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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 00:10

 

par F. William Engdahl pour Rense.com

Le régime Obama et les hauts responsables de BP s’affairent frénétiquement, non pas à arrêter le pire désastre pétrolier du monde, mais à cacher l’ampleur réelle de la catastrophe écologique. Des chercheurs expérimentés nous disent que le forage de BP a touché l’une des voies de migration du pétrole et que la fuite pourrait perdurer des années, à moins que des mesures décisives soient prises, quelque chose qui semble très éloigné de la stratégie actuelle.

 

Lors d’une discussion récente, Vladimir Kutcherov, professeur à l’Institut royal de technologie de Suède et à l’université pétrolière et gazière de l’État russe, a prédit que l’actuel déversement de pétrole qui inonde le rivage zunien du Golfe du Mexique « pourrait durer des années et des années pendant de nombreuses années. » (1)

Selon Kutcherov, un spécialiste de premier plan de la théorie de l’origine inorganique (abiogenic, non issu de la décomposition d’organismes vivants) du pétrole dans les profondeurs, « BP a foré dans ce que nous appelons un « canal de migration », une profonde faille où les hydrocarbures sont générés dans les profondeurs de notre planète, migrent vers la croûte terrestre, et sont accumulés dans les roches. Quelque chose comme Ghawar en Arabie saoudite. » Ghawar, le champ pétrolifère le plus prolifique du monde, produit des millions de barils par jour depuis près de 70 ans, et la fin n’est toujours pas en vue. D’après la science abiotique, Ghawar comme tout gisement pétrolier et gazier géant partout dans le monde, est situé sur un canal de migration similaire à celui qui fait la richesse pétrolière du Golfe du Mexique. (1)

Comme je l’ai écrit à l’époque du tremblement de terre d’Haïti, en janvier 2010, Haïti, en tant que voisin de Cuba, a été reconnu comme ayant potentiellement d’énormes réserves d’hydrocarbures. Kutcherov estime que le Golfe du Mexique entier est l’un des endroits accessibles de la planète les plus prolifiques pour extraire du pétrole et du gaz, du moins jusqu’à l’incident de la plate-forme Deepwater Horizon en avril. (2)

« À mon avis, les directeurs de BP ont réagi en paniquant devant l’ampleur de l’éruption du puits de pétrole, » ajoute Kutcherov. « Ce qui est inexplicable en ce moment, c’est pourquoi ils tentent une chose, échouent, puis en tentent une seconde, échouent, puis une troisième. Compte tenu de l’ampleur de la catastrophe, ils devraient tenter toutes les options imaginables, même s’il y en a dix, toutes à la fois dans l’espoir que ça marche. Sinon, cette source de pétrole pourrait cracher du pétrole pendant des années, compte tenu des volumes arrivant déjà à la surface. » (1)

Il souligne, « Il est difficile d’estimer l’énormité de cette fuite. Il n’y a aucune information objective. » Mais en prenant en considération les données concernant la dernière découverte « géante » de BP dans le Golfe du Mexique, le gisement Tiber, de quelque six miles de profondeur, Kutcherov est d’accord avec Ira Leifer, un chercheur de l’Institut des sciences marines de l’université de Californie à Santa Barbara, qui dit que le pétrole pourrait jaillir à un débit de plus de 100.000 barils par jour. (1, 3)

[Ndt : Un baril faisant 190 litres, cette estimation approche les 20.000 mètres cubes par jour, le volume de six piscines olympiques. Le matin du 11 juin, France Inter a rapporté que la fuite serait de 6 millions de litres, soit 6.000 mètres cubes, par jour. Le 12 juin, France Inter a dit que la fuite laissait s’échapper 40.000 barils par jour.]

Ce que fait aussi l’énormité de la marée noire, c’est discréditer davantage de manière évidente le mythe du « pic pétrolier » des compagnies pétrolières, qui prétendent que le monde a atteint, ou a presque atteint, le « pic » d’extraction pétrolière rentable. En prétendant faussement que nous sommes dans une crise de pénurie de pétrole, ce mythe, propagé ces dernières années par les milieux proches de l’ancien magnat pétrolier et vice-président de Bush, Dick Cheney, a servi en réalité aux grandes compagnies pétrolières géantes à justifier un prix du pétrole plus élevé que ce ne serait possible politiquement autrement.

