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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 14:02

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Modernisation: la Russie prône un projet paneuropéen

Fedor Loukianov

Fedor Loukianov

© RIA Novosti.
09:00 17/02/2011
"Un monde changeant"
par Fedor Loukianov

Lors de son discours à Londres, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a appelé à transformer la modernisation de la Russie en "projet paneuropéen", "comme ce fut le cas à l’époque de Pierre le Grand", qui "pourrait devenir crucial pour surmonter les conséquences de la crise financière mondiale." En ce qui concerne la crise mondiale, le ministre russe a certainement exagéré. Le sort de l’économie globale n’est pas déterminé en Russie, et même pas dans l'Union européenne. Mais pour le reste, le discours reflète l’esprit d'une époque qui n’est pas encore venue mais qui est en train d’arriver.


L’été dernier le président russe Dmitri Medvedev a chargé les diplomates russes de tout faire pour soutenir la modernisation. Depuis, une répartition précise des thèmes concernant les divers axes s’est établie dans la politique étrangère russe. Les problèmes stratégiques, le désarmement, la non-prolifération, etc., sont discutés et réglés avec les Etats-Unis. En ce qui concerne l’avenir de la politique mondiale, Moscou observe avec attention l’Asie où cet avenir est en train de se matérialiser. Et quant à la modernisation, c’est une question plus socio-économique que politique, concertée entre la Russie et l’Europe.

Et la tradition historique joue un certain rôle (le Vieux Continent a toujours servi de source d'inspiration à la Russie pour sa modernisation, et ce n’est pas par hasard que Lavrov a évoqué Pierre le Grand). Mais les changements qui surviennent sous nos yeux dans l’ordre du jour mondial sont plus importants. L’Europe cesse d’être un acteur géopolitique sérieux en se concentrant sur ses propres affaires. Et cela permet d’espérer que le "projet paneuropéen" annoncé par le ministre russe est réalisable.

Le repliement de l’Europe sur elle-même a commencé au milieu des années 2000, lorsque la constitution de l’UE, appelée à symboliser le pas accompli vers la fédéralisation de l’union et la centralisation de la "volonté politique", s’est enlisée. Début 2010, d’acteur international unique l’Europe s’est transformée en un conglomérat complexe de relations internes où toutes les décisions de politique étrangère étaient prises avec beaucoup de difficulté et selon le principe du plus petit dénominateur commun. Si l'on ajoute à cela les nouvelles institutions mal rodées et la stratification économique importante, il est clair que Bruxelles et les autres capitales européennes ont autre chose à faire que de se préoccuper du monde extérieur.

La politique étrangère commune s’est réduite à l’imitation, mais les derniers événements d'Afrique du Nord semblent avoir mis une croix dessus. L’Union européenne s’est avérée incapable de répondre aux événements non pas à l’autre bout de la planète, mais dans la zone de ses intérêts directs: géographiques, culturels et économiques. Si tout récemment encore l’Europe prétendait à une position indépendante des Etats-Unis sur les questions internationales importantes, maintenant la baronne Catherine Ashton écoute avec beaucoup d’attention ce que dit Washington pour faire une déclaration similaire. Et les fruits de cette politique impuissante ne se sont pas fait attendre. Le flux des réfugiés en provenance de Tunisie qui a déjà submergé l’Italie montre ce qui arrive quand on n’adopte pas une position active et lorsqu'on ne tente pas de régler préventivement les problèmes.

Quoi qu’il en soit, le repliement de l’Europe sur elle-même n’est pas un processus aléatoire. Et de toute évidence il s'inscrit dans le long terme. Dans un avenir prévisible, la tâche du Vieux Continent consistera à éliminer les diverses contradictions internes, principalement de nature économique et sociale. Des initiatives en politique étrangère, on ne pourra s’attendre à autre chose qu’à une activité résiduelle dans les pays du "partenariat oriental" (la Biélorussie, la Moldavie, l’Ukraine), et très limitée, car les fonds pour une expansion réelle sont inexistants, et l’imitation se réduira d'elle-même à néant tôt ou tard.

Le "partenariat pour la modernisation" avec la Russie, discuté depuis un an et demi, donne aux deux parties la possibilité de se sentir au centre d’un projet sérieux et prometteur. Objectivement, la Russie et l’Europe se complètent. On en parle depuis le début des années 2000, lorsque Vladimir Poutine a été le premier à soulever ce thème, et par la suite il a été soutenu par les politiciens européens. Cependant, la mise en œuvre du "rapprochement par entrelacement mutuel" (le terme utilisé par le ministre allemand des Affaires étrangères) rencontrait des obstacles. Au départ, l’Union européenne croyait être en plein essor, et pour cette raison elle voulait que la coopération s’effectue seulement selon ses conditions. Puis la Russie s'est sentie dopée par les hydrocarbures et a commencé à s’opposer à la pression européenne, en transformant parfois ce processus en une fin en soi. La confrontation idéologique ne cessait pas: l’Europe accusait la Russie de s'écarter des "valeurs" universelles, et la Russie, à son tour, inventait des systèmes idéologiques originaux.

Aujourd’hui, on semble assister à une prise de conscience de la réalité. Premièrement, tout l’espace européen se transforme en périphérie globale, et peu de choses dans le monde dépendent des différends et des contradictions (qui semblaient il y a encore peu de temps fatidiques) dans cette partie de la planète. Ce qui signifie que l’importance des acteurs européens diminue. En fait, si la Russie réussissait à l’augmenter, ce serait grâce à ses activités en Asie. Deuxièmement, on est conscient qu’au XXIe siècle aucune partie de la Grande Europe (qu'il s'agisse de l’UE ou des pays restés en dehors de l'Union) n’a la moindre chance de faire partie des leaders mondiaux. Troisièmement, le nombre des problèmes internes freinant les succès extérieurs augmente de façon inquiétante. Et leur règlement est la tâche primordiale. Pour finir, les différences en termes de valeurs devraient s’estomper au fur et à mesure de la compréhension des avantages mutuels du partenariat: le pragmatisme et le rationalisme sont aussi fondamentaux pour la civilisation européenne que les valeurs humanitaires. En fin de compte, les exemples historiques de la participation européenne à la modernisation russe, de Pierre le Grand à Staline, ne se référaient aucunement aux "valeurs communes."

Pour cette raison, la perspective de "projet paneuropéen" de modernisation de la Russie, plus précisément d'union des capacités et des besoins économiques réciproques, est aujourd’hui plus palpable qu’auparavant. La Russie et les pays de l’UE ont besoin de motivations pour se développer, et elles sont capables de se les apporter mutuellement. La dépolitisation des relations et leur passage définitif à une dimension socio-économique apporteront un espoir d'enrichissement mutuel.

 

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*

La Russie est-elle imprévisible? Peut-être, mais n'exagérons rien: il arrive souvent qu'un chaos apparent obéisse à une logique rigoureuse. D'ailleurs, le reste du monde est-t-il prévisible? Les deux dernières décennies ont montré qu'il n'en était rien. Elles nous ont appris à ne pas anticiper l'avenir et à être prêts à tout changement. Cette rubrique est consacrée aux défis auxquels les peuples et les Etats font face en ces temps d'incertitude mondiale.

Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs.


http://fr.rian.ru/tribune/20110217/188641018.html

 

 

L'Europe de l'Atlantique à l'Oural :

C'était le projet du Gl de Gaulle !

Et il n'était pas qu'économique:

Aussi culturel et politique !

Et un grand facteur de paix dans le monde...

Ecoutons-le !

