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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 02:53
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LA GUERRE DE LA FRANCE
CONTRE LA CÔTE D'IVOIRE

présentée par le

 

Pr. Mamadou KOULIBALY
Président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire,
avec la collaboration de :
Dr. Antoine AHUA Jr.
Intellectuel et révolté,
Ingénieur, Economiste
et Politologue
Dr. Gary K. Busch
Enseignant,
Economiste, Homme d'Affaires,
Editorialise de OCNUS.Net

 

I - Introduction : Le Gangstérisme international d'Etat, par le Pr. Mamadou KOULIBALY.
II - Côte d'Ivoire : Comment la France a organisé la rebellion, par le Pr. Gary K. Busch.
III - Pour mémoire : Linas-Marcoussis ou le coup d'Etat constitutionnel (Texte intégral de l'Accord)
IV - Pour la compréhension : Pourquoi les Ivoiriens rejettent Marcoussis, par le Pr. Mamadou Koulibaly
V - Eclaraige sur les règles du jeu : L'ONU, la France, les FANCI et la sortie de crise ivoirienne, par Antoine Ahua Jr
VI - Conclusion : A bon entendeur, salut !



 

INTRODUCTION : Le Gangstérisme international d'Etat,
par Mamadou KOULIBALY

 

La Côte d'Ivoire est en guerre depuis la nuit du 18 au 19 septembre 2002, date à laquelle des hordes d'assaillants venus du Burkina Faso, du Liberia et d'autres pays de la sous-région se sont jetés sur elle avec une violence sans pareille dans notre histoire récente en tant que Nation. Depuis, de négociations en négociations, d'accords en compromissions, la Côte d'Ivoire avance vers la paix en tournant en rond. Et à chaque tour, nous nous éloignons encore un peu plus de la liberté, condition et moyen de paix et de stabilité. Les complicités internes sont immenses et certains Ivoiriens se sont soumis aux intérêts morbides qui ont attaqué notre pays.

Pourquoi cette agression ? Pourquoi ces complicités ? Dans quelle direction allons-nous ? Quels sont les vecteurs de notre dynamique ? Qu'est-ce qui détermine les solutions de la crise que notre pays traverse ?

Ces questions, nous nous les posons chaque jour. Et en général, la réponse nous plonge dans le brouillard complet. Personne n'y comprend rien. Marcoussis, la contestation de Marcoussis, de la France, le Comité de Suivi, l'ONU et son Conseil de Sécurité, le gouvernement dit de réconciliation, personne n'y comprend rien, pas même les initiateurs, pyromanes du reste, qui tentent vainement de se transformer en pompiers bienveillants.

L'objet de cette publication est de soulever les questions de fond et d'interroger les événements ainsi que les déclarations et les actions. Il ne s'agit pas d'une oeuvre de résistance à la bourrasque provoquée par les hordes rebelles. Il s'agit plutôt d'un appel pour que nous allions en croisade contre les destabilisateurs de notre pays.

Il ne s'agit pas d'une réflexion philosophique sur la crise et le pardon. Il est question d'un débat politique, d'une prise de position claire capable d'orienter l'action.

L'idée centrale de ce débat est simple qui reprend à son compte la thèse très populaire chez les observateurs, les victimes et leurs bourreaux ; et selon laquelle c'est la France qui est entrée en guerre contre la Côte d'Ivoire. Le lecteur trouvera dans les pages qui suivent les exposés de l'acte d'accusation. Pourquoi la France attaque-t-elle une si petite économie comme la Côte d'Ivoire ?

Nous partons d'hypothèses conformes aux faits, donc testables, vérifiables. Tout part du fait qu'après le coup d'Etat de 1999 (que la communauté internationale a d'ailleurs salué), les ivoiriens, sans l'aide de qui que ce soit, ont écrit une constitution qui, certes, n'est pas le type idéal d'un monde d'amour et de paix perpétuels, mais qui a le mérite d'être l'émanation du peuple, avec ses insuffisances.

Quel pays peut se vanter d'avoir la constitution idéale ? La France est à sa cinquième depuis l'instauration de la République en 1792. Les amendemants à la constitution américaine sont connus. Les réformes constitutionnelles, leurs procédures, leurs contraintes sont aujourd'hui des thèmes clés du calcul du consentement collectif. Ces domaines de l'action politique sont des champs de recherches théoriques et d'enseignement dans toutes les Universités du monde. Plusieurs prix Nobel de la paix, de l'économie et de la littérature ont été décernés à des personnalités pour leur contribution à la compréhension des principes de réformes des Etats et des Institutions. Nulle part il n'est admis que la force militaire, le coup d'Etat, la rébellion armée, la conquête coloniale, l'assassinat politique et l'organisation de génocides sont des méthodes démocratiques de convivialité entre les hommes, entre les peuples, entre les Etats.

