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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 03:59

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La gauche a perdu la tête et sa base

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/10/06/19255952.html:

La gauche a perdu le contact avec sa base. Elle ne la comprend plus. Elle n’est plus à l’écoute. Telle une Eglise, elle dicte à ses fidèles ce qu’il convient de penser, comment ils doivent se comporter, comment ils doivent réagir. Paradoxalement, en s’éloignant de sa base, elle cherche à s’accrocher à toutes les tendances à la mode et à prendre les trains de contestations en marche pour récupérer tous les mécontentements.


Tout n'est pas bon pour battre la droite et tout n'est pas de gauche

La gauche se fait battre sur son terrain historique : la défense des plus faibles et le combat social. En fait, ce n’est que dans les apparences, les mots. La droite lui a ravi depuis le début du siècle la phraséologie prolétarienne et révolutionnaire. Bien entendu, si la droite a repris ce discours, c’est pour défendre sa base à elle car elle a bien soin de ne pas s’en couper tandis que la gauche perd la sienne. Nous avons vu comment la droite s’en prend à « l’élite » et ses « privilèges » et défend la « France d’en bas ». Comme par hasard, l’élite en question, celle qui détient le pouvoir médiatique et artistique correspond peu ou prou à la gauche et les privilèges sont les salaires et la protection sociale. La droite entend bien les plaintes des non-salariés, des  indépendants, des paysans qui constituent son électorat et qui comprennent bien que la « France d’en bas », c’est eux et la « France qui se lève tôt » c’est encore plus eux. Quoi qu’on en pense, il faut en tenir compte et ne pas y opposer le rire et le mépris car nombre de salariés ont le sentiment que c’est d’eux qu’il s’agit et que la droite parle d’eux.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/08/04/18809960.html

D’autant que, la gauche ne fait aucun effort pour dire qu’il y a maldonne et pour se réapproprier la défense des faibles, l’interdit civilisateur, la valeur de la loi qui protège quand la dérégulation opprime. Pire, la gauche méprise les récriminations et les plaintes que la population exprime sur les difficultés rencontrées au quotidien. Elle abandonne ce terrain qui, bien sûr, n’est pas repris par la droite traditionnelle parce qu’elle s’appuie sur une autre base. La gauche préfère tenter de se faire admettre par des minorités constituées qu’elle considère comme victimes par définition et qui, à ce titre, ont droit de se défendre par tous les moyens. Leur violence est légitimée et il convient de l’approuver et lui donner des lettres de noblesse tout comme nos aînés qui, parfois au sacrifice de leur vie, ont combattu le totalitarisme nazi. Comme tout se vaut, il est hors de question de ramener les choses à leurs proportions : chaque mécontentement est un combat qui s’inscrit dans l’Histoire et tire sa légitimité d’une reconnaissance future potentielle.

 

En refusant d’admettre un autre point de vue que le sien, elle refuse le débat et s’en trouve exclue de fait. Surtout, elle rate l’occasion de mettre les choses au point et de préciser les véritables enjeux, laissant le terrain à la droite qui instrumentalise et tourne à son avantage la phraséologie révolutionnaire. Conservatisme, privilèges, sont devenus les oripeaux de la gauche que la droite bien pensante se doit de combattre tout comme les révolutionnaires avaient combattus ceux de la noblesse en 1789. Face à ce formidable retournement, à cette inversion des valeurs, la gauche désarçonnée abandonne et préfère la diatribe et la défense des minorités-par-définition quand bien même celles-ci combattent ouvertement les valeurs qui fondent le socle de la gauche.

Engoncée dans ses certitudes, telle une Eglise, il ne vient même pas à l’idée de la gauche de rappeler ce qu’est la précarité, la pauvreté et pourquoi il faut, de toute urgence trouver des solutions pour défendre les démunis. Les plus démunis, ce n’est pas une catégorie parmi d’autres ; n’en déplaise à M. Manière : ce sont des personnes mal vêtues, mal logées (voire pas logées du tout), mal nourries et finalement malades et souffrantes. Ce ne sont pas des éléments de nombres alignés dans des rapports : ce sont des corps. Ce sont des visages.

