Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 01:05

http://jeunesocialiste.blog.lemonde.fr/files/2011/05/Votez-pour-la-d%C3%A9mondialisation-.png

 

La démondialisation, dernière hérésie dont on cause

inv
Ce concept défendu notamment par Arnaud Montebourg, suscite opprobre et quolibets. Pour de bien mauvaises raisons, qui dessinent un curieux axe politique unissant les libéraux de droite à certains alters de gauche.


Quiconque s'intéresse à la politique est forcément un collectionneur de gros mots. L'histoire politique pourrait aussi se faire par les hérésies successives qui ponctuent la vie publique. Et le gros mot politique, depuis la semaine dernière, est celui de démondialisation, qui rejoint aux panthéon des « maux-dits » quelques autres concepts comme protectionnisme, sortie de l'euro, nationalisation des agences de notation, etc.


A quoi reconnaît-on un gros mot en politique ? Il est, avant tout, archaïque. C'est exactement ce qu'a dit lundi 20 juin au matin Alain Duhamel de la démondialisation.
Avec ses airs de tonton flingueur bonhomme, polis et arrondi sous le harnais, Duhamal a commencé, comme toujours par une triade (c'est qu'il a appris à Science Po et qu'il reproduit, façon métronome, depuis quarante ans à la radio ou à la télévision. Donc, pour Alain Duhamel, la démondialisation c'est à la fois « archaïque, inexact et irréaliste ». N'en jetez plus. La voici rhabillée pour l'hiver la démondialisation.


Ensuite on décline... Archaïque parce que... Inexact parce que... Irréaliste parce que. Ah non, il ne l'a pas joué comme ça cette fois-ci, notre Duhamel national... Pas cette fois-ci. Notre éditorialiste matinal s'est permis une fantaisie : reconnaître à Arnaud Montebourg, puisque, à travers de mot, c'est de lui qu'il s'agit, que grâce à ce mot, il est en train de se fabriquer vite fait une identité. Il est malin en politique, Duhamel, il comprend vite que face à un candidat qui se présente en disant qu'il est « normal » et qu'on va devoir se serrer la ceinture à cause de l'énoooorme dette publique, et face à une pas-encore-candidate qui n'a, elle aucun concept, le gars de la démondialisation, il a un petit avantage, forcément.


Démondialisation, ça fait rêver, ça a son petit côté, frontiériste, cultivons notre jardin potager, on va se débrouiller, se serrer les coudes, bien au chaud tout ça. Et c'est là que Duhamel sort sa kalachnikov argumentaire. La démondialisation est irréaliste, nous dit-il. En cherchant bien, il n'y aurait guère que Chypre et encore, pour être d'accord avec le démondialisateur franchouillard.


Deuxième argument d'Alain Duhamel, la démondialisatoin « n'est absolument pas dans le projet socialiste qu'il - Montebourg - a voté ». Tiens donc! C'est à se demander si Duhamel a lu attentivement le fameux projet socialiste. Certes, le concept de démondialisation n'y figure pas. Mais on n'y parle bien d'écluses, on y explique bien que l'Europe doit protéger son marché intérieur. C'est écrit en toutes lettres dans le projet du PS : « Pour protéger les intérêts de l’Europe, de ses savoir-faire et de ses salariés dans la mondialisation, pour mieux réguler le commerce, nous agirons pour augmenter les droits de douane sur les produits provenant de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale »


Quelques minutes après Alain Duhamel, sur une radio concurrente, Europe 1, une autre personnalité, François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo.


So what ? Vous l'avez vu passer, vous le train de la régulation ? La régulation est une extrapolation, pour temps de crise. On en parle pendant l'orage, puis on l'oublie, et la vie, c'est-à-dire le marché-roi, continue comme avant... Bayrou, lui, se passionne pour les conséquences de la non-régulation : l'école qui dysfonctionne, l'intégration en panne, l'insécurité urbaine et rurale, etc, tous ces maux sociaux qu'il décrit souvent avec justesse. Sans faire le lien avec ce qui produit ce désarroi social, ou alors de façon trop abstraite, l'argent-roi par exemple.... Il aura du mal en 2012 : les Français n'ont pas envie d'une assistante sociale, et même Martine Aubry a jeté aux orties le concept de care qui y faisait furieusement songer....


Mais le centre droit ou gauche, politique ou éditorial n'a pas le monopole de la lutte contre la démondialisation... et de la bêtise en politique. Les adhérents et les lecteurs d'Attac ont découvert avec stupéfaction une tribune de membres du conseil scientifique de l'association éponyme expliquant peu ou prou que la démondialisation procédait de la lepénisation des esprits. Si, comme l'écrivent les auteurs de ce texte d'anthologie, « la démondialisation est un concept superficiel et simpliste », que dire de leur prose rappelant que « l'ennemi n'est pas le travailleur chinois »?


D'autres, comme Jacques Sapir ou Frédéric Lordon, ont magistralement répondu à ces élucubrations. Ils n'ont pas noté, cependant, cette inquiétante convergence de fait entre les derniers propagandistes plus ou moins décomplexés d'un système en faillite et les champions de l'altermondailisme auxquels on ne souhaite pas de vivre un jour, même en rêve, les conditions de travail de ces travailleurs chinois dont ils tiennent tant à préserver... quoi au juste... le droit d'être esclavagisés par des dirigeants cyniques et liberticides ?


Revenons sur terre. Il faut dire à nos détracteurs de la démondialisation que le fonctionnement des échanges tel qu'il existe aujourd'hui nous entraine vers l'abîme, les crise de dettes succédant aux bulles. Que faire parcourir 5000 km à des tomates pour les payer dix centimes d'euros moins cher n'a pas de sens. Que l'Union européenne peut parfaitement maintenir une concurrence loyale entre nations européennes, tout en refusant de voir son industrie déménager en Asie pièce par pièce. Que, pratiqué à l'échelle européenne, le protectionnisme n'a rien à voir avec le repli sur soi que ses détracteurs décrivent en toute mauvaise foi, car la concurrence maintenue entre 27 nations interdira évidemment la naissance de rentes comme on en a vu dans le passé. Qu'enfin, une fois les savoir-faire européens délocalisés, il sera bien difficile de remonter la pente pour l'innovation industrielle.


Remercions tout de même Alain Duhamel de nous avoir mis la puce à l'oreille : la démondialisation est l'un des premiers débats intéressants de la campagne de 2012, ceci dit sans hostilité pour le mystère de la chambre 2806 ou la passionnante controverse suscitée par le régime hollandiste.
______________
*
http://www.marianne2.fr/
http://www.toutsaufsarkozy.com/cc/article04/EFplZFuZAEUyQJRyCE.shtml

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche