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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 01:08

http://www.rougemidi.org/IMG/jpg/crise_tout_va_bien.jpg

 

http://www.rougemidi.org/IMG/jpg/crise_tout_va_bien.jpg

 

 

La crise, et donc ?

Ou comment il n'est pas nécessaire de dire que tout va mal

pour aller mieux.

 

 

 

 

Mais d'abord, crise, ça veut dire quoi ?

 

La plupart des définitions s'accordent sur un sens général du mot « crise » qui est d'être une perte d'équilibre, un moment de changement appelant une décision (du grec krisis, décision, jugement), une période de rupture qui va déboucher sur un nouvel ordre des choses, un nouvel état, ou un retour à un état dit « normal », habituel, en tout cas un retour à la stabilité. En médecine, par exemple, une crise (du latin crisis, manifestation grave d'une maladie) est la manifestation d'un désordre temporaire qui va évoluer, en bien ou en mal : soit on retourne à un fonctionnement dit normal, ou stable, reconnu comme sain, soit on passe à un fonctionnement « malade » qui ne revient pas à son fonctionnement sain, stable. Par exemple : une crise de nerfs, une crise de foie, une crise cardiaque.

 

On nous présente la crise, à travers les médias qui construisent cette vision du monde et la diffusent, et cela fait plus de trente ans que ce discours est tenu presque quotidiennement. Ça fait long, vous ne trouvez pas ? Car, somme toute, s'il s'agit de qualifier la situation dans laquelle sont l'économie de marché, l'emploi, la santé, le budget de la Nation, les institutions politiques, etc... pourquoi parler de « crise » ? Au regard de la définition acceptée (une perte de stabilité), le fait d'invoquer l'idée de crise implique qu'une situation antérieure est dépassée, voire perdue, et appelle à des mesures pour soit rétablir un ordre des choses qui était souhaitable, soit aller vers un nouvel ordre pour résoudre le problème. Et cela ferait plus de trente ans que l'on rame...

 

Il va de soi que focaliser l'attention sur un sujet implique nécessairement de ne pas parler d'autres sujets, de faire des choix. Ces choix ne sont pas faits au hasard. Parler de la « crise » depuis plus de trente ans n'est pas le fruit du hasard.

 

Je pense que ce sentiment de crise est présent dans nos esprits (on en parle en famille, au travail, dans la presse, à la télé) car cette idée est excessivement propagée dans les médias de masse qui sont dirigés et détenus par de riches industriels : Bolloré, Rothschild, Lagardère, Dassault, Bertelsmann, pour ne citer qu'eux. Ensuite, ces médias étant très largement diffusés et écoutés ou lus (on en distribue même gratuitement), leurs idées sont présentes dans cette société, en chacun d'entre nous, et deviennent le thème de débats d'experts, de conversation entre collègues ou d'engueulades en famille. La « crise » suit le même traitement de diffusion massive que la mode ou la dernière star de la musique.

 

De nombreuses personnes qui lisent ou suivent le discours dominant « criticofère » étant affectées par ce discours, ou par les changements dans leur vie dus aux mesures répondant aux besoins des marchés et l'évolution des mœurs, se positionnent sur ces questions et tentent de répondre à cette idée de crise : chacun peut placer ses angoisses existentielles dans ce sentiment fourre-tout, et en règle générale on essaie de se libérer de ses angoisses en en parlant et en cherchant à en trouver les causes et des solutions y mettant fin. Ainsi, certains pensent qu'elle est idéologique, culturelle, et pensent qu'il nous faut changer de paradigme de pensée : nous devons être ouverts, tolérants, anti-racistes, anti-capitalistes, altermondialistes, etc... D'autres, en posant que cette crise  est économique nous proposent d'être plus mobiles, flexibles, de travailler plus, d'être plus compétitifs, mieux gérer le budget de l'État, etc... et chacun y va de sa proposition ou revendication, de droite, de gauche, jeunes, minorités sexuelles ou ethniques, retraités, etc...