De même, sure de son fait, la gauche ne prend pas soin de rappeler que ce que la droite appelle des « privilèges » ne sont que des compensations au bas niveau des salaires pratiqués en France par ceux qu’elle sert. Elle ne rappelle pas non plus que ce que la droite (et la gauche reprend sa terminologie et rentre dans son jeu) nomme « régimes spéciaux » correspondait, à l’origine, à des catégories qui devaient bénéficier en priorité d’une meilleure protection en raison de la pénibilité des tâches. Il était prévu que ces régimes seraient étendus aux autres. La gauche accepte le discours culpabilisant les plus démunis sur le « trou de la Sécu » au lieu de montrer qu’il s’agit d’une manipulation grossière des données. La gauche laisse la droite l’accuser de misérabilisme quand elle fait mine de rappeler l’évidence. A cette ringardise désormais de gauche, la droite oppose les bienfaits que procure l’argent pourvu qu’il n’y ait aucune contrainte pour l’obtenir et qu’on n’en prélève pas une partie pour soutenir les fonctionnaires, les indigents et les vieillards. La jeunesse n’aime pas les contraintes, n’aime pas les lois et règlements. C’est sur ce terrain-là que la droite l’entraine.

La gauche et ses militants ne prennent pas la mesure de ce changement et préfère pratiquer l’anathème à l’encontre de ceux qui lui rappellent son Histoire et ses valeurs. Désormais, la gauche qui a revendiqué pendant 200 ans l’héritage de la Révolution française considère avec horreur le drapeau et la cocarde tricolores, le bonnet phrygien et Marianne et pire, laisse l’extrême droite s’en emparer, créant une confusion de plus. La gauche qui a envoyé ses hussards noirs, ses instituteurs faire de la laïcité un rempart défend maintenant l’intrusion de la religion dans la sphère publique, combat le blasphème et laisse insulter ceux qui, timidement, en appellent à la laïcité pour tous. La gauche qui a nationalisé en 1936, à la Libération, en 1981 méprise aujourd’hui l’Etat, ses instruments, sa force publique et ses symboles. En ce sens, elle fait objectivement le jeu de la droite et du grand capital mondialisé.

 

La vieille gauche et la jeunesse

La gauche a gagné par les idées, la culture et –pourquoi ne pas le dire ? –l’intelligence. Or, depuis le départ de Mitterrand de l’Elysée, dans une atmosphère de fin de règne, de doute, de remise en cause, de droit d’inventaire, la gauche a renoncé à son ambition élitaire pour tous. Elle a préféré adopter la posture du nivellement moyen s’appropriant les courants à la mode, les expressions en vogue, et rester dans les apparences. Dans le même temps, la droite a su mettre en avant une sorte de rêve matériel en abordant l’argent sans complexe, en répandant l’idée que tout le monde y a accès pour peu qu’on s’affranchisse des carcans moraux tant qu’on ne conteste pas le système. Ainsi, la droite a renforcé son socle avec l’arrivée de nouvelles générations aspirant au seul confort matériel, au clinquant (les marques) tout en éloignant la remise en cause par la jeunesse comme c’était l’habitude pendant les décennies passées. Cette jeunesse, souvent issue de milieux modestes voire défavorisés plébiscite ce moyen de réussir par l’argent plutôt que par le pacte républicain passant par l’école et les diplômes. L’idée qu’en travaillant plus, qu’en travaillant le dimanche on peut gagner plus d’argent séduit les jeunes qui n’ont pas peur de faire des heures en plus pourvu que l’argent suive et améliore leur vie par rapport à celle de leurs parents.

 

Les jeunes, affranchis de la contestation de leurs aînés se détournent de la gauche de façon plus sure et plus durable que sous l’emprise de n’importe quelle formulation d’idées conservatrices. Les émeutes dans les banlieues, depuis plus de vingt ans, ne mettent pas en scène des jeunes contestant le système mais protestant contre leur mise à l’écart. Ils ne demandent pas une société égalitaire, avec des chances pour tous, un meilleur système éducatif, des efforts conduisant à la promotion sociale mais l’opportunité de rentrer pleinement dans la société de consommation et de profiter de tous ses avantages. La gauche continue de croire que, par définition, la jeunesse est contestataire et qu’elle a vocation naturelle à rejoindre ses rangs. Elle appuie donc toutes ses revendications balayant ses propres valeurs comme la « république indivisible » et la laïcité. Elle s’engouffre dans des combats secondaires et artificiels comme, récemment, la défense d’humoristes outranciers. Comment pourrait-il en être autrement vu que la gauche ne conteste plus le système mais demande seulement de prendre (un peu) en compte la question sociale ?

