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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 19:46

 


Un seul message pour une France solidaire du peuple sénégalais :

Abdoulaye Wade doit avoir la sagesse de passer la main à la nouvelle génération .

Il en est encore temps.

 


Ce qui se passe au Sénégal ne peut être passé sous silence. Ce qui s'y passe nous concerne et ne doit pas être occulté par l'élection présidentielle française.


Au Sénégal, où l’élection présidentielle doit avoir lieu le 26 février, la situation est désormais explosive.

Au moins sept morts, déjà, et de nombreux blessés dans plusieurs villes du pays. Des heurts se sont produits entre étudiants et forces de l’ordre à la faculté Cheikh Anta Diop de Dakar. L'interdiction des manifestations et leur répression violente ont radicalisé la colère des jeunes qui affrontent la police à Dakar, à Rufisque, à Kaolack, à Thiès, à St Louis et ailleurs.

La grenade lacrymogène qui a blessé un fidèle au cœur de la mosquée Malick-Sy, l'un des plus anciens lieux de culte de la capitale, a scandalisé non seulement les membres de la confrérie tidjane, l'une des deux plus importantes du pays, mais également tous ceux qui voient dans l'obstination du président Wade à briguer un troisième mandat la cause première de l'actuelle spirale de la violence et le risque d'un chaos post-électoral.

Car ses affiches ont beau désigner Abdoulaye Wade comme « Celui qui rassure », c'est bien ce mandat de trop qui a mis le feu aux poudres dans un pays qui n'accepte pas le manquement du président sortant à la parole donnée.

La situation est jugée suffisamment alarmante pour que la Haute Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU mette en garde le président Wade contre « un usage excessif de la force par la police » et « appelle les autorités à la modération ».


En 2000 : une alternance pacifique et exemplaire


La démocratie sénégalaise avait, en 2000, été jugée exemplaire pour la réussite de son alternance pacifique et l’élégance du président sortant, Abdou Diouf, succédant au grand Senghor félicitant son rival victorieux, Abdoulaye Wade.

Elle risque aujourd’hui de basculer dans un cycle de violences que toutes les composantes de l’opposition refusent mais à quoi pousse, inexorablement, le refus du président Wade d’écouter le message de son peuple.


En qualifiant la protestation populaire de « mouvement d’humeur » et de « brise légère » dont il n’entend pas tenir compte, l’actuel chef de l’Etat sénégalais a pris la lourde responsabilité d’une escalade des affrontements.

Une même protestation civique rassemble aujourd’hui, au-delà de leurs divisions, les partis d’opposition, le dynamique mouvement « Y en a marre », les organisations de la société civile, les militants des droits de l’homme et beaucoup de citoyens sénégalais attachés à leur démocratie et refusant les dérives de leur République.

Le peuple sénégalais avait refusé avec force ce qui fut alors qualifié de « dévolution monarchique du pouvoir » et stoppé net la tentative dynastique.

Sous la pression de la rue, le président avait remisé son projet.


C’est alors qu’est né le Mouvement des forces vives du 23 juin, le « M23 » sous la bannière duquel se réunissent aujourd’hui tous les opposants au « putsch institutionnel » dont le président Wade a pris la malheureuse initiative.


2012 : un 3ème mandat anti-constitutionnel


Les manifestants de janvier-février 2012 n’acceptent pas que, contrairement à sa promesse et au mépris de la loi fondamentale du pays, le chef de l’Etat sénégalais impose au forcing sa candidature à un 3ème mandat.

Ils lui rappellent l'engagement pris et la règle constitutionnelle de ne pas permettre plus de deux mandats présidentiels successifs : élu en 2000 puis réélu en 2007, M. Wade les a accomplis et doit accepter la loi démocratique de son pays.

« Je l’ai dit, je peux me dédire », aurait-il déclaré (le rappeur Didier Awadi a fait de cette réponse désinvolte une chanson emblématique de l’actuelle mobilisation).

Non, répondent tous ceux qui tiennent la République pour autre chose qu’une appropriation privée de l’appareil d’Etat et n’acceptent pas qu’on dépossède les citoyens de leur pouvoir de décider.

Beaucoup, parmi eux, avaient cru à la promesse jadis faite par le président Wade d’une démocratie qui respire mieux et d’une vraie transparence dans la gestion des affaires publiques.


Beaucoup se reconnaissent dans ces propos d’un jeune responsable du mouvement « Y en a marre » : « C’est nous qui avons élu Abdoulaye Wade en 2000 parce qu’il nous faisait rêver. C’est nous qui l’avons réélu en 2007. Notre conviction était que la Constitution devait changer pour que plus personne ne puisse se maintenir indéfiniment au pouvoir ».

La loi fondamentale a bien été réformée, le président Wade ne peut s’en exonérer au prétexte qu’elle ne saurait concerner son premier mandat.



