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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 13:52

 

capiotalisme-ne-recule-devant-rien-copie-1.jpg

 

 

Je vous transmets plusieurs textes,


- un texte repris sur le site de mleray,

- un autre de Jean-Paul Duparc concernant les prises de position de la France au sommet de Bruxelles à la fin juin 2012,

- un autre d’André Bellon concernant la soumission totale de la France à l'Europe ultralibérale

- et enfin un texte critique sur l'austérité prôné par la gauche pour les années à venir. 

 

L'ensemble de ces textes est éloquent, il laisse entrevoir la politique suivie par la France dans les années à venir. Au lieu de combattre vigoureusement les marchés financiers comme François Hollande s'y était engagé au meeting du Bourget début 2012, lorsqu'il déclarait avec beaucoup de conviction que son seul ennemi était "la finance folle et dérégulée",  je constate avec désarroi que la volonté politique affichée semble se calquer sur la rigueur du gouvernement précédent.

 

J'ai beaucoup hésité avant de poster ce message, je ne veux pas apparaître comme un possible adversaire du pouvoir en place, en critiquant les décisions prises par la gauche de gouvernement enfin de retour aux affaires. J'ai, comme beaucoup de personnes, ressenti une immense joie et un sentiment de délivrance quand François Hollande a été élu président de la République.  J’ai moi-même œuvré de toutes mes forces pour que la gauche revienne aux affaires en 2012. Il est vrai que les premiers signes étaient prometteurs.

 

C'est en fait pour préserver la gauche de ses pires travers que je me permets cette mise en garde. J'ai connu l'euphorie de 1981 et la terrible désillusion du tournant de la rigueur de 1983. Certaines postures ultralibérales, les plus voyantes étant l'acte unique et le traité de Maastricht, ont semé le doute dans le peuple de Jaurès et au delà. L’apparition de l'abstention surtout dans les couches populaires délaissées et la montée en puissance de l'extrême droite ont accompagné cette prise de position suicidaire en faveur de la finance dérégulée et du libre marché.

 

Aujourd'hui la gauche n'a plus le droit à l'erreur. Le chaos nous guette et je ne suis pas sur que suivre la voie du gouvernement précédent sur l'austérité et la rigueur, en un mot sur la satisfaction absolue et totale des diktats de la pieuvre mondiale que constitue l'oligarchie dominante, à savoir la finance dérégulée et le complexe militaro industriel, soit la meilleure des solutions. La Communauté Européenne, au service exclusif du grand capital, impose à travers la rigueur et la fameuse règle d'or, la marche forcée vers une dictature où toutes les décisions seraient prises par une oligarchie au service des seuls 1% de la population la plus riche. Cette Europe qui se veut fédérale marquerait la fin de l’indépendance des différentes nations du vieux continent.

 

Aujourd'hui déjà 80% des lois votées par le parlement français, sensé représenter la souveraineté populaire, sont dictées par la Commission Européenne qui reçoit ses ordres des lobbyistes au services des multinationales.

 

Aujourd'hui l'indépendance de la France en matière monétaire est morte, ce sont les grands banquiers internationaux qui dictent la politique de rigueur par le biais de la BCE. 

 

Aujourd'hui donc nous avons cédé l'adoption du budget de la nation à cette Europe supranationale et ultralibérale responsable de tant de régressions.

 

Que restera-t-il de la volonté de satisfaire l'intérêt général quand le mécanisme de la dette imposera le gel de tous les projets innovants et producteurs de richesses ? L’équilibre budgétaire, en ayant comme seul souci le remboursement des intérêts de la dette à des marchés financiers sans état d'âme, plongera notre pays dans la récession et la misère.

 

La colère légitime du peuple sera canalisée dans des postures de droite extrême qui déboucheront forcément sur des  affrontements violents. Ces idéologies dangereuses ont déjà été expérimentées dans la première moitié du 20° siècle. En ces temps là, la peste brune a partout déployé son nuage de mort.

 

On voit bien les profonds méfaits de cette politique du pire en Grèce. Ce pays est à l'heure actuelle un laboratoire ultralibéral où sont expérimentées les pires régressions que nous devrions combattre vigoureusement. Au lieu de cela nous capitulons sans livrer bataille. Il me semble que chaque membre de l'euro zone adopte une attitude dangereuse. 

