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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 17:25

Syrie : Qu’en est-il de l’équation syrienne maintenant que ses ennemis ont recours aux armes chimiques pour punir ses citoyens ?
Par Amin Hoteit

vendredi 22 mars 2013, par Comité Valmy


Syrie : Qu’en est-il de l’équation syrienne maintenant que ses ennemis ont recours aux armes chimiques pour punir ses citoyens ?

Par Amin Hoteit

Dans sa dernière entrevue avec le Sunday Time [1], publiée le 3 Mars 2013, le Président syrien Bachar al-Assad avait précisé : « Tout ce qui a été mentionné dans les médias ou par les déclarations rhéthoriciennes de responsables politiques, sur les armes chimiques syriennes, relève de la spéculation. Nous n’avons jamais discuté, et nous ne discuterons jamais de nos armements avec qui que ce soit. Ce dont le monde devrait se soucier c’est des matières chimiques arrivées entre les mains des terroristes. Des séquences vidéos ont déjà été diffusées les montrant en train de tester des matières toxiques sur des animaux, et aussi en train de menacer le peuple syrien de mourir de cette façon ! Nous avons partagé ce matériel vidéo avec d’autres pays. C’est là-dessus que le monde devrait se concentrer au lieu de gaspiller ses efforts à créer des titres insaisissables sur les armes chimiques syriennes pour justifier n’importe quelle intervention en Syrie ».

Nul doute que les vidéos en question ont été visionnées et leur authenticité vérifiée par les services compétents de France, de Navarre et d’ailleurs [2]. Nul doute que la menace contre le peuple syrien a été impitoyablement mise à exécution le 19 Mars [3], à Khan al-Assal dans cette région d’Alep que le Président français rêve d’intégrer à ses prétendues « zones libérées » par d’« admirables révolutionnaires » qui font le sale travail qu’il appelle de ses vœux et fait « normalement » mine d’ignorer. Nul doute sur les raisons pour lesquelles le ministre français des Affaires étrangères « veut rapidement armer » la soi-disant opposition syrienne [4] et, qu’à ses yeux, non seulement « Assad ne mériterait pas d’être sur la terre » [5] mais aussi les citoyens syriens récalcitrants, civilisés, et loyaux envers leur mère patrie. Nul doute que ni le Président syrien, ni les autorités syriennes ne sont jamais réfugiés dans le « déni de la réalité », une réalité horrible et terrifiante pour les citoyens syriens, une réalité infamante et écoeurante pour les citoyens occidentaux dupés par des dirigeants définitivement menteurs, prédateurs et pilleurs.

Nul doute parce qu’il est désormais clair, même pour certains de nos médias longtemps malvoyants et malentendants [6), que c’est l’État et le peuple syriens qui doivent systématiquement être sacrifiés sur l’autel des ambitions hégémoniques de certaines « grandes » puissances et de leurs alliés médiocres. Mais pour autant est-ce que le recours criminel aux armes chimiques, après tant d’autres crimes non moins barbares, modifie l’équation sur laquelle repose le peuple et l’État syriens ? Le Général Hoteit répond à la question [NdT].

***

Certains ont été surpris devant l’utilisation d’armes chimiques par les bandes de terroristes sévissant en Syrie et sont même allés jusqu’à désapprouver les réactions des chancelleries occidentales, lesquelles ne se contentent plus de déformer les faits avant de les exploiter pour aller encore plus loin dans leur agression, mais s’arrogent le droit de nommer un Américain d’origine syrienne [un certain Ghassan Hitto, inconnu des syriens [7], NdT] à la tête d’un gouvernement de l’Opposition syrienne baptisé « le gouvernement d’intérim » ! Nous sommes donc face à une « escalade programmée de l’agression anti-syrienne » et pour situer le niveau réel de ces derniers événements, il nous faut revenir aux aspects fondamentaux du sujet.

L’un de ces aspects concerne naturellement l’identité de ceux qui ont usé de l’arme chimique ; identité évidente pour tout observateur qui accepte de constater les évidences. La première découle du fait que le missile sol-sol chimiquement chargé, qui a été lancé sur Khan el-Assal près d’Alep, a visé une région entièrement contrôlée par l’Armée nationale syrienne dont la population a unanimement rejeté les prétendus rebelles armés aussi bien syriens qu’étrangers, et a témoigné de son attachement indéfectible à l’État syrien et à son gouvernement actuel légitimement élu. La deuxième est en rapport avec le « timing » de l’attentat survenu à un moment critique qui a révélé l’incapacité des bandes armées à modifier l’équilibre des forces en leur faveur, de telle sorte qu’elles puissent effectivement réussir à contrôler ne serait-ce qu’une région du pays et à en interdire l’accès aux forces gouvernementales pour s’offrir une quelconque légitimité, et ce en dépit de tout leur armement et des moyens logistiques mis à leur disposition ! Ceci sans oublier une troisième évidence : celle de la crise notoire vécue par les soi-disant oppositions syriennes, séparées entre extérieure et intérieure, qui ne se rencontrent que par leur « hostilité au régime », pour tout de suite se disperser devant « la soif du pouvoir ».

