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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 08:34

Nouriel Roubini: Livre, analyses et prévisions

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16/08/2011 - Le capitalisme est-il condamné ?
 
Ainsi que le montrent la volatilité massive de la Bourse et la correction des valeurs boursières qui frappent les marchés financiers mondiaux, les économies avancées sont au bord d'une récession à double creux. 
 
Une crise financière et économique due à un endettement trop important du secteur privé a conduit à un réendettement massif du secteur public afin d'éviter une deuxième Grande dépression. Mais de ce fait, le redémarrage qui a suivi a été anémique dans la plupart des pays avancés.
 
La concomitance d'un prix élevé du pétrole et des matières premières, des troubles au Moyen-Orient, du tremblement de terre et du tsunami au Japon, de la crise de la dette dans la zone euro et des problèmes budgétaires américains (avec maintenant la baisse de sa notation par les agences spécialisées) ont provoqué une brusque hausse de l'aversion aux risques. Sur le plan économique, les USA, la zone euro et le Royaume-Uni tournent au ralenti. Même les pays émergents à croissance rapide (la Chine, certains autres pays d'Asie et d'Amérique latine) et les pays dont l'économie est basée sur l'exportation (l'Allemagne et l'Australie, pays riche en ressources naturelles) vers les marchés émergents connaissent eux aussi un fort ralentissement.

Jusqu'à l'année dernière, les responsables politiques parvenaient toujours à proposer une solution pour regonfler le prix des actifs et relancer l'économie. Des plans de stimulation budgétaire, des taux d'intérêt proches de zéro, deux périodes de relâchement monétaire, le confinement de la dette, des milliers de dollars dépensés dans des plans de sauvetage et des provisions de liquidité pour les banques et les institutions financières, les gouvernements ont tout essayé et les voici maintenant démunis.

Dans la zone euro et au Royaume-Uni la politique budgétaire freine la croissance. Même aux USA, les autorités locales et le gouvernement fédéral réduisent les dépenses et les transferts budgétaires. Et très prochainement ils augmenteront les impôts.

Une deuxième vague de sauvetage des banques est politiquement inacceptable et économiquement irréalisable : la plupart des pays, notamment européens, connaissent déjà de telles difficultés qu'ils ne peuvent se permettre de financer des plans de secours supplémentaires : leur risque souverain alimente les inquiétudes quant à la santé des banques européennes qui détiennent la plus grande partie des titres d'Etat dont la valeur n'est pas assurée.

De même, la politique monétaire ne peut être d'un grand secours. Le recours au relâchement monétaire est limité par une inflation qui dépasse les prévisions dans la zone euro et au Royaume-Uni. La Réserve fédérale américaine va probablement entamer une troisième période de relâchement monétaire (QE3), mais ce sera trop peu et trop tard. L'année dernière les 600 milliards de dollars de la deuxième période de relâchement monétaire (QE2) et les 1000 milliards de baisse d'impôt et de transferts budgétaires n'ont permis d'atteindre qu'une croissance de 3% pendant un trimestre. Elle s'est ensuite effondrée, passant sous la barre des 1% au cours du premier semestre de cette année. La troisième période de relâchement monétaire sera bien plus timide et bien moins performante pour regonfler le prix des actifs et restaurer la croissance.

Project-syndicate

19/07/2011 - Le dernier combat de la zone euro

La crise de la zone euro arrive à son paroxysme. La Grèce est insolvable. Les obligations du Portugal et de l’Irlande ont récemment été dégradées au niveau de junk bonds (« obligations poubelles », présentant le niveau de risque le plus élevé, ndt). 

L’Espagne est toujours susceptible de perdre son accès au marché, à cause des incertitudes politiques qui s’ajoutent à ses difficultés fiscales et financières. Enfin, la pression financière sur l’Italie monte de plus en plus.

D’ici à 2012, la dette publique grecque sera supérieure à 160% et toujours en augmentation. Les alternatives à une restructuration de dette sont de plus en plus improbables. Un sauvetage généralisé du secteur public de la Grèce (par le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et le Fonds Européen de Stabilité Financière) génèrerait tous les problèmes de hasard moral imaginables : extrêmement coûteux et pratiquement impossible politiquement, à cause de la résistance des électeurs au cour de la zone euro – à commencer par les Allemands.

