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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 15:02

A lire:

LA FAIM ET LES DROITS DE L'HOMME 

Image de Kevin Carter 1993

http://www.paperblog.fr/664616/emeutes-de-la-faim-une-fatalite/



De  JEAN  ZIEGLER    

à l'occasion du Forum : " Quelle agriculture pour quelle alimentation "

  http://eldiablo.over-blog.org/article-17591314.html


I. Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou de ses suites immédiates. Plus de 6 millions en 2007. Toutes les quatre minutes, quelqu'un perd la vue à cause du manque de vitamines A. Ce sont 854 millions d'êtres qui sont gravement sous-alimentés, mutilés par la faim en  permanence. [2]

 

Cela se passe sur une planète qui regorge de richesses. La FAO est dirigée par un homme de courage et de grande compétence, Jacques Diouf. Il constate qu'au stade du développement actuel de ses forces de production agricoles, la planète pourrait nourrir sans problème 12 milliards d'êtres humains, soit le double de l'actuelle population mondiale [3].

 

Conclusion : ce massacre quotidien par la faim n'obéit à aucune fatalité. Derrière chaque victime, il y a un assassin. L'actuel ordre du monde n'est pas seulement meurtrier. Il est aussi absurde. Le massacre a bien lieu dans une normalité glacée.

 

L'équation est simple : quiconque a de l'argent mange et vit. Qui n'en a pas souffre, devient invalide ou meurt. Il n'a pas de fatalité. Quiconque meurt de faim est assassiné.

 

II. Le plus grand nombre des personnes sous-alimentées, 515 millions, vivent en Asie où elles représentent 24 % de la population totale. Mais si l'on considère la proportion des victimes, c'est l'Afrique subsaharienne qui paie le plus lourd tribut : 186 millions d'êtres humains y sont en permanence gravement sous-alimentés, soit 34 % de la population totale de la région. La plupart d'entre eux souffrent de ce que la FAO appelle «la faim extrême», leur ration journalière se situant en moyenne à 300 calories au-dessous du régime de la survie dans des conditions supportables.

Un enfant manquant d'aliments adéquats en quantité suffisante, de sa naissance à l'âge de 5 ans, en supportera les séquelles à vie. Au moyen de thérapies délicates pratiquées sous surveillance médicale, on peut faire revenir à une existence normale un adulte qui a été temporairement sous-alimenté. Mais un enfant de moins de 5 ans, c'est impossible. Privées de nourriture, ses cellules cérébrales auront subi des dommages irréparables. Régis Debray nomme ces petits des «crucifiés de naissance»  [4].

La faim et la malnutrition chronique constituent une malédiction héréditaire: chaque année, des centaines de milliers de femmes africaines gravement sous-alimentées mettent au monde des centaines de milliers d'enfants irrémédiablement atteints. Toutes ces mères sous-alimentées et qui, pourtant, donnent la vie rappellent ces femmes damnées de Samuel Beckett, qui «accouchent à cheval sur une tombe ... Le jour brille un instant, puis c'est la nuit à nouveau» [5].
Une dimension de la souffrance humaine est absente de cette description : celle de l'angoisse lancinante et intolérable qui torture tout être affamé dès son réveil. Comment, au cours de la journée qui commence, va-t-il pouvoir assurer la subsistance des siens, s'alimenter lui-même ? Vivre dans cette angoisse est peut-être plus terrible encore qu'endurer les multiples maladies et douleurs physiques affectant ce corps sous-alimenté.

La destruction de millions d'Africains par la faim s'effectue dans une sorte de normalité glacée, tous les jours, et sur une planète débordant de richesses. En Afrique subsaharienne, entre 1998 et 2005, le nombre de personnes gravement et en permanence sous-alimentées a augmenté de 5,6 millions.
III. Jean-Jacques Rousseau écrit : « Entre le faible et le fort, c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui libère ». Afin de réduire les conséquences désastreuses des politiques de libéralisation et de la privatisation à l'extrême pratiquée par les maîtres du monde et par leurs mercenaires (FMI, OMC), l'Assemblée générale des Nations Unies a décidé de  créer et de rendre justiciable un nouveau droit de l'homme : le droit à l'alimentation.

 

Le droit à l'alimentation 

est le droit d'avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d'achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie physique et psychique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante et digne.