 

Avant que la politique du pire ne soit réalité. Avant que le gouvernement de gauche n’emprunte la voie de l'échafaud qu'avait dessiné pour notre pays le gouvernement Fillon. Avant la fin de toute idée de progrès social dans notre pays, Avant de devenir les esclaves dociles des puissants de ce monde. Avant cette chronique d’une mort annoncée, je voudrais pousser un cri d'alarme afin d’éviter de plonger dans le précipice qui s'ouvre devant nous. Je voudrais que la gauche de gouvernement réussisse une vraie politique de gauche, en rupture totale avec ce suicide collectif imposé par les marchés financiers.

 

 Ma gauche, mon peuple, ma France, je voudrais tant que nous retrouvions le chemin du progrès social. Il faut que ces forces se lèvent, prennent conscience de leur puissance et boutent hors de notre univers ces banksters de tous poils qui ne rêvent que de pillages et de rapines. 

  

 Lucien PONS

 

« Actionnaires de tous les pays, unissez-vous…! »

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Le premier texte datant du mardi 26 juin 2012. texte repris sur le blog "Le Cri du Peuple".

 

 

Bruxelles va pouvoir surveiller de très près le budget français


La Commission examinera chacun des amendements qui seront votés lors de l'examen de la loi de finances au Parlement à l'automne.


Les débats parlementaires de l'automne prochain sur la loi de finances pour 2013 - exercice hautement périlleux pour le nouvel exécutif, puisqu'il devra intégrer à la fois des engagements de réduction des déficits et des promesses de campagne - pourraient bien se faire sous haute surveillance de Bruxelles.

Dans le jeu de donnant-donnant auquel se livrent la France et l'Allemagne depuis plusieurs semaines dans le cadre de la résolution de la crise économique et financière traversée par la zone euro - Berlin réclamant davantage d'orthodoxie budgétaire, alors que Paris insiste sur la croissance et la solidarité -, la France se retrouve contrainte à faire des concessions. L'une d'entre elles apparaît technique de prime abord, mais pourrait tout changer en matière de souveraineté budgétaire des États: la Commission a préparé un projet de règlement qui lui donnera un pouvoir important sur les décisions économiques prises par chaque État membre. «Il devrait être adopté dès cet automne», indique une source européenne. Ne manque plus que le feu vert politique des principales capitales, dont Paris. S'il est adopté, ce règlement marquera une avancée vers plus de fédéralisme. Sujet qui divise de longue date la gauche, désormais au pouvoir.

Le contrôle des budgets nationaux, déjà mis en place fin 2011 pour renforcer la gouvernance économique en Europe, sera renforcé par des mesures qui visent à accroître la surveillance des budgets. Et ce, pour que chaque pays - en dehors de ceux sous programme d'aide - respecte son engagement de ramener son déficit public à 3 % du PIB l'an prochain.

À l'avenir, chaque État de la zone devra consulter la Commission européenne et les autres pays avant de prendre des décisions économiques ou budgétaires pouvant avoir des conséquences sur ses voisins. Ceci afin de garantir que ces derniers ne paient pas les mauvais choix politiques d'autres!

Concrètement, cela se traduira aussi par une réelle intervention de Bruxelles dans l'élaboration des lois de finances des pays membres. Après la publication de ses prévisions de croissance économique en septembre - qui donneront une précieuse indication sur la crédibilité que Bruxelles accorde aux propres prévisions du gouvernement français -, la Commission se penchera sur le budget 2013.

«Assez intrusif»

Le gouvernement devra en outre lui communiquer en amont son projet de loi de finances. Impôts, dépenses, effectifs de fonctionnaires… tout sera scruté à la loupe. Si la Commission estime que le texte présente des lacunes - en d'autres termes, si elle identifie des contradictions entre le projet de budget et les objectifs à moyen terme de l'UE -, elle pourra en demander la révision dans un délai de quinze jours. «Pendant la discussion au Parlement, elle regardera chaque amendement et pourra donner son avis», explique une source bruxelloise.

