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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 05:23
Professeur Chems Eddine Chitour
Dimanche 12 Juin 2011


LA PHILANTHROPIE DES MULTINATIONALES DU MÉDICAMENT : Réalité et précautions à prendre

LA PHILANTHROPIE DES MULTINATIONALES DU MÉDICAMENT : Réalité et précautions à prendre

«Il est nécessaire que la morale d’un peuple soit décidée par le peuple lui-même; d’où le besoin d’une nouvelle forme de démocratie: la démocratie de l’éthique».

Albert Jacquard

L´actualité de cette semaine nous a abreuvés d´informations toutes plus ou moins tendancieuses. L´une d´elle m´a inter-pellé. Il s´agit ni plus ni moins d´un Plan Marshall de biotechnologie pour l´Algérie et ceci d´une façon tout à fait «désintéressée». Nous avons voulu connaître les dessous de cette étrange philanthropie. Définissons d´abord, ce que c´est la biotechnologie et les OGM.

Le brevetage du vivant et ses dérives

Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par l´Homme. Selon les définitions, ces modifications sont issues du génie génétique.L´aspect novateur de ces nouvelles techniques ainsi que leurs applications potentielles, notamment dans les secteurs médical et agricole, ont engagé une réflexion éthique. Au sein des biotechnologies, les OGM sont un domaine de recherche qui fait depuis les années 1990 l´objet de nombreux investissements en recherche et développement à partir de financements tant publics que privés. Une étude de 2011 indique que la consommation de céréales OGM provoque des problèmes de reins et de foie chez les mammifères. (...) Inexistantes en 1993, les surfaces cultivées en OGM (soja, maïs, coton, etc.) sont en perpétuelle expansion En mai 2010, la revue Science rapporte la réalisation du premier organisme dont l´intégralité du génome a été synthétisée par des scientifiques.(1)

Pour la première fois dans l´histoire de l´humanité, la question s´est posée s´il était possible de s´octroyer à titre individuel et..commercial une vie aussi humble soit-elle, celle d´une bactérie En 1980, la Cour suprême des États-Unis admet pour la première fois au monde le principe de brevetabilité du vivant pour une bactérie génétiquement modifiée. Il s´agit d´une nouvelle bactérie dite oil-eating bacteria mise au point par le docteur Chakrabarty. Cette décision juridique est confirmée en 1987 par l´Office Américain des Brevets.

Susan Wright ancienne chercheuse à l´Institut des Nations unies sur le désarmement, Genève. écrit en 1994: «Quand le génie génétique a été perçu comme une opportunité d´investissement, il s´est produit une adaptation des normes et des pratiques scientifiques au standard des entreprises. L´éveil du génie génétique coïncide avec l´émergence d´une nouvelle éthique, radicalement définie par le commerce». Dans le film documentaire Le Monde selon Monsanto réalisé par Marie-Monique Robin au sujet de la multinationale américaine Monsanto et des produits fabriqués et commercialisés par cette compagnie au cours de son histoire, des PCB aux organismes génétiquement modifiés en passant par l´agent orange, l´hormone bovine de croissance, ou l´herbicide Roundup. On peut s´interroger pourquoi en 1993, l´hormone de croissance bovine recombinante (rbGH ou STbr) fut autorisée à la commercialisation aux États-Unis est interdite dans l´Union européenne et au Canada. Cependant, les premiers organismes génétiquement modifiés ont permis la production de substances médicales: insuline utilisée pour soigner le diabète, hormone de croissance humaine utilisée pour soigner certaines formes de nanisme, vaccins anti-hépatite B fabriqués à partir de levures et de cellules d´ovaires de hamster (1)