En attendant, la proposition française actuelle concernant une reconduction de dette volontaire par les banques est un bide, étant donné qu’elle imposerait des taux d’intérêt prohibitifs aux Grecs. De même, des rachats de dette représenteraient un gâchis massif de ressources officielles, car l’augmentation de la valeur résiduelle de la dette qui en résulte est bien plus bénéfique aux créanciers qu’aux débiteurs souverains.

Dès lors, la seule solution réaliste et sensée est une restructuration ordonnée et par le marché – mais coercitive – de l’ensemble de la dette publique grecque. Mais comment peut-on alléger la dette souveraine sans imposer de pertes massives aux banques grecques ainsi qu’aux banques étrangères qui détiennent des obligations grecques ?

La réponse consiste à imiter la réponse aux crises de dette souveraine en Uruguay, au Pakistan, en Ukraine et dans beaucoup d’autres économies émergentes, où les échanges ordonnés de dette ancienne contre nouvelle ont eu trois particularités : une valeur faciale identique (obligations dites « au pair ») ; une maturité longue (20-30 ans) et une intérêt bien plus bas que les taux de marché alors insoutenables – et proche du (ou sous le) coupon originel.

Même si la valeur faciale de la dette grecque n’était pas réduite, une extension de la maturité provoquerait néanmoins un allègement considérable de la dette – en valeur actualisée – pour la Grèce car un euro de dette détenu dans 30 ans vaut bien moins aujourd’hui que le même euro détenu dans un an. De plus, une extension de maturité résout le risque de reconduction (« rollover ») pour les prochaines décennies.

L’avantage d’une obligation au pair est qu’elle permet aux créanciers de la Grèce – les banques, compagnies d’assurance et fonds de pension – de continuer à valoriser leurs obligations grecques à 100 cents par euro, évitant ainsi des pertes massives dans leur bilan. Ce faisant, le risque de contagion est largement contenu.

Les agences de notation considèreraient cet échange de dette comme un « événement de crédit », mais seulement durant une très courte période – l’histoire de quelques semaines. Par exemple, en Uruguay, la note de crédit fut dégradée vers « défaut sélectif » pendant deux semaines lors de l’échange, pour être ensuite revalorisée (quoique pas jusqu’au niveau « investment grade ») lorsque la dette publique devint plus soutenable grâce au succès de l’échange. La BCE et les banques créancières peuvent vivre pendant deux ou trois semaines avec une dette grecque dégradée.

En outre, peu de créanciers refuseraient de participer à cet échange. Les expériences antérieures suggèrent que la plupart des investisseurs qui ont une stratégie de détention jusqu’à maturité accepteraient une obligation au pair, alors que la plupart des investisseurs qui ont une stratégie de réaction au marché accepteraient une obligation sous le pair proposant un coupon plus élevé (c’est à dire une obligation présentant une valeur faciale inférieure) – une alternative qui pourrait être offerte à ces investisseurs (tel que cela s’est déjà fait par le passé).

Ceci dit, la meilleure manière de contenir une contagion financière serait de mettre sur pied un plan paneuropéen destiné à recapitaliser les banques de la zone euro. Cela demande de mobiliser des ressources officielles comme le FESF, non pas pour sauver une Grèce insolvable, mais pour recapitaliser ses banques – et celles de l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et même de l’Allemagne et de la Belgique qui ont besoin de plus de capital. En attendant, la BCE doit continuer à fournir des ressources illimitées aux banques qui présentent des problèmes de liquidité.

Afin de réduire le risque de pressions financières sur l’Italie et l’Espagne, ces deux pays doivent poursuivre l’austérité fiscale et les réformes structurelles. De plus, leur dette pourrait être limitée grâce à une augmentation des ressources du FESF et/ou l’émission d’Eurobonds – un pas de plus vers une intégration fiscale européenne.

Enfin, la zone euro a besoin de politiques pour relancer la croissance dans sa périphérie. Sans croissance, toute austérité ou réforme ne génèrera que de l’agitation sociale et une menace constante de réaction politique brutale, sans restaurer la soutenabilité de la dette. Pour ressusciter la croissance, la BCE doit arrêter d’augmenter les taux d’intérêt et inverser la tendance. La zone euro doit également poursuivre une politique – en partie grâce à une politique monétaire plus accommodante – destinée à diminuer significativement la valeur de l’euro et restaurer la compétitivité de la périphérie. Et l’Allemagne devrait retarder son plan d’austérité, parce qu’un freinage fiscal massif est la dernière chose dont a besoin la zone euro.

L’approche actuelle de la zone euro consistant à « s’en sortir tant bien que mal » est un déséquilibre instable : remettre à plus tard et dilapider de l’argent à une cause perdue ne servira à rien. Soit la zone euro se dirige vers un équilibre différent : une plus grande intégration économique, fiscale et politique, soutenue par des politiques qui restaurent la croissance et la compétitivité, en ce compris des restructurations de dette ordonnées et un euro plus faible. Soit elle connaîtra des défauts en pagaille, des crises bancaires et en fin de compte un éclatement de l’union monétaire.

Le status quo n’est plus soutenable. Seule une stratégie globale peut sauver la zone euro à présent.

Project-syndicate



15/06/2011 - L'apocalypse économique est pour bientôt

Un éclatement de la zone Euro, un "hard landing" en Chine, un risque accru de nouvelle récession mondiale... L'économiste américain Nouriel Roubini a fait un retour remarqué dans les médias ces derniers jours, administrant une série de piqûres de rappel sur les risques qui menacent l'économie mondiale à horizon 2013 !
Interviewé par 'Bloomberg', le 'Financial Times' et lors d'une conférence à Singapour, "Dr Doom" ("Docteur catastrophe") estime notamment que la zone Euro court le risque d'éclater dans les 5 ans à venir. "Dans 5 ans", l'idée que des pays quittent l'Euro "ne semblera peut-être pas si tirée par les cheveux que ça, surtout si les économies des pays périphériques stagnent d'ici là", écrit ainsi Roubini dans un commentaire publié par le 'Financial Times'.
A ses yeux, les pays membres de la périphérie de l'Europe trouveraient ainsi un moyen efficace de restaurer leur compétitivité à travers une dévaluation massive de leurs devises : "La zone Euro a été collée ensemble par la convergence des taux d'intérêt réels vers un niveau bas, ainsi que par l'espoir que les réformes permettraient de maintenir cette convergence et aboutiraient en fin de compte à une union politique et fiscale". Mais désormais, "la convergence a disparu, la réforme est en panne et l'union politique et fiscale est un rêve lointain", commente-t-il...
La Chine ferait pour sa part face à une "probabilité significative" d'atterrissage brutal de son économie, après 2013, en raison du surinvestissement massif observé dans le pays ces dernières années... L'histoire économique enseigne que les cycles de surinvestissement se finissent toujours par des crises, souligne encore l'économiste, comme en Union Soviétique dans les années 1960 et 1970 et en Asie du Sud-Est dans les années précédant la crise de 1997.
En Chine, le spécialiste estime que les dépenses d'infrastructure sont excessives, en citant l'exemple de la liaison Shanghai-Hangzhou, sur laquelle le voyageur a désormais le choix entre le nouveau train Maglev, une autoroute flambant neuve et l'avion ! Or, ces trois moyens de transports ne fonctionnent au mieux qu'à un quart de leur capacité, rendant leur rentabilité lointaine...
Quant au sujet de l'économie mondiale dans son ensemble, Nouriel Roubini voit s'accumuler les risques d'une "tempête du siècle" ("perfect storm") pour 2013, orchestrée par les problèmes du déficit aux Etats-Unis, un ralentissement en Chine, la restructuration des dettes européennes et la stagnation de l'économie japonaise. Selon lui, le facteur risque de "double dip" de l'économie atteint 1 sur 3 à partir de 2013 !.... Boursier.com



07/03/2011 - Nouriel Roubini s'explique sur les risques de stagflation


Compte tenu de la faible croissance et de l'inflation en hausse en Europe, y compris en Grande-Bretagne, voyez-vous un risque de déflation pour le continent ?

Bien sûr avec l'augmentation des prix du pétrole, semaine après semaine et les troubles au Moyen-Orient, il y a un risque de stagflation. Cela dépendra si les prix du pétrole se stabilisent au niveau actuel ou augmentent encore plus. S'ils restent à ce niveau et reculent même un peu à la faveur d'un plus grand calme au Moyen-Orient, il y aura un ralentissement de la croissance pas seulement en Europe mais aussi dans les pays industrialisés et les économies émergentes.


