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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 00:23

 

Les plans de rigueur se sont multipliés en Europe (Sipa)

 

Au cours des années 1980, France et Grande-Bretagne ont toutes deux subi une cure d'austérité. C'est dans les mesures décidées à cette époque que se trouvent certaines des composantes de la crise actuelle.

 

6,2 milliards de livres, soit 7,2 milliards d'euros, tel est le montant faramineux des coupes immédiates dans les ministères annoncées par le nouveau gouvernement britannique de David Cameron le 24 mai. Seules la santé, la défense et l'aide au développement sont épargnées. Les recrutements sont gelés. Dans le pays, le déficit budgétaire a atteint 11,1% du PIB

 

Margaret Thatcher (AFP)

 

"Retour du thatchérisme", n'ont pas hésité à dénoncer les syndicats et certains commentateurs. Les mesures d'austérité décidées par la Dame de Fer dans les années 1980 ont en effet laissé un goût amer à de nombreux Britanniques. En octobre 1979, Margaret Thatcher fraîchement élue Premier ministre, entreprend une libéralisation des activités bancaires et financières pour renforcer la place de Londres.

Puis, durant toute la décennie suivante, les grandes entreprises sont privatisées -British Steel (acier), British Airways, British Telecom, etc. Le Premier ministre réduit par ailleurs les impôts et les dépenses publiques.

 

Des industries démantelées

La structure de l'emploi est changée. Les industries sont démantelées, au profit des services et de la finance. Le syndicalisme devient la bête à abattre.

C'est à cette époque que La City, pointée du doigt lors de la crise de 2008, gagne en puissance.

Dans les années 1980, la France connaît elle aussi son tournant de la rigueur, sous François Mitterrand. Le ministre de l'Economie Pierre Bérégovoy privatise certains secteurs. Les marchés financiers sont partiellement dérégulés. Les entreprises qui ont été nationalisées entre 1981 et 1984 sont re-privatisées sous le gouvernement Jacques Chirac entre 1986 et 1988. 

A partir de 1984, la France fait le choix d'une économie sociale de marché.François Mitterrand (AFP)

 Près de 30 ans après, le pays se voit imposer de nouvelles mesures drastiques. Le déficit public menaçant d'atteindre le niveau record de 8% du PIB cette année, François Fillon a annoncé un gel des dépenses de l'Etat pendant trois ans. D'autres réductions des dépenses sont à l'ordre du jour, ainsi qu'une diminution de cinq milliards en deux ans des niches fiscales.

 

Des transactions sans contrôle

Peut-on voir un lien entre les mesures décidées en France et en Grande-Bretagne dans les années 1980 et les plans de rigueur annoncés ces jours-ci pour faire face aux conséquences de la crise financière ?

Agnès Alexandre-Collier, auteur de "Les habits neufs de David Cameron" (Presse de Sciences-Po, avril 2010), estime que "la politique économique du Premier ministre britannique s'inscrit dans la lignée de celle du New Labour de Tony Blair ET de celle de Margaret Thatcher".

Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique, juge pour sa part que "le contexte est très différent. Quand les plans de rigueur ont été mis en place dans les années 1980, on sortait du choc pétrolier. Aujourd'hui, le problème n'est pas de casser l'inflation monétaire, qui est basse, puisque l'inflation concerne désormais des marchés d'actifs, des bulles."

Pour Jacques Cossart, économiste, secrétaire général du Conseil scientifique d'Attac (Association pour une taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens), "il faut prendre plusieurs précautions et considérer que 30 ans après, le capitalisme a beaucoup changé. La période des années 1980 est le début du consensus de Washington (un ensemble de mesures à appliquer aux économies en difficulté face à leur dette, comprenant notamment une stricte discipline budgétaire, NDLR). "La dérégulation financière n'avait pas encore atteint les niveaux d'aujourd'hui, on en était à ses balbutiements. Ce qui a provoqué la crise d'aujourd'hui est le résultat de transactions qui ont eu lieu sans contrôle", explique-t-il.

 

Déconnexion entre l'économie réelle et l'économie financière

Les marchés financiers ont accru leur pouvoir (AFP)Le terreau du récent séisme économique se trouve, selon lui, "dans la totale déconnexion entre l'économie réelle et l'économie financière". Christian de Boissieu évoque de son côté "une finance qui a fini par tourner sur elle-même".

 "Quand on demande à une entreprise industrielle un rendement de 15 à 20%, quand on exige qu'elle produise de la valeur pour un actionnaire, cela ne peut conduire qu'à la crise. Il s'en suit les fameuses bulles spéculatives, qui finissent toujours par éclater", avance Jacques Cossart.

Retrait de l'Etat, financiarisation de l'économie, montée en puissance de l'actionnariat au cours des 30 dernières années : tels sont les éléments qui ont favorisé le déclenchement de la crise. Même si, comme l'explique Christian de Boissieu, les produits financiers sont apparus bien avant, dans les années 1970. "Le système de Breton Woods est mort en 1973. Les taux de change sont alors devenus très volatiles. Les instruments financiers ont répondu à un besoin de couverture."

 Il était déjà question de déjouer la réglementation. "Trop de réglementation peut susciter des comportements de contournement. L'équilibre est difficile à trouver", met-il en avant.

 

Une atteinte à la croissance ?

Jacques Cossart indique que le tournant de la rigueur en France en 1983 était "contre-nature, tout comme l'est ce qu'imposent maintenant le FMI et l'Union européenne à la Grèce. C'est l'inverse qu'il aurait fallu décider. La consommation soutient l'économie. Quand on inflige aujourd'hui ce qu'on imposait dans les années 1980, on ne fait que diminuer la croissance. C'est en contradiction avec le capitalisme ordinaire. D'un côté, on ne lâche rien sur les mythes fondateurs, avec les mesures de rigueur, et en même temps, pour donner le change, Angela Merkel parle de taxer les marchés financiers."

Pour Christian de Boissieu, en revanche, rigueur budgétaire ne va pas de pair avec rigueur économique. "Il ne faut pas penser que réduire les dépenses publiques va ralentir la croissance. Il faut marcher sur les deux jambes : d'une part baisser les déficits et de l'autre mettre en place des stratégies de croissance active, en investissant dans l'innovation, la recherche, en misant sur la croissance des PME…"

 

"L'Etat a arrêté d'appliquer son pouvoir"

Jacques Cossart regrette qu'aujourd'hui, ce soient "les marchés qui décident". Les Etats ont pourtant fait la démonstration de leur pouvoir lorsqu'ils ont sauvé les banques. "Aucune puissance privée n'était capable de mettre tant d'aides sur la table", met en avant l'économiste. Pourtant, après ce coup d'éclat, les pouvoirs publics auraient dû imposer des conditions de régulations. "Or, l'Etat a arrêté d'appliquer son autorité", dénonce-t-il. La perte de contrôle des marchés initiée dans les années 1980 n'a fait que s'accroître. Christian de Boissieu n'est pas de cet avis et pointe que le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire devrait prochainement décider de sévères mesures.

La solution pour rompre le cercle vicieux de la crise réside dans la parole des citoyens, affirme Jacques Cossart. "Dans un Etat démocratique, ce sont eux qui doivent dire ce qu'il faut faire".

 (Bérénice Rocfort-Giovanni- Nouvelobs.com)

 

tempsreel.nouvelobs.com

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Published by Eva R-sistons - dans La crise
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