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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 05:23

 

 

NATURE ET FONCTIONNEMENT D'UNE MACHINE À BROYER LES PEUPLES

Contrairement à la vieille rengaine, l'Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l'être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d'imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.

 

L’Europe, l’amie des tout-petits

par Collectif

 

Les livres scolaires, les contes pour enfants, les téléfilms et séries à l’eau de rose, les prêches d’église, les bandes dessinées, les publicités de toute sorte, les jeux éducatifs, constituent un milieu naturel idéal pour la propagation de l’Idéologie Européenne.

 

Exemple de cette production à l’usage des tout petits :

 

Tom est un charmant gamin qui habite Merlin-Ville. Il aime bien la nature et se promener avec Lila, son renard apprivoisé. Un jour qu’il surprend Basile, un vieil apiculteur de la vallée, en train de démolir un barrage de castors qui inonde son champ, il l’emmène découvrir les richesses faunistiques et floristique de son terroir pour éviter la destruction. À force de découvertes naturelles époustouflantes, il arrive à vaincre l’attitude réservée et ronchonne du vieil homme. Mais voilà, au cours de cette promenade, les deux compagnons rencontrent une série de caisses en bois bien mystérieuses…

 

Le livre illustré pour enfant édité par la Commission européenne va faire durer le suspense encore quelques pages. Il va en effet falloir attendre le lendemain matin pour que le maire rende visite à Tom à son levé pour lui expliquer la chose.

Passant sa main dans les cheveux du petit, l’édile le rassure :

- Merci de m’avoir fait appeler, Tom ! Oui, notre vallée est belle ! Nous en sommes fiers ! Avec beaucoup d’autres lieux, notre vallée fait partie du réseau Natura 2000 !

Mais les caisses me direz-vous, en cœur avec Tom pour qui les initiatives bienfaisantes de l’Union Européenne sont inconnues ?

Et bien c’est très simple, elles contiennent des panneaux avertissant les automobilistes qu’ils sont dans un site dont il faut respecter la beauté et la diversité. Pourtant, une caisse plus lourde que les autres intrigue encore notre héros en herbe et son compagnon.

Pas de souci, « Le Maire fait sauter le couvercle de la caisse.

Une pierre gravée ! s’exclame Tom.

Le Maire lit l’inscription : ‘Toi qui passes près de cette grotte, respecte les chauves-souris. C’est ici qu’elles se reposent. Elles sont nos amies. Elles nous aident à réguler la population de certains insectes qui peuvent nuire aux fruits... »

 

Et tout ça grâce à qui ?

 

Dans un autre livre, l’Union Européenne arrive à la rescousse pour sauver les hirondelles que Tom aime tant. Tout cela grâce à un plan de sauvetage des marais où « les hommes préfèrent construire des maisons ou des autoroutes ou des plaines de jeu... ».

L’Europe est décidément l’amie des enfants et des oiseaux.

 

Europe, une grande famille composée de braves gens

 

Pour les moins de 10 ans, l’initiation à l’attitude euro-constructive peut prendre un tour moins ludique, plus documentaire.

Dans un livret de 2006 intitulé « A la découverte de l’Europe » [1], on peut voyager pendant 50 pages dans l’histoire et dans l’espace européens et mieux comprendre « pourquoi nous nous unissons tous aujourd’hui ». On peut ainsi lire, après une histoire de l’Europe qui remonte jusqu’à ... l’âge de pierre :

« Nous, les Européens, venons de nombreux pays différents. […] nous avons bien des raisons pour considérer que nous faisons tous partie d’une grande famille et que nous devrions nous rassembler. »

 

Découvrons ces raisons en même temps que nos jeunes lecteurs :

« Nous partageons ce continent depuis des milliers d’années »

Une tautologie qu’on ne saurait nier. Mais oublions les immigrés.

« Nos langues sont souvent proches les unes des autres » Et tant pis pour le hongrois, le finnois et l’estonien (sans parler du basque).

« Dans chaque pays d’Europe, beaucoup de gens sont les descendants de personnes d’autres pays Européens ». Et tant pis pour la réalité des courants migratoires et les millions de résidents européens originaires d’Afrique et d’Asie.

« Nos traditions, nos coutumes et nos festivals ont souvent les mêmes origines » Vague écho d’un mythe commun indo-européen qu’il n’est pas bon de creuser.

« Nous apprécions et partageons une vaste culture commune, accumulée au cours de siècles d’histoire, créée par des artistes et des penseurs éparpillés dans toute l’Europe et comprenant de magnifiques morceaux de musique, des très belles œuvres d’art, de nombreux récits et pièces de théâtre, etc. » Alors qu’avec l’espace méditerranéen, on ne partage que le son de la canonnière…

« Presque tous les Européens défendent des valeurs et des idées comme le fair-play, les rapports de bon voisinage, la liberté d’opinion, le respect mutuel et l’aide aux personnes dans le besoin »

Il est vrai que le « fair-play » sied mieux à la « concurrence libre et non faussée » que « l’égalité ». Il faudra aussi parler des rapports de bon voisinage à la Russie contre qui on installe des bases de missiles à l’est de l’Union Européenne.

 

Mais voilà, comme dans toute famille, il y en a qui renâclent devant les grandes réunions, en particulier les membres orientaux de cette grande famille :

« Les dirigeants des pays de l’Est croyaient en un système de gouvernement appelé ‘communisme’, qui accordait peu de liberté aux gens. En raison de ce type de gouvernement, ces pays étaient pauvres par rapport aux pays de l’Europe occidentale. » Heureusement, après 1989, « les gens des pays de l’Est ont élu de nouveaux gouvernements qui se sont débarrassés de l’ancien système communiste et de sa rigidité. Ils étaient enfin libres ! Cela a été un moment de fête magnifique ».

