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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 02:16

http://www.ac-grenoble.fr/ecole/ecoleduboutdumonde.venterol/IMG/gif_nucleaire1.gif

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Quatre priorités pour 2012 (2)

juin 25th, 2011


 

À l’occasion de la campagne présidentielle, nous publierons plusieurs billets qui prendront position sur différents sujets, voire en faveur de tel ou tel candidat.

Notre opinion ne sera pas pour autant monolithique : selon le rédacteur (voir la signature à la fin de chaque billet), les points de vue pourront être différents, voire opposés. À travers vos commentaires et, pourquoi pas, la rédaction d’un article, nos colonnes vous sont également ouvertes. Notre objectif est que, suite à ce débat, vous disposiez de nouveaux éléments de réflexion pour forger votre opinion.


Après avoir proposé, dans le précédent billet (voir Quatre priorités pour 2012), la priorité n° 1 pour 2012 – l’investissement massif dans l’école primaire, la maîtrise de la langue écrite et des mathématiques élémentaires – nous allons maintenant aborder la deuxième priorité.
  
  
Sortir du nucléaire
  

En pleine affaire Dreyfus, le caricaturiste Caran d’Ache avait réalisé deux dessins représentant le dîner d’une famille bourgeoise « avant » et « après » avoir parlé de « l’affaire ».
  
jpg_1898_13_fevrier_le_figaro_caran_d-ache_surtout_ne_parlons_pas_de_l-affaire_dreyfus.jpg

jpg_1898_13_fevrier_le_figaro_caran_d-ache_ils_en_ont_parle_l-affaire_dreyfus.jpg

La situation comporte de fortes similitudes avec les propos qui entourent le « nucléaire » : entre les invectives anti-nucléaire (« Areva assassin ! ») et pro-nucléaire (« Vous voulez nous ramener à l’époque de la bougie ! »), il y a rarement de la place pour une argumentation construite et raisonnée.
  
Le sujet promettant d’être largement débattu lors de la campagne présidentielle, nous allons le traiter de façon un peu détaillée en abordant successivement les quatre points suivants :

  • Le nucléaire, c’est quoi ?
  • En sortir, pourquoi ?
  • En sortir, comment et dans quelles conditions ?
  • Objections et questions.

  
Le nucléaire, c’est quoi ?
  
Un peu de connaissance scientifique et technique est indispensable, sinon on aborde le sujet comme de la « quasi-magie », en portant un jugement sur une technologie sans en comprendre un minimum d’éléments.
  
Une centrale nucléaire comprend plusieurs réacteurs nucléaires dont le fonctionnement repose sur la technologie de la fission nucléaire, laquelle consiste à projeter un neutron contre le noyau d’un atome « lourd », c’est-à-dire comportant plusieurs dizaines de protons, électrons et neutrons.
  
L’atome lourd utilisé pour produire de l’énergie par fission nucléaire est l’uranium 235. « Bombardé » par un neutron, il devient instable et se fragmente. De cette fragmentation vont résulter :

  • d’une part une très grande variété de « produits de fission », c’est-à-dire d’atomes plus légers ;
  • d’autre part deux ou trois neutrons qui vont, à leur tour, « bombarder » d’autres atomes d’uranium 235, provoquant ainsi ce que l’on appelle une « réaction en chaîne ».
    Dans un réacteur nucléaire, l’objectif est de contrôler cette réaction en chaîne afin d’éviter qu’elle ne ralentisse trop ou, à l’inverse, qu’elle ne s’emballe. Pour ce faire, on utilise des « barres de contrôle » en cadmium ou en bore qui ont pour fonction de contrôler le flux de neutrons chargé de bombarder l’uranium 235. Mais si la réaction en chaîne devient incontrôlée, alors là tout dérape… ;
  • enfin, cette explosion au niveau microscopique produit de l’énergie, sous forme de chaleur. Dans un réacteur nucléaire dit à eau pressurisée, la chaleur dégagée permet de chauffer de l’eau, la vapeur ainsi créée faisant tourner une turbine qui produit de l’électricité.

   fusuin-nucleaire-3.png

Le réacteur nucléaire contient donc des « combustibles » à base d’uranium naturel ou enrichi. Comme tout combustible, il doit être changé une fois « usé » : le combustible usé comprend des produits de fission et des transuraniens (c’est-à-dire des éléments plus lourds que l’uranium), dont le plutonium, qui présente une radiotoxicité très élevée.
  
Les produits de fission constituent les fameux « déchets nucléaires ». Fortement radioactifs, ils ont une demi-vie (c’est-à-dire que, durant cette période, leur radioactivité diminue de moitié) qui peut être extrêmement longue : 11 ans pour le krypton 85, 28 ans pour le strontium 90, 30 ans pour le césium 137… mais 3 millions d’années pour le césium 135… et jusqu’à 18 millions d’années pour le palladium 107.
  
En d’autres termes, pour que la dangerosité liée à la radioactivité du césium 135 diminue de moitié, il faut attendre 3 millions d’années ; pour qu’elle diminue de 75 %, 6 millions d’années… puis 9 millions d’années pour qu’elle ait diminué de 87 ou 88 %…
  
En France, la plus grande partie du combustible nucléaire usé est retraité afin de pouvoir à nouveau être utilisé comme combustible nucléaire. Mais cette opération de retraitement génère également d’autres « déchets » radioactifs que l’on vitrifie afin de les stocker… pendant plusieurs centaines de milliers d’années.

carte-stockage-dechets-nucleaires.jpgLes stocker où ? Un peu partout en fait : en France, sur le site de La Hague mais aussi dans l’Aube, à Soulaines-Dhuy… et dans des dizaines d’autres endroits (voir carte). Ne sachant trop que faire des déchets qui resteront radioactifs pendant plusieurs centaines de siècles, on envisage de les enterrer en « couche géologique profonde », à plusieurs centaines de mètres sous terre.

