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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 00:59

 

http://www.cresus-bretagne.fr/vars/images/pub_defaut/credit06a_tiny.jpg


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Les banques portent une lourde responsabilité dans la spirale du surendettement. La loi Lagarde, qui entre en vigueur ce dimanche, doit limiter les abus. Par Odile Benyahia-Kouider.

 

Surendettement : Les banques pousse-au-crime

  
Selon les chiffres de la Banque de France, 90% des 782 900 dossiers retenus par la commission de surendettement comportaient des crédits revolving, ces prêts renouvelables à taux très élevés. AFP

Crédit à la consommation. Les banques portent une lourde responsabilité dans la spirale du surendettement qui frappe 800 000 Français. La loi Lagarde doit limiter les abus.

Claudine Schnegg avait 48 ans et quatre enfants. Cette assistante maternelle avait contracté 27 prêts dans quatorze organismes de crédit. Montant global : 207 000 euros. Elle n'avait rien raconté de cette spirale financière à son époux Jacques, qui passait deux cents jours par an à l'étranger pour son travail.

Claudine n'arrivait plus à faire face aux échéances. Alors elle a craqué. Le 27 août 2009, elle s'est pendue dans la buanderie de leur petite maison de Dieulouard à 25 kilomètres de Nancy, pendant le sommeil de son mari. Comment avait-elle pu emprunter un montant aussi astronomique ?

Claudine ne gagnait que 600 euros par mois et Jacques, technicien chez Saint-Gobain, 2 200 euros. Cela n'a nullement refroidi les ardeurs de ses banquiers. D'ailleurs, Claudine leur a menti en imitant la signature de son époux. Une triche courante dans les cas de dérapage financier.

 

Six crédits chez Cetelem

 



Cela offre une excuse facile aux établissements de crédit : "Nous ne savons pas si nos clients ont emprunté dans d'autres organismes" .Seulement, ils oublient d'avouer qu'ils ont eux-même accordé plusieurs prêts.

Claudine Schnegg avait souscrit six crédits chez Cetelem, le numéro un du marché, pour un montant de 47 000 euros et quatre chez Cofinoga pour 40 000 euros. Deux sociétés du groupe BNP Paribas. "LaSer Cofinoga est détenu à 50% par le groupe Galeries Lafayette et 50% par BNP Paribas. Les deux établissements ont des développements commerciaux indépendants et ne partagent pas leurs fichiers clients", se défend Pascal Roussarie, directeur de la communication de Cetelem.

Soit. Mais, les six crédits accordés par Cetelem ? "Nous n'avons aucune raison de bloquer des prêts quand il n'y a aucun incident de paiement. Nous refusons 35 % des demandes de crédit. Et 98 % de nos dossiers sont soldés intégralement"



Une défense bien rodée


Habituellement, les plaignants attaquent les organismes un par un. Me Vouaux, l'avocat de la famille Schnegg, les a poursuivis en bloc pour manquement à leur obligation d'information et de vérification de la solvabilité. Les établissements ont préféré tirer un trait sur leurs créances ou négocier une transaction avec le veuf... plutôt que de laisser se développer l'image du  "crédit non responsable".

Pointés du doigt, ces organismes spécialisés ont une défense bien rodée. D'abord, ce serait la faute des conseillers bancaires, qui ne les alertent pas assez tôt. Or ceux-ci sont les seuls à avoir une vision d'ensemble des engagements de leurs clients, puisque ils voient passer les prélèvements. Les Caisses d'Epargne, qui géraient le compte de Claudine Schnegg n'ont pas tiré la sonnette d'alarme.

Mais cet argument n'est-il pas un peu fallacieux quand on sait que la plupart des organismes de crédit sont dans l'orbite des banques ? Cetelem et Cofinoga sont dans le giron de BNP Paribas, Sofinco, le numéro deux et Finaref dans celui du Crédit agricole, Franfinance appartient à la Société générale et Cofidis au Crédit mutuel...

 

Crédits revolving


 

 
 

Second argument : ce sont les grandes enseignes de distribution qui poussent les consommateurs à prendre des crédits ou des cartes de fidélité sans leur en expliquer les enjeux. Selon les chiffres de la Banque de France, 90% des 782 900 dossiers retenus par la commission de surendettement comportaient des crédits revolving, ces prêts renouvelables à taux très élevés. Ce n'était pas le cas de Claudine Schnegg qui a pris une bonne partie de ses crédits via internet, directement auprès des établissements de crédit.

"Chaque jour nous recevons des appels de Français désespérés qui ne savent plus comment s'en sortir" explique Jean-Louis Kiehl, à la tête de Crésus, une association d'aide aux surendettés.

"La semaine dernière, nous avons évité un suicide de justesse. Le drame c'est que, en France, on laisse les ménages s'endetter en moyenne jusqu'à 45.000 euros, alors qu'en Belgique ou en Allemagne la moyenne n'est que de 15.000 euros."