Eva R-sistons

 

 

L’Europe de l’Atlantique à L’Oural

 

 

La formule est tirée du discours prononcé à Strasbourg en novembre 1959 : « Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! » L’expression cheminait depuis longtemps dans ses interventions – ainsi le 16 mars 1950 : « L’atmosphère européenne serait changée de l’Atlantique jusqu’à l’Oural », ou, le 12 novembre 1953 (voir vidéo ci-dessous) : « [en 1945], je n’oubliais pas que l’Europe va de Gilbraltar à l’Oural. »


Employée à maintes reprises par la suite, cette expression a une formidable portée politique. En pleine guerre froide, à une époque où la bipolarité est un des grands principes organisateurs de la vie internationale, elle suggère une remise en cause de l’ordre établi à la fin de la Seconde Guerre mondiale et une posture particulière face au grand allié américain. Elle conduit à s’interroger sur la sortie du conflit Est-Ouest et sur la réunification du Vieux continent. Evoquer une Europe qui s’arrête à l’Oural, qui n’est une frontière ni politique ni culturelle, revient à proposer d’amputer l’URSS des deux tiers de son territoire. Si les Soviétiques n’ont guerre dénoncé cette formule dans laquelle ils ont vu avant tout une contestation de la présence américaine, ils ont cependant demandé des éclaircissements par voie diplomatique.


De Gaulle refuse la division de l’Europe « artificielle et stérile » qui est « le pire mal de notre époque ». Sa volonté de modifier le statut quo rejoint ici le sens profond qu’il a de l’Histoire. Parce qu’elle est une réalité historique et géographique, l’Europe ne peut se réduire à sa partie occidentale. Le projet gaullien correspond à une grande ambition internationale : au sein d’une Europe réconciliée, à nouveau maîtresse de son destin, la France redevient, face aux Etats-Unis, un acteur central de la vie internationale.

 

Il est aussi un grand projet d’équilibre et de paix. L’Europe de l’Atlantique à l’Oural inclut l’URSS ou du moins la Russie, car c’est à elle que de Gaulle se réfère le plus souvent, convaincu que les idéologies et les régimes passent alors que les Nations demeurent. Elle implique une réconciliation franco-allemande et un règlement du problème allemand pouvant aller jusqu’à la réunification. Les questions russe et allemande sont ici liées : lorsqu’elle ne sera plus ni totalitaire ni expansionniste, l’URSS contribuera à l’équilibre indispensable à la Paix.


 

VIDEO sur le site ici :

 

 

http://www.gaullisme.fr/?p=7629

link

 

 

 

 

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L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

 

 

Edmond JOUVE

L'Europe de l'Atlantique à l'Oural, Espoir n°18, 1977


 

 

Pour le général de Gaulle, la petite Europe -celle du Marché commun -ne pouvait être, au mieux, qu'un point de départ. En aucune façon, une fin. L'objectif était de regrouper, dans une organisation d'ensemble, tous les Etats de l'Ancien continent .

 

Comme Bonaparte, « l'homme du 18 juin » faisait des plans avec les rêves de ses soldats endormis. Le 11 juin 1965, à Bonn, voici, en effet, le fondateur de la Ve République qui, comparant la construction de l'Europe occidentale à une cathédrale, poursuit ainsi son image : « Quand nous l'aurons fait, nous ne l'aurons pas fait pour nous seuls, nous l'aurons fait aussi pour d'autres, s'ils veulent venir avec les Six pour utiliser ce lieu de réunion. Et - qui sait ? -quand nous aurons abouti, peut-être aurons-nous pris goût à bâtir de tels monuments. Et peut-être voudrons-nous alors, et pourrons-nous alors, construire une cathédrale encore plus grande et encore plus belle, je veux dire l'union de l'Europe tout entière. »

 

Cette « grande Europe », il n'est certes pas question de la construire aussi longtemps que la Grande-Bretagne restera à la porte du Marché commun et que l'U.R.S.S. maintiendra son emprise sur les pays livrés à son influence. Mais, reconnaître que l'unification de l'Europe n'est pas pour demain ne signifie, nullement, qu'il faille se désintéresser de cette idée. L'Europe des contingences n'a jamais eu, il est vrai, les préférences du Général.

 

Ses inclinations le portent vers l'Europe vraie : une Europe rassemblée, élargie, sans frontières. De 1941 à 1969, « son » Europe s'est progressivement dilatée jusqu'à épouser les dimensions d'un continent tout entier. 'Pour le fondateur de la Ve République, il existe donc deux Europes : celle de la Terre promise et celle des réalités. Là comme ailleurs, il s'efforcera de faire coïncider ses rêves avec la politique de la France.

 

 

 

1. La Terre promise européenne

 

Le colonel de Gaulle l'avait déjà observé, « les chefs dont l'Histoire nous rapporte le prestige, eurent ce trait commun d'avoir prophétie, il conviendra de percer le mystère et de rechercher les voies de son accomplissement.

 

« L'Europe de l'Atlantique à l'Oural ». L'expression, si souvent attribuée au général de Gaulle, n'a jamais été utilisée par lui sous cette forme. Bien entendu, « Atlantique » et « Oural » se trouvent parfois réunis dans ses écrits et déclarations, et, d'abord sous la IVe République, à l'occasion d'une conférence de presse tenue à Paris le 16 mars 1950. Le président du RPF évoque un changement d'atmosphère « de l'Atlantique jusqu'à l'Oural ». Par la suite, le fondateur de la Ve République utilise, indifféremment, les formules : « depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural » (7 juin 1959, Roanne), « de l'Atlantique à l'Oural » (17 juin 1962, Montbéliard), « entre l'Atlantique et l'Oural » (25 mars 1959, Paris).

 

Il s'agit parfois, pour le général de Gaulle, de fixer les limites de l'Europe. Il affecte alors de faire partager une évidence : l'Europe c'est nous qui la formons, « nous autres qui vivons entre l'Atlantique et l'Oural ». Pour montrer qu'il ne choisit pas par hasard le second terme, il précise : « jusqu'aux chaînes des montagnes de l'Oural ». Mais, le plus souvent, lorsqu'il souligne la nécessité d'une Europe s'étendant de l'Atlantique jusqu'à l'Oural il en fait ressortir les bienfaits. Sur le vieux continent, « toute l'atmosphère européenne serait changée », on verrait « l'espérance renaître », on pourrait envisager que s'établisse un jour « l'entente européenne », après que soit intervenue la « détente ».

 

L'Europe favoriserait ainsi l'équilibre entre « deux zones comparables par le nombre et les ressources ». Elle serait alors en mesure de décider du sort du monde. Elle serait à même de résoudre des problèmes aussi vitaux que celui « de la misère de deux milliards d'hommes des pays sous-développés ». La formule « l'Europe de l'Atlantique à l'Oural » a, évidemment, quelque chose de fracassant. Quand le général de Gaulle veut exprimer la même idée, mais sans faire peur, sans créer de mystère, il emploie d'autres termes. Il parle, par exemple, de « l'Europe tout entière ».

 

Comment donc expliquer « l'énigme » ? Quelle signification lui donner ? Un point au moins est certain : pour le fondateur de la Ve République, l'Europe ne s'arrête pas aux frontières du Marché commun. Son Europe est celle des géographes et des historiens, qui fixent à l'Oural sa limite orientale. C'est cette grande Europe que le général de Gaulle veut reconstruire. On pourra, certes, discuter sur ses frontières. Celles-ci pourront demeurer indécises. Mais il reste qu'une partie au moins de l'URSS appartient à notre continent. Le général de Gaulle en est, depuis longtemps, persuadé.

 

Ainsi, le 25 octobre 1944, se déclare-t-il hostile à la formation d'un bloc de l'Europe de l'Ouest : « Ce serait un non-sens et une mauvaise politique » de séparer l'Europe orientale de sa partie occidentale. Moins d'un mois plus tard, le 22 novembre, le président du G.P.R.F. déclare, convaincu, devant l'Assemblée consultative, que « pourra être construite cette unité de l'Europe à laquelle nous croyons et dont nous espérons qu'elle se traduira en actes précis reliant ces trois pôles : Moscou, Londres, Paris ».

 

Plus tard, l'idée sera souvent reprise : « Il y a très longtemps - observe « l'homme du 18 juin » - que les Français, les Belges, les Hollandais, les Rhénans et quelques autres naissent du côté où le soleil se couche. Il y a très longtemps que d'autres Européens naissent du côté où le soleil se lève. Je ne vois pas pourquoi ceux de la première catégorie renieraient leur qualité d'Occidentaux et je ne vois aucun inconvénient à ce que les autres proclament leur qualité d'Européens de l'Est. Tous sont Européens ».