Tout cela nous permet d’affirmer que les terroristes ont eu recours à l’arme chimique par décision d’un commandement suprême [USA], avec la coopération et la complicité d’un triangle régional [Qatar, Arabie saoudite, Turquie] et d’un binôme européen [France, Grande Bretagne], qui ne sont donc que des exécutants, pour atteindre les objectifs suivants :

1. Dépasser la crise structurelle et le handicap sur le terrain dont souffre la prétendue opposition syrienne et introduire une nouvelle arme dans la bataille, pour atteindre l’équilibre rêvé par « le front des agresseurs » comme nous l’a expliqué le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qui « ne peut accepter le déséquilibre actuel » entre un État souverain et des mercenaires inféodés à l’étranger, et qui considère que « lever l’embargo sur les armes [à destination de l’opposition syrienne] est le seul moyen qui reste pour faire bouger politiquement la solution » ! [4]. Mais les règles de la guerre nous ont toujours enseigné qu’un adversaire, incapable d’atteindre ses objectifs, demande des renforts et/ou introduit une nouvelle arme sur le champ de bataille. Et c’est justement le cas des mercenaires armés incapables de contrôler la situation d’ensemble en dépit de renforts humains incessants qui ont atteint les 135000 hommes armés, rendus à 65000, sous les coups de l’Armée nationale syrienne et aussi du fait de l’évolution de leur environnement qui n’est plus dupe de leurs motivations. Coincés politiquement et militairement, il ne leur restait plus qu’à faire usage des armes chimiques pour faire exploser la situation et ainsi récupérer l’équilibre tant rêvé.

2. Satisfaire la volonté des dirigeants de l’OTAN, et particulièrement de la Turquie, par l’envoi d’un message fort à la Syrie lui signifiant que leurs menaces à répétition de fournir des « armes létales » à la dite opposition syrienne sont sérieuses et que les autorités syriennes feraient bien d’en tenir compte et de réviser leurs calculs, comme l’ont déclaré plus d’un responsable occidental… Les calculs qu’à leur avis la Syrie est censée réexaminer portent sur la détermination du gouvernement syrien et du Président Al-Assad de ne s’en remettre qu’aux seules décisions du peuple et de refuser les diktats étrangers d’où qu’ils viennent, notamment ceux qui consistent à en désigner les dirigeants en contournant le verdict des urnes. D’ailleurs, la désignation d’un citoyen américain, d’origine syrienne, comme premier ministre d’un gouvernement fantoche n’est qu’un avant goût de ce que les Occidentaux voudraient imposer à la Syrie ; ce que le peuple syrien refuse, ainsi que ses autorités nationales et patriotes. Là encore, il ne leur restait plus qu’à faire usage des armes chimiques pour faire pression, intimider, voire terroriser les autorités syriennes afin qu’elles abandonnent leurs principes de gouvernance, de souveraineté et d’indépendance.

3. Permettre aux dirigeants US de tester concrètement la direction syrienne du point de vue cohésion et sang froid, en particulier, tout en la poussant à répondre à ce crime commis par les bandes armées à sa solde par un crime de même nature. En d’autres termes, pousser la direction syrienne à répondre par une attaque chimique contraire, au cas où ils échoueraient à l’accuser de l’avoir elle-même perpétré. Ainsi les US auraient le prétexte suffisant pour intervenir militairement sous la couverture de diverses organismes internationaux ou régionaux et réussiraient enfin à « faire tomber le régime » qui a résisté et qui est toujours capable de résister, malgré le nombre considérable des agresseurs et la violence extrême de l’agression ; ce qui a fait que la Russie les a clairement prévenu que « sa chute était impossible » !