 

Bulle de surendettement chez les fonctionnaires

 

Un cas récent a frappé Jean-Louis Kiehl, celui d'une proviseure de collège ayant contracté pour 390 000 euros de crédit en cinq ans. Chaque mois, cette femme devait souscrire un nouveau crédit pour rembourser ses mensualités de 8 800 euros. Un engrenage infernal.

"Il y a aujourd'hui une bulle de surendettement qui est en train de se créer auprès des classes moyennes, surtout les fonctionnaires, dénonce Jean-Louis Kiehl. Car les établissements de crédit se concentrent sur cette population a priori solvable, alors que les CDD sont exclus du crédit."

Promulguée en juillet 2010, la loi Lagarde de réforme du crédit à la consommation présente des avancées en matière de prévention contre le surendettement. La majeure partie de ces mesures entreront en vigueur le 1er mai.

Parmi les principales nouveautés, les vendeurs seront obligés de proposer à leurs clients le choix entre un crédit renouvelable et un crédit amortissable classique avec taux fixe et durée déterminée à l'avance. C'est une façon de freiner le crédit revolving, sans le tuer complètement pour ne pas détruire la croissance de la consommation, pilier de l'économie française.

Bercy note que les banques se sont déjà mises au pas, puisque en 2010, les crédits revolving étaient en baisse de 6,3% et les crédits amortissables en hausse de 18,1%.

 

Une loi insuffisante


 

L'Afub (Association française des Usagers des Banques) ne partage pas cet enthousiasme. " Christine Lagarde a vidé cette mesure de son sens, en fixant à 1.000 euros, le seuil au-delà duquel on propose des crédits amortissables, souligne Serge Maître, président de l'Afub. Car 75% des crédits à la consommation portent sur des sommes inférieures à 1.000 euros ".
 

Les banquiers assurent que les petits crédits sont les plus chers à produire. C'est la raison pour laquelle le taux maximal est fixé à 21,31 %. Problème : la rentabilité des crédits revolving dépasse souvent les 20% (1), selon une étude publiée par le Bipe (Bureau d'Information et de Prévisions économiques) en 2006.

Si la loi Lagarde constitue un progrès, elle est pourtant jugée insuffisante par ceux qui côtoient les surendettés. Pour Jean-Louis Kiehl, du réseau Crésus, seule l'instauration d'un     "registre national des crédits aux particuliers" permettrait d'enrayer le mal.

"La France est l'un des derniers pays européens à ne pas disposer d'un tel fichier", s' insurge- t- il. Jusqu'à présent, la majorité des banques françaises et des associations de consommateurs, comme UFC-Que choisir, la CLCV et l'Afub, y étaient hostiles. Les premiers redoutaient que ce registre donne accès à leurs données et leurs fichiers clientèle à de nouveaux entrants sur le marché du crédit à la consommation. Les seconds mettaient en garde contre la divulgation de données à caractère personnel, et l'usage marketing qui pourrait en être fait.

Les positions ont commencé à évoluer. Sous la pression des parlementaires, Christine Lagarde a fini par nommer un comité de préfiguration chargé de rédiger un rapport, en juillet prochain, sur la création de ce fichier.

Quelles données y inscrire ? Le nombre d'emprunts ? Le montant global des crédits ? Les salaires ? Les charges fixes comme le téléphone qui grève de plus en plus les budgets ?

"Si on ne donne que le nombre de crédits, sans les montants empruntés, comme cela se pratique en Belgique, cela ne sera pas très efficace", juge un banquier. On aurait au moins pu constater que Claudine Schnegg avait souscrit 27 crédits, et la proviseure de collège 39...

"Est-ce utile de mettre en place un fichier Big Brother, alors qu'il suffirait de demander les relevés de comptes des trois derniers mois pour établir la liste des crédits et charges ?" questionne Serge Maître, de l'Afub.

L'agenda de Christine Lagarde va être aussi chargé qu'un échéancier de crédit...


(1)« Votre argent les intéresse. Comment banquiers et assureurs profitent de vous », de Jannick Alimi et Olivier Aubry, Robert Laffont, 2006.

 

Odile Benyahia-Kouider


Paru dans le Nouvel Observateur du 24 février

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commentaires

Aurélie 17/10/2014 15:51


Bonjour, 


Je trouve votre article très intéressant 


La loi largarde est rentrée en vigueur en mai 2011 et permet de lutter contre le surendettement 


Cordialement

Aurélie 17/10/2014 15:50


Bonjour, 


Je trouve votre article très intéressant 


La loi largarde est rentrée en vigueur en mai 2011 et permet de lutter contre le surendettement 


Cordialement

Paul 16/10/2011 04:40



Cela fait depuis un temps que la loi Lagarde soit entré en vigueur. Apparemment, la loi affecte les relevés de crédit!
http://www.jetaide.com/dossiers/droit-et-juridique/comprendre-un-releve-de-compte-d%e2%80%99un-credit-renouvelable-635-07.htm. Plus de transparence, moins de terminologies qui portent à
confusion!



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