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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 23:25

Les protestataires, les Indignés arabes ou de New-York sont salués par les Américains, qui en ont fait les hommes de l'année : C'est la preuve que tout cela est provoqué, orchestré par le milliardaire Soros et ses amis, notamment pour chasser les Dictateurs monopolisant les richesses des pays (Tunisie, Egypte..) afin que les multinationales occidentales gèrent elles-mêmes, à leur profit, les ressources mondiales... Diabolique, encore et toujours ! (eva R-sistons)

Le contexte international des indignations mondiales (4/5) Quelques traits communs des mobilisations en 2011

Eric Toussaint
Jeudi 12 Janvier 2012


Le contexte international des indignations mondiales (4/5) Quelques traits communs des mobilisations en 2011
En 2011, du printemps arabe à Occupy Wall Street en passant par les Indignés, on retrouve plusieurs points communs.
1. Les manifestants-tes ont réoccupé la place publique, ils s’y sont même installés, ils ont également multiplié les manifestations de rue. Dans le passé, les actions radicales commençaient souvent sur le lieu de travail ou d’étude et impliquaient l’occupation des installations (usines, écoles, université…). Bien que les grèves et les occupations d’usine ou d’établissements scolaires n’aient pas été absentes dans certains pays comme l’Egypte ou la Grèce, la forme d’action la plus répandue adoptée par les participants aux actions a consisté à reconquérir l’espace public. Une partie importante des manifestants n’a pas la possibilité de s’organiser sur le lieu de travail, notamment à cause de la répression et de l’atomisation des travailleurs. Un grand nombre de participants n’ont pas d’emploi (c’est une des raisons de leur engagement dans l’action) ou doivent se contenter d’un emploi précaire. Parmi les manifestants, dans certains pays, il y a un grand nombre de diplômés sans travail. Dans des pays comme l’Espagne, touchés de plein fouet par la crise de l’immobilier, ou comme Israël, où le manque d’habitations pour les revenus modestes est criant, les personnes victimes de la crise de l’immobilier peuvent être fortement représentées. Outre ces raisons, la volonté d’occuper la place publique renvoie bien sûr à la volonté de se regrouper, de compter ses forces, de faire une démonstration de puissance face à un pouvoir qui est perçu en Tunisie, en Espagne, en Grèce, en Egypte (ou, pour une bonne part des manifestants, aux Etats-Unis) comme complètement sourd aux besoins et aux demandes de la majorité des citoyens et citoyennes du pays. L’exigence d’une authentique démocratie est au cœur du mouvement.
2. Dans plusieurs pays, la communication et la mobilisation via les réseaux sociaux (facebook, twitter, etc.) ont joué un rôle important même s’il ne faut pas exagérer le phénomène.
3. La forme « assembléiste » du mouvement constitue une caractéristique commune. Dans le même esprit, il y a une réticence, voire carrément un refus, d’élire des délégués-ées. On veut la démocratie directe et participative.
4. Dans plusieurs pays, la désobéissance civique a été revendiquée et pratiquée systématiquement comme un acte de résistance face au pouvoir totalitaire (dans le cas de la Tunisie et de l’Egypte) ou face à un pouvoir autiste qui n’hésite pas à utiliser la répression pour vider les places publiques ou empêcher purement et simplement des rassemblements (comme c’est le cas aux Etats-Unis régulièrement). On est à cent lieues des manifestations traditionnelles qui ressemblent plus à des processions qu’à des marches de protestation. D’une certaine manière, le mouvement traduit un saut qualitatif. Alors que jusque là l’idéologie dominante et la répression avaient réussi à individualiser, à atomiser les comportements sur la base de la peur (peur d’être réprimé, peur de perdre son emploi, peur de perdre son logement, peur de perdre son droit à la retraite, peur de perdre son épargne…), l’ampleur de la crise et le fait qu’une masse critique de manifestants a été atteinte a permis à beaucoup de personnes de surmonter l’isolement avec notamment l’idée qu’il n’y avait plus grand-chose à perdre. Pour la majorité des participants au mouvement, il s’agit du premier combat collectif à dimension politique.