La décision d’utiliser le gaz sarin est une décision de la direction US prise il y a deux mois dans le but de s’en servir comme prétexte à intervention. Les rapports de la chaine CNN sur ce gaz prétendument utilisable par Damas, aux abois, se sont multipliés depuis le début de l’année [8] et révèlent que ce dernier argument s’est évaporé comme les précédents, car la cohérence syrienne sur les plans politique, médiatique et politique a fait échouer certains des objectifs essentiels de ses ennemis. Certes, les résultats de cet acte criminel sont lourds de conséquences, notamment par le nombre de victimes syriennes [26 tués, dont 16 militaires, et 86 blessés, au 20 Mars 3013, NdT]. Il n’empêche que ses répercussions vont dans le sens opposé à la volonté des États-Unis. En effet :

1. La condamnation internationale de cette attaque chimique, par de prétendus opposants pour la liberté, a quelque peu embarrassé les dirigeants occidentaux et a particulièrement révélé l’hypocrisie des dirigeants US qui, après avoir affirmé qu’ils ne savaient pas qui des rebelles ou des autorités syriennes avait usé de ces armes, se sont lancés dans une fuite en avant en déclarant « qu’ils n’accepteront pas que le régime utilise des armes chimiques » ; ce qui revient à admettre implicitement qu’ils acceptent, encouragent, voire ordonnent aux bandes armées d’en faire usage ! Bien que nous soyons convaincus que les dirigeants US ne s’imposent aucune restriction d’ordre légal, moral, ou humaniste, nous pensons néanmoins que cette situation dans laquelle ils se sont empêtrés pourrait les empêcher d’invoquer l’usage des armes chimiques pour pousser la communauté internationale à intervenir militairement en Syrie.

2. Quant à la dite opposition syrienne, nous pouvons dire que ce crime dépasse le simple embarras et constitue un énorme scandale qui ne manquera pas de les diviser encore plus qu’ils ne le sont, surtout que les victimes sont principalement des femmes et des enfants, dont une petite fille qu’ils n’ont pas pu ne pas entendre dire : "C’est cela leur liberté ? Puisse Dieu ne jamais les exaucer ! ».

3. Reste les « ourbanes » qui se réunissent encore sous l’égide d’une prétendue Ligue arabe et sur lesquels nous ne nous attarderons pas, sinon pour dire que leur silence équivaut à un aveu de reconnaissance de complicité dans ce crime répréhensible et condamnable par toute personne saine d’esprit douée d’un minimum de noblesse, autant de termes exclus de leur dictionnaire.

Finalement, bien que le recours aux armes chimiques par le front des agresseurs « sous direction US » signifie une importante escalade dans la violence contre la Syrie, il a été incapable de créer une brèche dans sa défense militaire et n’a en rien assuré l’équilibre des forces que les US cherchent désespérément avant de s’asseoir à la table des négociations. Au contraire, les USA ont perdu des cartes que ne compensera certainement pas la nomination d’un citoyen américain d’origine syrienne à « la tête d’un gouvernement intérimaire ». Ni lui, ni l’attentat criminel par armes chimiques n’auront réussi à atteindre leurs objectifs, tout comme ils ne modifieront pas les paramètres essentiels de l’équation sur laquelle repose l’Etat syrien et sa légitimité.

Amin Hoteit
21/03/2013

Article original : Al-tayyar هل تغيّرت المعادلة السورية بعد الكيماوي؟ !
http://www.tayyar.org/Tayyar/News/PoliticalNews/ar-LB/syria-after-chemical-pb-8119.htm

Article traduit de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal pour Mondialisation.ca

 

Notes :
[1] Entrevue intégrale du président syrien avec le Sunday Times
http://www.mondialisation.ca/entrevue-integrale-du-president-syrien-avec-le-sunday-time/5325236

[2] Des terroristes testent l’effet de gaz toxiques, de fabrication turque, en territoire syrien.
http://www.youtube.com/watch ?v=k_IIARKNXQI&feature=youtu.be

[3] SYRIA : US-NATO Backed Al Qaeda Terrorists Armed with WMDs. Chemical Weapons against the Syrian People
http://www.globalresearch.ca/syria-us-nato-backed-al-qaeda-terrorists-using-wmds-chemical-weapons-against-the-syrian-people/5327507

[4] Syrie : Fabius veut armer "rapidement" l’opposition
http://www.dailymotion.com/video/xy6zt5_syrie-fabius-veut-armer-rapidement-l-opposition_news

[5] Syrie : pour Fabius, "Assad ne mériterait pas d’être sur la terre"
[6] En Syrie, armes à double tranchant
http://blog.mondediplo.net/2013-03-19-En-Syrie-armes-a-double-tranchant

[7] Syrie : le premier ministre de l’opposition refuse tout dialogue avec Assad
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/03/19/ghassan-hitto-elu-premier-ministre-interimaire-par-l-opposition-syrienne_1850209_3218.html

[8] Syria’s chemical weapon potential : What is it, and what are the health risks ?
http://edition.cnn.com/2012/12/07/world/meast/syria-chemical-weapons-qa/

Le Docteur Amin Hoteit est libanais, analyste politique, expert en stratégie militaire, et Général de brigade à la retraite.

 

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