Obama et BP essayent de masquer la gravité des faits

Selon un rapport de Wayne Madsen, un journaliste d’investigation de Washington, « la Maison Blanche d’Obama et British Petroleum dissimulent l’ampleur volcanique de la catastrophe pétrolière dans le Golfe du Mexique et travaillent de concert à limiter la responsabilité de BP pour les dommages dus à ce qui peut être qualifié de « catastrophe titanesque ». » Les déclarations de Madsen sont des citations de sources au sein du Corps des ingénieurs de l’armée zunienne, de la FEMA, et du Département de protection environnementale de Floride. (4)

Obama et les cadres supérieurs de la Maison Blanche, ainsi que le ministre de l’Intérieur Salazar, travaillent avec le directeur général de BP, Tony Hayward, sur la législation qui remonterait le plafond des responsabilités de 75 millions de dollars à 10 milliards de dollars, pour les dommages et intérêts de ceux qui sont touchés par la catastrophe. Pourtant, selon des estimations éclairées citées par Madsen, la catastrophe a un coût réel potentiel d’au moins 1.000 milliards de dollars (un billion). Cette estimation conforterait l’évaluation pessimiste de Kutcherov, selon qui, dans le cas où le déversement ne serait pas rapidement maîtrisé, il « détruira la totalité du littoral zunien. » (4)

Selon le rapport de Madsen citant des sources de la FEMA et du Corps des ingénieurs de l’armée, les dires de BP prétendant que l’une des fuites a été maîtrisée sont de la pure désinformation de relations publiques, visant à éviter la panique et les réclamations exigeant une plus grande action du régime Obama. (4)

La Maison Blanche s’oppose à la divulgation de toute information préjudiciable sur le désastre pétrolier. La Garde côtière et les experts du Corps des ingénieurs estiment que, si le geyser de pétrole n’est pas arrêté dans les 90 jours, il y aura des dommages irréversibles dans les écosystèmes marins du Golfe du Mexique, de l’Atlantique-Nord, et au-delà. Certains experts du Corps des ingénieurs disent qu’il pourrait falloir au mieux deux ans pour obturer le gouffre béant au fond du Golfe du Mexique. (4)

Ce n’est qu’après que l’ampleur de la catastrophe est devenue évidente qu’Obama a ordonné à la secrétaire à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, de décréter « problème de sécurité nationale » la catastrophe pétrolière. Bien que la Garde côtière et la FEMA fassent partie de son ministère, selon Madsen, la raison réelle de Napolitano d’invoquer la sécurité nationale, c’est simplement d’empêcher la couverture médiatique de l’immensité de la catastrophe qui se déploie dans le Golfe du Mexique, l’Océan Atlantique et sur leurs côtes. (4)

Selon les sources fédérales et étatiques citées, le régime Obama a en plus conspiré avec BP pour masquer l’ampleur de la fuite de pétrole. Après l’explosion et le naufrage de la plate-forme pétrolière, le gouvernement a dit que 42.000 gallons (1000 barils) jaillissent par jour du gouffre béant au fond de la mer. Cinq jours plus tard, l’administration fédérale a augmenté la fuite à 210.000 gallons (5000 barils) par jour. Pourtant, les submersibles, qui surveillent la fuite de pétrole au fond du Golfe, montrent à la télévision des images qu’ils décrivent semblables à une éruption volcanique de pétrole. (4)

Quand le Corps des ingénieurs de l’armée a en premier tenté d’obtenir les images de la NASA de la nappe de pétrole dans le Golfe, qui est plus grande que ce qui est rapporté par les médias, l’accès lui aurait été refusé. Par chance, le National Geographic a réussi à obtenir des instantanés de l’imagerie satellite montrant l’ampleur de la catastrophe et les a affichés sur son site Internet. D’autres images satellites, qui auraient été bloquées par le régime Obama, montrent que ce qui se trouve sous le gouffre béant qui vomit du pétrole en quantité toujours plus alarmante, serait estimé être une caverne de la taille de l’Everest. Selon les sources de Madsen, cette information a reçu une classification proche du niveau sécurité nationale pour la garder de la population. (4)

Le Corps des ingénieurs et la FEMA a signalé être extrêmement critique envers l’absence de soutien de la Maison Blanche d’Obama et de la Garde côtière en faveur d’une action rapide après la catastrophe. Envoyant près de 70 navires dans la région touchée, ce n’est que maintenant que la Garde côtière a compris l’ampleur du désastre. Sous les vagues mesures de la réglementation du régime Bush-Cheney, le Minerals Management Service (MMS) du ministère de l’Intérieur est devenu une simple machine à apposer des tampons, approuvant tout ce que les compagnies pétrolières voulaient en ce qui concerne les mesures de sécurité qui aurait pu éviter une catastrophe pareille. Madsen décrit un état de « collusion criminelle » entre l’ancien cabinet de Cheney, Halliburton, et le MMS du ministère de l’Intérieur, et signale que des désastres similaires sont possibles avec les 30.000 autres plates-formes offshore qui utilisent les mêmes vannes d’arrêt. (4)

Mutisme des groupes écologiques ? … Suivez le fric

Nous sommes sans doute en ce moment au beau milieu de ce qui pourrait être le plus grand désastre écologique de l’histoire. L’explosion de la plate-forme pétrolière s’est produite à proximité de la boucle de courant d’où provient le Gulf Stream. Les conséquences écologiques et climatiques sont gigantesques.