 

Je pense que le sentiment de crise fonctionne comme la mode : il devient le cadre de référence pour juger des choses. Comme avec la mode, les médias usent de leur pouvoir normatif pour imposer leur vision du monde, du bien du beau et de l'important. Beaucoup de gens pensent et agissent en fonction de cette vision du « monde-qui-va-de-plus-en-plus-mal ».

 

Mais comme je le disais dès le début, une crise est une perte de stabilité et appelle à une résolution, une sortie vers soit un retour à l'habituel, soit évolution vers un nouvel ordre des choses.

 

J'entends donc depuis plus de trente ans parler de cette crise. Mais cela ne pourrait pas être vivable et on suppose que les gens se révolteraient si personne ne cherchait de solution ou si dans ces mêmes médias on ne proposait pas, en même temps que les problèmes, des solutions. Et c'est ce qu'ils font. Nous avons donc une batterie d'experts, de journalistes, de politiciens, d'associations ou de simples personnes qui occupent l'espace médiatique à débattre, argumenter, déconstruire, s'agiter, manifester, informer, proposer ou élaborer des solutions possibles à la crise. C'est tout à fait pratique car, du coup, sont réunis dans un même lieu (espace médiatique) ceux qui parlent de la crise et ceux qui y répondent. Et c'est pratique une deuxième fois car sont réunies dans un même lieu les causes du sentiment de crise (qui est vécue par les gens comme réelle) et les solutions qui y correspondent. Nous connaissons cette pratique : c'est le principe du pompier-pyromane.

 

La réalité est beaucoup plus nuancées et complexe qu'une vision de crise perpétuelle que veulent imposer à tous nos chers médias, et derrière eux les groupes financiers et industriels qui les dirigent. Mais, à force d'en parler et d'y croire, nous devenons nous-mêmes vecteur d'accomplissement de celle-ci. Et cela nous amène également à considérer comme normal dans un pays en croissance depuis cinquante ans que la situation se dégrade (emplois, retraites, santé, sécurité...), puisque c'est la crise ! Et cela permet de faire passer des réformes et des lois qui ne seraient pas du tout acceptées par la majorité si tout le monde avait le sentiment d'une tranquillité heureuse à vivre en France au XXIème siècle et non dans un pays où l'insécurité rôde au coin de votre rue, par exemple.

 

C'est cela qui est fantastique : quel que soit le niveau de vie et de paix d'une population ou d'une personne, il suffit de lui répéter que tout va mal pour qu'elle ait le sentiment que tout va mal. Et que fait on quand tout va mal ? On se démoralise, on se démobilise, on se bat ou on se casse ! Et c'est effectivement ce qu'on voit : des gens qui acceptent des situations précaires par peur de ne rien avoir du tout ou d'autres qui luttent contre des réformes qui s'attaquent aux acquis sociaux mais en se positionnant dans les termes du débat imposés par la pensée dominante qui est véhiculée à travers les médias. Et c'est bien là le problème : la crise qu'on nous vend et les causes qu'on nous désigne ne sont pas les bonnes : on nous dit que c'est la crise à cause du fait que nous ne sommes pas assez compétitifs ou flexibles ou qu'il y a trop d'État et de fonctionnaires ou d'aides sociales car il n'y a plus d'argent dans les caisses du pays. Et les pompiers-pyromanes proposent des mesures adéquates en fonction de ces termes du débat : le manque d'argent. Syndicats, organisations politiques et associations réagissent dans le cadre de pensée que soutient cette idée de crise et proposent des revendications qui répondent à ce cadre. Mais les termes du débat sont truqués : ce n'est pas qu'il manque de l'argent, c'est que les banques se l'approprient grâce au concours des hommes politiques qui travaillent pour elles, et ce, sur notre dos à tous.