 

En mettant des humoristes sur le même plan que les penseurs qui ont donné à la gauche ses lettres de noblesse et forcé l’admiration de ses adversaires, elle se prive de son atout principal : la réflexion. Le style outrancier de Georges Marchais a transformé le PCF en groupuscule quand, après la guerre, c’était un parti de masses. Il possédait une presse diversifiée (quotidienne, hebdomadaire, représentant ses courants, destinée à la jeunesse, aux femmes, etc.), des éditions de livres et de disques. Dans la mouvance du Parti, évoluaient des courants de pensée comme « La Nouvelle Critique » qui possédait sa propre revue. Bien plus tard, avec la création du PS en 1971, on a vu émerger l’équivalent mais dans une bien moindre proportion, le PS préférant –à l’exception notoire du Céres de M. Chevènement –inviter des universitaires à le rejoindre plutôt que de former les siens comme le PCF. Aujourd’hui, non seulement la gauche ne met plus en avant ses intellectuels mais elle accompagne leur mise à l’écart par les médias aux mains des groupes industriels et des grandes familles bourgeoises. La baisse considérable de la curiosité intellectuelle de la part des générations de lycéens promus par la volonté d’avoir 80 % d’une tranche d’âge titulaire du baccalauréat participe à ce mouvement. A ce stade, revient ce souvenir d’un débat houleux à l’occasion du Festival de Cannes de 1968. Les principaux réalisateurs français demandaient l’arrêt du Festival pour rejoindre le mouvement insurrectionnel. Ecoutons Jean-Luc Godard : « Je vous parle de solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez de travellings et de gros plans ! Vous êtes des cons ! ».

 

Une gauche infinitésimale

La gauche actuelle est éparpillée, non pas seulement par la multiplication des mouvements, groupuscules, fédérations qui prétendent (un comble) unir, par ses divergences et ses exigences de pureté. La gauche est également éparpillée par ses combats et donne l’impression de prendre tous les trains en marche se dispensant de jeter, au préalable, les bases d’un domaine de lutte précis au profit d’un opportunisme visant à récupérer toute forme de troubles ou de contestation qui pourraient affaiblir la droite. Or, par leur diversité, ces mécontentements ne peuvent fusionner vers une aspiration unifiée au changement. Ils portent sur des revendications culturelles, religieuses, familiales, économiques, sociales, écologiques et ressemblent davantage à des demandes de passe-droits, de régimes d’exception aux lois de la république, aux principes, aux pratiques admises et non sur une exigence de reconnaissance républicaine historiquement défendue par la gauche. Une grande partie de la gauche accepte le capitalisme. Mitterrand, lui-même, se vantait d’avoir « réconcilié les Français avec l’entreprise ». Soit, l’entreprise –comme le marché avant elle –existait avant le capitalisme. Pourtant, c’est le premier pas vers l’acceptation du système puis vers l’acceptation de son hégémonie. Sans contestation, le système capitaliste manque de ses retenues traditionnelles et se permet tous les excès.

 

Cette acceptation du capitalisme par la gauche, lui fait tolérer ses excès et, surtout, la détourne de toutes les propositions visant à instaurer une société qui ne laisse personne pour compte. La gauche de gouvernement se détourne depuis au moins ces vingt dernières années de sa base intellectuelle et philosophique (sans pour autant recoller avec le peuple) pour se placer dans un accompagnement du capitalisme à peu près accepté par tous tout en accompagnant la contestation au lieu de la susciter. Pour caricaturer, on pourrait dire que la gauche tolère les inégalités tant qu’elles ne sont pas criantes et tant que les salaires augmentent. D’ailleurs, c’est pendant les années d’inflation que la gauche est montée en puissance et a fini par accéder au pouvoir. Paradoxalement, c’est en y mettant fin qu’elle s’est coupée de sa base ouvrière qui avait pu financer une amélioration de son train de vie par l’inflation (les traites perdaient de leur valeur), chose impossible depuis.