 

Par la suite, la même préoccupation subsistera. Le général de Gaulle se déclare partisan de « faire l'Europe tout entière avec la Russie ». Sous la Ve République, il souhaite « que l'avenir mette l'Europe à même de mener sa propre vie grâce à l'équilibre établi entre les deux parties d'elle-même qui pratiquent des régimes différents ». Il émet l'espoir que tous les hommes se retrouvent « d'un bout à l'autre de notre Ancien continent ».

 

Ainsi, estime-t-il l'organisation européenne actuelle incomplète et mutilée. Elle est un commencement, pas une fin. Pays occidentaux et orientaux doivent nécessairement coopérer. Mais cette Europe de l'Est, où finit-elle ?

 

Le général de Gaulle semble considérer que les contrées situées à l'Est de l'Oural constituent le domaine colonial de l'ancien Empire des tsars. A ce titre, ces régions ont vocation à recouvrer leur indépendance. Ainsi, l'U.R.S.S. reste-t-elle, avant tout, la Russie, jadis Russie des tsars, aujourd'hui Russie des soviets. Et celle-ci, comme celle-là, a étendu sa domination sur d'autres terres, qu'elle a colonisées, constituées en Empire, réduisant ses habitants en servitude. Dès 1949, le chef du RPF s'exprime sans équivoque : « A l'extérieur, les deux tiers de l'Europe et une grande partie de l'Asie tenue sous la loi de la Russie des Soviets constituent un instrument colossal de domination » ).

 

Dans d'autres circonstances, il parle de l'Empire soviétique, selon lui « la dernière et la plus grande puissance coloniale de ce temps ». Le 22 octobre 1960, à Nice, il déclare, évoquant l'U.R.S.S.: « C'est un Empire... qui tient sous son joug - et quel joug ! - toutes sortes de peuples qui furent conquis naguère par les tsars ou, plus récemment, par lui-même. C'est un peuple qui tient opprimées et défigurées un grand nombre de nations : la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie, l'Albanie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Prusse, la Saxe... Je ne sais pas si j'en oublie, c'est possible. »

 

Et de conclure : « C'est l'histoire de Tartuffe qui se faisait le champion de la vertu pour avoir accès auprès des femmes. » Au cours de la conférence de presse du 29 juillet 1963, le général de Gaulle parle de l'U.R.S.S. comme d'un «Empire européen détenteur d'immenses territoires asiatiques ». Et cet Empire ne s'est pas seulement constitué sous le régime soviétique : des peuples y ont été annexés « déjà du temps des tsars ».

 

En période de tension, « l'homme du 18 juin » évoque l'Empire des soviets. Lorsque la tempête s'apaise, il salue volontiers l'Union soviétique. Mais, en vérité, son jugement reste le même. L'U.R.S.S. n'est pas formée d'un peuple mais de plusieurs. L'idée lui est familière. Au cours d'une allocution prononcée à Belley, il le souligne, une fois encore.

 

Un an plus tard, et malgré l'euphorie du moment, il adresse ses voeux cordiaux à l'Union soviétique et à ses « peuples ». Ainsi, le constat est simple : l'U.R.S.S. est, avant tout, un vaste empire colonial sous la dépendance de la Russie. Et encore, celle-ci ne se confond-elle pas avec la République socialiste fédérative soviétique de Russie qui s'étend d'Est en Ouest, de la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Biélorussie et l'Ukraine jusqu'à la mer d'Okhotsk. Pour le général de Gaulle, il ne s'agit que de la Russie « nation blanche de l'Europe, conquérante d'une partie de l'Asie ».

 

Cette formule peut surprendre. Mais, de toute évidence, ces propos sont mûrement réfléchis et soigneusement pesés. Ils ont été « testés » au cours d'une allocution prononcée à Bourges le 7 mai 1959. Le président de la République avait dit, à propos des peuples de l'Europe tout entière : « Je suis convaincu qu'après beaucoup d'expériences, de propagandes, de prétentions, au fond, les peuples, dans leur profondeur, de part et d'autre, s'aperçoivent qu'ils se ressemblent, que les régimes n'y font rien, qu'ils sont des blancs, les uns et les autres » . Pour le général de Gaulle donc, l'Europe finit là où s'éteint la Russie blanche. C'est donc cette Russie-là qui a vocation à participer à toute organisation d'ensemble de l'Europe. Un fait significatif vient appuyer cette conclusion : lors du vol du premier astronaute, le chef de l'Etat attribue cette victoire à l'Europe. « La réussite des savants et des astronautes soviétiques fait honneur à l'Europe et à l'humanité », écrit-il à cette occasion.

 

L'accomplissement de la prophétie. Le 4 février 1963, M. 'Maurice Couve de Murville déclarait, devant la Commission sénatoriale des Affaires étrangères : « L'Europe de l'Atlantique à l'Oural n'est pas une conception actuelle. Cette notion se rattache à l'idée qu'à la fin des fins, il faudra un véritable règlement européen et qu'on trouvera une Europe qui aura son propre équilibre. Le but lointain d'une union de toute l'Europe doit être affirmé en tenant compte de l'évolution russe qui a été grande depuis Staline. Mais, pour le moment, on constate que l'U.R.S.S. ne cherche pas d'accord avec l'Europe des Six et n'est pas disposée à avoir d'autre interlocuteur que les Etats-Unis. » Ainsi donc, l'Europe de l'Atlantique à l'Oural est appelée à rester, longtemps encore, une Terre promise.

 

Mais, pour que la prophétie se réalise, pour que la grande Europe prenne forme, certaines conditions doivent être remplies. Il faut d'abord que l'Europe occidentale constitue un tout organisé et solide, capable de se défendre. C'est la question essentielle à la réalisation de laquelle tout est suspendu. Cela acquis, « alors on pourra se tourner vers la Russie ». Mais, pour que cet ensemble européen ne se laisse pas absorber ou réduire par l'U.R.S.S., l'alliance avec les Etats-Unis d'Amérique a paru, au moins pendant un certain temps, une absolue nécessité. « Devant les Soviets, la solidarité du Nouveau et de l'Ancien mondes est la loi du salut pour l'un tout autant que pour l'autre ». Ces conditions fondamentales réunies, le général de Gaulle pense que l'Europe pourra alors servir d'exemple et constituer un objet de convoitise. Un autre facteur joue dans le même sens : « L'évolution imposée d'un côté par la nature humaine qui aspire à la liberté, de l'autre par le développement qui exige l'efficacité ».

 

Le régime, en effet, peut se transformer. Dès 1959, le président de la République perçoit quelques signes de détente. Dans une large mesure, il rend Nikita Khrouchtchev responsable de ces changements : « Sans doute... et peut-être surtout, dit-il, la personnalité du chef actuel de la Russie soviétique, discernant qu'à l'échelon suprême des responsabilités le service rendu à l'Homme, à sa condition, à sa paix, est le réalisme le plus réaliste, la politique la plus politique, joue-t-elle un rôle déterminant dans le début d'une nouvelle orientation ».

 

Le 23 mars 1960, le général de Gaulle prononce, sur le même ton, d'aussi aimables paroles. Pendant un certain temps, sa détermination restera la même. Plus tard, il sera moins affirmatif. Il exprime pourtant sa certitude qu'une évolution se produira en U.R.S.S. « qui, peu à peu, amènera cette partie du monde à la liberté, à l'égalité et à la fraternité, comme chez nous, et qu'il deviendra possible d'établir entre les deux blocs, d'abord une détente, ensuite une entente sur laquelle on pourra bâtir la paix des hommes ».

 

A Langres, le 26 avril 1963, il continue à s'interroger : « Peut-être une évolution va-t-elle s'accomplir. Peut-être y en a-t-il déjà quelques signes ». Mais vers quoi va conduire cette transformation? Le général de Gaulle est formel : l'idéologie communiste disparaîtra d'elle-même. Il ne s'agit pas IA d'une formule plus ou moins imprécise mais, au contraire, de propos exprimant une conviction profonde. Ils figurent dans le texte des Mémoires de guerre : « Dans le mouvement incessant du monde, toutes les doctrines, toutes les révoltes n'ont qu'un temps. Le communisme passera ».

