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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 01:53

 

 

 

 

Article paru dans le journal "Union Pacifiste" n°447, Mars 2007

 

« Une minorité est sans pouvoir tant qu’elle se conforme à la majorité ; ce n’est même pas alors une minorité ; mais elle est irrésistible lorsqu’elle fait obstruction de tout son poids. […]


Si un millier d’hommes devaient s’abstenir de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une initiative aussi violente et sanglante que celle qui consisterait à les payer et à permettre ainsi à l’État de commettre des violences et de verser du sang innocent. C’est là, en fait, la définition d’une révolution pacifique, si tant est que pareille chose soit possible. »

LES LIGNES de ce chapeau, extraites de La Désobéissance civile – Du devoir de désobéissance civique d’Henri-David Thoreau, en 1849, auraient pu figurer en préambule du « Manifeste des Désobéissants ». Ce manifeste a vu le jour en novembre, après la deuxième inspection du Centre d’essais des Landes et de la Méditerranée (CELM) contre le test du M 51.
C’est en covoiturage que La squaw s’est rendue, le dernier week-end du mois de janvier, au deuxième stage organisé par ces nouveaux désobéissants.
À la place du tipi de Biscarosse, une structure d’accueil collectif mise à disposition par une sympathisante proche de la Confédération paysanne,.quelque part en Haute-Normandie, a servi de lieu d’hébergement à tous les participants.

Pacifiste radicale

Ma curiosité, piquée par les multiples éléments sur le site www.nonaumissilem51.org, avait hâte d’être dans le vif du sujet pour découvrir les différentes recettes d’actions directes non violentes pour devenir une pacifiste radicale.
La leçon tirée des premiers moments du stage a été : la patience.
Nous avons commencé la matinée par un petit jeu pour tenter de retenir les quarante-neuf prénoms des présents. Comme nous venions tous d’horizons différents, tant géographiques que militants (ou non), il m’était impossible de compter sur le fait d’en connaître déjà beaucoup. Et maintenant je peux l’avouer, j’en ai retenu très peu.
Ensuite, nous avons appris le langage des signes, ou du moins comment tenir une discussion tous ensemble, sur des sujets sensibles (tenant à coeur pour chacun), tout en respectant un certain temps de parole : faire en sorte de ne pas couper l’intervention de quelqu’un, en évitant qu’il s’installe dans une logorrhée, emporté par ses propos, en permettant à tout le monde de s’exprimer, etc.
Puis, survient une séparation, mais non déchirante (non-violence oblige), du groupe pour travailler en atelier. Face à des questions, il nous appartenait de répondre en nous déplaçant dans une pièce vers des repères où il était indiqué : violent, non-violent, je le ferais, je ne le ferais pas. S’en sont suivies des discussions intéressantes et, surtout, une prise de conscience de ses propres limites, une analyse plus poussée de certaines situations car abordées sous un angle différent et en commun.
Arrivent les jeux de rôle : pour être pratique et pragmatique, nous nous glissons dans le rôle de manifestants ou de représentants des forces de l’ordre. Là encore, les réactions des uns et des autres, les réflexions poussent à réfléchir sur son propre comportement, sa propre notion de la violence ou de la non-violence.
Avant le dîner, description par un génial « M. Géo Trouve-Tout » des différentes techniques pour s’enchaîner, résister le plus longtemps possible au « déménagement » par les gendarmes ou CRS de manifestants un tantinet envahissants. La méthode de la tortue en est une très simple, qui demande néanmoins une certaine souplesse de nos membres.
Le lendemain, exercice pratique de ce que nous avions vu et entendu. Mise en situation : inauguration du salon Minatec1. Des activistes ne l’entendent pas de cette oreille et sont bien résolus à jouer les troublions. Un groupe forme les manifestants, un autre, les forces de l’ordre. Il y aura des journalistes, Mme le Maire et le responsable du Salon.
Après notre fausse manifestation (fort réussie et très enrichissante dans son analyse), des ateliers se déroulent avec pour thèmes : utilisation des médias, attitude face aux arrestations et conseils juridiques, ateliers pour préparer de réelles actions directes non violentes…
La description du déroulement de ces deux journées est certainement moins intéressante que le fait d’y participer (que diriez-vous de vous inscrire pour les prochaines ? 2). Sachez que vous y apporterez votre propre connaissance et que chacun est acteur de sa formation en apportant son expérience, sa réflexion, ses idées, ses envies.
Encore quelques précisions : les repas étaient végétariens et délicieux, l’ambiance très conviviale, constructive et stimulante, l’organisation parfaite et sans gourou, la mixité du groupe en nombre assez respectée (peut-être pas assez, à mon goût, vers les cuisines), des participants sans bannières, même si certains provenaient d’associations, et une prise de conscience générale des risques inhérents à ce type d’actions.
Je remercie la personne qui a évoqué la mort de Sébastien Briat, le 7 novembre 2004, qui s’opposait pacifiquement, avec d’autres compagnons, par une action directe mûrement réfléchie, à un convoi de déchets nucléaires partant de La Hague pour Gorleben (Allemagne). Malheureusement, il semble que la mort d’une personne ne soit considérée que comme un « dégât collatéral » par l’industrie nucléaire et comme un fait divers par la presse. Deux ans plus tard, soit le 10 novembre 2006, la Cogema et la SNCF renouvelaient ce transport funéraire : un nouveau convoi ferroviaire de déchets nucléaires est parti de Valognes vers l’Allemagne.