Il y aura certes une hausse modeste du taux d'inflation général mais l'inflation sous-jacente (excluant les prix alimentaires et ceux du pétrole) est toujours assez basse aux Etats-Unis et en Europe, environ 1%, soit bien en dessous des 2% d'inflation plafond.
Par conséquent il y aura un peu de hausse de l'inflation et un ralentissement de la croissance mais il n'y aura pas de stagflation dans le traditionnel sens du terme c'est-à-dire une récession et une inflation assez élevée et croissante. Il y aura des pressions stagflationnistes mais pas une vraie stagflation.
Un avertissement toutefois : en 2008 nous avons déjà eu un choc avec un prix du baril WTI atteignant 140 dollars, Cela a contribué à faire basculer la conjoncture mondiale vers la récession, cette dernière ne provenant pas seulement de la faillite de Lehman Brothers et de la contagion financière. Et une fois dans cette grave récession, nous avons eu au lieu de l'inflation une déflation. Si le choc pétrolier actuel était suffisamment grand pour replonger des pays en récession, il n'est pas sûr que le résultat sera de l'inflation mais plutôt un chômage croissant limitant la poussée inflationniste. Le plus grand risque dérivant d'un choc pétrolier est plus un risque sur la croissance que d'inflation dans les pays industrialisés. Dans les pays émergents c'est différent car ils ont déjà en surchauffe avec une inflation moyenne autour de 5% à 7%.
Faut-il restructurer la dette publique des pays européens en difficulté comme la Grèce ?
Une restructuration de la dette, qu'elle soit publique ou privée, est inévitable. Dans le cas spécifique de la Grèce, même si elle remplissait la feuille de route imposée par le FMI et l'UE, soit un ajustement budgétaire de près de 10% de son PIB, la dette publique grecque se stabilisera à 150% du PIB d'ici deux ans. C'est un niveau très instable car le moindre choc pourrait creuser cette dette. C'est un problème de solvabilité. Des pays comme l'Argentine et la Russie ont fait défaut avec une dette s'élevant à 50% de leur PIB... La question n'est pas s'il y aura une restructuration de la dette grecque mais plutôt quand elle aura lieu et à quelles conditions. Le plus tôt sera le mieux : cela serait plus favorable aux marchés et plus ordonné, attendre pour le faire signifie de plus grandes pertes pour les investisseurs.
Que doit faire la zone euro pour sortir de sa croissance faible et sa crise de la dette ?
Pour les pays de la périphérie de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne...), il est important qu'ils retrouvent le chemin de la croissance. Beaucoup de leurs réformes structurelles actuelles sont nécessaires mais à court terme elles empirent leur récession, en augmentant les impôts, réduisant les dépenses, en supprimant des postes dans la fonction publique. Restaurer sa compétitivité prend du temps, il suffit de se rappeler que l'Allemagne a mis dix ans pour le faire. Pour retrouver rapidement de la croissance il faut une politique monétaire accommodante, un euro plus faible et que l'Allemagne retarde sa propre austérité budgétaire pour stimuler sa croissance, sinon cela ne soutiendra pas l'activité dans les pays "périphériques".
Qu'attendez-vous du plan quinquennal chinois qui sera présenté dans les prochains jours ?
En acceptant un objectif de croissance légèrement plus bas - 7% au lieu de 7,5% - les Chinois commencent à réaliser que ce n'est pas tant la quantité que la qualité de la croissance qui importe. Or beaucoup de la croissance chinoise de ces dix dernières années, à un rythme de 10% par an, s'est faite au prix d'une dégradation de l'environnement, notamment de la qualité de l'air, de l'eau mais aussi d'une plus grande inégalité entre les revenus et les régions.
Par ailleurs ils ont toujours dit ces dix-quinze dernières années qu'ils veulent que la consommation représente une plus grande part de leur Produit Intérieur Brut (PIB). Mais ces dix dernières années, ils ont échoué dans cette entreprise.
Déjà dans son dernier plan quinquennal la Chine annonçait que la consommation devrait croître par rapport à son PIB.
Or elle est au contraire passée de 42% du PIB à 37% aujourd'hui. Mais leur modèle économique de croissance est trop basé sur l'augmentation des exportations, des investissements et une épargne élevée. La consommation représente seulement un tiers du PIB chinois alors que la proportion est de 70% aux États-Unis et de deux tiers dans la plupart des pays.
Le plus grand défi de la Chine n'est pas d'atteindre tel ou tel taux de croissance, mais plutôt de privilégier la consommation sur l'export, les investissements et l'épargne. Nous verrons s'ils atteignent cet objectif.
La sous-évaluation du yuan est vilipendée par les partenaires de la Chine, des Etats-Unis au Brésil. Pensez vous que la monnaie chinoise est réellement manipulée par Pékin ?
Techniquement parlant, les Chinois laissent leur monnaie s'apprécier. Mais cette appréciation est ridiculement faible, de l'ordre de 2 à 3% sur un an [face au dollar, NDLR] alors que de 2005 à 2008 elle s'appréciait de 6 à 7% en moyenne par an. Maintenant c'est moins... La Chine s'oppose à une appréciation à un rythme plus rapide de sa monnaie en partie en raison de la délicate transition politique prévue l'an prochain, soit le remplacement tant du Premier Ministre que du président. Ils craignent qu'en laissant le yuan s'apprécier fortement, leurs exportations et leur croissance seront durement touchées, bien qu'une appréciation serait en fait un mode pour réduire les tensions inflationnistes actuelles en Chine. Malheureusement je ne crois pas qu'à ce jour les Chinois veuillent accélérer le rythme d'appréciation de leur monnaie. Le changement du taux de change avec le renminbi est si lent que l'on devrait plutôt parler d'une parité semi-fixe ("semi peg") avec le dollar.
Que pensez vous des priorités de la présidence française du G20 ? Vous semblez douter de l'intérêt d'un tel forum ?
Dans mon récent article pour Foreign Affairs écrit avec Ian Bremmer, nous ne sommes pas opposés au G20 comme idéal (http://www.foreignaffairs.com/articles/67339/ian-bremmer-and-nouriel-roubini/a-g-zero-world). Mais, si on regarde la réalité, il n'y a pas de leadership économique mondial, ni de la part des Etats-Unis, no d'autres pays.
En fait il y a plus de conflits et de désaccords que de la coopération sur de très nombreux domaines : la politique monétaire, la politique budgétaire, les taux de change, la libéralisation commerciale, sur la réforme du système monétaire international, la sécurité alimentaire, le réchauffement climatique...
Cela ressemble à un monde G-zéro et non au G20.
Il n'est pas certain que quelque chose en ressortira. Sur la réforme du système monétaire international, il y a a eu beaucoup de débats. Mais, bien que beaucoup de gens sont mécontents du rôle du dollar comme principale monnaie de réserve, il n'y a pas encore d'alternative, même les droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI ne joueront guère un grand rôle, pas plus que l'idée de revenir à des taux de change fixe. Il n'y aura pas de changement radical du système monétaire international


