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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 05:30

La tension monte pour plusieurs pays européens. Particulièrement l’Irlande, le Portugal, et même l’Italie et l’Espagne qui, avec la Grèce, sont les pays dont la dette inquiète particulièrement. Sentant la catastrophe venir, certains entrepreneurs de ces pays ont décidé de délocaliser leurs entreprises en… Suisse.

L’Irlande est malade de ses banques. Les investisseurs doutent beaucoup des possibilités de remboursement de la dette de ce pays et négocient ses obligations à dix ans – c’est-à-dire l’argent prêté à l’État pour dix ans contre un rendement garanti – à des taux historiquement hauts : près de 9 %. Selon plusieurs experts, l’État irlandais pourrait faire appel à une aide européenne de l’ordre de 48 milliards d’euros d’ici la fin 2011.

Au Portugal, bien que le gouvernement ait dû décider un plan d’austérité drastique pour « rassurer » les marchés, les dépenses continuent d’y être plus importantes que les recettes. Là aussi, les inquiétudes des investisseurs entraînent une hausse des taux d’intérêt, ce qui alourdit le déficit et aggrave l’endettement, selon le principe du cercle vicieux. Comme pour l’Irlande, il existe un risque élevé que le Portugal doive demander une aide financière à l’Europe.

Les Italiens repassent les Alpes

Si l’Italie et l’Espagne semblent moins menacées, une contagion est toujours possible. Car si l’Irlande et le Portugal demandent tous deux l’aide de l’Europe, ces deux pays ne pourront plus emprunter qu’à des taux élevés, ce qui aggraverait encore leur situation économique. En cas de “scénario catastrophe”, l’Espagne serait en première ligne, car elle vit une très grave crise immobilière et une augmentation du chômage de plus en plus inquiétante à long terme. Dans ce cas, l’ensemble du secteur bancaire européen serait touché et l’Europe aurait de très sérieux problèmes.

Le franc suisse est généralement une valeur refuge en temps de crise. Ce qui est moins habituel, c’est que des patrons européens décident de délocaliser leur entreprise en Suisse. Plusieurs études récentes démontrent que de nombreuses sociétés de pays frontaliers s’installent désormais sur le territoire helvétique qui fait figure de résistance dans une économie mondialisée.

« Si je ne bouge pas, dans un an, un an et demi, je peux mettre la clé sous la porte. La Suisse nous offre des perspectives de croissance, l’Italie non », indiquait il y a quelques jours Fausto Grosso, un entrepreneur italien, dans une émission de la chaîne de télévision Rai3. «Je refuse de m’avouer vaincu et de laisser mourir l’entreprise familiale.» Alors, pour sa PME active dans la mécanique de précision, il envisage un avenir loin de l’Italie. Et prospecte en Suisse.

Pareil pour Laura Costato, patronne d’une entreprise active dans la construction et le recyclage de matériaux qui, lors d’un récent voyage organisé par le DEV (développement économique vaudois) pour une cinquantaine d’intéressés, a elle aussi fait ses calculs. « L’idée était de résister en Italie, mais désormais ce serait un suicide », tranche Laura Costato.

Ce n’est pas une vague de fond, mais ils ne sont pas seuls. Il y a aussi les membres du groupe économique italien Imprese che resistono (Voix critique), fatigués d’essayer de secouer le monde économico-politique de la Péninsule pour que les choses changent. En vain. Des entrepreneurs qui refusent d’être la « trame du tissu économique, dont on cite le nom à longueur de discours politiques mais qu’on oublie une fois les micros fermés ». Farouchement apolitiques, extrêmement déçus : délocaliser en Suisse n’est plus pour eux un tabou.

Pourquoi choisir la Suisse, ses coûts de production, sa monnaie inamovible ? Pour sa fiscalité bien sûr – surtout lorsqu’on verse « jusqu’à 76 % » de ses revenus au fisc italien sans recevoir en retour les services attendus » – mais pas seulement. Il y a aussi des conditions qui paraissent plus favorables et une administration apparemment plus accessible, moins bureaucratique. Il y a encore « la qualité de vie, la stabilité politique, la très faible criminalité, les conditions de scolarisation », ajoute Laura Costato. Des sociétés attirées aussi par l’image de la place économique suisse, sorte de sésame vers les si nécessaires nouveaux marchés.

L’herbe est-elle si verte en Suisse ? « Nous savons que ce n’est pas l’Eldorado, mais les rats quittent le navire », indique encore Fausto Grosso. Certes, les PME italiennes ne sont pas les multinationales américaines si convoitées par les services de promotion économique. Mais la concurrence de localisation existe tout de même. Selon Lorenzo Bessone, le représentant en Italie du GGBA (Great Geneva Bern Area), « ce sont des dizaines d’entreprises italiennes qui, depuis le début de la crise, se sont installées en Suisse ». Et nous n’en sommes qu’au début d’une vague de délocalisation en terre helvétique.

Les entrepreneurs européens, comme leur population, semblent être désillusionnés, las des promesses non tenues de l’économie mondialisée. Elle devait leur assurer le succès, mais il n’y a au rendez-vous que faillite et chômage. Victor Hugo écrivait que « dans l’histoire des peuples, la Suisse aura le dernier mot ». Et s’il avait raison ?

Clovis CASADUE pour la revue FLASH

Publié  sur Mecanopolis avec l’aimable autorisation de Jean-Emile Néaumet, directeur de la rédaction.

http://www.mecanopolis.org/?p=20700

 

Article placé le 19 nov 2010, par Mecanopolis

Reproduction libre avec indication des sources

FLASH N° 53, disponible jeudi 18 novembre 2010

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