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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 03:59

Les co-auteurs du Manifeste d’économistes atterrés (Editions Les liens qui libèrent) étaient au micro de Daniel Mermet pour l’émission Là-bas si j’y suis du 16 novembre dernier sur France Inter. Leur salutaire remise à l’heure des pendules vaut largement un retour : « Nous sommes dans un climat de politique économique où l’accent est mis de façon très forte sur la question de la rigueur. On voit la rigueur qui se diffuse dans toute l’Europe et nous étions atterrés d’observer un tel consensus . (…) Il semble qu’on ait oublié d’un seul coup la leçon de l’entre-deux-guerres, qui était ces politiques déflationnistes qui se sont succédé en Europe (Laval, en Allemagne, etc.) et qui ont conduit à un chômage massif. (…) D’un seul coup, c’est redevenu semble-t-il l’alpha et l’oméga de l’économie aujourd’hui : tout le monde est axé sur le déficit budgétaire, des politiques de rigueur, et ce que nous ont montré les leçons de l’histoire et de la théorie économique, c’est que ce n’est pas bon et que ça conduit à un chômage encore plus grand et à des difficultés encore plus grandes. (…) Si tout le monde fait ça, ça va plonger l’économie européenne, l’économie mondiale dans la récession et finalement, on ne va pas améliorer beaucoup les finances publiques, ça ne va pas rassurer les marchés parce qu’on va avoir une récession qui va se prolonger, donc du point de vue économique c’est stupide. Et puis du point de vue social, ça veut dire qu’on va dire aux gens : « désolé, on n’a plus d’argent, on a donné tout l’argent pour sauver le système bancaire et financier, donc il va falloir diminuer le montant des retraites… » Dans certains pays, on baisse les allocations familiales, en Allemagne, on baisse le montant du revenu minimum [en Irlande aussi, NdA], partout, on prend des mesures où on diminue les services publics, la protection sociale… », résume l’économiste André Orléans, directeur de recherche au CNRS.


Son confrère Thomas Coutrot, exerçant au sein de la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares, dépendant du ministère du Travail) et co-président d’Attac, enfonce le clou : « L’opinion gouvernementale, les relations inter-étatiques se sont centrées sur cette question du déficit budgétaire qu’il fallait d’un seul coup absolument équilibrer et on a comme vous le dîtes en quelque sorte perdu la mémoire des dysfonctionnements financiers qui étaient à sa source. (…) On sait que l’Etat ne peut pas laisser les grandes banques faire faillite et donc, les actionnaires sont gagnants à tous les coups : ils laissent les managers prendre des risques maximum, parce que ça leur permet d’engranger des bénéfices maximum pendant toute la période de boum et ensuite, quand il y a un krach, eh bien l’Etat passe derrière et socialise les pertes. C’est ce qu’il vient de se passer, on est même dedans. BNP Paribas et Société générale viennent de publier des résultats faramineux pour le premier semestre 2010, alors qu’il y a encore quelques mois, on se demandait si ces banques allaient survivre. Qu’est-ce qui s’est passé ? L’Etat a sauvé le système, a baissé formidablement les taux d’intérêts - les banques se sont bien gardées de baisser les taux d’intérêts dans les mêmes proportions – et aujourd’hui elles affichent des résultats fantastiques pour leurs actionnaires, pour leurs traders, alors qu’on est en train de réformer les retraites pour baisser les dépenses publiques. » (…)

Faire payer les réductions d’impôts aux dépenses sociales

« Ce qui est très paradoxal aujourd’hui, poursuit Thomas Coutrot, c’est qu’on nous parle de réformer le traité de Lisbonne pour introduire une surveillance budgétaire beaucoup plus forte sur les Etats, comme si l’origine de la crise, c’était un excès de dépense publique. Or c’est un diagnostic que nous réfutons complètement ! Les dépenses publiques en Europe ont eu tendance à diminuer en proportion du PIB depuis le début des années 2000. (…) La crise ne vient absolument pas des dépenses publiques. La crise vient, comme on l’a expliqué, de l’instabilité financière, de la dérégulation financière et de la montée de l’endettement. Et les déficits viennent pour une bonne part des réductions d’impôts sur les catégories les plus aisées et sur les entreprises. On donne un chiffre mais qui n’est pas le nôtre, qui est celui de Monsieur Carrez, qui est député de l’UMP rapporteur du budget, qui a expliqué dans un rapport récent que les baisses d’impôts et de cotisations depuis le début des années 2000 coûtaient chaque année 100 milliards d’euros au budget de l’Etat*. C’est pas nous qui le disons, c’est le rapporteur du budget UMP. Donc on peut dire qu’il y a eu une orgie, mais pas une orgie de dépenses sociales, une orgie de réductions d’impôts qui a contribué de façon massive à déséquilibrer le budget. Et aujourd’hui on veut faire payer ces réductions d’impôts aux budgets sociaux, en réduisant les dépenses sociales. Il y a là quelque chose qui est proprement atterrant d’un point de vue économique et social. »

Après cette édifiante mise au point, on a envie de gifler tout mouton bêlant le refrain de la pensée unique économique qui appelle à la baisse de la dépense publique. Comme en entendant par exemple, diffusée durant l’émission en guise d’illustration, cette intervention de la présidente du Medef, Laurence Parisot : « Ce qui est prioritaire, c’est de continuer le travail de désendettement et de réduction des déficits publics. C’est absolument fondamental et si nous aggravons nos déficits et notre dette, si nous ne sommes pas capables de freiner ce cheval qui est emballé, les questions sociales seront encore plus dramatiques. » Quel « cheval emballé », celui des réductions d’impôts, Tartuffe ? « Dramatique », dit-elle, mais pas pour tout le monde : 50 milliards de profits en 2009 pour les entreprises du Cac 40… Ironie de la chose, collé au programme de Mermet sur le podcast suit le journal de 16 heures de France Inter, qui s’ouvre sur ce titre : « François Fillon dévoile quelques éléments de sa feuille de route, « la lutte contre les déficits est la priorité absolue du gouvernement français », vient de dire le Premier ministre à l’Assemblée nationale. [forcément, si le Medef le réclame... NdA] Devant les députés, il a promis un gouvernement de combat contre l’endettement, le chômage, les injustices et l’insécurité. » Contre les injustices, ose-t-il ! Parce que ce n’est pas injuste de baisser les dépenses sociales pour compenser les cadeaux aux contribuables fortunés, aux grosses entreprises et aux banquiers ? Mais qu’ils s’en aillent tous !

*Jacques Généreux, l’économiste du Parti de gauche, citait déjà ce chiffre pour dénoncer l’imposture de la soi-disant inéluctabilité de la contre-réforme des retraites.

http://www.plumedepresse.net/la-criminelle-aberration-economique-et-sociale-des-politiques-europeennes-dausterite/

 

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Par Olivier Bonnet, le 28 novembre 2010

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