Propos recueillis par Frank Paul Weber - La tribune


11/01/2011 - Guerre monétaire et conflits commerciaux marqueront 2011


Nouriel Roubini s'attend à une croissance affaiblie des pays industriels. Il pronostique une grande instabilité de la zone euro, qui pourrait déboucher sur l'abandon de la monnaie unique par certains pays.

L'année 2011 sera placée sous le signe de la poursuite de la reprise à deux vitesses. Les économies avancées vont continuer à suivre une courbe en U, avec une croissance inférieure à sa tendance de long terme. Elle devrait ainsi être limitée à 2,1 %, après un rebond de 2,5 % cette année. L'inflation restera sous l'objectif implicite de 2 % des grandes banques centrales. Dans les pays émergents en revanche, la croissance sera bien plus rapide, voire supérieure au potentiel de croissance. Elle atteindra selon nos estimations 6,3 % et même 7,8 % pour les Bric. Cette surchauffe se traduira par une inflation élevée, de l'ordre de 6 %.
Au-delà de ce scénario de base, de nombreux risques subsistent. Aux États-Unis, l'hypothèse d'une récession à double creux s'est fortement réduite. Principalement pour deux raisons : le nouveau programme d'assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale (QE2) et le stimulus fiscal de 900 milliards de dollars. Mais nous ne sommes pas à l'abri d'une mauvaise surprise car les difficultés restent grandes. Les prix de l'immobilier rechutent, la raréfaction du crédit se poursuit, le chômage va rester à un niveau élevé - nettement au-delà des 9 % -, les collectivités locales rencontrent des problèmes de financement et le processus de réduction de la dette fédérale est sans cesse retardé, ce qui pourrait entraîner, comme en Europe, une augmentation des taux des bons du Trésor et ainsi handicaper la reprise de l'économie.