Ensuite, en novembre, la Commission publiera ses propres prévisions de déficit et de dette. À ce moment-là, également, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, pourra décider d'alerter le gouvernement ou se prononcer sur des modifications à apporter. «C'est assez intrusif», reconnaît-on au sein même de la Commission.

Cette dernière rendra sa copie finale en décembre et adressera le cas échéant des recommandations assorties de sanctions - qui peuvent représenter entre 0,2 % et 0,5 % du PIB - en cas de déficit excessif. C'est donc peu dire que le gouvernement de François Hollande sera sous surveillance tout au long de ce processus.

Mais il faut en passer par là pour favoriser l'émergence d'une Europe économique et monétaire: «La France et l'Allemagne sont dans une dynamique constructive», souligne un familier des négociations. Angéla Merkel veut s'assurer que la France sera bien à 3 % de déficit en 2013. Quant à François Hollande, il peut se targuer d'avoir remis la croissance au centre des enjeux européens. «Chaque étape permet d'en débloquer un autre», explique un négociateur.

Reste que le chef de l'État va devoir convaincre l'aile gauche du PS qui s'affirme haut et fort contre la perte de souveraineté. Mais en diplomatie, tout le monde doit faire des compromis…

Enfin c'est le FIGARO qui le dit peut-être que c'est pas vrai ...  qui sait ? et surtout va pas t'réjouir trop tôt l'UMP....

Cri du Peuple : http://www.mleray.info/article-france-a-quoi-a-sert-qu-on-a-vote--107434351.html

 

 

POur_sauver114.jpg


Le deuxième texte de jean-Paul Duparc. "L'euphorie des marchés après l'accord européen".

 

Vous trouverez ci dessous une dépêche de Reuters qui rend compte de la réaction des marchés à l'accord européen : euphorique !
je vous ai souligné deux ou trois phrases clés ! vous apprécierez le soutien aux banques des pays périphériques "tout en maintenant la pression sur les finances publiques des Etats"

l' autre phrase en gras  signifie que : pour être remboursé les créanciers privés ne verront plus les prêteurs publics ( MES) être privilégiés ( passer avant eux )  ...donc plus de pertes pour les créanciers privés ( les marchés ) si il y a restructurations de dettes

c'est le MES ( donc des emprunts des Etats sur les marchés ) qui va recapitaliser les banques .... la BCE est tranquille......

bref tout pour les banques, quasi rien pour les dettes publiques, et surtout pas de financement par le BCE.

Et cet après midi Hollande annonce sa volonté de présenter rapidement au parlement le paquet global de ce sommet incluant le traité Merkozy sur l'austérité budgétaire ......traité qui reste intact et dont la ratification reste indispensable pour pouvoir bénéficier du MES........


Jean-Paul


L'accord européen rend les marchés boursiers euphoriques

Source : Reuters

29/06/2012 à 16:25 / Mis à jour le 29/06/2012 à 16:39

 

 

Les valeurs bancaires s'envolent et entraînent les Bourses européennes dans leur sillage vendredi, dopées par l'accord trouvé dans la nuit entre les dirigeants de l'Union européenne sur la supervision des banques.

Vers 16h, l'indice Stoxx des banques de la zone euro avance de 6,6%, la plus forte hausse sectorielle en Europe. Les banques grecques bondissent de 13,66%, l'italienne Intésa Sanpaolo de 7,98% et l'espagnole BBVA de 6,56%.

A Paris, Société générale, BNP Paribas (BNP 30.34 +9.71%) et Crédit agricole caracolent en tête du CAC 40 (PX1 3196.65 +4.75%) avec des gains compris entre 7,4 et 8%.

L'indice Euro Stoxx 50 s'octroie 4,2%, au plus haut depuis le début mai comme le CAC 40 qui prend 3,95%. La Bourse de Francfort avance de 3,9%, Milan de 5% et Madrid de 4,5%.

"Les négociations ont abouti à un consensus qui va au-delà des attentes. Les dirigeants se sont accordés sur des mécanismes de soutien à court terme pour les pays périphériques tout en maintenant la pression sur les finances publiques des Etats avec une conditionnalité forte", commentent dans une note les stratégistes de CM-CIC Sécurities.

Sur le marché des obligations souveraines, les taux se détendent fortement : le 10 ans italien est repassé sous 6%, à 5,86% contre 6,18% la veille, et le 10 ans espagnol passe de 6,96% à 6,48%.