  
En sortir, pourquoi ?
  
Voilà – très schématiquement – pour la théorie. La technique paraît fort séduisante en apparence. Alors, pourquoi vouloir « sortir du nucléaire » ?
  
Pour une raison fort simple : parce que nous allons en mourir – nous ou, plus probablement, nos descendants – et que cette probabilité ne fera qu’augmenter avec le temps. Dans un précédent billet (voir Le bout de l’impasse), j’avais écrit que « Parier sur l’énergie nucléaire comme “énergie du futur” et envisager son extension, c’est jouer à la roulette russe avec sept balles dans le barillet. C’est non seulement la fin assurée de toute civilisation mais aussi… la mise en place d’un moyen extrêmement efficace pour supprimer l’espèce humaine de la surface de la Terre ». Détaillons-en les raisons.
  
La première menace, qui peut survenir à tout instant, c’est l’accident nucléaire de type Three Mile Island, Tchernobyl ou Fukushima, c’est-à-dire la perte de contrôle de la réaction en chaîne. Dans ce cas, le réacteur surchauffe, pouvant aller jusqu’à fondre en dégageant une énorme pollution radioactive. C’est ce qui s’est récemment produit à Fukushima où les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 ont fondu, créant des trous dans leurs enceintes de confinement.
  
À cet égard, l’exemple de Tchernobyl est particulièrement instructif. Survenu il y a 25 ans, en 1986, nous disposons maintenant d’un peu de recul pour commencer à en apprécier les effets.
  
Compte tenu des doses de radioactivité libérées lors de l’accident, on peut estimer le nombre de morts supplémentaires par cancer à plus de 450 000 (estimation Radiation Effect Research Foundation), le chiffre pouvant être triplé si l’on considère plutôt les estimations de trois scientifiques américains ayant étudié la mortalité à l’usine nucléaire de Hanford. Attention ! Ce nombre ne comprend que la population qui était en vie au moment de la catastrophe.
  
À ces morts supplémentaires par cancer vont s’ajouter les décès prématurés de personnes nées depuis la catastrophe et vivant dans des lieux contaminés par celle-ci (qui peuvent se trouver parfois à plusieurs centaines de kilomètres de Tchernobyl ; voir carte). Compte tenu d’une irradiation des sols et des eaux très supérieure à la normale, elles développeront prématurément des cancers.

radiation-from-chernobyl.jpg  
À ces morts prématurées s’ajoutent les anomalies génétiques. Nombre d’enfants n’y survivent pas mais les photographies de ceux qui en réchappent montrent clairement les ravages et horreurs de la contamination nucléaire (voir notamment l’excellent reportage de Paul Fusco, Chernobyl Legacy ; cliquez sur play après les images d’introduction ; attention, âmes sensibles s’abstenir).
  
Pour clore le tableau, rappelons que les coûts engendrés par cette catastrophe ne diminuent pas avec le temps, bien au contraire. La zone d’exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale devra être bouclée et surveillée pendant plus de 200 siècles, le nombre de malades liés à la contamination ne diminue pas, le « sarcophage » construit sur les réacteurs donne déjà de sérieux signes de faiblesse : il faut en construire un nouveau, pour plus d’un milliard d’euros, qui ne durera guère plus d’un siècle… En résumé, la région est et restera un lieu de désolation et de mort pendant plusieurs dizaines de millénaires.
  
À cette première menace que constitue l’accident nucléaire s’en ajoute une seconde, moins spectaculaire mais tout aussi létale car sa dangerosité est en augmentation constante et va perdurer plusieurs centaines de siècles : l’accumulation de déchets radioactifs dont la quantité ne cesse de croître alors que leur toxicité se compte au mieux en dizaines d’années, plus fréquemment en dizaines de millénaires.
  
Nous nous trouvons donc pris « en sandwich » entre deux menaces conjuguées dont la probabilité de réalisation augmente chaque jour : d’une part celle de l’accident dans une centrale nucléaire (imaginez un instant un accident de ce type à Flamanville, dans la Manche, à Paluel, au nord du Havre, ou à Chinon, au bord de la Loire, avec des vents d’ouest dominants), d’autre part l’accumulation croissante de déchets mortels.
  
C’est en effet une caractéristique majeure de ce qu’il faut bien appeler la menace du nucléaire civil : au fur et à mesure des années, les risques vont constamment augmenter. Plus de centrales plus longtemps en activité signifie à la fois plus de risques d’accidents et plus de déchets radiotoxiques créés…
  
On comprend mieux pourquoi, en enclenchant cette spirale infernale, nous avons mis en place une technologie pour « flinguer » de façon définitive l’espèce humaine.
  
À ce stade, est-il possible d’en sortir et, dans l’affirmative, comment ? Quelles sont les « objections et questions » traditionnellement adressées aux partisans d’une sortie du nucléaire ? Si l’on est convaincu de la gravité du danger que représentent les centrales nucléaires, quelles réponses apporter aux objections « pro-nucléaire » ? C’est ce que nous examinerons dans le prochain billet.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

 

http://lalettredulundi.fr/2011/06/25/quatre-priorites-pour-2012-2/

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