Les droits de l'homme - hélas ! - ne relèvent pas du droit positif. Ce qui signifie qu'il n'existe encore aucun tribunal international qui rendrait justice à l'affamé, défendrait son droit à l'alimentation, sanctionnerait son droit de produire lui-même ses aliments ou de se les procurer au moyen d'achats monétaires, et protégerait son droit à la vie.

IV. Tout va bien aussi longtemps que des gouvernements comme celui du président Luis Inacio Lula da Silva à Brasilia ou du président Evo Morales à La Paz mobilisent par leur propre volonté les ressources de l'État, afin d'assurer à chaque citoyen son droit à l'alimentation. L'Afrique du Sud est un autre exemple. Le droit à l'alimentation est inscrit dans sa Constitution. Celle-ci crée une Commission nationale des droits de l'homme, composée en parité par des membres nommés  par les organisations de la société civile (Églises, syndicats et mouvements sociaux divers) et de membres désignés par le Parlement. Les compétences de la Commission sont étendues. Depuis son entrée en fonction, il y a cinq ans la Commission a déjà arraché des victoires importantes. Elle peut intervenir dans tous les domaines relevant du déni du droit à l'alimentation :
éviction de paysans de leur terre; autorisation donnée par une municipalité à une société privée  pour la gestion de l'approvisionnement de l'eau potable, entraînant des taxes prohibitives pour les habitants les plus pauvres ; détournement par une société privée de l'eau d'irrigation au détriment des cultivateurs; manquement au contrôle de la qualité de l'alimentation vendue dans les bidonvilles; etc.

Mais combien existe-t-il de gouvernements, notamment dans le tiers-monde, dont la préoccupation quotidienne prioritaire est le respect du droit à l'alimentation de leurs citoyens ? Or, dans les 122 pays dits du tiers-monde vivent aujourd'hui 4,8 milliards des 6,2 milliards d'homme que nous sommes sur terre.

 

V. Les nouveaux maîtres du monde ont horreur des droits de l'homme

Ils les craignent comme le diable l'eau bénite. Car il est évident qu'une politique économique, sociale, financière réalisant à la lettre tous les droits de l'homme briserait net l'ordre absurde et meurtrier du monde actuel et produirait nécessairement une distribution plus équitable des biens, satisferait aux besoins vitaux des gens et les protégerait contre la faim et une bonne part de leurs angoisses.

Dans leur achèvement, les droits de l'homme incarnent donc un monde totalement autre, solidaire, libéré du mépris, plus favorable au bonheur.

Les droits de l'homme - politiques et civils, économiques, sociaux et culturels, individuels et collectifs [6] - sont universels, interdépendants et indivisibles. Ils sont aujourd'hui l'horizon de notre combat.

Jean Ziegler
 

  [1] Jean Ziegler est Rapporteur spécial du Conseil des droits de l'homme des  Nations Unies sur le droit à l'alimentation ; il vient de publier L'Empire  de la honte (2007) en livre de poche.

[2] FAO, L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde, Rome, 2006.
[3] Nourrir normalement veut dire procurer à chaque individu adulte, chaque  jour, 2 700 calories.
[4] Régis Debray et Jean Ziegler, Il s'agit de ne pas se rendre, Paris,  Arléa, 1994.
[5] Samuel Becket, En attendant Godot, Paris, Editions de Minuit, 1953.

[6] Un droit de l'homme collectif est par exemple le droit à  l'autodétermination ou le droit au développement

 

http://r-sistons.over-blog.com/article-17640026.html

 

 


http://jlhuss.blog.lemonde.fr/2008/04/18/la-honte/

 

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Emeutes de la faim - une fatalité ?

Publié le 29 avril 2008 par Claire Et Greg

Alors que nous sommes en pleine crise de la faim, les pays riches donnent “généreusement” quelques centaines de millions de dollars (à comparer aux 1200 milliards de dollars de budget militaire mondial) tout en continuant à piller les ressources et à détruire les outils de production agricole des pays pauvres. Nous vous proposons sur ce sujet, quelques pensées de Jean Ziegler, l’actuel rapporteur général sur le droit à l’alimentation auprès des Nations Unies.