 

Il y a un discours que nous n'entendons presque plus à travers les médias : bien des gens, de tous métiers, de toutes origines, disent les choses de manière simple. Depuis longtemps : « les patrons nous exploitent !», « les banquiers sont des voleurs !», « les politiciens sont des vendus !». Tous, nous connaissons ce discours populaire qui dit les choses de manière prosaïque, en faisant l'économie du « baratin » des experts aux longs discours. C'est-à-dire que beaucoup de gens ont des réactions lucides et sont conscients de l'entourloupe. Même si on continue de parler de crise, on parle aussi, et depuis longtemps, du mensonge des médias, des politiciens et des experts. Mais ces réactions ne sont pas relayées par la pensée dominante, il faut visiter les sites internet où l'on propose une autre analyse des choses pour envisager un discours différent, mais surtout parler entre nous tous et se rendre compte que l'on est bien moins naïfs que l'on pourrait le penser.

 

Car notre pensée politique est-elle si influencée pour ne pas voir les choses de manière simple ? L'Union Européenne est anti-démocratique (les lois sont écrites par des gens qui ne sont pas élus), encore plus que l'était la France et ses institutions. L'argent est de plus en plus concentré dans la main de quelques grosses multinationales et des banques et la dette publique leur rapporte très gros, aux frais des contribuables. Les gens sont de plus en plus seuls, les relations moins durables, on se rencontre par internet. Sans parler des enjeux géopolitiques internationaux, des guerres et des magouilles.

 

Ce qui se passe actuellement (le pouvoir qui tend à imposer sa vision du monde, ici la crise) a toujours été pratiqué par les dirigeants. Il n'y a jamais réellement eu de démocratie et ceux-ci ont depuis longtemps cherché à nous présenter les choses pour que nous soyons dans l'illusion de notre participation aux décisions, à coup de consultations par sondage, de grande messe des élections, et maintenant de consultation de la société civile, le grand dada de la gouvernance. Et, depuis plus de trente ans, la situation économique et sociale se détériore car nous adhérons aux idées qu'on nous diffuse à travers les médias : « Soyez des bons consommateurs, cela produira de la croissance et de l'emploi », « faites des études et vous aurez un meilleur emploi », « mangez ceci, faites cela, vous irez mieux », etc... Ce qui a sans doute à un moment donné amené des progrès, dans le sens moderne qui détermine les valeurs de notre temps, que les gens ont vécus comme des améliorations concrètes et matérielles de leur vie. Mais, aujourd'hui, la société étant devenue plus individualiste, les médias se comportent de surcroît comme des référents donnant des conseils et véhiculant des normes sociales (les magasines pour savoir comment penser, comment être, comment faire, que penser...) et ils créent ainsi les conditions de notre participation à la fois pratique et symbolique au changement, et les gouvernements ne cessent d'augmenter les réglementations et les normes que l'on doit suivre pour vivre, étant bien entendu que, d'après eux, nous avons besoin de sécurité dans tous les domaines de la vie. Chacun se sent impliqué par les choix de société et se projette dans l'illusion de participation à la construction du monde à venir qu'on nous vend : un monde cruel, où la compétition économique et le post-modernisme des valeurs appelle chacun à prendre sur soi ce que les institutions déclarent hors de leur responsabilité car c'est le marché libre de réglementation qui est sensé mener la danse, les politiciens n'ayant d'autre discours que de se plier aux exigences de l'économie. L'illusion de la participation en choisissant Max Havelaar au lieu de Nestlé, le bio de chez Carrefour (« avec Carrefour, j'agis ») au lieu du bio de chez Leader Price, en votant Besancenot au lieu de voter Strauss Kahn, en manifestant pendant un mois contre la réforme des retraites au lieu de regarder la télévision (mais dans ce cas et après que la loi a été votée, on commence à avoir quelques soupçons).