5. Dans la plupart des cas, il n’y a eu d’élaboration d’un programme de revendications, même si les commissions de travail du mouvement des Indignés espagnols ont produit des propositions et des déclarations. A ce titre il convient de souligner l’importance de la déclaration commune entre la Puerta del Sol et la Place Syntagma intitulée : Appel Sol-Syntagma et qui affirme notamment : «  Non au paiement de la dette illégitime. Cette dette n’est pas la nôtre ! Nous ne devons rien, nous ne vendons rien, nous ne payerons rien ! » |1|. Dans le cas de la Tunisie et de l’Egypte, il y a eu cependant un accord sur une revendication centrale le départ du dictateur qui s’est exprimé dans une exhortation très claire : « Dégage ! ».
6. Les manifestants ne se sont pas regroupés sur base identitaire : l’ethnie, la religion, la classe, la génération, l’orientation politique. Le mélange dominait même si certaines catégories parmi les plus exploitées sont sous-représentées dans certains cas. La formule adoptée aux Etats-Unis par Occupy Wall Street a rapidement commencé à faire le tour de la planète : « Nous sommes les 99% ».
On pourrait ajouter une septième caractéristique commune : dans aucun cas, le Forum Social mondial, le Forum social européen, le Forum social des Amériques n’ont constitué une référence pour les manifestants. Le terme altermondialiste ou antiglobalisation ne fait pas non plus partie des références. De ce point de vue, le cycle ouvert par la création du Forum social mondial en 2001 semble s’être bel et bien refermé, un autre cycle s’est ouvert, on verra sur quoi il débouchera. L’important, c’est d’y participer.
Au-delà des points communs, des différences sautent aux yeux. Dans les pays d’Afrique du Nord et du Proche Orient, les cibles principales sont les régimes dictatoriaux et les régimes autoritaires (même si la question sociale est bien présente et est à la base du mouvement). Dans les pays les plus industrialisés, les cibles sont les banquiers et les gouvernants à leur service. La défense des biens communs est un point de convergence. La question sociale s’exprime sur le mode du refus du travail précaire, du rejet des privatisations des services publics (l’éducation, la santé…), de la nécessité de trouver une solution à la question du logement et de la dette hypothécaire (en particulier en Espagne et aux Etats-Unis, pays dans lequel il faut ajouter la dette des étudiants qui totalise 1000 milliards de dollars), du refus de payer la crise provoquée par le 1% de très riches…
Dans les pays les plus industrialisés, il y a aussi une différence très grande entre la radicalité du mouvement en Grèce, où on se rapproche d’une possible crise prérévolutionnaire sur le mode de l’Argentine en 2001-2002, et la situation en Espagne, sans parler des Etats-Unis. Les histoires différentes de ces pays et de leurs mouvements sociaux, le degré d’implantation différents des partis politiques de la gauche dure (la gauche radicale grecque en y incluant le parti communiste peut représenter près de 25 à 30% de l’électorat et influencer une partie importante du mouvement syndical, de même au Portugal, c’est bien sûr totalement différent aux Etats-Unis) ne sont pas gommés par le mouvement qui a vu le jour en 2011.

