Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 05:41

 

Menthalo – La guerre contre le terrorisme en Afrique

china_africa_us1

Comme on le voit sur ce premier graphe, il y a 10 ans, les Etats-Unis devançaient la Chine dans la vente de produits et services à l’Afrique. La Chine a inversé sa position dès 2003 et a multiplié par 10 ses exportations vers l’Afrique, laissant les Etats-Unis loin derrière.

Chine-USA-Export

Sur ce deuxième graphe, on voit que les relations commerciales entre l’Afrique et la Chine sont équilibrées. Contrairement à l’Amérique, qui a toujours cherché à endetter ses partenaires commerciaux pour les tenir par la dette afin de mieux exploiter leurs ressources sous la contrainte, la Chine a développé une politique d’échanges équitables en Afrique.

balance-commerciale-chine-afrique

Le président sénégalais Abdoulaye Wade au sommet Union Européenne-Afrique de Lisbonne en 2007, avait donné le ton avec cette phrase, qui en dit long sur la manière de travailler de la Chine.

« Quand je veux construire 5 kilomètres de route, avec la Banque Mondiale ou les autres institutions financières internationales, il me faut 5 ans. Avec la Chine, c’est quelques jours. Je dis oui ou je dis non, ils viennent, on signe le papier, ils sont sur place. » Quand la Chine construit 1800 km de voie ferrée entre Tanzanie et Zambie ou 960 km de routes en Somalie, elle offre un prix main-d’œuvre comprise. Puis les Chinois débarquent, réalisent l’ouvrage avec une rigueur militaire dans des temps records sans avoir à souffrir de l’apathie africaine. Certains Chinois restent et créent des commerces ou des entreprises, créant une diaspora qui va multiplier les échanges avec la mère-patrie. Ce qui est vrai en Afrique de l’Est, l’est tout autant en Afrique Centrale ou en Afrique du Nord. Ces infrastructures permettent l’amélioration du petit commerce local et profitent à toute la population. Au temps de la colonisation, la France excellait dans ce domaine. Elle a totalement perdu la main aujourd’hui.

Beaucoup de négociants africains, qui jadis importaient des marchandises d’Europe et des Etats-Unis à prix élevés, finissaient par découvrir que ces mêmes produits étaient fabriqués en Chine en sous-traitance. Ils importent désormais directement ces produits de Chine à meilleur prix. Il ne s’agit pas seulement de pacotille, mais également de produit de haute technologie, d’équipement de la maison, de bicyclettes ou d’automobiles.

Par ailleurs, forte de ses immenses réserves monétaires en Dollars constamment dévalués, la Chine distribue des prêts souples, sans intérêts ni garanties à certains Etats débiteurs les plus pauvres de l’Afrique, contrastant fortement avec les méthodes de la Banque Mondiale et du FMI.

Depuis plusieurs années, les Etats-Unis voulaient contrer la présence chinoise en Afrique et défendre leur accès aux immenses réserves minières et agricoles de ce continent sous-exploité. Comme toujours, priorité est donné au lobby militaro-industriel pour défendre le dollar et les intérêts des banquiers. Des équipes de l’armée US devaient donc être implantées dans 35 pays africains sous prétexte de lutter contre le terrorisme. L’AFRICOM, le commandement des Etats-Unis pour l’Afrique, a été conçu par un think-tank israélo-américain en 2006 (IASPS), créé en 2007 et entré en fonction en 2008. Auparavant, les Etats-Unis avaient décidé de laisser les anciennes puissances coloniales gérer leurs anciens près carrés. Face à la montée en puissance de la Chine, l’Amérique a décidé de prendre les choses en main depuis George Bush. Le siège de l’AFRICOM temporairement basé à Stuttgart, y est resté du fait du refus des pays africains de l’abriter. Le baptême du feu de ce corps d’armée a été la guerre en Libye, où ils espéraient pouvoir installer leur base, mais leur action a été limitée par l’opposition du Congrès américain à l’entrée en guerre des Etats-Unis. Les Etats-Unis recrutent et forment aujourd’hui une force d’élite de 500 hommes, autour de laquelle sera formée l’armée de la « Nouvelle Libye ». Leur mission officiellement approuvée par le Congrès est « d’affronter et de vaincre les organisations terroristes et extrémistes violentes ». Ces hommes sont encadrés et entrainés par les forces spéciales américaines transférées du Yémen et du Pakistan en Libye. Nous assistons à la création d’un nouvel Escadron de la Mort, qui demain fera couler autant d’encre que de sang. Comme vous le voyez, nous sommes au cœur même d’Al Quaida, la structure créée par la CIA, le Mossad et encadrée par l’I.S.I.,  les services spéciaux pakistanais. Un schéma bien rôdé.

Libye-

Les Pompiers-pyromanes

Les forces d’Al Quaida en Libye avaient été armées par l’Occident, financées par le Qatar et appuyées par l’OTAN, pour le compte de l’AFRICOM. Ces mêmes forces redéployées en Syrie ont été entrainées et encadrées par l’OTAN, encore et toujours financées par le Qatar pour tenter de renverser le président Bachar el-Assad et déstabiliser cette région-clé pour le gaz et le pétrole.