 

Cette idée resurgira souvent et les idéologies, « passagères et mortelles », comme l'enseignent le bon sens et l'histoire, sont traitées avec condescendance. De la même manière, les régimes, « n'importe lesquels », « sans exception », sont destinés à disparaître, à passer. Ne suffit-il pas de considérer l'histoire française pour s'en persuader ? « En France, des régimes nous en avons connu beaucoup, et nous sommes restés des Français, et nous ressemblons terriblement à nos pères ».

 

Pourquoi ce qui est vrai pour nous ne le serait-il pas pour les autres ? Dès lors que le communisme et les régimes qui s'en inspirent sont censés « passer » dans un avenir plus ou moins proche, dans un avenir plus ou moins proche aussi, rien de fondamental ne séparera les deux parties de l'Europe. De l'Atlantique à l'Oural, celle-ci deviendra possible. Ainsi, de l'Europedéfense-contre-le-péril-soviétique, en passant par l'Europe-lien-entre-les-deux-blocs, on en viendra à la grande Europe, l'Europe réconciliée de l'Ouest à l'Est. Vue utopique ? Rêve chimérique ? Ou, au contraire, destin probable ? Le général de Gaulle, en tout cas, n'a cessé de favoriser le dégel observé dans les démocraties populaires. Il n'a cessé de poser des jalons.

 

 

 

2. Jalons pour une Europe rassemblée

 

Certes, cinquante ans après la révolution d'Octobre, l'idéologie marxiste reste la doctrine officielle de l'Etat soviétique. Le communisme, encore, n'est pas « passé ». Mais, il est vrai que « l'avenir dure longtemps ». Et puis, les fissures du bloc socialiste apparaissent au grand jour, et voici qu'on admet, de plus en plus, que la ligne de démarcation passe entre les Etats nantis et « ceux qui manquent de tout », davantage qu'entre deux blocs séparés par un rideau de fer. Si l'on souscrit à cette analyse, la Russie se trouve bel et bien dans le camp des pays riches.

 

Dans son Introduction à la politique, M. Maurice Duverger décrit ainsi le phénomène : « Malgré l'ampleur de leurs désaccords, occidentaux et marxistes sont plus proches qu'ils ne pensent dans leur conception de la politique. Les premiers ont pratiquement renoncé à un idéalisme qui camouflait mal des comportements concrets tout différents... De leur côté, les marxistes commencent à donner plus d'importance aux facteurs culturels... L'image occidentale de la société d'abondance, confortable et dépolitisée est très proche de l'image soviétique de la phase supérieure du communisme et du dépérissement de l'Etat ». Cette pensée, qui s'apparente à celle du père Teilhard de Chardin rejoint ici celle de Charles de Gaulle. Ayant décelé les signes avant-coureurs d'un changement profond, le fondateur de la Ve République sera l'initiateur d'une politique française d'ouverture à l'Est.

 

Les signes avant-coureurs dans les démocraties populaires. « L'homme du 18 juin » a, depuis longtemps, reconnu l'existence d'Européens de l'Est » qui naissent du côté où le soleil se lève » . Certains pays sont même l'objet d'une prédilection particulière. Il note que, de la Pologne, « la France a toujours été l'amie ». Et de la Tchécoslovaquie, qui « occupe géographiquement, économiquement et moralement une position clef en Europe », il dit qu'elle est « chère au cœur de la France ». La guerre à peine terminée, le général de Gaulle tend la main aux Etats de l'Europe centrale et balkanique. Il pardonne à la Hongrie, à la Roumanie, à la Bulgarie, d'avoir adhéré à l'Axe. L'Europe ne doit pas leur fermer les portes « dès lors qu'elles pourront lui demander de les ouvrir ». Pourtant, ces pays d'Europe centrale et orientale -cet « énorme bloc oriental » - vont être longtemps coupés de l'Occident. Le fait est imputable au « régime soviétique qui en exploite les ressources au profit de sa propre misère ». Un monde sépare l'espoir formulé en juillet 1947 et la réalité décrite en septembre de la même année.

 

Pour le général de Gaulle, cette situation résulte, avant tout, des accords de Yalta. Le 27 juillet 1947, il déclare, à Rennes : « En fait, les deux tiers du Continent se trouvent dominés par Moscou. Je ne chercherai pas à développer ici dans quelle mesure une politique qui, à Yalta, tenta de régler hâtivement le sort de l'Europe sans l'Europe - et, en particulier, sans la France, en dépit des protestations du gouvernement de Paris - a pu contribuer à cette situation. » Sept mois plus tard, il constate, amer : « La prépondérance qu'ont reconnue à l'autorité de Moscou, l'Amérique et l'Angleterre dans les conférences de Téhéran, de Yalta et de Moscou... ouvrent une carrière inouïe à l'ambition des Soviets ».

 

Pour le président du R.P.F., cet asservissement des démocraties populaires s'explique par l'état d'épuisement complet de l'Europe et son manque d'organisation. A cet égard, le cas de la Pologne, qui a subi des pertes s'élevant à 38% de son revenu national, est exemplaire. Au lendemain de la Libération, « l'homme du 18 juin » observe sans complaisance : « Qu'est aujourd'hui l'Europe ? Un continent misérable, dont tous ceux des Etats qui ont pris part à la guerre se trouvent ébranlés jusque dans leurs fondements par les pertes, les destructions, la ruine économique, les secousses sociales, les épreuves morales. Sur les deux tiers de ce champ dévasté se sont étendues l'action et la force russes ». Les alliés n'ayant pu s'entendre pour organiser le continent, « entre ce bloc et nous il n'y a plus que des morceaux d'une Europe disloquée ». Souvent, par la suite, le président du R.P.F. regrettera « l'installation des Soviets dans les décombres de l'Europe ».

 

A plusieurs reprises, le général de Gaulle reprochera à la Russie soviétique de tirer parti, pour son seul compte, des succès militaires remportés en commun. Il regrettera que ses voisins d'Europe subissent toutes sortes de pressions militaires ou économiques visant à leur imposer un gouvernement acquis aux idées marxistes. Il se scandalisera de voir les équipes de partisans de l'U.R.S.S. recourir à la terreur ou exploiter le désespoir de certains de ces Etats. Une telle situation rend évidemment malaisée une large coopération européenne. A Alger, en 1947, le chef du R.P.F. distingue trois groupes d'Etats. Il énumère d'abord ceux que la Russie a « pris dans ses mains » : la Pologne, les pays baltes, la Prusse, la Saxe, la Roumanie, la Bulgarie, la Yougoslavie, l'Albanie. Entrent dans une deuxième catégorie des Etats que la Russie « tient à sa merci » : Finlande, Hongrie, Tchécoslovaquie. Enfin vient l'Autriche, sur laquelle le grand Etat slave « met son genou ».

 

Cette liste n'est pas arrêtée une fois pour toutes. Elle peut être rectifiée. Ainsi, « la chute de Prague dans les ténèbres » fait rapidement passer la Tchécoslovaquie dans le premier groupe. Le 12 septembre 1948, à Nice, le président du R.P.F. en prend acte. Le même jour, il constate, au sujet de la Yougoslavie : « Il paraît qu'on ne peut plus dire » que l'Empire soviétique « s'y étende en maître ».

 

Après avoir déploré cette situation, le général de Gaulle sera le premier, sous la Ve République, à se réjouir de l'évolution perceptible dans les pays de l'Est. Cette impression est interprétée par lui comme un signe annonciateur de l'avènement d'une grande Europe. A plusieurs reprises, il dressera un catalogue des démocraties populaires susceptibles da la rejoindre. Dans une allocution du 31 décembre 1963, il les désigne par leurs capitales. Il s'agit de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de la République démocratique d'Allemagne, de la Hongrie, de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Yougoslavie et de l'Albanie. Dans des discours précédents, le général de Gaulle avait « oublié » certains de ces Etats.