Hélas, cette liberté que se donnaient ainsi les Ivoiriens n'a pas plu à tout le monde. Notamment, le gouvernement français qui a trouvé "suffisant" et "arrogant" ce comportement. Pour qui se prennent-ils donc ces Ivoiriens ! Sans conseil de la France, ils s'offrent des réformes de leur vie politique ? Tel était le premier crime du peuple de Côte d'Ivoire. Comment faire comprendre à la France que le peuple de Côte d'Ivoire existe et qu'il a des droits ? Toujours est-il que cette constitution a conduit à des élections qui ont porté GBAGBO Laurent au pouvoir. L'homme a été choisi par les Ivoiriens pour mener la politique de Refondation qu'il leur a proposée. La Refondation est une méthode de gouvernement qui consiste à creuser dans les fondations de la société ivoirienne pour corriger certaines tares structurelles qui bloquent et ralentissent la réalisation du bonheur et de la prospérité tels qu'exprimés dans la constitution. Les droits et les libertés constituent le ciment de la construction de notre Nation ; la violence armée et barbare est prohibée chez nous. Mais la Refondation gêne de nombreux intérêts en Côte d'Ivoire et ailleurs dans le monde.

Une hypothèse simple à admettre aussi, et très bien connue dans la société ivoirienne, est que la France n'apprécie pas la Refondation, surtout lorsque celle-ci porte atteinte aux intérêts français. Mais que signifie donc porter atteinte aux intérêts d'un pays ? Pas de réponse…

La France n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts ; tel est, semble-t-il, le leitmotiv d'un général qui a gouverné la France moderne et son empire. A quels intérêts français la Refondation a-t-elle donc porté atteinte ? S'agit-il des intérêts de France-télécom qui a bénéficié d'une convention de privatisation qu'elle n'a pas encore respectée ? S'agit-il des conventions obtenues, de gré à gré, par Bouygues, sur l'eau et l'électricité à l'époque où le chef actuel des rebelles était Premier ministre, conventions qui sont non seulement mal rédigées mais en plus mal exécutées ? S'agit-il du fameux troisième pont d'Abidjan, surfacturé et dont l'offre ne correspond plus à la demande des Ivoiriens ? S'agit-il de l'autoroute du Nord dont il nous oblige d'attribuer les travaux à Bouygues ? S'agit-il des chemins de fer de Bolloré qui mettent du temps à se moderniser ? Les Ivoiriens pensent que oui et leurs réponses ne varient pas.

Mais, il s'agit aussi des dossiers Hyjazi et de leurs techniques de comptabilité multiples et mensongères. Mais, il s'agit aussi du Franc CFA dont la gestion est fondée sur une des plus grosses escroqueries d'Etat de l'histoire de l'économie et du droit international. Les Ivoiriens pensent ainsi. Mais, il s'agit aussi d'Armajaro qui se défend d'être impliqué mais qui reconnaît avoir fait une très bonne opération boursière avec le timing du déroulement de la rebellion. Dans l'imaginaire collectif des Ivoiriens, ces intérêts français qui ne respectent pas toujours leurs engagements, sont les financiers et les commanditaire de cette coalition internationale contre le régime ivoirien.

Plusieurs observateurs font aussi l'hypothèse que parmi ceux qui avaient des choses graves à reprocher aux Ivoiriens, il y avait le chocolatier Barry-Callebaut, bien représenté en Côte d'Ivoire.

Ces hypothèses sur les motivations doivent être complétée par des hypothèses sur le déclenchement du processus de renversement du régime, sur la gestion de la crise qui en a résulté et sur la conception de la sortie de crise par la France, maître d'œuvre, du début à la fin. Blaise Compaoré, Allassane Ouattara, et autres, ne sont que des exécutants chacun à son niveau de responsabilité jusqu'à de Villepin et Chirac. Alors que la France n'a pas respecté ses engagements vis-à-vis des accords de coopération militaires et de défense, elle voudrait institutionnaliser en Afrique le gangstérisme international qui consisterait à ejecter du pouvoir, des régimes démocratiques sous le prétexte fallacieux qu'ils ne sont pas capables de défendre les intérêts du pays gangster. Le peuple de Côte d'Ivoire dit non. La mondialisation véritable ne peut accepter la protection de situations de rente aux dépens de la lutte contre la pauvreté. La France est en contradiction avec l'article premier de la Charte des Nations Unies. Espérons que les Nations Unies, elles-mêmes, feront très attention à l'article 2 de la même Charte.