Le mouvement indépendantiste touareg qui existe depuis le début de l’ère coloniale est aujourd’hui utilisé par les Etats-Unis pour pouvoir entrer en guerre dans toute l’Afrique du Nord. Sous fausse bannière, financés et programmés par ceux-la mêmes qui sont supposés s’y opposer. Les attentats vont se multiplier dans la région, de l’Algérie au Golfe de Guinée, de Djibouti (où stationnent déjà des troupes israéliennes) au Congo.

La prise d’otages organisée par les services spéciaux occidentaux sur le site de BP en territoire algérien permet à l’AFRICOM de justifier sa raison d’être: lutter contre le terrorisme. Les forces américaines vont pouvoir se déployer dans cette immense région riche de ressources pétrolières et gazières. Les forces françaises au même titre que les forces africaines, ne servent que de supplétifs à l’AFRICOM.

kony2012-video-560x314-7ad68

Mise en scène du vilain Kony

Vous avez peut-être visionné un reportage  dégoulinant de bons sentiments à l’américaine, produit par une ONG américaine « invisible Children », qui dénonce les méfaits d’un seigneur de la guerre ougandais, le méchant Joseph Kony. Ce général africain enrôle de force des enfants, les transformant à la fois en soldats sanguinaires, en esclaves de la drogue, tout en abusant d’eux sexuellement. Pire que l’infâme Ben Laden, le dirigeant de la Lord’s Resistance Army (LRA) est le monstre à abattre. Ce reportage a été produit avec de gros moyens et on retrouve parmi les mécènes USAID, l’agence du Département d’Etat américain qui coordonne ses interventions à l’étranger avec le Pentagone et la CIA. Ce film a été visionné par 80 millions de personnes sur Youtube, ce qui est un taux d’audience unique, si tant est qu’il est vrai. Kony est l’ennemi idéal, car comme Ben Laden, il a disparu en 2006, sans que nul ne sache s’il est mort, ni où ?

De manière assez évidente, cette diabolisation de la LRA et cette campagne médiatique à grand spectacle a pour objectif de justifier l’intervention américaine dans cette région de l’Afrique pour son opinion nationale. L’Ouganda, au cœur de l’Afrique Centrale, est évidemment riche de ressources minières et contrôle l’eau des grands lacs africains, qui irriguent une grande partie de l’Afrique.

Le Congo

L’Africom s’est déployé au Congo, l’un des plus riches pays africains, longtemps partagé entre Empire belge et Français. Les Américains investissent le pays de différentes manières, souvent sous le couvert d’ONG, mais également comme instructeurs ou conseillers des forces armées, comme au plus fort de la Guerre froide. On se souviendra du Katanga, notamment, qui au moment de l’Indépendance avait fait sécession grâce à Bob Denard et ses « affreux », pour le plus grand bonheur des multinationales. Aujourd’hui, les entreprises américaines trustent déjà la moitié du gâteau, notamment dans l’exploitation des mines de cuivre. Les tensions inter-ethniques au Congo devraient permettre aux Américains de jouer des uns contre les autres, dans le seul but d’être appelé à ramener la paix.

Libye, Syrie, Mali

Selon l’ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, Alain Chouet, la France « soutient en Syrie les Djihadistes qu’elle combat au Mali ». Même son de cloche pour Eric Denécé, le Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), pour qui : « Les positions de Paris sont totalement contradictoires. Nous luttons contre les djihadistes au Mali et en Somalie, mais nous les avons aidés à prendre le pouvoir en Libye et continuons de les soutenir en Syrie, en dépit du bon sens (…) Paradoxalement nous continuons d’être les alliés de l’Arabie saoudite et du Qatar, deux Etats ouvertement wahhabites, qui, après avoir engendré et appuyé Ben Laden, soutiennent les groupes salafistes partout dans le monde, y compris dans nos banlieues. En conséquence, une remise à plat de notre politique étrangère s’impose et il nous faut balayer devant notre porte ». Toujours dans le même sens, il y a quelques jours, les autorités syriennes ont, elles aussi, raillé les autorités françaises, les accusant de se dire prêts à combattre le terrorisme quand il s’agit du Mali mais de le soutenir quand il s’agit de la Syrie.

gobelins

Messieurs, si la France ne soutenait pas les rebelles, elle n’aurait pas la chance d’être appelée à intervenir ensuite comme sauveur, pour mieux imposer la présence de ses compagnies minières ou pétrolières. Maintenant, si les banquiers  occidentaux évoluaient dans leur manière de pressurer les nations africaines par la dette, ils ne laisseraient pas un boulevard ouverts aux Chinois trop heureux de se débarrasser de leurs milliards de dollars dévalués contre les ressources naturelles de l’Afrique. Qui sème le vent récolte la tempête !

De plus, toutes les exactions des armées occidentales en général, israélo-américaines en particulier, renforcent les légions de ceux qui veulent mettre fin au règne de l’Empire. La victoire à la Pyrrhus  des forces spéciales à Mogadiscio et les malheurs de l’Erythrée depuis est dans toutes les têtes et suscitent partout des vocations. Les guerres en Afrique n’ont pas fini de s’éteindre.

Partager cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog d' Eva, R-sistons à la crise
  • Le blog d' Eva,  R-sistons à la crise
  • : Tout sur la crise financière, économique, sanitaire, sociale, morale etc. Infos et analyses d'actualité. Et conseils, tuyaux, pour s'adapter à la crise, éventuellement au chaos, et même survivre en cas de guerre le cas échéant. Et des pistes, des alternatives au Système, pas forcément utopiques. A défaut de le changer ! Un blog d'utilité publique.
  • Contact

Recherche