 

Ainsi, la R.D.A. et la Yougoslavie avaient été passées sous silence dans une déclaration du 28 avril 1963. Avec ces pays, le fondateur de la Ve République propose de reprendre, « à mesure qu'ils émergent de leurs écrasantes contraintes, les rapports d'active compréhension qui nous liaient à eux autrefois ». Le chef de l'Etat se félicite que contacts et échanges se multiplient avec ces pays, « chacun d'eux n'étant, bien entendu, traité par nous qu'en considération de sa personnalité nationale ». En se fondant sur ces principes, le général de Gaulle pratiquera une politique d'ouverture à l'Est.

 

La politique française d'ouverture à l'Est. Elle prendra son essor à partir de 1966. Cette année-là, la France recevra le président bulgare Jivkov et M. Kossyguine, président du Conseil de l'Union soviétique. Notre ministre des Affaires étrangères, M. M. Couve de Murville se rendra successivement en Bulgarie, en Hongrie, en Pologne, en Roumanie, en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie. M. Charles de Chambrun sera accueilli en Bulgarie et en Roumanie. M. Michel Debré précédera en Union soviétique le Général qui y séjournera lui-même du 20 juin au 1er juillet 1966.

 

A l'issue de sa visite, le chef d'Etat français tirera ainsi les conclusions de son voyage : « Si la France et l'Union soviétique, chacune de son côté, ont ce qu'il leur faut pour vivre, il est clair, qu'en s'aidant l'une et l'autre, elles ont à gagner beaucoup. Il s'agit aussi de mettre en oeuvre successivement : la détente, l'entente et la coopération dans notre Europe tout entière, afin qu'elle se donne à elle-même sa propre sécurité après tant de combats, de ruines et de déchirements. Il s'agit, par là, de faire en sorte que notre Ancien Continent, uni et non plus divisé, reprenne le rôle capital qui lui revient, pour l'équilibre, le progrès et la paix de l'univers. »

 

En 1967, se succèdent à Paris le ministre des Affaires étrangères de Pologne (M. Rapacky) et le ministre de l'Education (M. Jablonsky ; pour la Roumanie : le ministre du Commerce extérieur (M. Cicara), le président du Conseil (M. Maurer), le ministre de la Santé (M. Moga) et le ministre des Chemins de fer (M. Danalach) ; pour l'U.R.S.S. : le ministre de l'Industrie (M. Antonov), le ministre de la Marine marchande (M. Bakaev), le vice-ministre de l'Industrie (M. Luboy), le président du Conseil (M. Kossyguine), le ministre du Commerce extérieur (M. Patolitchev), le vice-ministre des Produits alimentaires (M. Kolomietz), le vice-ministre de la Défense (le maréchal Zakharov), le vice-ministre de l'Industrie chimique (M. Tikahomirov) et le ministre de la Construction (M.. Glagolev). A cette liste impressionnante, il faut également ajouter le ministre de l'Information de Yougoslavie (M. Vlahov) ainsi que le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de ce pays (M. Nikezitch), le vice-ministre des Affaires étrangères de Hongrie (M. Szilagyi) et le président du Conseil de Tchécoslovaquie (M. Lenart).

 

La même année quinze missions ou voyages officiels sont effectués dans les pays de l'Est. L'un d'eux connaît un relief particulier : le voyage du général de Gaulle en Pologne du 6 au 12 septembre 1967. En 1968, le voyage officiel en Roumanie qui connut aussi un grand succès dut être légèrement abrégé en raison des « événements » de mai. En 1968 et dans le premier semestre de 1969 la tendance observée précédemment se confirmera en dépit de l'intervention soviétique à Prague.

 

A l'occasion de ces multiples déplacements, de très nombreux accords seront signés, spécialement de 1966 à 1969: dix-sept avec l'U.R.S.S. (dont l'un relatif à l'adoption du procédé SECAM de télévision en couleur du 29 juillet 1966), onze avec la Tchécoslovaquie (dont l'accord de coopération technique du 21 septembre 1968), dix avec la Bulgarie (dont l'accord de coopération pour l'utilisation de l'énergie atomique à des fins pacifiques du 9 novembre 1967), neuf avec la Roumanie (dont la convention vétérinaire du 13 février 1967), neuf, également, avec la Yougoslavie (dont l'accord de coopération économique, industrielle et technique du 15 janvier 1969), sept avec la Hongrie (dont l'accord judiciaire en matière civile et commerciale du 19 mars 1968), cinq avec la Pologne (dont l'accord en matière de radio et de télévision du 30 mars 1968), un avec l'Albanie (l'accord commercial du 15 décembre 1966).

 

Pour se développer, cette politique française d'ouverture à l'Est avait besoin que la détente soit poursuivie. Or, voici qu'une remise en cause majeure va se produire : dans la nuit du 20 au 21 août 1968, les forces armées soviétiques, est-allemandes, bulgares, hongroises et polonaises envahissent la Tchécoslovaquie, mettant prématurément fin au « printemps de Prague ». Le général de Gaulle en sera profondément attristé.

 

Le 9 septembre 1968, il déclare : « Depuis 1958, nous, Français, n'avons cessé de travailler à mettre un terme au régime des deux blocs (...) Tandis que nous rendions impossible chez nous l'avènement d'un régime communiste, nous avons renoué avec les pays de l'Est, et d'abord avec la Russie, des rapports pratiques grandissants. Par là, nous aidions, certes, aux progrès économiques, scientifiques, techniques et culturels communs, mais aussi nous favorisions la détente politique; nous recommencions à tisser, avec les pays de la Vistule, du Danube, des Balkans, les liens privilégiés qui, depuis bien des siècles, nous ont unis à tant d'égards; nous donnions à comprendre au grand peuple russe, dont tout au long de l'Histoire le peuple français, par raison et par sentiment, estime qu'il est son ami désigné, que l'Europe tout entière attend de lui bien autre chose et beaucoup mieux que de le voir s'enfermer et enchaîner ses satellites à l'intérieur des clôtures d'un totalitarisme écrasant ».

 

Devrait avoir sa place dans une Europe s'étendant de l'Atlantique à l'Oural. Georges Pompidou rompra avec cette « politique fière et intransigeante ». Il ne fera plus de plans avec les rêves de ses soldats endormis. Désormais, les grandes fresques seront absentes du tableau. L'Europe prophétique fera place à une Europe normalisée. La grande Europe sera reléguée au musée de l'imaginaire. A la question « Qui peut adhérer au Marché commun ? », le chef de l'Etat se borne à répondre, le 1e' janvier 1968: « Il n'est pas concevable que tous les pays européens y adhèrent dans un avenir prévisible. » L'Europe européenne est, elle aussi, perdue de vue. A l'occasion, Georges Pompidou déclare : « Nous ne considérons pas a priori comme néfastes l'implantation sur notre sol d'entreprises américaines, non plus que les projets de coopération de nos entreprises avec des firmes américaines. » et encore ceci : « Nous avons pu constater... qu'au bout du compte, les objectifs -de la France et des Etats-Unis -étaient voisins, sinon communs. »

 

L'Europe, puissance planétaire ? Chez le successeur du général de Gaulle nul dessein de ce genre. Le 12 juin 1969, il confie au Figaro : « Il faut avancer dans les faits, pas à pas, et ne pas se donner des objectifs trop ambitieux et qui conduisent à ne rien faire. » Comme Georges -Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing abandonnera, lui aussi, ces chemins de crête que le général de Gaulle empruntait si volontiers. La politique européenne de la France suivra une autre voie. Une voie dangereuse dans la mesure où une véritable volonté d'indépendance nationale, alpha et oméga de la doctrine gaulliste, fera défaut. Car, comme le rappelait le fondateur de la Ve République, « l'essentiel, pour jouer un rôle international, c'est d'exister par soi-même, en soi-même, chez soi. Il n'y a pas de réalité internationale qui ne soit d'abord une réalité nationale ». 