FINI LA "CONSANGUINITÉ"

"Un des problèmes majeurs de la Grèce était que les prêteurs officiels ( MES, etc …) désiraient être prioritaires par rapport aux créanciers existants, et cela a immédiatement affecté les obligations souveraines grecques", estime Saxo Banque dans une note.

"Un des soucis de l'Europe était que la même chose risquait de se répéter en Espagne. Cela ne sera pas le cas grâce au sommet d'hier soir."

Le président du Conseil européen Hermann Van Rompuy a annoncé au petit matin que les dirigeants de la zone euro s'étaient mis d'accord sur le principe de la création d'une instance unique de supervision des banques de la zone euro, et étaient convenus qu'elles pourraient être recapitalisées directement par le Mécanisme européen de stabilité financière (MES).

Ce dispositif mettrait fin, comme le souhaitaient les marchés, au lien de "consanguinité" entre les banques et les émetteurs souverains de la zone euro.

"Si les fonds alloués sont suffisants, cela permettra de dresser une barrière entre les difficultés bancaires et budgétaires d'un pays", souligne-t-on chez CM-CIC Sécurities.

L'accord trouvé à Bruxelles permettra aux pays qui ont sollicité un plan de sauvetage pour leurs banques - Espagne et Chypre - de ne pas alourdir leur dette publique, mais les investisseurs estiment que des précisions doivent encore être apportées.

Angéla Merkel, qui va devoir faire valider cet accord par le parlement allemand, a précisé vendredi matin que la recapitalisation directe des banques serait soumise à conditions et que la dérogation au statut de créancier privilégié du MES ne s'appliquait qu'à l'aide à l'Espagne.

Selon un responsable européen, l'Espagne recevra dans un premier temps un prêt européen pour renflouer ses banques, mais l'opération sera transformée en recapitalisation bancaire directe dès que le MES aura été investi de cette capacité, a précisé un responsable européen.

Edité par Dominique Rodriguez

 

http://tnhistoirexix.tableau-noir.net/images/capitalisme.jpg 


Le troisième texte sur la fin de la souveraineté française par André Bellon.

 

Appel aux élus du peuple. Défendons la démocratie.


J'ai été parlementaire pendant 12 ans. J'ai été membre, puis Président de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. J'ai vu la manière dont les dirigeants de toutes tendances utilisaient la stratégie du mensonge pour étouffer par avance toute résistance et ainsi faire passer peu à peu les dénis de démocratie. Ainsi, ils prétendaient que l'Acte unique de 1986 était un simple traité technique ; ainsi ils affirmaient que le traité de Maastricht ou la ratification de l’Organisation Mondiale du Commerce n'attentaient pas à la souveraineté populaire.

Le même processus continue aujourd'hui. Avec les derniers traités (MES et TSCG dit Pacte budgétaire), les peuples et leurs élus, qui ont déjà été dépossédés des choix en matière monétaire par le traité de Maastricht, seront désormais dépossédés de tout pouvoir en matière budgétaire. Les nouvelles autorités françaises ont, certes, beaucoup parlé de renégociation du Pacte budgétaire, mais sans jamais évoquer les agressions qu'il contient contre les principes démocratiques.

Bien qu'il contienne d'importants transferts de souveraineté, le nouveau traité en cours de ratification ne sera pas soumis à référendum. C’est la volonté du Chef de l'Etat qui partage avec les autres dirigeants européens le refus de tout risque de remise en cause. Une nouvelle fois, l’Union européenne se fait sans les peuples. Et contre eux.

La démocratie est née progressivement du droit revendiqué par les peuples de contrôler le budget de l'État. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée le 26 août 1789 proclame, en son article XIV, que « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. » C’est ce droit fondamental que les dirigeants européens veulent aujourd’hui leur enlever.

Il faut en finir avec un processus qui, de traité européen en traité européen, supprime méthodiquement les souverainetés populaires, dissout même les peuples sans jamais évidemment les consulter. Il faut dire stop aux irresponsables de Bruxelles qui traitent les citoyens et leurs élus d’irresponsables s'ils n'avalisent pas leurs errements. Les seuls critères qui dictent leurs « bons choix » sont des indices économiques qu’ils sélectionnent et utilisent pour justifier leur maintien aux affaires, soi-disant pour résoudre les crises qu’ils ont eux-mêmes créées.