Les documents que vous avez sous les yeux, vous permettent de vérifier les hypothèses que vous venez d'admettre sur la Côte d'Ivoire. Ainsi, tour à tour, vous plongerez dans l'univers de l'échec du coup d'Etat et du plan de substitution que Paris a aussitôt lancé. Le Professeur Gary K. Busch est économiste et ancien chef du département d'économie de l'Université de Hawaï aux Etats-Unis d'Amérique. Ce chercheur, auteur de plusieurs écrits et contributions dans "the Economist", ainsi que dans "the Intelligence Unit, the Wall Street Journal", et "Africa Analysis" démontre dans son argumentaire comment la France s'est organisée par le bluff, l'intimidation, la supercherie, la simulation et la dissimulation, pour légitimer des brigands armés qui venaient d'échouer dans leur tentative de renversement du régime. C'est le premier texte que vous aurez à lire. Il n'est pas long et vous trouverez d'autres textes du même genre sur le de « Ocnus.net ».

Après l'échec du coup d'Etat et de sa mutation en rébellion soutenue et organisée par la France, il était devenu impératif pour Paris de faire admettre à tous qu'il n'y avait pas de solutions militaires.

Ayant échoué, la France ne donne pas le droit à l'Etat ivoirien de riposter. Elle l'oblige à la négociation avec ses rebelles qui, à Lomé, n'arrivent pas à imposer leur victoire aux Ivoiriens ; bien au contraire, l'Etat de Côte d'Ivoire agressé a gagné et les mauvais joueurs refusent encore une fois le langage du droit. Ils ne croient qu'en la force.

Cette victoire du droit rencontre le refus de Paris qui convoque les partis politiques à Marcoussis. L'Etat ivoirien, qui est la victime de l'agression, disparaît du processus de négociation. Je me souviens encore de cette scène où, Mazeaud, les bras ouverts en étendards, proclamait du haut de son perchoir, qu'il n'y avait pas de rebelles en Côte d'Ivoire et qu'autour de la Table ronde, il n'y en avait pas non plus. A partir de ce moment-là, tout devient possible puisqu'il n'y a plus d'agressé, plus de victime, et donc plus de coupable.

Le rebelle lui aussi, disparaît du processus. Le Quai d'Orsay, ne reconnaît aucun droit à l'Etat ivoirien à qui on va jusqu'à imposer des réformes par la force des armes. Là-bas en France, Paris, naïvement, a considéré que la vie des partis politiques était la chose qui comptait le plus en Côte d'Ivoire. Hélas, Messieurs du Quai d'Orsay, la vie en Côte d'Ivoire est plus complexe que ne le laissent penser les activités des associations privées et des rebelles désemparés. La vie sociale, la vie culturelle, la dignité des Ivoiriens sont aussi importantes que la vie politique et économique, ici comme d'ailleurs chez vous.

Le document restitue donc les accords de Marcoussis dans leur cadre et leur limite. Il vous représente les commentaires critiques qui vont avec ces accords.

Mais, une fois la forfaiture dénichée, Paris trouve un substitut honorable : les Nations Unies ou plus précisément le Conseil de Sécurité qui s'évertue à chercher des solutions là où il est incompétent sinon antidémocratique. Antoine Ahua, un intellectuel engagé et révolté, replace l'action du Conseil de Sécurité dans un débat plus vaste sur les droits de l'homme en Côte d'Ivoire, la légitime défense des Ivoiriens dans le conflit, le sort des accords de défense signés avec la France, et, surtout, nous précise ce que peuvent être l'autorité et les compétences de l'ONU en la matière.