 

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Pierre Werner : La conception de l’Europe politique du président de Gaulle, souvenirs personnels

 

Pierre WERNER

Témoignage

La conception de l'Europe politique

du président de Gaulle, Espoir n°82, 1992.

 

 

Président du gouvernement luxembourgeois depuis 1959, j’étais confronté, dès 1960, avec les perplexités et les doutes que les idées du général de Gaulle au sujet de l'Union des Européens soulevaient dans l'esprit de nombreux fervents de l'intégration. Pendant plusieurs années, mon collègue au ministère des Affaires étrangères, Eugène Schaus, et moi-même étions impliqués dans le développement des thèses sur l'Europe politique et notamment les travaux du comité Fouchet.

 

Après l'échec du projet de la Communauté européenne de Défense, le fil de la construction européenne avait été repris en mains par les Six avec la conférence de Messine et la conclusion du traité de Rome. La mise en oeuvre des objectifs de ce dernier, et notamment l'instauration d'un Marché commun, avait débuté et se poursuivait d'une manière soutenue.

 

Lorsque, en 1960, le Général prit des initiatives en vue de la convocation d'un sommet des chefs d'Etat ou de gouvernement pour discuter de l'avenir de l'Europe, certaines craintes s'exprimaient dans les cinq autres capitales. Connaissant les prises de position antérieures du président, spécialement sur le caractère supranational du traité de Paris de la CECA ainsi qu'à propos du plan Pleven, on se disait qu'un homme d'Etat, aussi ferme et conséquent dans ses actes, s'emploierait certainement à imprimer ses conceptions à l'Europe unie.

 

Le Grand-Duché de Luxembourg était fort attaché aux traités et spécialement à ce qu'on appelait « l'acquis communautaire ».

 

En fait, le général de Gaulle n'a fait aucun acte dans le sens de la dénonciation ou du rejet des traités, bien qu'il ne fût pas, au départ, un chaud partisan.

 

Le projet politique de De Gaulle était de réunir à Paris un sommet à Six pour approuver le plan d'une plus systématique coopération politique européenne.

 

Afin de bien préparer cette réunion, le président recevait successivement à l'Elysée les chefs de gouvernement et leurs ministres des Affaires étrangères. Nous nous y rendîmes le 17 septembre 1960.

 

Le rite suivi prévoyait d'abord un tête-à-tête avec le Général devant la cheminée du salon. Plutôt préparé à entendre de la bouche de mon illustre hôte ses propres idées sur la conjoncture politique, je fus surpris qu'il débutât par me demander ex abrupto mon opinion sur la situation générale. Pris au dépourvu, je rassemblais mes pensées sur l'état de l'Europe et du monde. Je lui disais que, fondamentalement, nous étions d'accord avec l'idée d'un complément aux traités existants portant sur la coopération en matière de politique pure. J'ajoutai que le fait, que la France en ait pris l'initiative, nous paraissait naturel, à nous, Luxembourgeois. En cette matière, l'Europe communautaire a besoin d'un leader. Il ne pouvait y en avoir un autre que la France à cette époque. D'ailleurs, nous ne confondions pas un certain leadership acceptable par tout le monde avec des visées purement hégémoniques que d'autres prêtaient à la France.

 

Le président me parla de l'Allemagne, de la nécessité de l'accrocher durablement à l'Ouest. Les thèmes furent développés dans une réunion des deux délégations, qui comportaient du côté français le Premier ministre Michel Debré et le ministre des Affaires étrangères Maurice Couve de Murville, de notre côté, hormis Eugène Schaus, l'ambassadeur Robert Als et le directeur politique Pierre Pescatore.

 

Nous ne manquions pas de faire état également de certaines de nos préoccupations. La recherche de nouvelles formes de collaboration dans des matières non couvertes par les deux traités existants ne devait pas avoir pour effet la dénaturation ou la remise en question de ceux-ci. Mais il ne nous paraissait pas déraisonnable de rechercher, au-delà de ces textes intangibles, d'autres modalités de rapprochement dans des domaines non couverts par ceux-ci.

 

Nous étions frappés par la cordialité de l'accueil. Au cours du déjeuner et après, le président paraissait très détendu jusqu'au point d'évoquer des souvenirs de jeunesse en rapport avec le  Luxembourg. Il manifestait une grande sympathie pour notre maison souveraine. Il avait beaucoup admiré l'attitude de la Grande-Duchesse Charlotte lors de son séjour à Londres pendant la guerre. Il se produisait le même phénomène que celui que le chancelier Konrad Adenauer a évoqué dans ses Mémoires. Il y décrit ainsi comment, avant sa première rencontre avec le Général, il avait éprouvé une certaine tension de l'esprit due à la réputation de redoutable interlocuteur de son hôte. Une fois en sa présence, il était surpris par un accueil plein de gentillesse qui mettait Adenauer parfaitement à l'aise.

 

Le lendemain, le journal Le Monde soulignait la particulière cordialité qui avait présidé à la rencontre. Le Times de Londres estimait à son tour que « le Luxembourg appuie la France au sujet de la coopération ».

 

La convocation de la rencontre au sommet, souhaitée par le général de Gaulle, était précédée d'une intense activité diplomatique du côté français et d'hésitations, d'appels à la vigilance du côté des autres partenaires.

 

De Gaulle réussit finalement à y intéresser Adenauer et Fanfani. Les pays du Benelux acceptèrent à leur tour, non sans réticences dans le cas de nos partenaires néerlandais.

 

La conférence s'ouvrit le 10 février 1961 dans le salon de l'Horloge au Quai d'Orsay, présidée par le Général.

 

Celui-ci fit une introduction exposant l'opportunité du sommet. Flattant l'amour-propre de chaque pays partenaire, il exaltait une conjonction des meilleures qualités de chacun. Il gratifia mon pays du qualificatif de la « solidité ».

 

Voici comment le président relate le tour de table suivant dans ses Mémoires : « Le débat est animé, car les arrière-pensées sont brûlantes. A vrai dire, celles-ci se rapportent toutes à l'Amérique et à l'Angleterre.

 

A ma proposition formelle d'organiser tout de suite la coopération politique des Six, Adenauer donne son entière approbation. Werner en fait autant. Fanfani s'y rallie avec quelques réserves. Eyskens et Wigny ne s'y opposent pas d'abord. Mais Luns exprime, non sans âpreté, toutes sortes de réticences. Ce que voyant, Eyskens adopte la même attitude. »

 

Ce jour-là, le représentant de la Belgique s'était exprimé avec une modération plutôt positive puisqu'il n'avait aucune raison de faire le difficile. Depuis l'éclatement de la crise congolaise, le gouvernement français avait soutenu la politique belge à propos de ce conflit douloureux.

 

En fait, ce fut le chancelier Adenauer, qui avait reçu la veille diverses assurances concernant la fidélité de la France à l'Alliance atlantique et aux traités communautaires, qui s'exprima avec le plus de chaleur. J'étais, si j'ai bon souvenir, le second intervenant. Je reconnaissais d'emblée qu'il fallait donner un prolongement politique aux Communautés économiques, me référant à l'expérience du Grand-Duché, qui, même sur le plan économique, avait assumé des solidarités successives sur des plans de plus en plus larges qui s'imbriquaient tout en se respectant mutuellement à l'instar de plusieurs cercles géométriques à circonférence croissante. Dès lors, une approche politique, suivant une nouvelle méthode plus appropriée à la matière, ne me semblait pas faire difficulté à condition de ne pas affaiblir les allégeances établies. La notion de "solidarités successives" semblait plaire à mes partenaires, notamment au chancelier Adenauer, à en juger à ses légers hochements de tête.

 

Les choses se gâtèrent quand la parole fut donnée à la délégation néerlandaise. Le Premier ministre De Quay passa tout de suite la parole à son ministre des Affaires étrangères, Joseph Luns, sous le prétexte, assez surprenant, que les principes constitutionnels des Pays-Bas faisaient du ministre des Affaires étrangères le porte-parole du gouvernement en matière de politique internationale, surtout à l'étranger.