 

Pour reprendre notre image des pompiers-pyromanes, imaginons que nous soyons, nous tous, la société, une forêt. Les arbres, les branches sont les entreprises, les gens, les associations... Les apôtres de la crise font un feu et crient : « au feu ! ». Ensuite, comme nous n'avons pas vraiment notre mot à dire en terme de décisions politiques, nous les laissons prendre les mesures qu'ils nous disent nécessaires ou réagissons face à leur alarme. Et que font-ils ? Ils coupent dans les branches des arbres à l'entour du foyer en nous disant que c'est pour éviter qu'elles prennent feu et l'alimentent (coupures dans les budgets, délocalisations, etc...). Et que font-ils de ces branches ? Ils les mettent au feu ! Mais pour que nous ne nous rendions compte de rien, ils nous baratinent toute la journée en dissertant de manière experte et consensuelle sur les risques que courent les proches arbres et comment il faut agir, et vite ! Pendant ce temps le feu grossit, car nous regardons les branches avec beaucoup d'attention, d'anxiété même, et nous ne les voyons pas, grâce à ce tour de passe-passe médiatique, être jetés au feu. C'est comme les magiciens illusionnistes : ils attirent l'attention sur un endroit de la scène et tout se passe ailleurs.

 

Le sentiment de crise a deux perversions : d'une part il focalise l'attention des gens sur ce que sont sensés être les problèmes de chacun et de la société, d'autre part il devient performatif dans le sens où nous allons chercher à répondre à ces questions-là, et non à d'autres possibles. Par conséquent nous allons agir selon le cadre de pensée des pompiers-pyromanes qui vont apporter leurs solutions, leurs moyens de résoudre la crise. Ce fonctionnement est largement utilisé par les gourous qui fondent des sectes. Leurs discours est somme toute celui d'une crise de l'humain, un sentiment de fin du monde proche et leurs solutions sont en général fondées sur des capacités spéciales que chacun doit apprendre à maîtriser en se pliant à une discipline dont le gourou à le secret. Les personnes qui y adhèrent attribuent donc au gourou des pouvoirs spéciaux et en font l'archétype de la relation de soumission au pompier-pyromane. Le gourou fonde son pouvoir sur la capacité à présenter une situation-crise qui va focaliser les angoisse des personnes sur ce que sont sensés être leurs problèmes pour ensuite être celui-là même qui va proposer les moyens de les dépasser. Et ça marche !

 

Car quels sont-ils les problèmes présentés par les politiques ? Par exemple, comment faire pour gérer le budget de l'Etat qui s'appauvrit à cause de l'endettement que nous avons auprès des banques ? Moins de fonctionnaires ? Moins de dépenses de santé ? Moins d'éducation ? Plus d'impôts (comme l'augmentation de la TVA) ? Etc... Alors qu'en fait : nous sommes nous posé la question d'où sort cette dette, et devons-nous obligatoirement la payer ? La force de cette idée de crise, est qu'elle plonge tout un chacun dans l'urgence de trouver une réponse. Et à chaque fois c'est celle du pompier qui l'emporte. Evidemment, puisqu'il est le seul à pouvoir voter des lois ! Et ces lois, depuis longtemps vont effectivement dans le sens d'une détérioration de nos conditions de vie : licenciements, délocalisations, augmentation du coût de la vie, des loyers, de la nourriture, normes et réglementations freinant l'indépendance potentielle des gens, etc...

 

Mais nous posons-nous la question en essayant de nous positionner en dehors du discours dominant : quel est notre intérêt ? Sinon vivre paisiblement dans des échanges équitables ? Mais comme les médias alimentent largement un sentiment d'insécurité généralisé à tous les niveaux de la vie (santé, paix sociale, prospérité, stabilité, etc...) on nous présente des causes ou des obstacles à cet intérêt. Comme par exemple la théorie du choc des civilisations : cette espèce de fantasme qui présente un occident homogène qui doit lutter contre un monde musulman homogène qui serait à l'opposé de nos valeurs, voire qui chercherait à attaquer l'occident, et qui empêcherait, quelque part, de réaliser notre idéal droit-de-l'hommiste, idéal qui nous permettrait je ne sais quoi pour aller mieux, vu qu'il y a aussi une crise des valeurs. Ou également la croissance qui prétend apporter emplois et richesse pour tous, alors que ceux-ci se concentrent toujours plus et que la précarité progresse.