Ce livre est un livre de combat, c'est pourquoi il présente la guerre que la France a décidé de mener contre la Côte d'Ivoire. Le seul crime des Ivoiriens est d'avoir voulu construire un Etat moderne conforme à l'idéal dans le processus de mondialisation en cours. C'est-à-dire, un Etat issu d'une société de droit, ouverte et démocratique. La liberté est mise en procès pour avoir conduit à des issues non désirées par la France de Chirac dont l'axiome préféré est celui selon lequel l'Afrique ne serait pas encore mûre pour la démocratie. Les Etats africains seraient juste bons pour la corruption d'Etat, le recyclage de l'aide publique au développement pour financer les campagnes électorales en France. Nous n'avons le choix qu'entre la démocratie cacaoyère et le parti unique colonial. Le discours de la Baule est rejeté par J. Chirac. Maintenant nous pouvons compéter cet axiome chiraquien par l'idée que le jugement de Chirac ne s'obtient que lorsque lui, juge les résultats de la démocratie non conformes à ses intérêts, indépendamment des intérêts des Ivoiriens. Telle est notre lecture de la rébellion armée en Côte d'Ivoire. Telles sont les conséquences de sa gestion. Elles nous font prendre conscience qu'aucn pays n'a d'amis mais tous ont des intérêts. La Côte d'Ivoire aussi a des intérêts qu'elle souhaite garantir et voir respecter par tous ses partenaires. Après cette guerre la coopération ne sera plus comme avant.

Je vous souhaite une très bonne lecture et une bonne réflexion. Le destin de notre peuple se joue et se détermine maintenant. Les textes présentés constituent, ensemble, un message à l'endroit des autres peuples. Le cas ivoirien est un dangereux précédent. De même que le terrorisme est en train de changer de nature surtout après le 11 septembre 2001, de même le gangstérisme international d'Etat est en train de changer depuis le 19 septembre 2002. Le phénomène mérite un traitement aussi spécial que celui du terrorisme international. Le peuple de Côte d'Ivoire a le droit de se défendre contre n'importe quel agresseur. Personne ne peut lui retirer son droit à l'autodétermination. C'est contre ce gangstérisme d'Etat que le Conseil de Sécurité devrait lutter.

Notre liberté passe aussi par cela. La recherche de la paix ne suffit pas à la prospérité et à la sécurité des peuples et des Nations. La liberté de choix des populations est l'instrument privilégié pour aller à la paix. La paix ne se décrète pas. Ce n'est pas non plus un comportement. La paix est un état d'esprit qui admet que la vie en société doit être librement déterminée par les sociétaires eux-mêmes. Les pacifistes ivoiriens ont de la paix une conception religieuse et incomplète. Ils aiment sacrifier la liberté sur l'autel de la paix. Et dans ce cas, la paix conduit fatalement au parti unique, à la dictature, à la tyrannie et donc à la pauvreté. Au contraire, dans la conception de la Refondation, la paix est le produit par excellence de la liberté.

Patriotes de tous les partis et de toutes les Nations, conjuguons nos efforts pour aller en croisade contre les déstabilisateurs de notre belle Côte d'Ivoire. Il ne s'agit pas d'une option pour nous. Il s'agit d'une nécessité vitale.

Mamadou KOULIBALY

 

II - Côte d'Ivoire : Comment la France a organisé la rebellion, par Gary K. Busch.

Le 4 février 2003, les Français réussissent à obtenir une résolution, par le biais du Conseil de sécurité des Nations-Unies, les autorisant à conduire les opérations pour le maintien de la paix en Côte d'Ivoire, aux côtés des troupes qui devaient être envoyées par la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

L'expression "Opération pour le maintien de la paix" est particulièrement ironique puisqu'elle est utilisée pour masquer le fait que le soulèvement des civils qui a abouti à la crise, était un coup monté et perpétré par l'intervention de la France qui s'est rangée du côté des rebelles.

Le gouvernement de Laurent Gbagbo s'était aperçu qu'il devait libérer l'économie ivoirienne en faisant fi de la domination française. Cela aurait permis à la Côte d'Ivoire de s'ouvrir à tous ceux qui souhaitent lui tendre la main pour relever son économie, et de susciter la libre compétition pour l'achat du cacao qui demeure la principale culture d'exportation du pays.

La France a perçu ce signal d'ouverture comme une menace pour ses intérêts. Elle a préféré à Laurent Gbagbo son adversaire, le général Guéi, qui avait perdu les élections et capitulé lorsque le peuple a réclamé les vrais résultats qu'il tentait de confisquer.