Notes

|1| Ver Appel-Sol-Syntagma
Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique, membre du Conseil international du Forum social mondial depuis sa création et du Conseil scientifique d’ATTAC France. A dirigé avec Damien Millet le livre collectif La Dette ou la Vie , Aden-CADTM, 2011. A participé au livre d’ATTAC : Le piège de la dette publique. Comment s’en sortir, édition Les liens qui libèrent, Paris, 2011.

Le contexte international des indignations mondiales (3/5) Du printemps arabe à Occupy Wall Street en passant par le mouvement des Indignés

En Tunisie et en Egypte, pays non exportateurs de matières premières (sauf à la marge), les conditions de vie des populations se sont aggravées au cours des dernières années, conduisant à des protestations sociales réprimées très durement. Cela provoque, en Tunisie d’abord, une réaction massive qui prend rapidement une dimension politique. Le peuple réuni dans la rue et sur les places publiques affronte la répression (qui fait 300 morts) et exige le départ du dictateur Ben Ali. Il doit abandonner le pouvoir le 14 janvier 2011. A partir du 25 janvier 2011, le mouvement s’étend à l’Egypte dont la population a été soumise à des décennies de contre-réformes néolibérales dictées par la Banque mondiale et le FMI combinées à un régime dictatorial allié comme celui de Tunisie aux puissances occidentales (et totalement compromis dans une alliance avec les autorités israéliennes). Le 11 février 2011, moins d’un mois après Ben Ali, Moubarak est obligé de quitter le pouvoir. D’autres pays de la région s’embrasent, la répression s’abat. Les luttes sont toujours en cours, le processus n’est pas terminé au niveau régional.
En Tunisie et en Egypte, les classes dominantes locales essaient, avec l’aide des grandes puissances occidentales, de contrôler la situation afin que le mouvement ne débouche pas sur une révolution sociale.
Le vent de la rébellion traverse la Méditerranée de l’Afrique du Nord vers le Sud de l’Europe. Au Portugal, le 12 mars 2011, le mouvement des précaires manifeste par centaines de milliers dans les rues mais le mouvement ne dure pas. Le 15 mai, la protestation atteint l’Espagne et se prolonge jusqu’au 23 juillet puis rebondit dans un cadre mondial le 15 octobre 2011. Pendant ce temps, le mouvement a touché la Grèce dès le 24 mai 2011. La place Puerta del Sol à Madrid, la place Catalunya à Barcelone, la place Syntagma à Athènes et des centaines d’autres places d’Espagne et de Grèce vibrent au même rythme en juin 2011. En juillet-août, la protestation sociale secoue également Israël, le boulevard Rotschild à Tel Aviv est occupé mais sans mettre en danger le gouvernement (et sans chercher à faire la jonction avec la cause palestinienne). En septembre, le mouvement réussit à traverser l’Atlantique Nord. Il a atteint les Etats-Unis par la côte Est en commençant par New-York et Wall Street pour s’étendre à une grande partie du territoire des Etats-Unis jusqu’à la côte Ouest où Oakland vit l’expérience la plus radicale. Le 15 octobre 2011, date définie par le mouvement des Indignés en Espagne, plus d’un million de personnes manifestent dans le monde, du Japon à la Côte Ouest des Etats-Unis, essentiellement dans les pays les plus industrialisés. Le 15 octobre, les manifestations les plus imposantes ont lieu à Madrid, Barcelone, Valence, Athènes et Rome. En Espagne, d’où l’action est partie près de 500 000 manifestants ont défilé dans les rues d’environ 80 villes différentes dont 200 000 ou plus à Madrid. Les deux principaux centres financiers de la planète, New York et Londres, sont le lieu de manifestations dans le cadre de ce vaste mouvement. Plus de 80 pays et près d’un millier de villes différentes ont vu défilé des centaines de milliers de jeunes et d’adultes qui protestent contre la gestion de la crise économique internationale par des gouvernements qui courent aux secours des institutions privées responsables de la débâcle et qui en profitent pour renforcer les politiques néolibérales : licenciements massifs dans les services publics, coupes claires dans les dépenses sociales, privatisations massives, atteintes aux mécanismes de solidarité collective (systèmes publics de pension, droits aux allocations de chômage, convention collectives entre salariés et patronat,…). Partout le remboursement de la dette publique est le prétexte utilisé pour renforcer l’austérité. Partout les manifestants dénoncent les banques.
Aucune organisation ne dirige le mouvement et celui-ci ne cherche pas à se doter d’une structure de coordination internationale, mais la communication passe manifestement très bien.

CADTM Éric Toussaint, docteur en sciences politiques, président du CADTM Belgique, membre du Conseil international du Forum social mondial depuis sa création et du Conseil scientifique d’ATTAC France. A dirigé avec Damien Millet le livre collectif La Dette ou la Vie , Aden-CADTM, 2011. A participé au livre d’ATTAC : Le piège de la dette publique. Comment s’en sortir, édition Les liens qui libèrent, Paris, 2011.
 

http://www.alterinfo.net/Le-contexte-international-des-indignations-mondiales-4-5-Quelques-traits-communs-des-mobilisations-en-2011_a69494.html.

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