L´introduction de la biotechnologie représentée par les OGM a rencontré des résistances et des oppositions qui n´ont pas cessé d´alimenter le débat public à partir de la fin des années 1990. Échaudés par des crises sanitaires comme celle de la vache folle, les pouvoirs publics ont, au moins en Europe, cherché à répondre aux inquiétudes exprimées par leurs opinions publiques en proposant moratoires et réglementations censées permettre l´isolation des cultures traditionnelles et des cultures OGM. Sur le plan éthique, le développement des OGM entre dans le cadre de la controverse autour de la brevetabilité du vivant. Les opposants aux OGM redoutent une mainmise de plus en plus grande de l´industrie agro-alimentaire sur le bien commun universel que représentent pour l´agriculture les espèces naturelles. Le 29 janvier 2000, est signé à ce titre le Protocole de Carthagène sur la diversité biologique».(1)

A titre d´exemple de dérives, un groupe d´experts a appelé à des contrôles plus rigoureux des premières phases d´essais humains de médicaments à haut risque. Le Groupe d´experts scientifiques (ESG) s´est réuni après que les essais d´un nouveau médicament, le TGN1412, aient mis en danger la vie de six volontaires auparavant en pleine santé. Il a été conçu par la firme pharmaceutique allemande TeGenero pour traiter l´arthrite rhumatoïde, la leucémie et la sclérose en plaque.

Pour le biologiste Gilles-Eric-Seralini, les risques sur la santé et l´environnement des plantes transgéniques, en prenant notamment l´exemple du soja rendu résistant au glyphosate - un herbicide total(le fameux Roundup de Monsanto [ndR]) (...) Nos connaissances sont d´ailleurs encore extrêmement parcellaires sur le séquençage des génomes d´organismes supérieurs. Répandre les fruits de nos transformations génétiques dans le commerce et la nature, présente en général, et à n´en pas douter, des risques nouveaux. Il n´y a aucune urgence à répandre les OGM dans l´environnement, car alors les apprentis cloneurs peuvent devenir des apprentis sorciers. Chaque cas d´OGM est différent. Les espèces transgéniques sont, par définition et construction, complètement différentes des autres. Les OGM fabriqués vont des virus aux vaches et entre autres pour les plantes par le blé, le maïs, le coton, les pommes de terre, le soja, le tabac et les tomates transgéniques. (...) La dissémination de l´erreur génétique ainsi créée peut couver des années avant de devenir discernable ou néfaste. (...) C´est la première fois dans l´histoire de l´espèce humaine que nous apprenons à manipuler notre propre espèce et les génomes des autres avec des bistouris et des soudeurs génétiques que sont les enzymes de restrictions et de modifications. (...) En attendant, le respect de la vie, de la santé et de l´environnement doivent être nos priorités premières.(2)

Il existe, cependant, des situations où la biotechnologie apporte une aide décisive Ainsi, une entreprise israélienne de biotechnologie a mis au point un médicament révolutionnaire qui pourrait mettre fin au «Syndrome d´effondrement des colonies d´abeilles», un virus inquiétant qui entraine la destruction des populations d´abeilles et menace la production agricole de miel partout dans le monde. Aux Etats-Unis, le virus «Colony Collape Disorder» a décimé 37% de la colonie d´abeilles pour la seule année 2008. Les dégâts en Europe s´élèveraient à 15 milliards de dollars avec un tiers de la production alimentaire en danger. Fondé sur la technique de l´ARN interférent, récompensée par le prix Nobel de médecine en 2006, Remembee aide les abeilles à vaincre le virus découvert aussi en Israël.(3).

On a beaucoup parlé aussi des «bébés médicaments» qui posent un problème éthique. Le développement des biotechnologies risque de modifier de façon inédite l´humanité dans sa nature même. S´il est dans la logique de la science médicale de chercher à affranchir l´homme d´un certain nombre de servitudes et de limites liées à la nature et au hasard - accidents, maladies, douleur, vieillissement, mort, contre laquelle elle n´a de cesse de lutter - cet idéal de maîtrise de son destin est en passe de franchir une étape décisive. La technique a en effet, aujourd´hui, le pouvoir d´intervenir directement sur le vivant, sur l´humain voire sur la vie pour les transformer. Ainsi, un bébé-médicament est un enfant conçu en deuxième couche dans le but de sauver un frère ou une soeur aîné(e) souffrant d´une maladie grave. La conception est assistée d´une sélection d´un embryon sain et génétiquement compatible avec son aîné atteint d´une maladie grave, afin, par exemple, de permettre, après sa naissance, une greffe de sang du cordon ombilical ou de moelle osseuse ultérieurement. (4). Cette sélection est vite assimilée à une sélection non naturelle qui donnerait lieu à un eugénisme dont on connaît les applications dans l´Europe et aux Etats-Unis bien après le IIIe Reich.