 

Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim ou de ses suites immédiates. Plus de 6 millions en 2007. Toutes les quatre minutes, quelqu’un perd la vue à cause du manque de vitamines A. Ce sont 854 millions d’êtres qui sont gravement sous-alimentés, mutilés par la faim en permanence.

Cela se passe sur une planète qui regorge de richesses. La FAO est dirigée par un homme de courage et de grande compétence, Jacques Diouf. Il constate qu’au stade du développement actuel de ses forces de production agricoles, la planète pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains, soit le double de l’actuelle population mondiale.

Conclusion : ce massacre quotidien par la faim n’obéit à aucune fatalité. Derrière chaque victime, il y a un assassin. L’actuel ordre du monde n’est pas seulement meurtrier. Il est aussi absurde. Le massacre a bien lieu dans une normalité glacée.

L’équation est simple : quiconque a de l’argent mange et vit. Qui n’en a pas souffre, devient invalide ou meurt. Il n’y a pas de fatalité. Quiconque meurt de faim est assassiné.

 

Image de Kevin Carter 1993

 

Le constat de Jean Ziegler est clair, nous avons la capacité de nourrir la planète. Seulement, il semblerait que “Le marché” en ait décidé autrement. On aura vu que ce marché est incapable d’assurer la sécurité alimentaire mondiale.

 

  • Ce n’est pas en oppressant les pays pauvres par leur dette que nous les aiderons à sortir de la crise1;
  • Ce n’est pas en spéculant sur les productions agricoles qu’on améliorera la gestion des ressources en quantité et à des prix accessibles aux plus démunis.
  • Ce n’est pas en promettant des OGM dont les résultats sont plus que douteux que la planète sera nourrie ;
  • Ce n’est pas en consacrant de plus en plus de surface cultivable aux agrocarburants dont le bilan énergétique est très controversé qu’on parviendra à endiguer la faim dans le monde ;
  • Ce n’est pas en exportant nos produits excessivement subventionnés2 qu’on aidera les pays pauvres - à qui on a demandé de supprimer toutes leurs barrières douanières - à développer leur propre production ;
  • Ce n’est pas en continuant à consommer à outrance tel qu’on le fait qu’on parviendra à limiter le réchauffement climatique dont les conséquences sont plus dramatiques encore pour l’agriculture des pays de l’hémisphère sud3.

Mais bien sûr, on pourrait avoir une vision très simpliste, très coloniale en disant que …

[…] Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. […]

(discours de Nicolas Sarkozy à l’Université de Dakar, 26 juillet 2007)

Sic et re Sic !

A propos de la photo

 

Il s’agit d’une photo de Kevin Carter, un photographe sud-africain de 33 ans. Cette photo fort controversée a été fprise en 1993 et lui a valu le prix Pulitzer en 1994. Nous avons découvert cette terrifiante photo dans le Monde 2 de ce week-end. Le magazine nous apprend que l’auteur de cette photo, accablé par la vision qu’il a eu de la misère, de la famine, de massacre… c’est suicidé après avoir reçu son prix. Concernant le contenu de la photo, il s’agit d’une petite fille qui se traine péniblement vers un centre d’alimentation, à proximité du village d’Ayod. Le monde 2 explique qu’après avoir pris cette photo, Kévin Carter chasse le charognard et s’éloigne, avant de s’écrouler en larmes. L’image a été publiée pour la première fois le 26 mars 1993 dans le New York Times.

 

Pour en savoir plus

 

 

 

 

 

  1. L’essentiel des dettes sont détenues par les créancier du Club de Paris. Si vous voulez comprendre les mécanismes emprisonnant de la dette du tiers-monde, on vous conseille d’aller sur le site du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde. []
  2. ”[…] chaque année, les subventions des pays du Nord à leur agriculture s’élèvent à 350 milliards de dollars […]” (J.P. Besset, Comment ne plus être progressiste sans devenir réactionnaire, Ed. Fayard, 2005 []
  3. Le 4ème rapport du GIEC précise que le réchauffement climatique aura un impact sur l’agriculture et que la sécurité alimentaire sera sérieusement compromise, avec 80 à 200 millions de personnes supplémentaires confrontées à la famine d’ici 2080. Les récoltes pourraient diminuer dans certains pays africains de 50% en 2020 et même de 90% en 2100. Or, l’agriculture représente jusqu’à 70% du produit intérieur brut pour certaines nations, sans compter les revenus d’appoint pour de nombreuses familles. Les populations pauvres, même dans des sociétés prospères, sont les plus vulnérables au changement climatique, ont souligné les experts []

Tags: , Dette, , Sécurité alimentaire, , Ziegler

 

http://www.paperblog.fr/664616/emeutes-de-la-faim-une-fatalite/

 

 

 

 

Jean Ziegler : « Protéger ceux qui fuient la faim », par Alberto d’Argenzio.

