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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 22:15

 

 

La vérité sur Manuel Valls


 

Manuel Valls, le nouvel inquisiteur

L’une des ironies de la démocratie est qu’elle permet de mettre au pouvoir mêmes des gens qui n’ont pas été élus, dont le seul suffrage réside dans leur capacité à établir des rapports de force politiciens en coulisse, au mépris du choix des électeurs.

En témoigne le cas de Manuel Valls qui, faut-il le rappeler, a perdu les primaires socialistes en réalisant le score de 5,6% (soit 140000 personnes) et qui, plutôt que la modestie à laquelle l’invite une telle défaite, finit, non sans turbulences, ministre de l’intérieur dans le gouvernement de François Hollande.

Plus qu’un déni de démocratie, c’est le testament d’une certaine gauche française qui s’écrit sous nos yeux. Car ce n’est pas uniquement la quête personnelle d’une pâle copie de Nicolas Sarkozy à laquelle nous assistons, le courage et la dramaturgie en moins,  mais à la montée en puissance d’une gauche raciste et réactionnaire digne des pages les plus sombres du colonialisme.

Une gauche de l’inquisition, qui établit de manière arbitraire ce qui relève de la bonne ou de la mauvaise religion.

Une gauche de l’exclusion, qui disqualifie les citoyens qui n’auraient pas la bonne couleur idéologique, la bonne appartenance, le bon code vestimentaire.

Une gauche sécuritaire, qui voit les citoyens comme une menace à maintenir sous contrôle plutôt que de se placer au service de l’intérêt collectif.

Une gauche qui décomplexe le racisme, le rendant presque acceptable lorsqu’il se cache derrière une laïcité dévoyée, comme une cape de respectabilité pour exprimer une haine grandissante des musulmans.

Manuel Valls est l’icône politique d’une telle gauche, qui entend mettre au pas tous ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur du parti socialiste, ne partageraient pas cette vision rétrécie du vivre ensemble.

 

L’autisme politique d’un ministre de l’arbitraire

A peine quelques mois au pouvoir et voilà Valls devenu l’homme fort du gouvernement, avec autant d’opinion favorables à son sujet que de voix hostiles aux musulmans, soit un succès ironiquement corrélé à la mesure de l’islamophobie ambiante. Car les sondages sont rois au pays de la politique et dictent les rapports de force au sein même du gouvernement, entre d’une part le clan de Valls qui, tirant les fruits de l’extrême droitisation de l’opinion, souhaite imposer à la France son agenda politique et, d’autre part, le reste du gouvernement, de Jean Marc Ayrault à Christiane Taubira, qui doivent composer avec les caprices de l’inquiétant locataire de la place Beauvau.

Il en résulte une forme d’autisme politique face à toute proposition qui mettrait en risque sa droitière popularité, fut-elle une promesse de campagne du candidat Hollande.

Ainsi, Manuel Valls s’obstine a refuser toute expérimentation du récépissé de contrôle d’identité. Peu importe si les contrôles au faciès se multiplient, peu importe si les études universitaires démontrent le préjudice subi par certaines populations lors de ces contrôles, peu importe si la mise en place d’un tel dispositif dans d’autres pays d’Europe a été un succès… Le ministre n’entend rien et semble préférer que les injustices et discriminations persistent à l’égard de populations noires et arabes vivant majoritairement dans des quartiers populaires et qui, au bout du compte, ne sont que des variables d’ajustement électorales dont on peut piétiner les droits les plus élémentaires.

Ce mépris et cette gestion purement sécuritaire des quartiers populaires semblent être un passage obligatoire pour tout ministre de l’intérieur qui se respecte, maniant la menace et l’autoritarisme comme gages d’une virile crédibilité auprès de l’électorat de droite, avec les mêmes amitiés douteuses que ses prédecesseurs.

Quand on sait que Manuel Valls juge qu’il n’y a pas assez de « blancos » et de « whites » à Evry, on comprend qu’il existe chez le ministre un rapport particulier à la couleur de peau des individus, là où l’on serait tout simplement tentés de voir des êtres humains, sans nécessairement ressentir le besoin de les diviser par couleur, par origine ou par religion.

La cécité idéologique du ministre s’applique également à l’islamophobie, qu’il nie volontairement au mépris des centaines de cas de discriminations et de violences recensés chaque année. Et comme on le comprend, puisqu’il a été l’un des acteurs politiques majeurs responsables de la stigmatisation des musulmans.

D’abord en tant que maire d’Evry, Manuel Valls n’a eu de cesse de mettre à l’index les musulmans de sa commune, s’ingérant même dans la vie des commerces en réclamant la fermeture d’une superette sous prétexte qu’elle ne vendait pas de porc ni d’alcool, comme si l’on pouvait se permettre de dicter à des personnes privées la manière de gérer leur entreprise dès lors qu’ils sont musulmans, au mépris de la loi.