Les élus ne sont que les mandataires du peuple, les représentants des citoyens. Leur mandat ne leur donne pas le droit d’avaliser ces traités. Au nom des principes démocratiques et de la longue lutte historique du peuple français pour sa liberté dont ils sont comptables, je les appelle à les refuser et à faire partout appel au peuple, seul corps social légitime en la matière. Un moyen efficace permettrait de le faire : l'élection au suffrage universel d'une Assemblée constituante en France.

 

Mondialisation.

 

Quatrième texte, « L’austérité c’est maintenant ». Par Laurent Mauduit.

 

 

À quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, François Hollande a fait un geste qui a sans doute été mal décrypté. Au lieu d’aller à la rencontre des syndicats qui manifestaient dans toute la France et leur exprimer sa solidarité face à Nicolas Sarkozy qui les défiait en organisant au Trocadéro une fête du travail aux funestes relents, il a préféré, le 1er mai dernier, aller à Nevers sur la tombe de Pierre Bérégovoy, le premier ministre socialiste qui s’était suicidé dix-neuf ans plus tôt, au lendemain d’une sinistre défaite électorale de la gauche, celle de 1993. Sur le moment, beaucoup n’y ont vu qu’un geste de recueillement et de rassemblement de la famille socialiste.

Sans doute y avait-il plus que cela. C’est en tout cas ce que l’on est fondé à penser, à l'examen des premières annonces faites par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault et des contours de la politique économique et sociale qui se mettent en place. Car la similitude est frappante : même si, en son temps, François Hollande a très vivement – et courageusement – combattu les orientations du « Pinay de gauche », le voici aujourd’hui qui semble s’appliquer à marcher sur ses brisées et à placer les premières grandes mesures qu’il prend sous des auspices communes, celles de l’austérité.

Ce choix-là, s’il est socialement et politiquement contestable, pose de surcroît une question majeure : alors que le pays est de nouveau au bord de la récession, le gouvernement a-t-il raison de faire le choix d’une politique qui s’annonce très restrictive ? En somme, ne réédite-t-il pas l’erreur de Pierre Bérégovoy qui, par sa politique ultra orthodoxe, avait précipité la récession de 1993 au lieu de la conjurer ?

C’est, de fait, un bien étrange début de quinquennat auquel on assiste. François Hollande aurait pu avoir à cœur de faire vibrer le « peuple de gauche » en mettant en chantier, sitôt élu, quelques grandes réformes symboliques : une grande réforme démocratique – l’une de celles qui ne coûte pas un sou aux finances publiques mais qui permettrait de sortir la France du système perverti de la monarchie républicaine ; ou alors une grande réforme sociale. Eh bien non ! Les flonflons de la victoire de la gauche viennent à peine de se taire que déjà l’austérité pointe son nez.

Oui, l’austérité ! Dans le vocabulaire socialiste, ce mot-là est certes tabou, et dans une curieuse sémantique en vigueur depuis le tournant politique des années 1982-1983, les hiérarques du PS lui préfèrent le qualificatif aseptisé de « rigueur ». Mais à la lecture des premières instructions budgétaires adressées par Jean-Marc Ayrault aux membres du gouvernement, il faut dire les choses telles qu’elles sont : c’est une politique économique clairement restrictive qui se met en place.

Jean-Marc Ayrault l’a laissé une première fois transparaître le 25 juin, lors du séminaire du gouvernement, en annonçant à son issue, par un communiqué (on peut le télécharger ici), le cadrage des budgets de l’État pour les années allant de 2013 à 2015. Ce communiqué fixait d’abord les objectifs généraux : « Réduire le déficit public à 3 % de la richesse nationale en 2013, atteindre l’équilibre en 2017. » Et il donnait quelques détails plus précis sur la politique budgétaire envisagée. On apprenait en particulier ceci : « Pour l’État, ces orientations reposent sur une stabilité en valeur des dépenses, hors charge de la dette et de pensions, permettant de financer les engagements du Président de la République. Conformément aux engagements pris, les effectifs de l’État connaîtront une stabilité globale. Les créations d’emplois seront réservées à l’enseignement, à la police, la gendarmerie et la justice. Des efforts seront nécessaires pour les autres ministères afin de respecter cet objectif de stabilité. Ces efforts seront définis, sur la base des propositions des ministres, dans un objectif d’équité et de qualité des services publics. »