Un rapide coup d’œil sur une carte du Gulf Stream montre que le pétrole ne va pas seulement couvrir les plages du Golfe, il va se propager sur la côte Atlantique jusqu’à la Caroline du Nord, puis en Mer du Nord et en Islande. Et au-delà des dégâts sur les plages, la vie marine et l’approvisionnement en eau, le Gulf Stream est un milieu très différent par sa composition (organismes marins), densité, température. Qu’adviendra-t-il si le pétrole, les dispersants et tous les composés toxiques qu’ils créent changent réellement la nature du Gulf Stream ? Personne ne peut exclure d’éventuels changements, incluant la modification de la route du Gulf Stream, et même de petits déroutements pourraient avoir des impacts énormes. L’Europe, notamment l’Angleterre, n’est pas un désert de glace grâce au réchauffement du Gulf Stream (5)

Pourtant, un silence assourdissant émane de la part de ces mêmes organisations environnementales qui devraient être sur les barricades pour exiger des actions décisives de BP, du gouvernement zunien et des autres.

Ce silence assourdissant de leaders verts ou d’organisations écologiques, comme Greenpeace, Nature Conservancy, Sierra Club et d’autres, peut-être lié à une piste d’argent qui ramène directement à l’industrie pétrolière, notamment à BP. Ces dernières années, pour que BP puisse se redonner l’air d’un « ami de l’environnement, » en accord avec son nouveau slogan « Beyond Petroleum » (au-delà du pétrole), les grandes organisations écologiques ont obtenu d’importants pots-de-vin financiers de la compagnie pétrolière.

Nature Conservancy, décrit comme « le plus puissant groupe environnemental du monde », a accordé à BP un siège à son Conseil de direction international, après que la compagnie pétrolière a versé à l’organisation plus de 10 millions de dollars ces dernières années.

Jusqu’à récemment, Nature Conservancy et d’autres groupes environnementaux travaillaient avec BP dans une coalition qui faisait pression au Congrès sur les questions de changement climatique. Un employé de BP Exploration sert comme administrateur bénévole de Nature Conservancy en Alaska. De plus, selon un article récent publié par le Washington Post, Conservation International, un autre groupe écologique, a accepté de BP une donation de 2 millions de dollars et a travaillé avec la compagnie sur un certain nombre de projets, l’examen des méthodes d’extraction du pétrole, en particulier. De 2000 à 2006, John Browne, chef de direction de BP à l’époque, siégeait au conseil d’administration de Conservation International. (6)

Par-dessus le marché, Environmental Defense Fund, une autre organisation écologique influente, s’est jointe à BP, Shell et d’autres grandes compagnies, pour former un Partenariat en faveur de l’action climatique, afin de promouvoir les « mécanismes de marché » (sic) pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les groupes environnementaux sans but lucratif qui ont accepté des dons de BP ou se sont joints à des projets de la compagnie, incluent Nature Conservancy, Conservation International, Environmental Defense Fund, Sierra Club et Audubon. Ça pourrait expliquer pourquoi le tollé politique en faveur d’une action décisive dans le Golfe est aussi silencieux jusqu’ici.

Ces organisations ne sont évidemment pas celles qui apporteront une solution à cette catastrophe. Le point central à ce stade, c’est qui est prêt à mettre la pression en exigeant des ressources scientifiques fédérales et internationales pour résoudre cette crise. D’autres actions pareilles à celle de la Maison Blanche d’Obama ou de BP jusqu’ici, ne peuvent qu’amener à conclure que certaines personnes très puissantes veulent que cette débâcle perdure. Les prochaines semaines seront critiques pour confirmer cette estimation.

Notes

1. Vladimir Kutcherov, discussion téléphonique avec l’auteur, 9 juin 2010.

2. F. William Engdahl, The Fateful Geological Prize Called Haiti (Le coût fatal géologique appelé Haïti), Global Research, 30 janvier 2010 :
www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=17287

3. Ira Leifer, scientifique : BP Well Could Be Leaking 100,000 Barrels of Oil a Day (Le puits de BP pourrait laisser échapper 1000.000 barils de pétrole par jour), 9 juin 2010 :
www.democracynow.org/2010/6/9/scientist_bp_well_could_be_leaking

4. Wayne Madsen, The Coverup: BPs Crude Politics and the Looming Environmental Mega Disaster (La dissimulation : La politique pétrolière de BP et le gigantesque désastre écologique qui paraît imminent), 6 mai 2010 :
oilprice.com/Environment/Oil-Spills/The-Cover-up-BP-s-Crude-Politics-and-the-Looming-Environmental-Mega-Disaster.html

5. Tim Findley, Natures’ Landlord (Propriétaire de la nature), Range Magazine, printemps 2003.

6. Joe Stephens, Nature Conservancy faces potential backlash from ties with BP (Nature Conservancy fait face à un éventuel retour de manivelle pour ses liens avec BP), Washington Post, 24 mai 2010 :
www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/05/23/AR2010052302164.html

Original : www.rense.com/general91/gulf.htm

Traduction : copyleft de Pétrus Lombard pour http://www.alterinfo.net 12 Juin 2010

Source : International News


Auteur : F. William Engdahl  - Source : Mecanoblog

 

 

http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=1405

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