 

Il faut maintenant sortir de cette idée de crise. Il nous faut nous défaire des manières de voir le monde que nous impose le complexe oligarchique qui domine le pouvoir depuis trop longtemps.

 

Saint Exupéry disait ceci : « c'est quand il n'y a plus d'espoir qu'il faut le moins désespérer ». Soyons réalistes, ce qui me semble dommage dans le monde dans lequel on vit en France en 2011 c'est que, comme dans beaucoup de sociétés occidentales (c'est-à-dire de plus en plus de monde), nous nous figurons, comme le déclarent les analystes patentés mais aussi la presse alternative, être dans une impasse. Certes, la société s'est modifiée : la famille nucléaire n'est plus la base de l'édifice. Nous sommes maintenant des individus flexibles et mobiles. Les « nomades » de J. Attali. Le contrat à durée indéterminé ou la pérennité économique qui nous faisait connaître le même facteur depuis trente ans, la même maîtresse d'école, le même épicier, le même plombier, etc... est révolu, en réponse à l'impératif de croissance dans un monde où la concurrence règne. Le crédit remplace petit à petit l'épargne. L'autorité des enseignants est remise en cause. On promeut le « chacun son opinion » et les valeurs communes sont remplacées par les valeurs communautaires. Ce sont des changements qui ne sont pas sans provoquer des malaises dans la vie des gens : ne pas savoir quoi faire au chômage après avoir travaillé des années dans telle entreprise, se retrouver seul (mais mobile) partout à devoir reconstruire du lien pour exister, ne pas trouver de perspectives d'avenir pour les jeunes, et même pour les vieux ! On n'y trouve, finalement un même manque : une peur de l'avenir, une vision à court terme et une précarisation du lien social. C'est un monde qui met la gestion avant l'humain, qui fait prévaloir l'économie de marché sur la décision démocratique et, pour beaucoup, cela induit une situation où l'on se sent impuissant et déshumanisé, considéré comme une variable. En ajoutant à cela qu'il n'y a pas de vision à long terme de notre vie humaine, ce qui prime est la réponse à court terme.

 

Mais il ne faut pas oublier que ce malaise est aussi une réponse au sentiment de crise qu'on nous transmet, et que les médias et les politiciens n'ont de pouvoir que de ce que nous leurs accordons. Nous ne sommes pas obligés de nous retrancher dans la compétition des uns contre les autres, de respecter les lois qui vont dans le sens de l'enrichissement des plus riches (comme les semenciers, par exemple) ou de succomber au fatalisme du discours mortifère des oligarques, qui doivent, finalement, bien se marrer à nous voir nous démener avec les idées qu'ils nous bombardent. Ensuite, il y a bien des gens qui vivent sans se soucier de tout cela et font ce que bon leur semble. Car si les lois et les directives européennes se multiplient pour encadrer les actions des gens, des institutions et des entreprises, beaucoup d'entre-nous ne les respectent pas. Combien de commerçants ne déclarent pas tous leurs revenus, combien d'employés travaillent au noir, combien de gens volent et trafiquent à leur niveau et combien de lois sont contournées ? Tout le monde s'arrange pour ne pas être obligé de vivre uniquement dans le respect des lois car elles sont jugées trop contraignantes. Et c'est bien normal ! Cela montre que ces personnes considèrent qu'il est légitime, quand on nous force à être des vaches à lait, de se réapproprier de manière discrète leur pouvoir d'action et leur libre arbitre. C'est bien pourquoi notre société devient une société du contrôle : les oligarques, s'ils ont réussi pour le moment à taire la réflexion émancipatrice, craignent de voir les gens faire leur vie comme ils l'entendent et s'arranger autrement que comme ces seigneurs le voudraient bien.