 

La zone euro justement va devoir résoudre le problème des dettes souveraines. Dans le cas contraire, la contagion menace. De la Grèce et l'Irlande à l'Espagne et au Portugal. Le processus d'ajustements douloureux, d'austérité fiscale et de réformes structurelles va donc devoir se poursuivre, dans un contexte de faible croissance, voire de récession, dans certains pays. Le risque de désordre demeure significatif. Car l'approche actuelle des dirigeants européens, qui consiste à prêter et à espérer qu'il ne s'agit que d'un problème de liquidité et non de solvabilité, ne va pas fonctionner. Cette instabilité pourrait éventuellement déboucher sur la sortie de la zone euro de ses membres les plus faibles.
À l'opposé, les pays émergents doivent maintenant faire face à une surchauffe de leurs économies, qui se traduit par une inflation galopante, une croissance excessive du crédit et de potentielles bulles spéculatives. Il existe un risque qu'ils poussent trop loin le curseur en termes de contraction de leur politique monétaire et fiscale, notamment si la hausse des prix devient hors de contrôle, avec le risque que l'atterrissage en douceur de leurs économies, ne se transforme en atterrissage plus douloureux. Une manière efficace de limiter la hausse des prix serait de laisser leur monnaie s'apprécier plus rapidement mais la Chine s'y refuse. Et la plupart des pays émergents, qui ne souhaitent pas perdre de parts de marchés, en font de même. Les tensions actuelles sur les changes vont d'ailleurs rester fortes, alors que chaque pays souhaite bénéficier d'une devise faible pour favoriser ses exportations. Dans un monde où le taux de chômage américain atteint 10 % et où la croissance chinoise s'élève également à 10 %, tous les ingrédients sont réunis pour une guerre des monnaies, des conflits commerciaux et un renforcement du protectionnisme.
D'autres risques pèseront au cours du premier semestre. Les prix du pétrole, de l'énergie et des produits alimentaires pourraient augmenter plus fortement que ne le justifieraient les fondamentaux économiques en raison d'un surplus de liquidités. Cela pénaliserait les pays importateurs de matières premières, tout en renforçant les pressions inflationnistes en Chine ou en Inde. Dans les économies avancées, c'est la monétisation croissante des déficits publics qui pourrait relancer les prix à la hausse. Enfin, il ne faut pas négliger les risques géopolitiques, entre les deux Corées, au Moyen-Orient ou avec l'Iran. Mais si l'économie mondiale parvient à surmonter ces difficultés, elle aura alors les moyens d'entrer au deuxième semestre dans un cercle vertueux de croissance.
La tribune


15/12/2010 - La faillite en Grèce est désormais officielle?

Nouriel Roubini persiste et signe. Après avoir mis en garde la France sur le dérapage de ses finances publiques le mois dernier, le célèbre économiste a récidivé dans une interview accordée au Monde : « Un jour, les marchés se réveillent et il est trop tard. » Un constat valable pour toute l’Europe ?

 

Il y a d’abord eu l’Islande, puis la Grèce et la Hongrie. Et enfin l’Irlande. Malheureusement, le rouleau compresseur n’est pas près de s’arrêter en Europe et l’Espagne est dans la ligne de mire des investisseurs. Ainsi, l’agence Moody’s vient de publier un rapport annonçant que les banques espagnoles sont confrontées à des besoins de recapitalisation de l’ordre de 17 milliards d’euros.
Que se passera-t-il ? Le gouvernement espagnol, dont les comptes sont déjà plombés, empruntera pour refinancer ses banques. Trop cher sur les marchés, cet emprunt se fera auprès de la Banque centrale européenne, dont les rachats de dettes souveraines atteignent des records depuis le mois de juille
Mais confrontée elle aussi à des besoins de financement, la BCE « envisagerait de doubler son capital [...], des pertes potentielles liées aux achats d’obligations depuis mai suscitant des inquiétudes », observe L’Agefi.



Deux points à ce sujet : d’une part, cette augmentation de capital serait apportée par les Etats européens, ce qui ne fera qu’accroître leur déficit ; d’autre part, les craintes autour des pertes potentielles sont plus que légitimes.
En effet, la date butoir du remboursement du prêt grec, fixée initialement en 2015, devrait être repoussée, au mieux, en… 2024 ! Idem en Islande, où l’accord concernant le remboursement des créanciers de la banque Icesave, qui a fait faillite, vient d’être décidé : finalement, le pays ne remboursera pas tout !
« On aurait dû rééchelonner au moment de la Grèce », déplore Philippe Herlin, chercheur en finance. Et de poursuivre : « Il y aurait eu des pertes pour les banques mais, ensuite, elles auraient été plus prudentes. »
Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une seule solution : la rigueur budgétaire. La Hongrie a opté pour un choix radical, en autorisant le gouvernement à prélever jusqu’à 10,5 milliards d’euros dans les caisses des fonds de pension !