 

Les ministres des Affaires étrangères furent chargés de préparer un communiqué. Celui-ci donna lieu à une âpre discussion, mais fut néanmoins prêt vers la fin de l'après-midi. Le communiqué final énonçait des apaisements clairs ou implicites au sujet de l'intangibilité des traités. La principale décision pratique était celle de charger une commission composée de représentants des six gouvernements de présenter à la prochaine session, à Bonn, des propositions concrètes concernant les réunions des chefs de gouvernement et de ministres des Affaires étrangères, ainsi que toute autre réunion qui paraissait souhaitable !

 

La préparation de la conférence de Bad Godesberg (près de Bonn) était laborieuse. Reportée successivement, elle se tint finalement le 18 juillet 1961.

 

Sur la base de diverses propositions dont notamment une version italienne, le groupe d'études proposé à Paris avait élaboré, sous la présidence de l'ambassadeur Christian Fouchet, un projet de communiqué. Le chancelier Adena

uer présidait la conférence avec autorité et habileté. Les âpres marchandages ne provoquèrent pas de véritables éclats. Le président de Gaulle se montrait plutôt sous un jour conciliant.

 

Le communiqué dit de Bad Godesberg, qui fut finalement approuvé, doit être considéré, pour qui a vécu les antécédents et les tensions sous-jacentes, comme un chef-d'oeuvre d'équilibre entre les différentes tendances. Ce résultat était peut-être dû à l'ambiance du moment, en considération des nuages noirs qui s'accumulaient sur la scène mondiale. La presse internationale était favorable, constatant que la déclaration donnait des apaisements au sujet des objections tirées des traités existants, des relations atlantiques et autres. Elle élargissait même la coopération à la culture, prévoyant, entre autres, la création à Florence d'une université européenne.

 

Si, dans la suite, chacun des partenaires s'en était tenu à la lettre de la déclaration, les travaux du comité Fouchet auraient dû aboutir à un résultat tangible.

 

En fait, beaucoup d'arrière-pensées avaient été momentanément réprimées. Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères dans le nouveau cabinet Lefèvre-Spaak, notait au lendemain de la conférence de Bonn : « Je suis inquiet, car il me semble qu'il y a une grande différence entre les textes qui ont été rendus publics et l'esprit de la discussion ».

 

Jusque-là, le gouvernement luxembourgeois avait tenu un front commun avec ses partenaires du Benelux aussi longtemps qu'il s'agissait de défendre les traités et les alliances. Or, le 31 juillet, à peine quinze jours après la clôture de la conférence de Bonn, le gouvernement britannique annonçait son intention d'engager des négociations en vue de l'adhésion aux Communautés européennes.

 

Ce coup d'éclat allait peser sur les travaux du comité Fouchet et l'entraîner dans une dialectique inextricable.

 

Les Hollandais y trouvaient le moyen de renforcer un nouveau préalable, déjà avancé plus timidement auparavant, à savoir qu'ils n'acceptaient le nouveau modèle de coopération politique qu'en cas d'adhésion de la Grande-Bretagne. Luns réussit à convaincre Spaak de sa thèse.

 

Conformément à la position que nous avions prise depuis le début, nous nous refusions, Schaus et moi, de nous engager sur ce préalable. Foncièrement, nous avions accepté de participer au comité Fouchet, convaincus que nous étions que, si cette étude était menée sérieusement, la France de De Gaulle serait à son tour prise au jeu et entraînée plus loin qu'elle ne l'avait d'abord prévu.

 

Nous étions quelque peu surpris de l'attitude de Spaak qui, dans une de ses premières déclarations publiques, avait encore opiné : « Ce que le général de Gaulle propose n'est pas satisfaisant, mais c'était mieux que rien et il fallait donc suivre ».

 

Je ne suis pas en mesure de situer exactement les motifs de son durcissement. Etait-ce sous l'influence de Londres ? Je ne le crois pas.

 

Plus plausible me paraît l'hypothèse que Spaak se serait laissé convaincre qu'il fallait éviter une entente franco-allemande qui risquerait de dominer la Communauté et au-delà l'Europe. Il aurait épousé l'attitude anti-hégémonique qui est très vive aux Pays-Bas pour des raisons historiques.

 

Le ministre Luns exigeait que la Grande-Bretagne fût associée à la négociation dès avant un accord sur l'adhésion. Mon gouvernement considérait cette exigence comme illogique et surtout contre-productive au point de vue de l'idéal supranational. Nous pensions que la Grande-Bretagne n'était pas plus portée vers une telle approche que le gouvernement français. Personnellement, je croyais savoir que le gouvernement britannique se contenterait d'être régulièrement informé du progrès de la négociation afin de pouvoir éventuellement exprimer une opinion.

 

Le gouvernement luxembourgeois, loin d'être hostile à l'adhésion britannique, l'acceptait en principe avec empressement, ne fût-ce que par reconnaissance pour la contribution britannique à la victoire finale de 1940 à 1945.

 

Mais il nous semblait qu'à ce stade, il incombait à ceux qui avaient, dès le départ, pris la route de la Communauté, de s'entendre sur la suite.

 

Personnellement, j'avais d'excellentes relations avec les Premiers ministres britanniques de cette décennie.

 

A travers les discussions des projets Fouchet successifs, nous nous sommes efforcés de tenir cette ligne médiane bien que nous fussions dans une position inconfortable vis-à-vis de nos deux autres partenaires du Benelux.

 

Le président de Gaulle, qui avait fait des concessions en acceptant pleinement les traités et quelques phrases sur l'Alliance atlantique, durcissait à nouveau sa position en présence de l'opposition belgo-néerlandaise.

 

Le plan Fouchet Ill, avec les quelques amendements apportés à la suite de l'intervention de l'ambassadeur Catani, semblait avoir trouvé l'accord de quatre des six Etats-membres, dont le Luxembourg.

 

J'étais favorable aux thèses gaullistes dans les phases initiales de la négociation Fouchet, je l'ai dit. Je dois cependant à la vérité de dire qu'à un certain moment, l'idée m'est venue que le gouvernement français chercherait par un autre biais à obtenir telle ou telle modification du traité de Rome, notamment au sujet des procédures de décision au sein du Conseil des ministres.

 

L'échec du plan Fouchet n'a pas empêché la réalisation de progrès notables politico-économiques dans le cadre du traité de Rome. En 1963, on est entré dans la seconde étape du Marché commun. Il y avait surtout l'acceptation, par tous et notamment par les instances françaises, de la politique agricole commune qui comportait une incontestable mise en commun de droits souverains.

 

C'est au milieu de l'année 1965 que se produira une crise institutionnelle à propos, entre autres, des procédures de décision, qui ne trouvera sa solution qu'en janvier 1966.

 

La conférence dite des « retrouvailles » fut convoquée à Luxembourg sous présidence luxembourgeoise. Elle aboutit à une espèce de modus vivendi plutôt boiteux.

 

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Citations du général de Gaulle sur l'Europe

 

 

Quelques citations du général de GAULLE

à propos de l'Europe, Espoir n°76, 1991


AVANT-PROPOS par François GOGUEL

 

 

Les textes qui suivent sont ceux de trois communications présentées en novembre 1990, aux Journées Internationales « De Gaulle en son siècle » par les professeurs Horst Môller, Irvin M. Wall et Richard F. Kuisel. Pour en apprécier l'intérêt et la signification, il paraît utile de les placer dans le cadre de la conception que le Général avait de « l'Union de l'Europe ».


Conception qui a été exposée avec une parfaite clarté dans l'article de Maurice Couve de Murville sur « De Gaulle et la fin de l'Europe de Yalta » qui a été publié dans le n° 70 d'Espoir, en mars 1990.


Selon Charles de Gaulle, toutes les nations européennes, celles de l'Est comme celles de l'Ouest, avaient vocation à participer à une telle union. Celle-ci devrait respecter la souveraineté de chacun des Etats qui en seraient membres, tout en assurant dans tous les domaines leur coopération. Enfin, l'Union de l'Europe n'aurait de sens que dans une entière indépendance à l'égard des Etats-Unis d'Amérique.


