde arabe.

En juin 2008, John R. Bradly a écrit un livre prédisant une révolution en Egypte. Il disait que le pays se désagrégeait lentement sous la pression conjuguée d’ “une épouvantable dictature militaire” en interne et d’une mauvaise politique de Washington au Moyen-Orient.

Dans son livre, Egypt : The Land of the Pharaohs on the Brink of a Revolution’, Bradley avance que l’Egypte était « l’Etat arabe le plus brutal où la torture et la corruption sont endémiques » et qu’elle serait par conséquent « le ‘prochain domino à tomber » sous la vindicte populaire. Le livre a été interdit en Egypte.

Aujourd’hui, vu du Caire, il apparaît que le régime militaire du Président Hosni Moubarak, 82 ans, est plus redoutable et plus subtile qu’en Tunisie où Ben Ali a échoué à gérer les premières agitations le 17 décembre. D’après ses supporters, Moubarak a le public avec lui et peut compter sur un large support de la base qui inclut l’armée et de nombreux hommes d’affaires.

« Nous devrions nous rappeler qu’il a survécu à trois tentatives d’assassinat et des centaines d’émeutes et de manifestations sur le prix des denrées alimentaires et d’autres enjeux » remarque Khaled Mahmoud, un analyste indépendant. « Moubarak est simplement plus fort que Ben Ali ; il jouit du soutient de l’institution la plus forte du pays : l’armée. » Mahmoud avance que Ben Ali s’est révélé être un faible président durant les manifestatioons. « Sa performance était très faible. Les Tunisiens ont senti sa fragilité et réalisé que ce qu’ils craignaient n’était juste qu’une illusion.

Moubarak est crédité d’une emprise intelligente sur le pouvoir, autorisant occasionnellement des libertés qui aide à décharger la colère.

« Le régime canalise une partie de la colère à travers des talk shows, ou en tolérant certaines manifestations dans les rues, des articles d’opinion critique dans les journaux, des grèves et des sits-in, » a relaté à IPS Amr Elshobaki, un analyste politique au semi-officiel centre d’études stratégiques du Caire, Al-Ahram.

Elshobaki pointe une autre différence entre l’Egypte et la Tunisie. En Tunisie, les syndicats étaient jusqu’à un certain degré soumis au régime, mais ils avaient tout de même gardé leur structure et une partie de leur intégrité, dit-il. En Egypte par contre, « les syndicats sont devenus comme une entité du gouvernement. Leurs leaders font partie du personnel gouvernemental.”

De plus, le régime égyptien a intelligemment utilisé la religion pour garder le contrôle de la jeunesse à travers des acteurs mandatés.

La branche salafiste et l’église chrétienne coopte sont toutes deux pro-gouvernementales. « Je ne vois pas beaucoup de ressemblance entre la Tunisie et l’Egypte, » conclut Elshobaki.

Cependant, ce point de vue est largement contesté parmi les activistes des droits de l’homme, les bloggeurs, les islamistes, ainsi que certains professeurs d’université et journalistes indépendants, qui déclarent que l’Egypte est au bord d’une révolte. La Tunisie apparaît comme un propagateur de l’idée, disent-ils.

« Les Tunisiens nous ont montré que des changements vont inévitablement survenir pour balayer tous les larbins de Washington et Tel-Aviv parmi les Etats arabes. »

D’autres soulignent la similitude entre les stratégies policières impitoyables des deux nations, ces stratégies ayant contribué au soulèvement en Tunisie. « L’expulsion de Ben Ali montre que son modèle de gouvernance, que l’on retrouve dans beaucoup de pays arabes, y compris l’Egypte, est fragile » note Bahai El-Deen Hassan, chef du Centre pour les droits de l’homme du Caire. « Les Etats policiers ne peuvent pas durer. »

Etouffer les syndicats, contenir les partis politiques et étrangler les associations de la société civile ne permet pas à un régime de tenir longtemps, dit-il.

« La logique de la révolte est la même. Les gens sont les mêmes. L’atmosphère générale est la même » conclut Abdelmonem Amer, éditeur d’Arab News, un média de tendance islamiste. « Le tyran tunisien a fui. Maintenant c’est au tour du pharaon égyptien. Aujourd’hui, c’est la Tunisie et demain ce sera l’Egypte. »

Traduit de l'anglais par Investig'Action
Source originale : IPS


Source : www.michelcollon.info

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