 

Il serait trop long de rentrer dans le détail d'une analyse de notre mode de vie actuel soumis aux lois de la gestion financière à court terme des activités humaines. Ce qui me semble important est d'arrêter d'alimenter ce sentiment de crise et la vision du monde qu'il véhicule : un monde sur la fin, où plus rien n'est possible pour arrêter la machine. Pour cela, il faut chercher à comprendre et analyser plutôt que chercher des solutions. Si le sentiment de crise arrive à pénétrer nos consciences, il faut identifier la nature du malaise dont se servent les pompiers-pyromanes pour renforcer chaque jour leur pouvoir. Et ce malaise est de se sentir impuissant, vivre dans un monde en perte de sens, inhibé, isolé, comme quelqu'un qui se dit : on ne peut rien faire . Les heureux et insouciants ne le ressentent peut-être pas (et tant mieux pour eux !), mais il est ressenti par beaucoup de gens qui trouvent alors des raisons fondées : les changements dans les manières de vivre le lien social, la famille, le travail, les médias, la santé, la vieillesse, la sexualité, l'adolescence, etc... qui ont eu lieu dans les trente dernières années sont réels, concrets. Il y a plein de choses à faire pour ne pas se laisser envahir par ce sentiment. Mais encore faut-il choisir les bonnes, ensemble, en collaborant les uns avec les autres et non en pensant dans le cadre de la pensée dominante de crise apocalyptique.

 

Je n'ai pas de solution à proposer, pas de truc magique qui peut soulager le malaise. Et je ne croirai surtout pas ceux qui m'en proposeront en disant que c'est pour mon bien. Tout bonnement parce qu'ils ne savent pas ce qui est mon bien à moi, à lui, à elle... Je veux avant tout avoir mon mot à dire. Faire nous-mêmes les lois, nous les gens, en négociant notre volonté avec celles des autres : faire une démocratie directe. Ce n'est pas impossible, c'est juste qu'on se répète sans arrêt qu'il faut des experts qui réfléchissent pour nous, qu'on a pas le temps, etc... car à répondre à l'urgence de ce sentiment de crise nous ne réfléchissons pas à comment nous organiser, à être solidaires et unis face à des décideurs qui ne nous écoutent pas et qui continuent à gagner en pouvoir d'action. Prenons le temps d'identifier les causes de ce malaise : la plupart d'entre nous vit en ayant conscience de travailler pour enrichir la finance ou en étant soumis à ses répercussions sur notre quotidien, dirigés par des mafieux corrompus qui nous ponctionnent toujours un peu plus. Nous consommons pour justifier notre aliénation et trouver une dignité avec un espoir de créer de la croissance salvatrice, nous pensons en termes d'avoir et non d'être, dans la compétition et la guerre de tous contre tous, dans une solitude de grandes villes anonymes, avec des cancers en constante augmentation, un environnement que l'on détruit, etc... Notre attention est focalisée sur ces grands problèmes de la société moderne. Mais s'est-on demandé pourquoi ? Au lieu de focaliser notre attention sur les plantes, les arts, l'éducation, les projets de société, ou plein d'autres choses qui ne présagent pas de catastrophes proches. C'est que ce sentiment de crise n'est pas juste un sentiment : à force d'avoir laissé la politique dans les mains de politiciens irresponsables et corrompus, la situation devient réellement difficile. La Grèce en à connu les frais récemment, bientôt le Portugal puis l'Espagne. Nous laissons nos pays et nos vies se déliter sous le coups de décisions prises par des financiers qui n'assument aucune responsabilité ensuite. Alors que nous vivons dans des pays riches, développés, avec beaucoup de richesses concrètes (des terres, des entreprises, des personnes éduquées, de l'argent...). Le discours dominant, qui agite le spectre de la crise pour nous apeurer démobilise et casse à sa base la volonté de chacun d'être maître de son destin. De surcroit, d'avoir été si longtemps spectateurs des décisions politiques, nous n'avons que renforcé le pouvoir des banquiers, politiciens et médias, qui ont réussi à faire basculer l'économie des pays. Peut-être pourrions nous penser à sortir de ce fonctionnement mortifère ?

