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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 18:48
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Infochina.be est un site qui veut apporter une information nuancée sur le développement de la Chine. Le site s’occupe également de voir comment le monde change à la suite de la croissance de la Chine.
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La révolte économique du tiers monde

Après cinq siècles d’esclavage et de colonialisme, la collaboration entre la Chine et l’Afrique apporte enfin au continent noir une perspective de développement. Les relations entre la Chine et des dizaines de pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique éloignent de plus en plus le centre de gravité de l’économie mondiale des pays capitalistes. Telles étaient les thèses centrales du discours de Peter Franssen, éditeur d’Infochina, lors d’un colloque organisé à Bruxelles par six organisations, dont les deux syndicats belges. Vous pourrez lire le discours ci-dessous.

Les organisateurs de la journée d’étude intitulée « Entre la Chine et l’Afrique, que se passe-t-il réellement ? » étaient la CSC, la FGTB, 11.11.11, intal, l’Inem et Gresea. Les conférenciers étaient Mme le professeur Deborah Brautigam (American University), M. le professeur Stefaan Marysse (Université d’Anvers), M. Yenga Mabolia (coordinateur au ministère congolais des Mines), M. Carlos Polenus (conseiller spécial pour la Chine à la Confédération syndicale internationale), M. Paul Fortin (ancien directeur de gestion de Gécamines) et M. Peter Franssen, éditeur de ce site. Voici le discours de ce dernier.

Bonjour,

Une fois que Laurent Désiré Kabila eut chassé le dictateur congolais Mobutu, il entreprit en 1997 son premier voyage en dehors du continent africain. Il ne se rendit pas à Bruxelles, à Paris ou à Washington – la chose était attendue là-bas comme une évidence et un signe d’humilité –, mais en République populaire de Chine.

Il y était déjà allé plus tôt, en 1966-1967, quand il avait reçu une formation à l’académie politique et militaire de Nanjing, dans la province de Jiangsu, et ce, en compagnie du chef de la résistance Pierre Mulele et de son futur chef d’état-major Léonard Mitudidi. En 1997, il était de retour à Nanjing et écrivait dans le livre d’or de l’académie : « Il est bon de se retrouver à l’académie qui nous a préparés à notre lutte révolutionnaire et à notre victoire. La Chine a fourni une contribution si importante à la libération de notre peuple congolais. »

En 1997, Kabila parcourt la Chine une semaine durant. Il emmène avec lui une dizaine de ministres. C’est dire à quel point lui-même et le gouvernement chinois trouvent ce voyage important. De retour au Congo, Kabila dresse le bilan. Il écrit : « Nous avons visité un pays qui, de ses propres forces, émerge rapidement du sous-développement. Nous choisissons par conséquent la République populaire chinoise comme exemple et modèle. Congolais et Chinois travailleront côte à côte à leur développement commun. Nous le faisons parce que la Chine collabore toujours sur un pied d’égalité. »

L’histoire du Congo est une pièce à conviction prouvant que la collaboration sur un pied d’égalité avec les pays impérialistes occidentaux est une chose absolument inconcevable. À cette époque, Kabila se rend compte que ce genre de collaboration est toutefois possible avec la Chine. Les deux pays ont un passé similaire d’oppression et de colonialisme.

Que les deux pays peuvent collaborer sur un pied d’égalité, voilà qui apparaît immédiatement. Kabila revient de Chine avec des prêts à bon marché pour une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars ainsi qu’avec toute une série de contrats de collaboration sur le plan de l’infrastructure et de l’économie. Beijing promet également de contribuer à la réalisation du Plan national de reconstruction. Un premier accord en ce sens concerne la construction d’autoroutes dans onze provinces. Un deuxième accord porte sur l’amélioration de l’agriculture congolaise. À propos de ces contrats, Laurent Kabila dit ceci : « Ces accords ont une caractéristique commune : aucun n’impose de conditions à notre pays, comme c’est la coutume dans les contrats avec l’Occident. »

Ce qui est vrai pour le Congo l’est aussi pour de nombreux pays africains. Chaque fois, la Chine met en exergue le principe de non-ingérence et de l’avantage mutuel. C’est pourquoi le président sud-africain Mbeki disait en 2007 déjà : « L’espoir de l’Afrique se situe sur la place de la Paix céleste à Beijing. » Aujourd’hui, son successeur Zuma déclare : « Dans les relations entre la Chine et les pays africains, il n’est plus question de colonialisme. Ce sont de tout autres relations que celles que l’Afrique a toujours connues. (…) Faisons donc des affaires ! »

Faisons des affaires signifie : à l’avantage des deux partenaires. On n’y retrouve aucunement la relation entre celui qui dispense l’aide et celui qui la reçoit en se tenant deux marches plus bas et courbé jusqu’au sol, mais bien l’avantage économique tant pour la Chine que pour les pays africains.

Tels sont le but et la ligne de conduite dans les relations entre la Chine et l’Afrique, de même que dans les relations entre la Chine et l’Amérique latine ou encore entre la Chine et les autres pays asiatiques.

La croissance économique très rapide et de longue durée de la Chine rend ces relations plus importantes de jour en jour. Depuis 33 ans, la Chine connaît une croissance annuelle moyenne de 10 %. C’est, pour la même période, une croissance trois fois plus rapide que celle des États-Unis, quatre fois plus rapide que celle de l’Europe et six fois plus rapide que celle du Japon. Cette évolution encore jamais vue dans l’histoire a fait de la Chine le plus important État industriel de la planète. La Chine est également la première sur le plan de l’agriculture. Il n’y a que dans le secteur des services, la troisième composante de l’économie, que les États-Unis sont encore en tête. La croissance économique a également fait de la Chine la première nation commerciale au monde.

Cette évolution n’était et n’est toujours pas possible sans les relations économiques avec des dizaines de pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Ces pays gagnent en premier lieu avec l’importante demande chinoise de matières premières. La Chine achète 40 pour 100 de la production mondiale d’étain, de nickel, de plomb, de zinc, d’aluminium et de cuivre. L’importante demande de la Chine fait grimper les prix de ces matières premières. Les contrats que la Chine conclut en vue de ces achats sont également plus avantageux que les contrats proposés par l’Occident.

Sur d’autres terrains que la vente des matières premières aussi, les pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont gagnants. The Economist – pourtant le porte-parole du gros business anglo-américain, écrit : « L’implication de la Chine en Afrique est à maints égards une bonne affaire pour les deux parties. En échange de pétrole et de minerais, la Chine met sur pied les infrastructures africaines qui ont longtemps été négligées. Grâce à ces infrastructures, l’Afrique possède une perspective de développement. »

Une perspective de développement. C’est l’essence même de la collaboration avec la Chine. Pour la première fois depuis la traite des esclaves, l’Afrique a une perspective de développement. Cela ne veut pas dire que tout baigne, dans cette collaboration. En divers endroits, il existe des situations d’exploitation, d’absence de droits syndicaux, de salaires trop bas, de conditions de travail dangereuses. Les entrepreneurs privés chinois, voire certaines entreprises d’État, ne voient parfois que leur propre profit. Le gouvernement chinois a pris conscience de ces situations déplorables et s’emploie à y remédier. Ainsi, il est occupé à promulguer des lois auxquelles devront se tenir toutes les firmes chinoises à l’étranger.

La traite des esclaves et le capitalisme

Entre-temps, les relations entre la Chine et l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie se développent de façon telle qu’elles éliminent des relations qui sont vieilles déjà de plus de cinq siècles. Je veux parler de la relation de propriétaire d’esclaves à esclave, de colonialiste à colonisé. La relation qui a non seulement organisé un génocide permanent en Afrique, en Amérique latine et en Asie, mais qui a également corrompu et vicié la pensée des peuples de l’Occident même, avec un racisme et un nationalisme tout aussi idiots l’un que l’autre.