Des instructions plus draconiennes que Fillon


Les instructions apparaissent alors très rigoureuses et tout particulièrement celles évoquant un gel pour trois ans des dépenses en valeur. Mais pouvait-on en déduire que la politique suivie était celle de l’austérité ? Sur le moment, on pouvait déjà le supposer car « une stabilité en valeur des dépenses » de l’État correspond à une baisse en volume (du montant de l’inflation). D’autant que ce gel en valeur est exactement la norme qu’a défendue sous le précédent quinquennat François Fillon. En 2010, ce dernier a ainsi annoncé que les dépenses de l’Etat seraient gelées en valeur sur la période 2011-2013 (lire Et maintenant, l’austérité !). On pouvait donc déjà penser que le cadrage de la politique budgétaire de Jean-Marc Ayrault serait exactement le même que celui de François Fillon. Mais comme on ne disposait pas encore du détail du plan, il était encore difficile d’y voir clair.

Les traditionnelles « lettres de cadrage » que Jean-Marc Ayrault vient d’adresser aux membres du gouvernement pour préparer le projet de loi de finances pour 2013 et le projet budgétaire pluriannuel couvrant la période 2013-2015 lève toute équivoque, comme en témoigne le nouveau communiqué publié le 28 juin par les services du premier ministre, que l’on peut consulter ci-dessous :

Lettre de cadrage budget 2012

 

Lisons en effet les instructions, beaucoup plus détaillées, qui figurent dans ces lettres. Après avoir rappelé la norme de gel en valeur des dépenses de l’État, le communiqué lève une petite partie du voile sur les coupes claires que cela induira.

D’abord, il donne cette indication : « Le budget en préparation respecte des priorités, conformes aux engagements du Président de la République : l’enseignement, la sécurité et la justice. Il est partagé car l’ensemble des ministères, y compris ceux qui interviennent dans un domaine prioritaire, engagera des économies, fondées sur des propositions de réformes qu’ils élaboreront eux-mêmes. Les opérateurs de l’État devront également participer à l’effort de redressement des comptes publics. » Puis, il se fait plus précis : « S’agissant des dépenses de fonctionnement, chaque ministre proposera également des réformes, permettant, dans un souci d’équité et d’efficacité des services publics, d’en réduire globalement le montant de 7 % en 2013 par rapport à 2012, 4 % en 2014 par rapport à 2013 et 4 % en 2015 par rapport à 2014. Un effort de même ampleur sera appliqué, dans cet esprit d’équité et d’efficacité, aux dépenses d’intervention. Dans un souci de répartition équitable de l’effort, l’ensemble de ces principes sera décliné également aux dépenses de personnel, de fonctionnement et d’intervention des opérateurs de l’État. Chaque ministre aura la responsabilité de répartir cet effort au plus juste entre son administration et les opérateurs qui lui sont rattachés. »

Il n’est pas très difficile de percer ce que signifie ce jargon technocratique. En clair, les dépenses de fonctionnement de l’État seront réduites de 7 % en 2013, puis 4 % en 2014, et enfin encore 4 % en 2015, soit au total 15 % sur les trois ans. Comme leur nom l’indique, ces dépenses de

Et on aurait tort de se fier à la vision populiste des choses, qui prétend que l’État est obèse et vit dans l’opulence. La réalité est souvent à l’inverse et l’opinion publique se rend souvent mal compte des conséquences des coupes claires dans certaines dépenses de fonctionnement. Dans le passé, des rapports de l’Inspection des finances ont établi par exemple que des zones franches fiscales existaient de facto parce que l’administration fiscale n’était pas assez riche pour contrôler les contribuables – entreprises ou ménages – dans les coins les plus reculés de chaque département.