Colère démocratique et colère sociale



La colère démocratique se nourrit aussi d’une colère sociale contre la pauvreté persistante, les difficultés de la vie quotidienne, le chômage général (officiellement, 47% de la population active) et tout particulièrement celui, massif, des jeunes même diplômés, l’affairisme des uns et la misère des autres, le décalage entre les chantiers somptuaires et la déshérence des services publics.


Le 22 janvier dernier, le mouvement « Y en a marre » a organisé à Dakar une « foire aux problèmes » pour « replacer les préoccupations des Sénégalais au cœur du débat public ».

Des milliers de visiteurs s’y sont pressés.


Les témoignages et les débats y ont dressé comme un immense cahier de doléances contre la vie chère, la paupérisation de la santé et de l’éducation, l’accaparement des terres agricoles.


On y a dénoncé l’inondation permanente des quartiers populaires de Dakar car l’eau n’est pas efficacement pompée, envahit les habitations et stagne en mares insalubres qui attirent les moustiques vecteurs de paludisme.

On y a protesté contre ces expulsions sans ménagement ni relogement à hauteur des besoins de ceux qui habitent sur le tracé d’une autoroute à péage qu’ils n’auront jamais les moyens d’emprunter mais qui représente pour Bouygues un gros contrat et pour quelques uns de juteuses retombées.

Et aussi ces transports défaillants avec leurs bus tellement surchargés de passagers qu’il faut s’accrocher à l’extérieur au risque de dangereux accidents.


Et aussi ces produits de première nécessité de plus en plus inabordables (le Sénégal importe aujourd'hui au prix fort 2/3 du riz quotidiennement consommé par ses habitants), ces factures qui s’envolent pour un service très mal rendu, comme en témoignent les incessantes coupures d’électricité.

Et bien d’autres choses encore qui signifient, pour ceux qui les vivent tous les jours, abandon social et indifférence.

Au Sénégal, l’Indice de Développement humain des Nations Unies a reculé de la 155ème à la 166ème place sur 182 pays, rejoignant le niveau des pays qui ont été ou sont encore dévastés par la guerre. 54% de la population vit aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté.


Tout cela pèse aussi dans la colère d’aujourd’hui.

Jean-Christophe Ruffin, ambassadeur de France au Sénégal, a été débarqué pour l’avoir mentionnée sans fards. Mais l’ambassadrice des Etats-Unis ne disait pas autre chose quand elle remarquait que cette mal-gouvernance constitue une entrave majeure au développement et détourne certains fonds nécessaires aux services vitaux pour la population.


Le moment présent est, au Sénégal, celui de tous les dangers.

Démocratie ou autocratie, le choix incombe au président Wade.

Il serait tout à son honneur qu’en homme d’Etat responsable et soucieux de l’intérêt de son pays, il prenne la décision qui s’impose: respecter la règle dont il a lui-même pris l’initiative et renoncer à s’accrocher au pouvoir à tout prix.

C’est le sage conseil qu’en termes sans ambiguïtés a formulé la diplomatie du président Obama.


La France doit parler net


La parole de la France a été, malheureusement, plus hésitante et le Ministre des affaires étrangères a même eu, dans un premier temps, l’imprudence de dire qu’elle avait été entendue par le président Wade alors que tout indiquait le contraire. Il a, depuis, appelé à la libération de tous les manifestants emprisonnés mais force est de constater que la voix de notre diplomatie est bien faible.

Or parler net ne signifie pas « ingérence », comme tente de le faire accroire M. Wade, mais simplement défendre, en accord avec les valeurs universelles qui sont aussi celles de la France, le droit du peuple sénégalais au bon fonctionnement de sa démocratie.

Le Sénégal est un pays de la francophonie qui nous est cher.


J’y étais le mois dernier et j’ai senti la tension monter.

Déjà, en juillet 2011, Ibrahima Thioub, historien sénégalais,répondait en ces termes à Karim Wade, le fils du président : « les citoyens que nous sommes ont en partage la République. Nous ne vous laisserons pas agir comme s’il s’agissait d’un patrimoine privé ».

Tout récemment, Wole Soyinka, immense écrivain nigerian et Prix Nobel de littérature, a eu ces mots de mise en garde : « les chefs d’Etat qui tentent de s’accrocher au pouvoir connaîtront le même sort que les dictateurs qui ont été emportés par les printemps arabes ». Car, ajoutait-il, « ceux qui traitent leurs peuples comme des inférieurs, avec leurs clans, seront confrontés à la même forme de violence » et ceux qui jouent avec leur Constitution pour se maintenir au pouvoir « font preuve du même paternalisme arrogant que les anciens pouvoirs coloniaux ».

Au Sénégal, il est encore temps que la démocratie l’emporte et que le peuple exerce ses droits.

La France doit être solidaire de celles et ceux qui, dans ce pays ami et à la riche histoire, luttent pour des valeurs qui nous sont communes.

Sa parole doit être forte et claire : Abdoulaye Wade doit pour protéger la paix du Sénégal passer la main .

Ségolène Royal

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Published by Eva R-sistons - dans Luttes d'influences
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