Karl Marx disait en son temps : « The hunting of black skins signalized the rosy dawn of the era of capitalist production. » En traduction libre : la chasse aux noirs a annoncé la montée du capitalisme.

Les grandes firmes et holdings européennes sont nées et ont grandi grâce à la traite des esclaves et au colonialisme. L’embarquement forcé des noirs et le pillage de la richesse de l’Afrique ont rapporté le capital grâce auquel la révolution industrielle est sortie de terre et sont nées les grandes sociétés. Le premier centre de la révolution industrielle fut la région du Lancashire, en Angleterre. Sans la proximité du port de Liverpool, le Lancashire n’aurait jamais pu devenir le premier centre industriel d’Europe. Et le port de Liverpool acquit sa puissance et son importance grâce à l’apport et à la vente des esclaves d’Afrique.

Entre 1950 et 1960, les firmes belges actives au Congo versèrent au moins 40 milliards de francs de dividendes. Près de 40 pour 100 de tous les bénéfices des sociétés belges provenaient du Congo. Immédiatement après la seconde Guerre mondiale, quand on établit des listes de toutes les actions et obligations que les Belges avaient en leur possession, il apparut que près de 90 pour 100 des investisseurs avaient des valeurs congolaises dans leur portefeuille.

Et celui dont le portefeuille est plein, sa bouche est pleine d’éloges. Dans toutes ses nuances et tendances, la bourgeoisie occidentale a loué la traite des esclaves, le colonialisme et le néolibéralisme. De même, les dirigeants de la tendance social-démocratique de la bourgeoisie disaient : « Les colonies sont un mal nécessaire – nous devons le reconnaître. Même un futur gouvernement socialiste aura besoin de colonies. Les États modernes ne pourront s’en sortir sans des pays qui leur fourniront des matières premières et des produits tropicaux dont ont besoin leur industrie et l’humanité en général. C’est pourquoi même un État socialiste devra élaborer une politique coloniale. Nous pouvons quand même difficilement abandonner la moitié du globe terrestre aux caprices de peuples qui sont encore infantiles et qui laissent inutilisés et non exploités l’énorme richesse de leur sous-sol et les endroits les plus fertiles au monde. Nous devrons intervenir dans l’intérêt de toute l’humanité. » Ces positions furent défendues lors du Congrès socialiste international d’août 1904 à Amsterdam. Le socialiste belge Terwagne les avait ralliées. Le socialiste hollandais van Kol ajouta que les colons européens ne devaient pas se rendre en Afrique sans être armés : « On ne peut jamais savoir ce que feront les indigènes. Peut-être hachent-ils les Européens en petits morceaux et les dévorent-ils. Non, nous devons y aller les armes à la main afin de nous défendre. »

Apporter la civilisation les armes à la main. Vous aussi, vous avez une impression de déjà vu ? L’Irak, peut-être ? Ou l’Afghanistan… ?

Un terme à cinq siècles de pillage

L’esclavagiste et le colonialiste ne pouvaient exister sans les colonies. Et, aujourd’hui, le capitalisme peut encore moins exister sans l’Afrique, sans l’Amérique latine et sans l’Asie. Que serait le capitalisme en Occident sans l’afflux constant du capital volé et pillé dans le Sud ?

Il suffit de voir le Congo pour connaître la réponse à cette question. Quand Laurent Désiré Kabila eut chassé Mobutu, cela provoqua pas mal d’inquiétude et d’incertitude à Washington, Bruxelles et Paris. Et, en période d’inquiétude et d’incertitude, on dit encore bien à haute voix ce qu’on pense tout bas. Ainsi donc, l’envoyé spécial américain pour le Congo, Bill Richardson, déclara alors : « Le Congo est d’une très grande importance pour les États-Unis. Le pays est situé au cœur de l’Afrique et constitue le pont entre l’Afrique orientale et l’Afrique occidentale. Le Congo dispose de richesses incroyablement importantes. Le pays possède 13 pour 100 de l’hydroélectricité de la planète, 28 pour 100 des réserves de cobalt, 18 pour 100 du diamant industriel, 6 pour 100 du cuivre, la moitié des forêts tropicales de toute l’Afrique. »