 

Il n'y a pas d'autre crise que celle du politique et de l'engagement des gens à décider de leur futur eux-mêmes. Et là, on peut dire que ça fait bien longtemps qu'on ne fait que commenter les décisions et qu'on ne dirige plus rien. Le sentiment de crise diffuse l'angoisse et la peur chez la majorité des gens qui se résolvent à accepter des mesures qui vont à l'encontre de leurs intérêts. Ainsi, cela leur permet de diriger les manoeuvres depuis bien des années pour déliter le tissus économique et social et arriver aujourd'hui à la situation politique où nous sommes : on nous force à l'austérité alors que nous sommes prospères et nous sommes désormais arrivés à un système non-démocratique où la finance dicte ses lois. Soit nous nous réapproprions notre pouvoir, soit nous devrons subir les volontés d'une oligarchie mafieuse qui n'a pas pour but de travailler à la construction d'une société équitable et pacifique. Au contraire, elle cherche plutôt à monter les uns contre les autres en pointant du doigt des dysfonctionnements  (qui sont déclarés être les causes de la crise : trop de fonctionnaires, trop de lourdeur, plus d'argent dans les caisses de l'État, trop d'abus des aides sociales, etc...) qui entravent la mise en place des solutions qui vont les servir.

 

Il y aurait beaucoup de facteurs à analyser. Dans la situation actuelle (similaire à la féodalité mais avec plus de paperasse et d'écrans tactiles), il faut s'attaquer à la base : la dette qui appauvrit le budget de l'Etat, le manque de démocratie, le mode de vie mortifère et guerrier de la compétition. Ce sont des domaines essentiels et certains ont des choses à dire à leur sujet. Je les cite comme des propositions de réflexions : Le « plan C » d'E. Chouard (http://etienne.chouard.free.fr/Europe/) propose de se réapproprier le pouvoir en impliquant les citoyens dans l'écriture de la constitution et des lois, François Asselineau propose de se débarrasser de l'Union Européenne comme institution anti-démocratique et d'y arriver au moyen des élections (http://www.u-p-r.fr/), les faux monnayeurs pour comprendre l'entourloupe de la dette (http://www.fauxmonnayeurs.org/), ensuite réfléchir à ce qu'on veut faire ensemble, et non les uns contre les autres (une idée pour voir : http://le-revenu-de-base.blogspot.com/2010/10/film-launch-of-le-revenu-de-base.html). Ce sont des hommes et des femmes qui ont choisi de proposer par des analyses sérieuses ainsi que des actions concrètes afin de changer les règles du pouvoir politique, pouvoir beaucoup trop lié aux lobbies et aux banques et trop peu soucieux de l'avis des gens, et qui aujourd'hui nous bride et entrave notre capacité d'action.

 