Jean ZIEGLER

 

 

 

 

 

 

 

Il manifesto, Bruxelles, 16 octobre 2007.

 

Donner un statut de protection internationale à ceux qui fuient à cause de la famine, de la faim. En des temps de lutte dure contre l’immigration illégale, c’est une proposition qui aurait un air de provocation, si elle n’était pas faite par Jean Ziegler : sociologue et économiste suisse, chargé par l’Onu d’écrire le rapport sur le Droit à l’alimentation. En 2000, il a écrit La faim dans le monde expliquée à mon fils (en France, Seuil, ndt), et plus récemment il a repris le même thème dans L’empire de la honte, (en France chez Fayard). Hier (15 octobre) il était au Parlement européen de Bruxelles pour lancer la campagne internationale de la Fian, Face it act now, pour le « Droit humain à l’alimentation ».

 

 

Comment avez-vous développé l’idée d’un nouveau régime de protection pour ceux qui fuient la faim ?

Chaque jour une tragédie incroyable a lieu : des milliers de personnes cherchent à rejoindre l’Europe depuis les côtes de la Mauritanie et du Sénégal, de la Libye et de la Tunisie. Un exode continu qui produit des morts à un rythme, dit-on, de 1.000 par mois et dont les protagonistes sont des réfugiés du fait de la faim. Tous les trois mois le Pam, Programme alimentaire mondial de l’Onu, trace la carte des zones de la planète où il est impossible de survivre, d’où l’on peut donc facilement déterminer qui fuit pour de simples raisons de survie de ceux qui, bien qu’avec leur propre drame aussi, émigrent pour améliorer leur condition économique. L’Europe réagit à cet exode par une stratégie militaire avec Frontex (l’Agence pour le contrôle des frontières externes de l’Ue, NDR), avec des navires de guerre, des avions, des hélicoptères, même si c’est cette même Europe qui, avec son dumping agricole, est largement responsable de la faim qui tenaille l’Afrique. L’Ue paye des centaines de milliards de dollars en subventions à l’exportation et à la production de ses propres produits agricoles et, de ce fait, on peut trouver aujourd’hui dans les marchés des capitales africaines des fruits et des légumes européens vendus à moitié de leur prix de production. On tue de cette façon l’agriculture africaine et on condamne des milliers de gens à la faim. La situation est catastrophique et c’est pour ça que je propose de créer un statut de protection particulière pour eux.

 

De quoi s’agit-il concrètement ?

La seule convention qui existe sur les réfugiés est celle de Genève en 1951, qui limite le droit d’asile aux réfugiés persécutés pour des raisons raciales, politiques ou religieuses, et ici ce n’est pas le cas. Il faut créer un nouvel instrument de droit international, un droit de non expulsion provisoire pour ceux qui fuient la famine, comme celui qui a été créé pour ceux qui fuyaient la guerre du Kosovo. En attendant que la famine cesse. Nous sommes en pleine négociation à l’Onu, mais je crois que nous y arriverons parce que la pression de l’opinion publique est terrible et favorable.

 

Quelles sont les échéances pour le vote ?

L’Assemblée générale la votera quand ma recommandation sera transformée en résolution, mais on ne connaît pas encore exactement la période. Il faut comprendre que je ne parle que des réfugiés de la faim, d’un pourcentage partiel de ces deux millions de personnes par an qui essaient d’entrer dans l’Union européenne.

 

D’ici décembre l’Union européenne et les pays Acp, Afrique, Caraïbes et Pacifique, devraient conclure des accords de partenariat économique Epa. Quelle appréciation en faites-vous ?