En septembre 2002, quand la rébellion a éclaté, il y avait à peu près 650 rebelles qui avaient occupé la seconde grande ville, Bouaké. Ces rebelles étaient les recrues de Guéi qui n'avaient pas été retenues dans l'armée. Ils avaient peu d'équipements et peu de munitions, car ils s'attendaient à un conflit qui durerait moins de cinq jours. Le président Gbagbo était à Rome pour rencontrer le Pape, et les rebelles, profitant de l'occasion, étaient sûrs qu'ils pouvaient réussir le coup en l'absence du Président. Mais quand l'attaque a été déclenchée, les troupes loyalistes ont répliqué. Elles avaient même réussi à encercler les rebelles en les piégeant dans toute la ville et avaient tué à peu près 320 d'entre eux. Elles s'apprêtaient à lancer l'assaut final sur les 320 rebelles restants quand elles ont été brusquement freinées dans leur élan par le commandant français qui dirigeait les troupes françaises stationnées en Côte d'Ivoire. Ce dernier a demandé 48 heures de cessez-le-feu afin d'évacuer les ressortissants français et les quelques fonctionnaires des Etats-Unis de la ville.

Les troupes loyalistes ont demandé d'attendre qu'elles reprennent d'abord Bouaké des mains des rebelles, mais les Français ont fermement insisté et obtenu le délai de 48 heures. Durant tout ce temps, des soldats français descendaient sur Bouaké à l'aide de parachutes pour prêter main forte aux rebelles. Il était alors devenu impossible pour les loyalistes d'éviter l'affrontement avec les troupes françaises s'ils devaient lancer l'assaut sur les rebelles.

Profitant de ces 48 heures, l'armée française avait commandé trois avions Antonov-12 affrétés qui se trouvaient à Franceville au Gabon. Ceux-ci contenaient tout le nécessaire militaire fourni par la France à partir de l'Afrique Centrale. Des chargements supplémentaires ont été acquis à Durban. Les avions affrétés survolaient la région du Nimba, au Liberia (vers la frontière ivoirienne) et aussi les zones assiégées par les rebelles en Côte d'Ivoire (Bouaké et Korhogo) où ils donnaient un coup de main aux rebelles. Des camions de transport de marchandises déversaient des combattants civils rebelles en provenance du Burkina Faso à destination de Korhogo. Une fois à destination, ces combattants recevaient les équipements que les français avaient fait venir d'Afrique centrale et d'Ukraine.

A partir de ce moment, il y eut 2500 soldats armés du côté des rebelles essentiellement des mercenaires venus du Liberia et de la Sierra Léone, qui étaient aussi embarqués dans les mêmes avions. Ils étaient armés de kalachnikovs et autres armements qui n'avaient jamais fait partie de l'arsenal militaire ivoirien. Par la suite, la France leur a fourni un équipement de communication très sophistiqué. Les officiers ivoiriens savaient que les rebelles étaient toujours informés de leurs actions parce que les Français et les rebelles possèdent les mêmes équipements en communication et écoutent à travers les ondes de fréquences de l'armée ivoirienne.

Une fois les rebelles réarmés et équipés, les Français se sont graduellement retirés, laissant le contrôle des opérations entre les mains de mercenaires recrutés en Europe de l'Est et qui travaillent en coordination avec les Français repliés sur Yamoussoukro. Quand les Français ont fini de positionner les rebelles, ils ont actionné les Nations Unies pour obtenir la résolution les désignant comme chargés de maintien de la paix. La paix n'était pas facile à obtenir d'autant plus que les rebelles armés ouvraient plusieurs fronts et occupaient de grands espaces du pays. Les troupes de la CEDEAO mettaient du temps pour venir et ce n'est que (…) lorsque les troupes ghanéennes ont pris les commandes qu'elles sont arrivées, pratiquement composées de troupes africaines francophones formées, équipées et supervisées par des officiers français.

De nouveaux rapports des services d'information internationaux, cette fin de semaine, citant le commandant des forces françaises pour le maintien de la paix, disaient que les troupes françaises en Côte d'Ivoire avaient découvert des corps et des cas de violence graves sur des civils quand elles sont arrivées dans une ville déserte qui a été attaquée un dimanche par des Libériens armés. Les traces des violences à Bangolo étaient très visibles, y compris les corps. "C'est clair, la violence a affecté beaucoup de gens", disait le colonel Philippe Perret à Abidjan. Il a refusé de dire comment plusieurs corps ont pu être vus alors que l'hélicoptère transportant un détachement de troupes françaises a atterri dans une zone occupée par les rebelles, le samedi soir, à Bangolo, situé au nord-ouest, à 600 km d'Abidjan.