En tout cas arrêter de regarder la télévision, d'écouter la radio, de lire les journaux (même gratuits) et se concentrer sur les analyses et les propositions qui ne parlent pas de la crise, arrêter de croire qu'on peut s'attaquer au « système » et ses robocops en lançant des cocktails molotov, arrêter de considérer que c'est la faute aux autres parce qu'ils sont des délinquants potentiels, des fraudeurs ou des idiots. Il n'est pas nécessaire de dire que tout va mal pour aller mieux. Nous sommes dans la même merde alors donnons-nous la main pour nous réapproprier notre pouvoir. Nous ne sommes pas obligés d'être tous frères et de penser pareil. Nous sommes adultes et responsables, et, qu'on le veuille ou non, il nous faut composer avec les différents points de vue, gens de droite, de gauche, révoltés, dépressifs, bien heureux, capitalistes, communistes, juifs, musulmans, chrétiens, taoïstes, plombiers, contrôleurs des impôts, infirmiers, professeurs, chômeurs, pompiers (les vrais), jardiniers, artistes, artisans, commerçants, etc... Il est totalement naïf de croire au discours dominant qui nous fait penser que comme on ne peut pas tous s'entendre, que c'est la guerre et que donc il en faut quelques uns qui décident pour les autres, et si on peut faire ça de manière mondiale, ce n'est pas plus mal (un chef pour tout le monde et le problème est réglé). Mais attention ! On nous dira qu'un seul chef pour tout le monde, ce n'est pas grave car on peut agir politiquement en groupe : chaque communauté défend ses droits et revendique, chacun dans son coin à défendre son pré carré. Pourquoi pas (et même tant mieux d'ailleurs), revendiquons ! Mais pas dans cette société non démocratique, sinon, c'est le plus gros lobby qui gagne. Et par définition, tous les plus faibles doivent se soumettre.

 

Cette base c'est finalement de pouvoir décider pleinement des lois qui gouvernent notre vie, ou, pour le moins, de garantir la probité des représentants. Car si on ne passe pas en premier lieu, par cette étape de réappropriation du politique, on va poursuivre avec la gouvernance des experts, les gens éclairés qui décident de la pluie et du beau temps à notre place, et les forces policières et juridiques qui imposent par la force la marche à suivre. C'est une démarche qui n'empêche pas d'être différents et de fonder notre existence sur la réalisation de nos aspirations de vie. C'est une démarche qui propose de s'unir avec des gens qu'on ne connait pas pour changer les institutions anti-démocratiques actuelles et les remplacer par des institutions contrôlées par les gens, émanant de ceux-ci et non d'une oligarchie mortifère et mafieuse. Sinon ce sentiment de crise ne va faire que de s'accentuer et nous allons regarder les choses se passer sans avoir réagi pour faire cesser cette montée du malaise social. Il y a énormément de ressources en chacun de nous pour faire le monde à venir. À nous d'en décider et d'œuvrer pour que ce sentiment de crise ne nous empêche pas de penser les possibilités d'actions plutôt que de subir son discours anxiogène et démobilisateur. Car ce n'est pas en pensant avec les mots (maux) du pouvoir que nous pourrons nous en soustraire. Ce qui m'a donné envie de dire : la crise, et donc ?

 

Marcel Ouali.


 

Note d'eva :

 

J'ai placé le début à la fin. Pour qu'on entre d'emblée dans le sujet...

 

Je suis né en 1975. J'ai grandi en regardant la télévision, comme beaucoup d'ailleurs. En 93, j'ai quitté le foyer familial ainsi que la télé. J'écoutais alors plus souvent la radio. J'ai commencé à lire un peu plus les journaux, à chercher de l'information autre part, pour alimenter ma quête de sens sur ce que le monde est, était et devient, ainsi que ma place dans celui-ci. Au bout d'un moment, et en m'intéressant aux grandes questions philosophiques de l'humanité, une chose a commencé à m'interpeller : malgré la variété des supports et de leurs couleurs politiques, les médias de masse les plus lus, vus et écoutés nous le répètent : nous sommes en crise. Du coup, j'ai commencé à me questionner sur cette idée : c'est quoi, au juste une crise ? Chacun, suivant qu'il est sociologue, économiste, syndicaliste, religieux, etc... nous explique ainsi un domaine où, apparemment, c'est la crise : crise de la culture, crise économique, crise du lien social, crise de l'emploi, crise de l'autorité, crise environnementale, crise géopolitique, crise sanitaire, crise du sens de la vie, etc...

 



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Published by Eva R-sistons - dans La crise
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