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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 03:19

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danielriot.com

 

 

 

avril 25th, 2011   


La découverte du Nouveau Monde fut fatale à la forêt espagnole. L’ambition des souverains qui voulaient faire de l’Espagne la première puissance mondiale passait par la construction d’une flotte de navires qui assurerait la domination des mers ; ce fut le signal de départ d’un déboisement massif.
  
De plus, pour entretenir une armée qui occupait les Pays-Bas et faisait la guerre à la France, il fallait de l’or, beaucoup d’or. Les souverains espagnols vendirent alors les forêts à des bergers ou à des agriculteurs, lesquels les transformèrent en pâturages ou en cultures…
  
Cinq siècles plus tard, la forêt espagnole n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut et l’Espagne est devenue une contrée semi-désertique. L’ambition à court terme et bien éphémère de dominer le monde s’est réalisée au détriment des intérêts à long terme du pays.
  
Quelles leçons tirer du choix effectué il y a cinq siècles par Philippe II d’Espagne ? Quelles forêts nos dirigeants détruisent-ils aujourd’hui pour satisfaire des ambitions vite évanouies ? Le temps de la décision politique – aujourd’hui quasi-exclusivement tournée vers le très court terme – peut-il être compatible avec celui de l’intérêt à long terme d’une nation, a fortiori d’un ensemble humain plus large ?
  
  
Zéro anticipation
  
La nécessité de poser ce type de questions est renforcée par un élément supplémentaire : nos hommes politiques, en France comme dans les autres pays, et ce quelle que soit leur étiquette politique, semblent avoir relégué la prospective et l’anticipation au dernier rang de leurs priorités.
  
Nous allons de crise en crise – c’est en tout cas ainsi que les médias nous présentent l’évolution du monde – et le personnel politique est désormais essentiellement occupé à « gérer les crises » - c’est-à-dire le très court terme - et jugé sur son habileté en ce sens. Nulle vue d’ensemble, nulle vision à long terme, nulle capacité à penser le futur : le travail de pompier semble être devenu l’alpha et l’oméga de la politique.
  
Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là ? Faut-il en chercher les symptômes dans les premiers chocs pétroliers des années 1973 et 1979 ? Ces événements ont fortement contribué à créer une « mentalité de crise » auprès des citoyens, lesquels ont ensuite « sélectionné » au fil des élections des hommes politiques qui semblaient capables de résoudre ces crises.
  
Mais – et c’est là l’effet pervers d’un tel choix – cette « sélection darwinienne » d’un personnel politique à l’aise dans les situations de crise (c’est-à-dire susceptible de régler des problèmes à très court terme en employant des moyens exceptionnels) a pour conséquence que, pour survivre, ce même personnel a besoin d’un état de crise permanent.
  
  
La crise permanente…
  
La solution, pour ces hommes et femmes politiques, consiste alors à créer les conditions de survenue des crises, soit en ne résolvant pas les causes profondes de celles qui se présentent (par exemple, la « crise financière » de 2008 dont tous les éléments pour qu’elle se reproduise sont encore en place), soit en laissant se dégrader des situations afin qu’elles dégénèrent en crise, voire en créant les conditions favorables à une future crise. Par exemple, en faisant voter la loi TEPA en 2007, Nicolas Sarkozy a sciemment aggravé le déficit public et les écarts de revenus entre Français, augmentant d’autant les probabilités d’une future crise.
  
Ce même Sarkozy est d’ailleurs l’archétype du politicien de crise, tendance pompier pyromane : son plaisir jubilatoire à se mettre en avant lors de « sommets » censés résoudre telle ou telle crise (dont l’intérêt réel est inversement proportionnel à la couverture médiatique dont ils bénéficient), sa propension maladive à accuser en permanence telle ou telle catégorie de Français, à diviser et à morceler le corps social, sont révélateurs d’un besoin pathologique à « vivre constamment dans la crise », à ne pouvoir exister (politiquement en tout cas, mais sans doute aussi exister tout court) qu’en créant des crises puis en faisant ensuite mine de les résoudre.
  
En 2007, Marianne nous avait annoncé que nous nous apprêtions à élire un malade au sommet de l’État (voir notre billet Marianne : le dossier Sarkozy). À toutes les tares que listait alors cet hebdomadaire, il convient d’ajouter celle-ci : nous avons à l’Élysée un Président dont la pensée est exclusivement « court-termiste », qui est incapable – même s’il essaie parfois de donner le change – de « penser demain ».
  
  
… en politique comme dans l’entreprise
  
Cette « maladie » présidentielle était déjà présente dans le corps social bien avant l’élection de Sarkozy. Sans forcer le trait, c’est sans doute parce que les Français  - en tout cas leurs « élites » - souffraient – et souffrent encore – des mêmes maux qu’ils ont élu Nicolas Sarkozy.
  
En effet, le phénomène de crise permanente, quasiment « institutionnalisée », de vision court-termiste, d’absence de prospective, ne se limite pas à la classe politique. Beaucoup de dirigeants d’entreprises ont de facto abandonné toute vision à long terme pour ne réagir qu’aux « crises » qui justifient plans de restructuration et autres mesures violentes, ultra-rapides et prises dans l’urgence.
  
On en arrive parfois ainsi à la situation a priori paradoxale où les salariés et l’encadrement intermédiaire se soucient plus de l’intérêt à long terme de l’entreprise (donc ont une vision prospective) que les dirigeants et actionnaires, prêts à abattre la forêt pour poursuivre une chimère éphémère, qui prend très souvent la forme de l’enrichissement personnel.
  
Dans l’entreprise comme en politique, cette absence de vision prospective et cette propension à susciter des crises pour ne les « résoudre » ensuite qu’en façade, à travers des « plans de com’ » qui ne règlent en rien les problèmes de fond, sont devenues le mode de management habituel dans ces premières années du XXIe siècle. Il est un domaine où cette vision court-termiste nous conduit droit dans le mur : celui de l’énergie. C’est ce que nous examinerons dans un prochain billet.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2011

 

 

Les chênes qu’on abat

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Published by Eva R-sistons - dans Alerte - danger ! - SOS
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