 Le 1er mai 2004, lors de l’élargissement, c’est donc une nouvelle fête qui commence :

« Les gens étaient particulièrement heureux, car il s’agissait d’une véritable ‘réunion de famille’, rassemblant enfin les pays d’Europe orientale et occidentale. » Le discours utilisé dans ce dernier extrait est, pour le coup, à peine plus infantilisant que l’interprétation qui en est faite dans les médias.

Et encore, nous n’avons toujours pas franchi le seuil du tolérable. Cette même brochure présente aux enfants les politiques de l’Union Européenne, groupées en quelques grands thèmes.

Sous la rubrique « La liberté ! », seule la liberté de circuler, d’habiter et de travailler à l’étranger est présentée. Sous la rubrique « l’Euro », les jeunes élèves sont déjà préparés à la résignation en faveur des politiques de restriction et de régression sociales menées au nom de la construction européenne car « il a fallu travailler dur et faire preuve d’organisation pendant neuf ans pour introduire l’euro ».

 

Dites m’sieur c’est quoi, en fait, l’Union européenne ?

 

Question bien naïve que posent deux jeunes adolescents fictifs, Alex et Sophie, dans une brochure de 2006 destinée aux 10-13 ans [2]. Mais pas de problème, Marc le bibliothécaire va leur répondre :

Après la Seconde Guerre Mondiale, toute l’Europe était à ramasser à la petite cuillère […] En 1945, tout le monde pensait qu’il fallait arrêter ces guerres. La France et l’Allemagne devaient arrêter d’être ennemies. Mais comment y arriver ? Robert Schuman, le Ministre français des Affaires Etrangères proposait une idée simple mais géniale. Il invitait, le 9 mai 1950, l’Allemagne à mettre sur pied avec la France une sorte de “club” au sein duquel ils pourraient collaborer. Cette collaboration était prévue pour le charbon et l’acier. Pourquoi ? C’est très simple : on a besoin de charbon et d’acier pour faire des armes. Et à partir du moment où la France et l’Allemagne ne pouvaient plus produire des armes individuellement, elles ne pouvaient plus non plus se battre l’une contre l’autre. Malin ce Schuman, non ?

Pensez donc si c’est malin ! Et pour cause, la collaboration entre la France et l’Allemagne pour rétablir la paix, on y avait déjà pensé avant 1945. Il suffisait juste d’un peu de volonté politique de part et d’autre [3].

Et la preuve, continue Marc ,

« Ça se passait tellement bien pour la CECA que les 6 pays pensaient : pourquoi nous limiter au charbon et à l’acier ? Ne ferions-nous pas mieux de collaborer à tous les niveaux économiques (autrement dit, pour tout ce qui tourne autour du commerce) ? Et bien sûr que c’était possible ! C’est comme cela qu’est née, en 1957, la CEE. »

 

Devant tant de réussites, Alex demande, incrédule, « La CEE était donc un tel succès ? »

Ce vieux partisan de la collaboration européenne qu’est Marc ne se laisse pas désarçonner et reprend de plus belle :

« Certainement, les 6 pays de la CEE développaient le commerce entre eux et devenaient de plus en plus prospères. La famine et la misère de la guerre étaient oubliées. C’était vraiment la paix en Europe»

Comment ne pas être enthousiasmé devant tant de réalisations épatantes. Pour les collégiens, l’Europe ça n’est plus « leur amie » mais la formule magique qui règle tous les problèmes ! Des petits soucis dans la vie quotidienne, un sentiment d’injustice devant des « problèmes sociaux » dont on commence à prendre de conscience, pas de problème !

 

L’Europe est là qui s’occupe de tout. Il n’y a pas de conflits, il n’y a que des solutions.

 

Que ce soit Isabelle l’agricultrice (« comme tout le monde devait pouvoir acheter de la nourriture, “l’Europe” veillait à ce que son prix dans les magasins soit raisonnable. Ainsi, tout le monde était content. »), Luc le chauffeur de bus (« En janvier 1993. Nous avons alors pu traverser simplement toutes les frontières des pays de l’UE. C’en était terminé de ces attentes interminables et des pertes de temps »), Tiffany la vendeuse de souvenirs (« Nos fournisseurs disent que l’euro les aide bien dans leur entreprise (…) C’est plus simple pour eux. Ils ont aussi un grand marché pour faire leurs affaires »), Théo le garde forestier (« L’Union européenne se préoccupe beaucoup de l’écologie. C’est logique (…) Nous devons faire ça tous ensemble »), Guy l’agent de police (« Les malfaiteurs agissent maintenant à travers toute l’Europe. La police aussi, je vous le dis ! ») ou Michel le journaliste (« L’UE est sensible à la misère dans le monde. »), tous les adultes responsables assurent à nos deux néophytes de l’eurobéatitude que l’Europe, ça « change la vie dans le bon sens ».

Notes

[1] Nous trouvons ce livret ainsi qu’un certain nombre d’autres documents de « communication » sur le site officiel http://www.europa.eu.int/comm/publi...

[2] « L’Europe mon foyer », Une édition de la Représentation en Belgique de la Commission européenne, 2006 (8e édition)

[3] Pour rendre honneur à Schuman, soulignons qu’il n’a pas utilisé lui-même le terme de « collaboration », même s’il a voté dans un premier temps les pleins pouvoir au Maréchal Pétain et qu’il faisait parti de son gouvernement depuis la défaite.

 

Pour citer cet article, merci d'utiliser ces indications:
Collectif, L’Europe, l’amie des tout-petits, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr)
http://www.ideologie-europeenne.fr/L-Europe-l-amie-des-tout-petits.h

 

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-l-europe-racontee-de-la-maternelle-a-la-communale-58900408.html

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