Moneyweek


01/12/2010 - Nouriel Roubini : l'Europe n'a pas le choix !


Après avoir renfloué la Grèce et l'Irlande, elle va devoir faire de même avec le Portugal, a estimé hier Nouriel Roubini. Le célèbre économiste américain, qui avait prévu la crise des crédits "subprimes" dès 2006, estime que le Portugal devra sans doute accepter une aide européenne, et que l'Espagne pourrait être la prochaine victime, son gouvernement ayant sous-estimé le coût de la restructuration de son système financier. 

"Le gros éléphant dans la pièce, ce n'est pas le Portugal, bien sûr, c'est l'Espagne... Et il n'y a pas assez de capitaux (l'enveloppe globale prévue par l'Europe et le FMI s'élève à 750 MdsE) pour renflouer l'Espagne si elle se retrouve en difficulté !".
La situation budgétaire et le niveau d'endettement de l'Espagne sont certes meilleurs que ceux des autres pays de l'Europe "périphérique", a souligné Roubini lors d'une conférence à Prague, mais le haut niveau de chômage et l'implosion de la bulle immobilière pourraient, comme en Irlande, mettent en danger le système bancaire espagnol et risque de l'amener à demander une aide d'urgence.
Roubini, professeur d'économie à l'Université de New York, a aussi estimé que la Grèce sera amenée à terme à restructurer sa dette, comme l'avaient fait avant elle la Russie et l'Argentine, sous la pression de leurs créanciers...



Sur le plan macro-économique, le spécialiste est toujours aussi peu encourageant : il prévoit un ralentissement général de la croissance mondiale en 2011, sous l'effet de plusieurs facteurs : fin du restockage après la première phase de la crise, expiration des grands plans de relance, restrictions budgétaires dans de nombreux pays et effet de base plus défavorable après un rebond observé depuis 2009.
Nouriel Roubini n'exclut pas non plus une nouvelle récession aux Etats-Unis, malgré l'injection de 600 Mds$ par la Fed, ainsi qu'au Japon et dans les pays européens "périphériques". Le seul pays épargné par le ralentissement pourrait être l'Allemagne, a-t-il encore estimé... Dans ce contexte de faible croissance, les banques centrales, y compris la BCE, seront amenées à assouplir encore leur politique monétaire pour assurer la liquidité sur les marchés financiers, a-t-il conclu. Boursier.com

 

31/10/2010 - Roubini: l'économie américaine est une épave


Le prochain programme d'assouplissement quantitatif concocté par la Réserve fédérale (Fed) aura très peu d'impact sur l'économie américaine, soutient l'économiste Nouriel Roubini dans un commentaire publié dans le Financial Times.

C'est à travers des mesures fiscales que le gouvernement américain devrait essayer de relever son économie, explique le Dr Doom. Il s'attend d'ailleurs à ce que le programme d'assouplissement quantitatif, qui doit être annoncé mercredi prochain, n'ait qu'un léger effet sur la croissance en 2011.
Selon Roubini, les États-Unis sont sur une « trajectoire fiscale insoutenable » et il craint que, avec les gains attendus des Républicains au Congrès, les hausses d'impôts risquent d'être repoussée dans l'agenda politique. Or, sans ces hausses, les États-Unis courent un grand risque budgétaire.



« Le programme d'assouplissement de la Fed préviendra le pire, mais il y a un risque que le président Obama ait à régner sur une période de stagnation économique où la croissance sera anémique et où le chômage demeurera élevé », s'inquiète-t-il.
Dans un monde idéal, le président Obama pourrait mener, jusqu'en 2012, des réformes visant à réduire les dépenses fédérales tout en relevant peu à peu certaines taxes. Il pourrait ainsi réduire le déficit public tout en assurant un environnement économique viable pour les entreprises.
« Malheureusement, ce scénario ne se réalisera pas », conclut Nouriel Roubini.
Professeur d'économie à la Stern School of Business de l'Université de New York, Nouriel Roubini est célèbre pour avoir été un des rares économistes à prédire la crise financière de 2008.
Source finance-investissement Avec le Financial Post

 

09/10/2010 - Et si on écoutait les « docteurs Doom » ?

