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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 01:56

L’utilité (politique) de la vidéosurveillance

Par Laurent Mucchielli| 10 août 2011
 

Mettre des caméras dans tous les coins de la ville, ça ne sert à rien. Si ce n’est à soigner son image auprès des électeurs. Le sociologue Laurent Mucchielli s’interroge sur ce qui pousse de plus en plus d’élus locaux, de droite comme de gauche, à se laisser tenter par la vidéosurveillance.


Les études scientifiques démontrent à la fois le peu d’efficacité et le coût exorbitant de la vidéosurveillance. Et pourtant les communes – grandes ou petites – continuent às’équiper de plus en plus. Comportement irrationnel des élus ? Du point de vue de la performance du dispositif, c’est évident. Mais l’effet de mode et les attitudes conformistes ne suffisent pas à expliquer que cela se développe à ce point.

D’autres formes de rationalité sont à l’oeuvre. Il faut donc inverser la question et se demander quelles « bonnes raisons » ont les élus locaux d’agir ainsi. On comprend alors assez vite que la vidéosurveillance, ça sert aussi, et parfois même avant tout, à faire de la politique auprès de ses électeurs.

Sachant que le mythe du progrès par la technologie est très répandu et que les élus et leurs services techniques ne sont généralement pas informés de l’existence des critiques scientifiques de la vidéosurveillance, on ne voit pas pourquoi ils y résisteraient. En réalité, deux constats les poussent même fortement à adhérer au dispositif et à le retourner à leur avantage (politique).

Pourquoi résister  ?

Premièrement, il s’agit quasiment d’une injonction de l’Etat qui exerce une très forte pression sur les élus locaux par le biais des préfets bien sûr, mais aussi de la hiérarchie policière et gendarmique sommée en quelque sorte de se transformer en représentant de commerce des marchands de caméras.

Ainsi, par exemple, un article du journal Sud Ouest (le 16 octobre 2010) nous apprend que, l’avant-veille, lors de la séance inaugurale du Conseil intercommunal de sécurité et de prévention de la délinquance de Saint- André-de-Cubzac (commune de 9 000 habitants en Gironde), le sous-préfet a réclamé l’installation de la vidéosurveillance, soutenu par le (nouveau) capitaine de gendarmerie.

Le maire (PS) résiste toutefois, persuadé qu’il est (et il a raison) qu’il vaut mieux « renforcer les moyens humains et embaucher un nouveau garde champêtre ». Beaucoup d’autres n’ont pas résisté, même lorsqu’ils partagent l’analyse.

Deuxièmement, malgré les critiques des associations de défense des libertés publiques, la vidéosurveillance est pour le moment acceptée par la majorité de la population. La plupart des gens y sont assez indifférents, une minorité (à fort sentiment d’insécurité) la soutient même activement (les commerçants, les personnes âgées). Pourquoi donc s’y opposer ? Pourquoi, même, ne pas en profiter, récupérer l’idée à son avantage et s’en servir activement auprès de ses électeurs ? C’est ce que les maires sont de plus en plus nombreux à faire.

Faits divers

La vidéosurveillance sert en effet à faire de la politique auprès de ses électeurs. Pour ne fâcher personne, nous prendrons un exemple dans chaque bord politique.

A gauche d’abord. La ville de Montpellier est équipée depuis dix ans de la vidéosurveillance. En 2009, elle comptait 114 caméras, essentiellement dans le centre-ville et dans le quartier de la Mosson où se trouve son grand stade de football. Madame le maire (Hélène Mandroux, socialiste, qui a succédé à Georges Frêche) compte-t-elle développer encore le système ? La tentation de l’usage politique pourrait l’en décider.

On le comprend en lisant le communiqué de presse de la mairie publié le 30 septembre qui dit ceci : « En marge de son déplacement dans le quartier Hôpitaux-Facultés, Hélène Mandroux a rencontré aujourd’hui, en tête-à-tête, Annick Neumuller, la mère de Ludmilla, assassinée cet été dans le bureau de tabac de la rue des Tilleuls. A l’occasion de cette visite, les commerçants du centre commercial La Colombière lui ont également remis une copie de la lettre adressée à la Mairie. Hélène Mandroux les a informés que la Ville mettait à l’étude l’installation d’une caméra dans ce quartier dans le cadre du déploiement de la vidéosurveillance à Montpellier. » Mettra t-on une caméra dans chaque lieu de survenance d’un dramatique fait divers médiatisé ?

A droite maintenant, où certains semblent prêts à tout pour tirer parti de la mode actuelle. Jugez plutôt. Située à une vingtaine de kilomètres au nord de Lyon et au sud de Villefranche-sur- Saône, voici la commune de Chazay d’Azergues, 4 000 habitants, paisible gros village de la région du Beaujolais des Pierres dorées.

Jusqu’au ridicule

Le magazine Lyon Capitale et le site internet Rue 89 nous apprennent le premier octobre 2010 que le maire, Alain Martinet (UMP), y a fait installer 37 caméras de vidéosurveillance. Avec un taux qui approche donc 1 caméra pour 100 habitants, Chazay d’Azergues se trouve ainsi être désormais la commune la plus vidéosurveillée de France. Rien ne doit échapper à l’oeil des caméras selon le maire, pas même l’école primaire (6 caméras), ni l’école maternelle (3 caméras) ni même la crèche que surveillent 6 caméras !

Le système se trouve ainsi poussé jusqu’à la caricature et au ridicule. Or pourquoi une telle aberration, sinon parce que ce maire pense que ses électeurs lui en seront reconnaissants et que c’est donc une bonne opération politique pour lui ?

 

 

http://www.regards.fr/societe/l-utilite-politique-de-la

 

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L’utilité (politique) de la vidéosurveillance

Mettre des caméras dans tous les coins de la ville, ça ne sert à rien. Si ce n’est à soigner son image auprès des électeurs.

Le sociologue Laurent Mucchielli s’interroge sur ce qui pousse de plus en plus d’élus locaux, de droite comme de gauche, à se laisser tenter par la vidéosurveillance.

 [Article complet : regards.fr]

(Article référencé sur le site "Les mots ont un sens")

 

 

Note d'eva :

 

Et pour mieux faire passer la pilule, les communiquants ont débaptisé la vidéo-surveillance : C'est désormais de la vidéo-protection ! De qui se moque-t-on ? eva R-sistons

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