Ousmane Coulibaly, l'un des rebelles, disait qu'il avait demandé à l'hélico français de chercher à voir de près la scène. "J'ai demandé aux Français de venir voir les morts. C'est tout un quartier qui été décimé. Toutes les habitations sont remplies de corps. Seul l'Iman est sorti vivant. Il y avait plus de 200 corps, peut-être 300. Et il y a plusieurs corps dans la brousse".

La partie ouest de la Côte d'Ivoire est sous le contrôle de deux groupes rivaux de rebelles travaillant séparément. Ces combattants sont respectivement des ethnies Krahn et Gio, des tribus qui ont été spoliées de leurs terres vers la frontière ivoiro-libérienne. Ces soldats irréguliers sont issus du régime barbare et brutal du sergent Samuel Doe du Liberia aux côtés duquel ils ont combattu dans la guerre civile libérienne. Ensuite ils ont déniché leurs suiveurs démoniaques en Sierra Léone là où ils ont combattu aux côtés du RUF. Ils sont réputés dans la mutilation de leurs victimes auxquelles ils coupent les bras, les jambes ; dans le viol et le pillage, la brutalité sur des générations de la jeunesse ouest-africaine qu'ils ont utilisée comme soldats et comme esclaves exploités à des fins sexuelles. Ils forcent ces jeunes à commettre des actes de barbarie sur leurs propres familles et sont nourris au cocktail d'alcool, de drogue et à la poudre de fusil qui les met dans un état second pour pouvoir jouer leur rôle. Ces mêmes soldats irréguliers sont ceux qui ont envahi la Côte d'Ivoire et se font appeler rebelles. La plupart d'entre eux parlent anglais…

Le commandant français a blâmé ce massacre des Libériens fantômes qui sont supposés appartenir à l'armée régulière de la Côte d'Ivoire. Ceci est totalement faux et fortement démenti par le président Gbagbo et les chefs de son armée. Des sources libériennes, sierra-léonaises et ivoiriennes (civiles, militaires, ONG) indiquent que c'est un mensonge grossier que les rebelles ont raconté aux Français qui, à leur tour, le propagent. Raconter ces mensonges, aux yeux du gouvernement ivoirien, n'est pas la meilleure façon de préserver la paix. C'est plutôt un plateau "de maintien de trouble".

Nombreux sont les réfugiés des zones rurales qui ont déjà afflué vers la capitale, Yamoussoukro. Plusieurs rapports insistent que les brutalités commises par les rebelles sont cautionnées par les forces françaises. Et, au bas mot, les civils tués sont estimés à des dizaines, des milliers. "Ils sont arrivés et ont décimé ma famille pendant que ces soldats les regardaient et riaient", raconte une jeune fille de 12 ans qui a refusé de décliner son identité par crainte de subir des représailles. "Ma mère a plaidé pour que les combattants ne tuent pas mon père, mais ils lui ont donné un coup de pied", ajouta-t-elle. Les journalistes de l'agence Reuters avaient essayé d'aller vérifier le nombre de tués, mais les Français leur ont strictement interdit l'accès aux sites où les atrocités ont été commises. Il semblerait que plus de mille villageois ont péri dans les mains des Français qui supportaient les rebelles dans un village proche du département de Vavoua.

"Nous ne sommes plus une colonie française et demandons à la France de mettre fin à ses aspirations impériales à l'endroit de la Côte d'Ivoire", disait le Premier ministre, Ministre de la Planification du développement, Pascal Affi N'Guessan, qui a ajouté : "Ils veulent absolument contrôler le commerce du cacao et du café qui sont très lucratifs. Combien vont-ils tuer pour satisfaire leur gourmandise ?" La Côte d'Ivoire est le plus grand producteur de cacao dans le monde.

Le mandat accordé aux Français par les Nations Unies expire le 2 juillet 2003. C'est sûrement avec beaucoup d'intérêt que chacun constatera que le mandat des Nations Unies n'est pas renouvelé. Si les Etats-Unis et le Royaume-Uni veulent vraiment gagner la confiance et l'estime des nations francophones (exemple, la Guinée et le Cameroun) pour leurs politiques, ils doivent montrer qu'ils ont la volonté de les soutenir en s'opposant aux intrigues françaises. Refuser à la France une seconde résolution serait une étape positive.

Par Gary K. Busch
Source : OCNUS.NET
Du 13 mars 2003
(Traduit de l'anglais par Affoué Konan
(Stagiaire à Notre Voie)

 

suite ici :

 

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