Fervent soutien d’une laïcité d’exclusion, il a été l’un des seuls élus de gauche à voter la loi contre le voile intégral, a soutenu la proposition de loi contre les nounous voilées (qui entendait établir une police des mœurs et des religions à l’intérieur même du domicile des nounous) et cautionne les avis du Haut Conseil à l’Intégration (HCI), qui a été le principal dispositif propageant en France une islamophobie institutionnelle.

A chaque fois qu’une question politique se pose concernant, de près ou de loin l’islam ou les musulmans, Manuel Valls se prononce contre eux, les mettant dans une situation de subordonnés auxquels il entend dicter la manière dont ils doivent s’habiller et pratiquer leur religion, au mépris même de la laïcité qu’il prétend défendre, dans sa non ingérence du champ politique dans les affaires religieuses.

C’est un véritable rapport colonial qu’entend instaurer Manuel Valls avec les musulmans, dont il continue à policer les instances représentatives, contrôlées par des pays étrangers, au mépris de la liberté de choix des fidèles et de leur pleine et entière indépendance quant à leur façon de s’organiser.

Manuel Valls, comme ses prédécesseurs, a fait de l’islam un fait sécuritaire, en reprenant la sémantique de la menace et en empruntant à l’extrême droite l’idée selon laquelle les musulmans seraient potentiellement des « ennemis de l’intérieur ».

Sa cible principale : le foulard des femmes musulmanes, à qui il s’attaque avec une haine presque viscérale, soutenant tout projet visant à les discriminer et à les disqualifier de toute participation à la vie collective. Dernière sortie en date, sa déclaration de guerre au foulard, doublée d’une ingérence claire dans les affaires politiques de la Tunisie et de l’Egypte. Sur Europe 1 le 7 février, il déclare: « Le voile qui interdit aux femmes d’être ce qu’elles sont restera pour moi et doit rester pour la République un combat essentiel ».

 

Protéger les synagogues, surveiller les mosquées

Comme plusieurs de ses prédecesseurs, dont Pierre Joxe pour qui la première mission en arrivant au ministère fut de protéger les synagogues et surveiller les mosquées,  Manuel Valls semble faire preuve d’une asymétrie totale dans son traitement des communautés, menaçant les uns et faisant allégeance aux autres. Tout en refusant la concurrence victimaire, il convient de pointer un deux poids deux mesure inacceptable pour quelqu’un qui prétend incarner la puissance publique, neutre vis à vis des cultes et respectueuse de chacun.

Ainsi, le ministre de l’intérieur (de la France) n’hésite pas à se déclarer « éternellement lié à la communauté juive et à Israël » tandis qu’on imaginerait mal un autre ministre faire une déclaration similaire pour la Palestine sans que cela occasionne quelques remous.

Plus récemment, M. Valls a affirmé que les juifs de France « peuvent porter avec fierté leur kippa! », dans une déclaration de dignité qu’il convient de saluer. On comprend dès lors mal le paradoxe du ministre selon lequel des citoyens de même nationalité se verraient appliquer un traitement différencié en raison de leur appartenance religieuse: les uns pourraient porter leur kippa avec fierté et les unes leur hijab avec honte…

Dans une société riche de sa diversité comme la nôtre, il ne convient pas de monter les uns contre les autres, ni d’accuser les uns pour rassurer les autres. De la même façon que la lutte contre l’antisémitisme est la responsabilité de tous, la même exigence et la même cohérence doit s’appliquer à la lutte contre l’islamophobie ou le racisme anti-Roms.

 

Point final

Pour conclure, il semble que l’agenda politique de Manuel Valls soit clair et limpide : poursuivre une politique dont l’axe essentiel est sécuritaire et focalisé contre les musulmans, présentés comme une menace à l’ordre publique et à l’identité française, afin de construire à droite (voire à l’extrême droite) une base électorale qu’il aura été incapable de conquérir à gauche, tout en faisant émerger à l’intérieur même du parti socialiste une idéologie construite d’un racisme natif, se nourrissant d’une compréhension (volontairement) dévoyée du féminisme et de la laïcité.

Le drame du racisme contemporain n’est pas dans l’outrance des propos d’une Marine le Pen ou d’un Geert Wilders, mais dans le coupable silence de tous ceux qui, à droite comme à gauche, voient l’Europe basculer dans la haine islamophobe sans rien faire, la laissant même s’infiltrer dans leurs rangs. Tout ceux là porteront, au regard de l’histoire, une inexpiable responsabilité.

 

http://www.foulexpress.com/2013/02/la-verite-sur-manuel-valls/

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