Ce que vient de signer l´Algérie

«Un protocole d´accord sera signé, aujourd´hui, pour déterminer les engagements des laboratoires américains. Il abritera le transfert du savoir-faire US aux entreprises algériennes du domaine», à l´image de Singapour en Asie, a souligné un orateur. «Le développement de la biotechnologie dans le secteur de l´industrie pharmaceutique a été à l´ordre du jour des travaux du forum Santé Algérie-USA, qui se sont ouverts à Alger. L´orateur américain a appelé à l´assouplissement des règlements et lois afin de libérer la recherche en la matière et développer la production du médicament. Le délai d´enregistrement des médicaments fabriqués en Algérie sera réduit, a annoncé hier le ministre de la Santé»(5)

On remarquera que la condition posée pour l´installation est l´obligation de réduction des délais d´enregistrement. En creux, tous les médicaments en fin de vie aux Etats- Unis, seraient «redécouverts» sous le label algérien et auraient une seconde vie de 20 ans, profitant par là des royalties. Pourtant, même si on n´est pas spécialiste on se doit de se faire une idée sur ce cadeau, si on n´y prend pas garde, serait empoisonné.

Faisant une analyse lucide et sans concession, le Docteur Soltane invite à mettre de l´ordre dans la baraque caractérisée par une opacité. Nous l´écoutons: «Tout au long de ces dernières décennies, écrit le docteur Soltane la réputation du monde du médicament sur la planète Terre a été émaillée et ternie par de nombreux scandales ce qui peut expliquer, qu´actuellement, dans l´esprit de nombreux citoyens du monde, argent et médicament semblent aller de pair. Ces pratiques marginales au vu de l´importance du marché du médicament dans le monde (750 milliards de dollars en 2004 pour l´OMS), n´auraient peut-être pas eu un si grand impact, si elles ne concernaient un produit aussi sensible car lié à la vie, la souffrance et la mort. (...) En Algérie, le début de la chaîne pharmaceutique du fait de l´absence de l´étape recherche/développement commence avec le débarquement dans nos ports et aéroports des médicaments princeps ou génériques ou d´intrants entrant dans la composition des médicaments usinés en Algérie importés. (...)» (6)

Le Docteur Soltane cite des exemples édifiants où il met en évidence le flou dans la vente par les Laboratoires de médicaments avec l´accord tacite d´experts rémunérés juges et partie. Il cite le cas d´une firme pharmaceutique qui a surcoté un produit importé en le facturant plus d´un million d´euros, en fait, il ne valait que quelques dizaines de milliers d´euros. «De plus, écrit-il, les bilans publiés par les laboratoires installés en Algérie au Bulletin officiel des annonces légales (Boal) font ressortir pour la plupart, des déficits sinon, très peu de bénéfices... Une situation peu convaincante eu égard au marché du médicament en Algérie qui atteint les 2 milliards de dollars annuellement» (...) C´est dire, conclut-il si le challenge consistant, à l´image de ce qui se fait ailleurs dans le monde, à réglementer certaines pratiques, sévissant dans le monde du médicament et régulièrement rapportées par la presse nationale, devient une nécessitée et une urgence. Car, actuellement dans notre pays, pour paraphraser qui vous savez, «au royaume du médicament, quelque chose sent le pourri».(6)

Dans le même ordre, il semble que 80% des principes actifs des médicaments occidentaux sont fabriqués en Chine, en Inde et au Brésil. Sur les 20% restants, 30 à 40% viennent de France. Le reste venant principalement des autres pays européens. «Ces pays veulent se concentrer sur la R&D et la vente, et choisissent d´externaliser la fabrication, plus complexe et risquée sur le plan industriel, et de répondre ainsi à la pression exercée sur les coûts de fabrication». Et la tentation est grande de délocaliser en Inde ou en Chine, où les principes actifs coûteraient au moins 15% moins cher. (7)