C’est une vaste plaisanterie. L’OMC dit à l’Europe que l’accord de Cotonou signé en 2000 entre l’Union européenne et les Acp (Afrique, Caraïbes et Pacifique n.d.l.r) ne fonctionne plus parce qu’il est asymétrique et qu’il faut maintenant en faire un autre en syntonie avec les règles de cette même OMC, c’est-à-dire libéralisation totale, c’est-à-dire fin des taxations douanières, c’est-à-dire ouverture totale des marchés africains aux produits agricoles européens super subventionnés. Pour l’Italie et l’Allemagne, les taxes douanières ne représentent rien, mais pour les Etats africains ce sont les seules entrées fiscales.

 

La Commission dit que les Epa serviront à créer un marché sud-sud qui n’existe pas pour le moment, et que les entrées fiscales (douanières) seront compensées par des fonds d’aide.

C’est hypocrite, il n’existe pas de marché sud-sud, tout simplement parce qu’il n’existe pas d’infrastructures pour le réaliser. Et la chose la plus terrible est que les multinationales ont fait des pressions pour insérer les Epa (Accords de Partenariat Economique n.d.l.r.) même dans les investissements. Leur objectif est de n’être plus taxées de façon différente, de ne plus être obligées de donner du travail aux gens du lieu, et de cette manière une industrie locale ne sera jamais créée. Il ne faut pas oublier qu’il y a une pression folle pour conclure les Epa d’ici décembre, et pour le faire l’Ue négocie avec les Acp par le chantage. Parmi les pays Acp figurent 39 des 42 pays les plus pauvres du monde, l’Ue fait avec eux un raisonnement très simple : si vous ne signez pas nous vous supprimons notre coopération technique. C’est une opération d’une arrogance incroyable, de cynisme néocolonial. Mais c’est l’OMC qui la demande, disent les européens. En Inde on ne meurt pas de faim et il y a là la moitié des sous-alimentés de la planète, 380 millions, selon la Fao. Et bien, après l’indépendance, l’Inde a créé un système de distribution publique, de cartes, subventionné par l’Etat ; l’Omc a demandé la suppression de ce système un nombre infini de fois, mais l’Inde a toujours refusé. L’Europe n’a pas ce courage, bien qu’étant la première puissance économique de la planète.

 

Un autre sujet assez à la mode et très étroitement lié à l’alimentation est celui des biocarburants. Vous le critiquez ouvertement.

Je demande un moratoire de 5 ans. C’est vrai que la détérioration du climat est terrible, mais transformer 26 millions d’hectares destinés à l’alimentation en terres destinées aux biocombustibles est absolument catastrophique. En six mois le prix du maïs a augmenté au Mexique de 300%, et pour 85% des Mexicains le maïs est la base de l’alimentation. Sur 53 pays africains, 38 doivent acheter sur le marché mondial leurs aliments de subsistance, et le prix du blé a doublé en une année. Et puis la pression monte pour la terre. Les multinationales savent qu’ils feront des bénéfices fous avec le bioéthanol et du coup expulsent la population pour s’assurer de grandes portions de terres cultivables. L’Ue veut qu’en 2020, 10% de son essence soit remplacée par des biocombustibles, ce qui voudrait dire que plus de 70% des terres cultivables européennes devraient changer de culture. Ce qui n’arrivera pas ; nous devrons importer, ce qui veut dire qu’en Afrique et en Amérique Latine on réduit les terres qui apportent leur subsistance à la population pour produire le biocarburant dont nous, nous avons besoin. Avec les biocombustibles il faut être très prudents : d’un côté ils contribuent à la lutte contre le changement climatique, mais de l’autre ils risquent d’affamer encore plus les populations les plus pauvres de la planète.

Alberto d’Argenzio

 

- Source : il manifesto www.ilmanifesto.it

- Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

Les APE et l’introduction des OGM dans notre politique agricole représentent un suicide économique pour le Mali, comme pour d’autres pays pauvres, par Mariétou Konate.

 

Plus de 860 millions de personnes souffrent de faim. 30 millions de personnes en meurent - Nieleny 2007.

Forum Souveraineté Alimentaire - Délaration de Nyéléni : Pourquoi nous battons-nous ?

 

 

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http://www.legrandsoir.info/Jean-Ziegler-Proteger-ceux-qui-fuient-la-faim-par-Alberto-d.html

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