A la lecture de cet article de Maurice Couve de Murville, il m'est apparu que, pour bien comprendre les communications qui vont suivre, il conviendrait d'ajouter celle de certains textes écrits ou prononcés par Charles de Gaulle lui-même. On pourra constater que ces textes confirment entièrement ce qu'a exposé dans Espoir, en 1990, celui à qui, pendant dix années, le Général a confié la direction des Affaires Etrangères de la France.


Tel est l'objet des citations qu'on va lire.

 

 



Extraits des Mémoires d'Espoir Tome 1, Plon, 1970.

 

(..)

 

 

Extraits des Discours et Messages Tome V, Plon, 1970.

 


pages 42-43 :

Réponse au toast adressé par S.E. M.N.V. Podgorny, Président du Présidium du Soviet Suprême de l'URSS, le 20 juin 1966 à Moscou

 

(..)

 

 

pages 212-213 :

Discours prononcé devant la Diète polonaise, le 11 septembre 1967


« ...que viennent à s'établir entre tous, de l'Atlantique à l'Oural, une politique et une pratique délibérées de détente, d'entente et de coopération, il y aurait alors toutes chances pour que, dans les conditions et l'atmosphère nouvelles qui seraient ainsi créées, les peuples européens puissent aborder en commun et régler eux-mêmes les questions qui sont de leur ressort, parmi lesquelles la principale est le destin du peuple allemand.


La France qui, comme la Pologne, est voisine de ce grand pays et a de tout temps, surtout en ce siècle même, gravement souffert des ambitions germaniques, entreprend cependant, après l'effondrement du Reich et dès lors que l'Allemagne en renie les méfaits, d'avoir avec son voisin d'outre-Rhin de francs rapports de réconciliation. En même temps, elle s'applique à renforcer en tous domaines ses contacts cordiaux et constructifs avec les Etats de l'Est et du Centre de l'Europe, comme elle le fait avec ceux de l'Ouest. Ne peut-on espérer qu'ainsi se fonde progressivement, pour la sécurité commune, un ordre européen auquel participeraient et que garantiraient solidairement tous les pays du continent ? Mais, pour atteindre un tel but, ne faut-il pas que la Pologne et la France suivent côte à côte la route qui y conduit ?


Au demeurant, une Europe qui ne serait plus divisée, de quel poids pèserait-elle pour soutenir et maintenir la paix dans toutes les parties du monde ! »

 

 

 

pages 332-335 :

Conférence de presse tenue au Palais de l'Elysée le 9 septembre 1968

 

 

(..)

 

Trop long ! Je ne peux tout publier (note d'eva)


 

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/de-gaulle-et-le-monde/de-gaulle-et-lrsquoeurope/documents/citations-du-general-de-gaulle-sur-l-europe.php

 

 

 

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De Gaulle a déclaré, Espoir n°26, 1979

 

 

 

Le 23 février 1953 :

 

« Pour pouvoir aboutir à des solutions valables, il faut tenir compte de la réalité. La politique n'est rien d'autre que l'art des réalités. Or, la réalité, c'est qu'actuellement l'Europe se compose de nations. C'est à partir de ces nations qu'il faut organiser l'Europe et, s'il y a lieu, la défendre ».


Et ensuite il précise :

 

« Sur la base de cette alliance, il faut bâtir une Confédération, c'est-à-dire un organisme commun auquel les divers Etats, sans perdre leur corps, leur âme, leur figure, délèguent une part de leur souveraineté en matière stratégique, économique, culturelle.


Mais, à cette Confédération, on doit donner une base populaire et démocratique. Ce sont les peuples qui ont à la créer. Encore faut-il le leur demander. La première étape doit être un vaste référendum, organisé simultanément dans tous les pays intéressés. Il y aura là, au surplus, une grande force pour appuyer ceux qui veulent la communauté et une affirmation vis-à-vis des Etats totalitaires au-delà du rideau de fer.


Mon opinion est que les institutions confédérales doivent comporter : le Conseil des Premiers ministres ; une Assemblée procédant du suffrage universel et une autre représentant les réalités régionales, économiques, intellectuelles, morales, des Etats participants ; enfin une Cour, dont les membres, inamovibles, seront choisis parmi des magistrats.


Ainsi se mettent à vivre en coopération régulière et organisée les peuples de l'Europe. Le temps et les événements auront à faire ensuite le reste. Je crois bien qu'ils le feront parce qu'à moins de catastrophes, en marchant vers l'unité de l'Europe, on marche dans le sens de l'Histoire ».

 


On le voit de Gaulle n'envisage qu'une Confédération d'Etats et fait précéder toute élection au suffrage universel (il ne précise pas si c'est suffrage direct ou indirect) d'une Assemblée, d'un référendum « organisé simultanément dans tous les pays intéressés ». De plus, De Gaulle envisage alors deux Assemblées dont l'une « représenterait les réalités régionales, économiques, intellectuelles, morales, des états participants ».



Il nous semble indispensable pour la clarté du débat de rappeler les plus importantes et les plus récentes prises de position du général de Gaulle sur le sujet.

 

 

 

 

Le 13 décembre 1959.


« L'essentiel, pour jouerun rôle international, c'est d'exister par soi-même, chez soi. Il n'y a pas de réalité internationale qui ne soit d'abord une réalité nationale ».

 

 

 

Le 19 avril 1963. Conférence de presse.


« Tout système qui consisterait à transmettre notre souveraineté à des aréopages internationaux serait incompatible avec les droits et les devoirs de la République française. Mais aussi, un pareil système se trouverait, à coup sûr, impuissant à entraîner et à diriger les peuples et, pour commencer, le nôtre, dans des domaines où leur âme et leur chair sont en cause. Cette abdication des Etats européens, en particulier de la France, aboutirait inévitablement à une sujétion extérieure. C'est, d'ailleurs, pour éviter une telle inconsistance et, de ce fait, une telle dépendance, que nous tenons à voir l'union de l'Europe constituée par des nations qui puissent et veuillent réellement lui appartenir ». (Et non se soumettre aux Etats-Unis et à l'Otan, note d'eva)

 

 


Le 4 février 1965. Conférence de presse.


« Il s'agit que l'Europe, mère de la civilisation moderne, s'établisse de l'Atlantique à l'Oural, dans la concorde et dans la coopération en vue du développement de ses immenses ressources et de manière à jouer, conjointement avec l'Amérique sa fille (et non son maître tyrannique et va-t-en guerre via son bras armé l'OTAN, où nous n'avons rien à faire, note d'eva), le rôle qui lui revient quant au progrès de deux milliards d'hommes qui en ont terriblement besoin ».

 

 

(..)

 

 

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/de-gaulle-et-le-monde/de-gaulle-et-lrsquoeurope/documents/citations-du-general-de-gaulle-sur-l-europe-ii.php

 

 

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La politique européenne du général de Gaulle

Alfred GROSSER
La politique européenne du général de Gaulle, Espoir n°62, 1988

 

 


A propos de la politique européenne du général de Gaulle vous avez bien entendu à votre disposition les gros volumes d'Edmond Jouve qui avait rassemblé des textes. Depuis se sont ajoutés les volumes très intéressants des Lettres, Notes et Carnets dont on peut supposer qu'ils auraient pu sur certains points, être plus riches et à propos desquels je relève des notes de bas de pages parfois erronées, notamment pour les sigles : ainsi, il y a une « organisation de communauté européenne de défense » au lieu de l'O.C.D.E. et une « commission européenne du charbon et de l'acier ». Bien entendu vous pouvez aussi lire mes livres Affaires extérieures et les Occidentaux.

Je vais vous présenter des lignes générales et réfléchir avec vous en particulier sur l'actualité des problèmes soulevés à l'époque. (..)

 

 

http://www.charles-de-gaulle.org/pages/l-homme/dossiers-thematiques/de-gaulle-et-le-monde/de-gaulle-et-lrsquoeurope/analyses/la-politique-europeenne-du-general-de-gaulle.php

 

 

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