 

Depuis le début de la crise, on a tout entendu ou presque sur les économistes : qu'ils ont échoué à voir venir l'éclatement de la bulle des subprimes, que leurs prévisions sont à côté de la plaque, qu'il ne servent plus à rien…
De tout cela, beaucoup d'inexactitudes : grand nombre d'experts tiraient en effet la sonnette d'alarme depuis longtemps, en particulier à propos de l'endettement excessif des ménages américains.
L'exemple le plus incontestable est celui de Nouriel Roubini, de l'université de New York. Depuis le début des années 2000, il est surnommé « Dr Doom », « Monsieur Catastrophe », à cause de ses prédictions à la Cassandre. A l 'époque, personne ne le prenait au sérieux… jusqu'en 2008, où ses craintes se sont réalisées.

 

Des docteurs Doom, il y a encore, aujourd'hui. Et beaucoup. Pour s'assurer que cette fois, on les écoute, certains d'entre eux viennent de lancer, en France, le «Manifeste des économistes atterrés». Menée par Philippe Askenazy (CNRS), Thomas Coutrot (co-président d'Attac), André Orléan (Ehess), Henri Sterdyniak (OFCE) et une dizaine d'autres, cette pétition dresse un constat sans appel des politiques actuelles des gouvernements et des illusions qui président leurs décisions :
1) Les marchés financiers sont régulièrement à côté de la plaque et ne servent plus l'économie
Preuve pas les faits : si leur choix étaient rationnels, efficaces et au service de l'économie, les financiers (fonds d'investissement, hedge funds, prop traders des banques…) n'auraient pas foncé tête baissée dans la bulle des valeurs internet en 2001 ni dans celle des subprimes en 2007. Et ils n'auraient probablement pas rempli jusqu'à craquer leurs portefeuilles de produits financiers complexes qu'ils savaient pertinemment explosifs.
Dès lors, deux hypothèses : soit ils sont stupides, soit ils cherchaient à maximiser leurs profits à court terme en espérant retirer leurs billes avant que tout explose –et tant pis pour l'économie. En caricaturant à peine, la deuxième option est malheureusement la bonne.
2) Réduire les dettes des Etats tout de suite maintenant en coupant dans les dépenses publiques n'est pas une bonne idée
Bien sûr, on ne peut pas laisser filer les dettes publiques jusqu'à l'infini, il faut bien rétablir un jour l'équilibre des finances. Mais le faire au moment où ménages et entreprises se désendettent et réduisent leurs dépenses, où le chômage continue de grimper et où l'économie est encore farcie d'éléments récessifs, et ce, dans la plupart des pays européens en simultané, c'est se concocter une belle petite stagnation à la japonaise pour les cinq à dix ans à venir.
Pire, en coupant les dépenses publiques et augmentant les impôts alors que l'activité ne s'est pas redressée, nous reproduisons précisément les mêmes erreurs qu'en 1929. Celles qui ont menées à la grande dépression de 1933.
Le manifeste avance également vingt-deux propositions pour refonder la politique économique : suppression des exonérations consenties aux entreprises sans effets suffisants sur l'emploi, maintien d'un fort niveau de protection sociale, interdiction de la spéculation sur compte propre dans les banques pour limiter les prises de risques inconsidérées…
Le détail du texte, qui a déjà recueilli plus de 1100 signatures, est ici.
Voilà pour la France. Mais on retrouve le même genre d'initiatives dans plusieurs autres pays européens, sans parler des Stiglitz et Roubini, qui écrivent à longueur de tribunes que la rigueur risque d'envoyer l'Europe droit dans le mur. Tous ne sont pas d'accord sur tout, mais ils visent la même chose : faire comprendre aux gouvernements qu'obéir aux exigences des marchés qui, on l'a vu, sont souvent dans l'erreur, n'a aucun sens. Mais qu'attendre que l'économie soit véritablement rétablie avant de lui administrer une cure d'austérité bin calibrée relèverait, à l'inverse, du bon sens.
Nos dirigeants entendront-ils leur appel ?
On peut l'espérer. Dans le cas contraire, ils ne pourront pas reprocher aux docteurs Doom de ne pas avoir sonné le tocsin à temps. 

Source macrotrottoir - capital.fr

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