Annexé au projet de loi de finances pour 2012, un Rapport sur la dépense publique et son évolution, que l’on peut consulter ci-dessous notamment à partir de la page 45, permet de comprendre l’importance de ces dépenses de l’État :

Rapport Dépense 2012

Coupes claires dans les dépenses sociales de l'État

Le communiqué révèle par ailleurs que les dépenses d’intervention feront l’objet d’un « effort de même ampleur ». En clair, elles baisseront, elles aussi, de 15 % sur les trois années 2013, 2014 et 2015. Or, ces dépenses d’intervention sont politiquement encore plus sensibles. Portant sur un montant global de 57 milliards d’euros, elles recouvrent des subventions diverses, mais aussi une bonne partie des interventions sociales de l’État : aide au logement, allocation adulte handicapé, contrat aidé…

Quand il avait annoncé sa purge en 2010, pour sa programmation pluriannuelle 2011-2013, François Fillon avait aussi pris des mesures d’austérité sur ces dépenses d’intervention que la gauche avait, à juste titre, très vivement critiquées. Ce qui n’empêche donc pas le gouvernement socialiste d’explorer aujourd’hui exactement les mêmes pistes.

Extrait du même rapport sur la dépense publique, le tableau ci-dessous détaille le contenu de certaines de ces dépenses d’intervention, celles baptisées « interventions de guichet », portant sur 38 milliards d’euros. À lire cette liste, on comprend vite que ces dépenses sont socialement très importantes. 

Enfin, ces « lettres de cadrage » donnent des détails sur le régime sec auquel sera soumise, à quelques exceptions près, la fonction publique. On apprend que les 65 000 créations de postes annoncés sur la durée du quinquennat (60 000 dans l’éducation nationale et le reste dans la police, la gendarmerie et la justice) seront compensés par autant de diminutions. Voici ce que dit le communiqué : « Les effectifs de l’État connaîtront une stabilité globale. Les créations d’emplois seront réservées à l’enseignement, la police, la gendarmerie et la justice. Des efforts de -2,5 % par an sur les autres secteurs seront donc nécessaires afin de respecter cet objectif de stabilité» Et dans une formule courtelinesque, le communiqué ajoute : « Ces efforts porteront sur l’ensemble des ministères, y compris sur les ministères qui interviennent dans un domaine prioritaire pour leurs emplois situés en dehors de ce champ. » En clair, mis à part les secteurs prioritaires – et encore pas totalement –, ce sera le régime sec.

Voici donc les premières instructions. Elles ne font pour l’heure apparaître qu’une petite partie de la politique très restrictive qui en découlera, ou des sacrifices symboliques qui seront annoncés. Avec un pareil cadrage, que restera-t-il par exemple des crédits en faveur de la culture ou de l’aide au développement ? On ne le saura que dans les prochaines semaines, quand les crédits par ministères seront connus, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que l’avenir s’annonce sombre, et que la politique budgétaire socialiste risque de susciter beaucoup de déception, quand on commencera à en mesurer les conséquences concrètes. Autre exemple : quelle sera la politique salariale de la fonction publique ? Il y a fort à parier qu’au-delà de la déception, il y aura peut-être même, dans les mois qui viennent, de la grogne sinon de la colère.

Et pourquoi François Hollande s’engage-t-il sur cette voie ? Il faut au moins lui donner ce crédit : même si l’opinion durant la campagne présidentielle pouvait difficilement percevoir les retombées concrètes de ce débat ardu sur les finances publiques et sur la réduction des déficits et de la dette, François Hollande a toujours joué cartes sur tables et annoncé qu’il mettrait en œuvre, s’il était élu, une politique budgétaire beaucoup plus austère que celle préconisée par son propre parti.

Que l’on se souvienne des débats socialo-socialistes de la mi-2011. Au printemps 2011, le Parti socialiste adoptait un projet pour 2012 qui refusait clairement la politique d’austérité du gouvernement Fillon et la réduction à marche forcée des déficits publics. Ratifié par les militants, ce projet préconisait un retour des déficits publics français sous la barre des 3 % du produit intérieur brut (PIB) seulement à l’horizon de 2014, et non en 2013 comme s’y était engagé Nicolas Sarkozy. Seriné à longueur d’émissions, l’argument du PS était frappé au coin du bon sens : réduire les déficits trop vite risquerait de plonger le pays dans la récession et de rendre hors de portée cette… réduction des déficits. À cette époque, Martine Aubry, comme la plupart des dirigeants socialistes, disait même qu’il fallait étaler les efforts sur plusieurs années pour ne pas asphyxier l’économie et que le retour aux 3 % de déficits pourrait attendre… 2015.