 

En émiettant ses combats, en prenant les trains de récriminations en marche, la gauche tourne le dos à la rigueur intellectuelle et au sérieux qui avaient été déterminants pendant la campagne du candidat Mitterrand en 1981. Il s’agissait alors de montrer à tous qu’une équipe compétente dans tous les domaines grâce à la diversité de ses spécialistes pouvait assurer la relève. Aujourd’hui, la Vième République a évolué vers un régime d’alternance caractéristique de la plupart des démocraties. La gauche n’a plus à faire ses preuves mais à attendre une conjoncture favorable, un retournement de l’électorat. L’absence d’épreuve de qualification conduit à repousser et à négliger les travaux des intellectuels qui demeurent dans la mouvance de gauche faute de mieux. Tout est fait pour accréditer l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à l’ultralibéralisme. La gauche de gouvernement, dans son unique souci de parvenir au pouvoir et de rassurer le pouvoir financier prend bien soin d’éloigner les forces de gauche qui élaborent et formulent des alternatives et des propositions. Cette concurrence sur sa gauche lui parait beaucoup plus dangereuse que le combat contre la droite avec laquelle elle partage de plus en plus de valeurs et dont les divergences paraissent davantage quantitatives que sur le fond, c'est-à-dire un changement de société. La gauche de pouvoir ne veut surtout pas entendre qu’un autre monde est possible. Ce n’est pas son intérêt. Seules des mesures compatibles avec l’idée qu’elle se fait de l’accession au pouvoir sont retenues : un peu plus de bio par-ci, un peu moins d’autoroute par-là (mais pas dans ma circonscription), l’accompagnement de l’évolution des mœurs,

 

La gauche disparue

Cette incapacité voire ce refus à examiner le point de vue de l’autre a fini par couper la gauche de sa base. Finalement, tout se passe comme si elle disait : nous sommes les meilleurs, nous avons toujours raison, c’est à vous de nous rejoindre, vous feriez preuve de discernement. La réalité se heurte à cette certitude. La base populaire vit au jour le jour la perte de pouvoir d’achat, la crainte de la précarité et du chômage, l’insécurité. Le moindre accident de la vie est fatal au mieux armé des salariés. Face à un pouvoir libéraliste tout puissant, arrogant et méprisant, la population la plus modeste se retrouve avec une gauche qui amoindrit ses revendications, qui n’écoute pas ses souffrances et ses problèmes quotidiens mais qui appelle à la rejoindre dans des combats qui ne la concernent pas ou, du moins, ne répondent pas à l’urgence de sa situation. Le PS est discrédité depuis longtemps et les élections de 2002 ne l’ont que trop bien mis en avant. Rappelons que, à gauche, peu de voix se réjouissaient de la disqualification possible du candidat d’extrême droite déclaré. La gauche se répandait sur ce coup porté à la démocratie en cas d’absence de ce candidat faute de signatures. On connaît la suite : il est passé au deuxième tour balayant M. Jospin et sa bonne gestion au gouvernement. Finalement, cet épisode montre mieux que tout autre les leurres poursuivis par la gauche au mépris d’une réalité douloureuse et bien visible.

 

Malgré toutes les assurances, tous les discours rassurants, cette gauche n’a toujours pas compris. Aujourd’hui, il est très probable qu’elle sera aux affaires en 2012. C’est le jeu démocratique de l’alternance. On peut redouter que les revendications des plus démunis ne soient pas plus entendues et que le PS mettra toute son énergie à convaincre les défavorisés qu’il faut se serrer encore un peu la ceinture pendant quelques temps pour « rassurer les marchés » et favoriser une croissance en assurant qu’ils en bénéficieront aussi. Du moins, c’est ce qu’on nous dira. Une partie de l’électorat naturel de la gauche –celle qui ne cède pas au découragement exprimé par l’abstention –regarde vers ce qu’on appelle parfois la « gauche de la gauche » ou la « gauche radicale ».

 

Quelques initiatives redonnent de l’espoir. Pourtant, là aussi, nombre de combats ne concernent pas les travailleurs et leurs soucis quotidiens : manger, se loger, élever les enfants, se vêtir, se distraire (si possible). Autre motif de découragement : l’éparpillement des forces qui appellent toutes, paradoxalement, à l’unité. Des discussions byzantines exaspèrent et éloignent l’espoir d’un vrai changement incarné par les débatteurs. La base populaire ne peut pas attendre que l’un d’entre eux soit élu à la présidence de la république. Or, aux suppliques cette gauche sincère oppose une surdité exaspérante. Si l’on peut douter de l’accession au pouvoir d’une quelconque formation ou fédération de gauche radicale, on peut raisonnablement espérer qu’elle influence un gouvernement de gauche modérée dit « social-libéral ». Autrement dit : un peu de hausse des salaires, des pension et prestations sociales pour faire supporter les injustices de l’ultralibéralisme. En la situation actuelle, cet espoir extrêmement modéré ne se profile même pas à l’horizon.

 

Posté par Alaindependant

 

http://alainindependant.canalblog.com/archives/2010/10/08/19271182.html

 

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