Méfions-nous des programmes et des doctrines

On nous rebat les oreilles pour nous préparer au bon geste citoyen en allant voter. J’estime que (et je n’engage que moi dans les propos qui suivent) la désobéissance civile est un geste bien plus citoyen et politique que celui de glisser un bulletin dans une urne et de s’en remettre ainsi à des personnages.
Ils sont certes élus démocratiquement, mais dès qu’ils sont assis sur le siège du pouvoir ils s’empressent d’édulcorer, voire d’oublier totalement leurs promesses préélectorales.
Les exemples ne manquent pas. À moins d’être frappé d’amnésie, ils affluent nombreux : le logement, l’immigration, le chômage (épouvantail brandi pour grignoter le Code du travail et remettre des chaînes aux chevilles des salariés), l’écologie (celle drapée dans une mode « verte », mais ne remettant pas en question la course à la consommation de tout et tout de suite), etc.
Comment est-il possible de continuer à croire qu’un gouvernement osera aller à l’encontre d’une politique capitaliste, installée depuis des décennies ? Où le résultat d’exploitation de cette politique n’est autre que
celui des bénéfices, quitte à inscrire dans le compte pertes et profits des cadavres, des morts-vivants (ces victimes peuvent avoir une appellation non contrôlée : les dégâts collatéraux). Bénéfices, évidemment répartis entre les différentes classes dirigeantes, mais certainement pas pour le bien-être de la population.
Pour ma part, la désobéissance civile doit redevenir (car elle ne sort pas du chapeau de quelques énergumènes utopistes, mais a déjà été mise en pratique, et l’est de nos jours par un petit nombre de militants dans des réseaux) un contrepoids à cette politique pernicieuse, qui n’hésite pas à s’entourer de moyens militaro-policiers pour asseoir ses pouvoirs. Certaines personnes, individuellement, l’appliquent également dans leur quotidien, par des actes simples et concrets.
Cette force, individuelle ou groupusculaire, gagnerait en efficacité si, à des moments opportuns, elle était réunie et participative. C’est pourquoi, il est important de se rassembler et de prendre part à des actes de désobéissance tels que fauchage OGM, occupation de locaux, blocage de convois nucléaires, soutien aux sanspapiers, action lors de salons de ventes d’armes, résistance à la publicité, à la consommation forcenée… (pourquoi pas Faslane ? cf p.14)
Il est temps de nous réapproprier les moyens et l’espace de nos contestations et de ne pas laisser le terrain aux personnes tentées par des actes violents pour se faire entendre (même si nous pouvons en comprendre les causes).
C’est ce que propose le « Manifeste des Désobéissants », et à travers lui les individus qui souhaitent « former un réseau informel de militants de l’action directe non violente. Parce que nous voulons nous battre pour la défense de la vie et de la justice sociale, nous avons décidé de nous organiser en un groupe de volontaires prêts à agir de manière directe et non violente aussi souvent que nécessaire/possible. »
Faucheurs d’OGM, activistes écologistes, démonteurs de panneaux publicitaires, antimilitaristes, pacifistes, clowns activistes, hébergeurs de sans-papiers, etc. La liste est longue de ces « empêcheurs de tourner en rond » qui pensent que, ensemble, dans l’action directe non violente, il est possible de transformer radicalement la société et, de ce fait, permettre la survie de tous dans un monde redevenu vivable (allez pour se faire plaisir, sans armes et sans armées).
Il est long ce chemin de prise de conscience, et combien de fois ai-je été plus que déçue.
La dernière « gifle » fut celle du soubresaut de beaucoup d’entre nous lors des manifestations contre le CPE, réprimandées très violemment par les forces de l’ordre (au fait comment se porte le soi-disant manifestant bourré qui se fit piétiner par les CRS place de la Nation ? Quel média a donné de ses nouvelles lorsque le CPE n’était plus à la Une ?).
Prise de conscience hypocritement cadenassée par les représentants syndicaux qui, le moment venu, décident simplement qu’il faut rentrer à la maison préparer l’album souvenir.
Patience, ai-je formulé plus haut.
Les utopistes sont en marche.

 

1. Sommes-nous résignés à la surveillance permanente, omniprésente et sournoise ? À être tracés dans nos achats, nos déplacements, nos activités, nos contacts – dans les moindres aspects de notre vie sociale et quotidienne ? Le 1er juin 2006, à Grenoble, l’inauguration de Minatec a fait de la ville le premier pôle européen pour les nanotechnologies. Après le nucléaire et les OGM, c’est le tour des « nanopuces, mais elles fichent un maximum ! ». Si les supports de ces recherches sont infimes (de l’ordre du nanomètre), les retombées risquent bien d’être gigantesques et de bouleverser considérablement notre mode de vie avec, comme sombre perspective, « une société à la 1984 ».
2. Dates des prochains stages 2007 ; 13 au 15 avril (lieu à préciser) ; 26 au 28 mai dans le Vercors. Inscriptions : site www.nonaumissilem51.org ou Xavier Renou : 06 64 18 34 21.

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