Les dangers d'une politique restrictive

Mais, à l’époque, François Hollande crée la surprise (lire L’énigme François Hollande) en annonçant, en violation du projet du PS, qu’il est partisan, lui, de respecter les engagements pris par Nicolas Sarkozy. Sous le titre « François Hollande : la dette est l’ennemie de la gauche et de la France », c’est à la faveur d’un entretien au Monde (daté du 16 juillet 2011) qu’il se livre à cet exercice.

« Dans le projet socialiste, il est question de ramener les déficits à 3 % du PIB en 2014. N’est-ce pas trop tard ?, interroge le quotidien.

– Il faut rééquilibrer nos comptes publics dès 2013, répond François Hollande.

– Dès 2013 ?, insiste le journal.

– Oui. Je ne le dis pas pour céder à je ne sais quelle pression des marchés ou des agences de notation mais parce que c’est la condition pour que notre pays retrouve confiance en lui. »

On connaît la suite : dans une étonnante compétition libérale, sa rivale dans la primaire socialiste, Martine Aubry, fait aussitôt comprendre que, elle aussi, si elle était élue, n’aurait de cesse que de bafouer les engagements pris par le Parti socialiste et de mettre en œuvre une politique d’austérité.

La politique budgétaire qui prend forme en ce début d’année 2012 est donc strictement conforme à ce qui avait été suggéré – mais que le « peuple de gauche » n’avait pas forcément bien appréhendé. Il reste qu’elle soulève deux fortes interpellations. La première est d’ordre politique : pourquoi donc François Hollande a-t-il choisi de commencer son quinquennat de la sorte, d’abord en décidant une hausse aussi modeste du Smic (lire La triple faute de François Hollande), ensuite en annonçant ces coupes claires dans les crédits publics ? Etait-il plus urgent pour François Hollande de rassurer les marchés financiers – dont il s’était pourtant dit l’ennemi – que de prendre des mesures sociales fortes ? 

Et la seconde interpellation est de nature économique : même si on laisse de côté ces considérations sociales, est-on certain que ce cap est pertinent ? La dernière note de conjoncture publié par l’Insee (nous en présentions tous les indicateurs alarmants dans ce même article sur La triple faute de François Hollande) atteste qu’une nouvelle récession menace, que la consommation décroche, et que le pouvoir d’achat des ménages est en chute dans des proportions sans précédent depuis 1984.

Tous les grands instituts de conjoncture vont faire tourner leur modèle pour savoir quels seront les effets de ces mesures Hollande. Mais il n’est pas besoin d’être grand clerc pour le deviner : cette politique va naturellement creuser la récession au lieu de la conjurer.

Il y a donc, dans cette fuite en avant, une myopie qui fait peur. Se souvient-on, par exemple, que jusqu’en 1997, un seul homme politique français, l’ulralibéral (et ex-d’extrême droite) Alain Madelin, préconisait le retour à l’équilibre des finances publiques ? Désormais, c’est l’alpha et l’oméga de la politique budgétaire que veut conduire François Hollande.

Si le pays est longtemps en récession ou en croissance zéro, combien de nouveaux sacrifices faudra-t-il qu'il consente pour y parvenir ? Et la gauche sera-t-elle, à la fin du quinquennat, dans une meilleure forme que celle où l’avait laissé Pierre Bérégovoy en 1993 ? C’est l’inquiétude légitime que suscitent les premiers pas de ce gouvernement.

Lucien PONS

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  • Description : Je suis un citoyen ordinaire préoccupé par l’injustice. Je refuse l'ultralibéralisme et j'essaie de combattre la pensée unique. Je veux une société plus solidaire où les valeurs humanistes remplaceraient la concurrence et la guerre de tous contre tous Je suis enseignant et je suis choqué de voir s’installer l’école néolibérale en lieu et place de l’école républicaine. Notre modèle social est attaqué avec violence et mon but est de le défendre

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