En définitive, devant les dérives du Marché capable de tout et à propos de E-coli, cette contribution permet selon nous de mesurer l´arrogance de l´homme. «A chaque expérience son lot de leçons de morale. Le virus H1N1 a étalé à la face du monde la peur bleue de ce géant occidental face à un fléau qui n´était que d´argile. L´humiliation qui en a suivi a été telle, qu´on a trouvé les boucs émissaires parmi les industries pharmaceutiques qu´on a accusées d´avoir fait de la propagande autour du virus afin d´expérimenter certains vaccins et de vendre des quantités de médicaments inutiles aux contribuables dupes et naïfs. C´est à se demander au-delà de tout cela si l´Occident ne se retrouve pas pris dans le piège de sa propre révolution technologique. Révolution qui a levé toutes les barrières entre le naturel et l´artificiel, entre la mesure et la démesure, la morale et l´indécence. (..) On se souvient encore de la maladie de la vache folle, de la grippe aviaire, du virus H1N1 et maintenant de la souche mortelle de la bactérie E. coli. Au-delà de tout ceci, le plus grand constat, c´est que toutes ces maladies sont le fait de l´homme qui introduit, dans le but de faciliter la vie, de nouvelles données dans la nature. Quel sera le prochain fléau né de la démesure de la biotechnologie occidentale?». (8)

Devons-nous gober alors, ce simulacre de coopération asymétrique? On sait que pour mettre un médicament sur le marché, il faut 12 ans entre le moment où l´on commence la recherche et sa commercialisation. Quel type de médicament pour quel type de pathologie? la pathologie africaine, personne ne la défend, il faut se souvenir du bras de force entre l´Afrique du Sud, et l´Inde contre les multinationales du médicament du Sida.Cela n´a pas été facile on veut nous faire croire à une philanthropie des firmes pharmaceutiques parmi les plus féroces, le marché du médicament étant de près de 1000 milliards de dollars comme celui des armes. La réalité est plus simple, l´Algérie est un marché de 2 milliards de dollars qu´il faut se partager. C´est donc une nouvelle compétition qui se dessine avec une nouvelle redistribution où il faudra faire une place aux firmes américaines.

Quant à l´Institut des biotechnologies, l´idée de son installation date du début des années 80. Et on nous annonce qu´on va faire une ville une «Silicone Valley» de la biotechnologie! Quelle misère morale! Il faut plus que jamais être prudent en commençant d´abord par un enseignement de qualité et une Autorité sanitaire digne de ce nom. On l´aura compris, il est nécessaire de revoir fondamentalement les bases de l´enseignement et de la recherche avant de prétendre concurrencer des multinationales dont les centres de recherche sont autrement plus performants.

1.Les organismes génétiquement modifiés Encyclopédie Libre Wikipédia

2.Gilles-Eric Séralini: Les apprentis cloneurshttp://terresacree.org/clone1.htm

3.http://www.projetisreal.com/une-entreprise-israelienne-de-biotechnologie-a-mis-au-point-un-medicament-revolutionnaire-qui-pourrait-mettre-fin-au-%C2%AB-syndrome-d%E2%80%99effondrement-des-colonies-d%E2%80%99abeilles-%C2%BB/

4.http://www.repere-medical.com/article-190.html

5.Sarah Sofi: Le forum Santé Algérie. El Moudjahid 08-06-2011

6.Dr Ameur Soltane: Médicaments et conflits d´intérêts Le Soir d´Algérie 8.06. 2011

7.www.usinenouvelle.com/article/medicaments-la-france-prone-une-fabrication-100-hexagonale.N153385

8.www.come4news.com/index.php?option=com_content&task=view&id=44202&Itemid=999
http://www.alterinfo.net/LA-PHILANTHROPIE-DES-MULTINATIONALES-DU-MEDICAMENT-Realite-et-precautions-a-prendre_a59869.html
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Published by Eva R-sistons - dans Santé
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