Voilà cinq siècles déjà que l’Occident peut piller ces richesses. Il semble que cela touche à sa fin, désormais. Au lieu de ce pillage, on voit maintenant arriver des contrats mutuellement avantageux et la Chine contribue en Afrique à bâtir ces infrastructures si nécessaires pour enfin sortir de la pauvreté.

Le premier partenaire commercial de l’Afrique est désormais la Chine. On peut assister à la même évolution sur les autres continents. Le plus grand et plus important pays de l’Amérique latine est le Brésil. Eh bien, aujourd’hui, le premier partenaire commercial du Brésil est aussi la Chine. En Asie, le 1er janvier de l’an dernier, une association libre-échangiste a été mise en place entre la Chine et l’ASEAN. Association libre-échangiste signifie qu’il n’y a plus de barrières douanières, qu’il n’y a plus d’entraves au commerce mutuel. L’ASEAN est constituée de dix pays du Sud-est de l’Asie et compte 600 millions d’habitants. Ainsi, l’ASEAN plus la Chine forment un marché unifié de 2 milliards d’humains, soit quatre fois plus que l’Union européenne.

La montée de la Chine a occasionné un bond énorme dans la collaboration entre les pays du Sud. Aujourd’hui déjà, le commerce des pays du tiers monde entre eux est tout aussi important que le commerce entre les pays occidentaux et les pays du tiers monde. L’économie des pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie et celle des pays en voie de développement est déjà plus importante aujourd’hui que l’économie des trois métropoles impérialistes – les États-Unis, l’Europe et le Japon – mises ensemble. Cela veut dire que, pour la première fois depuis la naissance du capitalisme, le cœur de l’économie mondiale quitte les pays capitalistes.

En 1917, avec la révolution en Russie, le capitalisme mondial a dû subir une lourde défaite.

En 1949, avec la révolution en Chine, une seconde défaite a suivi.

Chaque fois, le capitalisme a perdu dans ses maillons les plus faibles, ceux sur lesquels il avait de moins en moins de contrôle. Aujourd’hui, la même chose se passe dans de très nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine : le capitalisme de Washington, de Londres, de Paris, de Berlin et de Bruxelles perd son emprise et son contrôle sur ces pays.

Et on voit comment ces pays collaborent de plus en plus et de façon de plus en plus étroite afin de renforcer leur développement commun, indépendamment de l’Occident. Pour la première fois dans l’histoire, les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine s’unissent à une telle échelle et sur base d’un avantage économique mutuel. Pour la première fois, on assiste à une résistance économique, à une révolte économique des pays qui ont été colonisés pendant des siècles.

Le BRICS, par exemple. C’est-à-dire le lien de collaboration économique, financier, diplomatique et politique entre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Ensemble, ces pays représentent 41 pour 100 de la population mondiale.

L’Afrique se porte bien de cette collaboration. Même le Financial Times, le journal du capital financier britannique, écrit : « L’engagement commercial complexe de la Chine dans de nombreux pays africains coïncide avec des efforts similaires du Brésil, de l’Inde et de la Russie et peut modifier la destinée économique de tout le continent africain. En même temps que l’engagement du Brésil, de la Russie et de l’Inde, l’engagement de la Chine peut mettre un terme à la marginalité de l’Afrique par rapport à l’économie mondiale. »

C’est sur ces jolies paroles du Financial Times que je conclurai.

Merci.

 

http://www.infochina.be/fr/content/la-r%C3%A9volte-%C3%A9conomique-du-tiers-monde

 

 

 

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Published by Eva R-sistons - dans Luttes d'influences
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